CHAPITRE II. — PSYCHOLOGIE COMPARÉE. ii
die par Biiffon, par tous. Aujourd'hui M. Fiourens leur refuse la seule réflexion, « cette faculté su- « prême qu'a l'esprit de l'homme de se replier sur « lui-même et d'étudier l'esprit. »
Voici comment s'exprime l'éminent physiologiste :
« Il y a là une ligne de démarcation profonde : « cette pensée qui se considère elle-même, cette « intelligence qui se voit et qui s'étudie, cette con- « naissance qui se connaît, forme évidemment un « ordre de phénomènes déterminés, d'une nature « tranchée et auxquels nul animal ne saurait at- « teindre. C'est là, si l'on peut dire, le monde pu- « rement intellectuel et ce monde n'appartient « qu'à l'homme. En un mot, les animaux sentent, a connaissent, pensent; mais l'homme est le seul « de tous les êtres créés à qui ce pouvoir ait été « donné, de sentir qu'il sent, de connaître qu'il « connaît, et de penser qu'il pense. »
Telle est donc la seule différence que les maîtres de la science trouvent aujourd'hui entre les animaux et nous, blancs, race supérieure! La question est ainsi ramenée sur un champ beaucoup mieux délimité qu'elle ne l'avait jamais été,, et infiniment moins vaste. Ce qui leur manque, aux animaux, c'est une sorte de conscience savante, non pas la connaissance du moi (ils le connaissent, puisqu'ils sentent), mais la science du moi, c'est-à-dire l'étude
it DES RACES HUMAINES.
réfléchie, raisonnée, on peut dire scientifique, des phénomènes inlérieurs qui se passent en nous (1).
C'est peut-être une distinction, mais cette puissance d'investigation sur un monde abstrait et métaphysique devra donc appartenir à tous les hommes. Si c'est un caractère fondamental et absolu, il doit résister plus que tous les autres aux influences extérieures ; lui détruit, l'homme n'est plus un homme.
Voyons-nous qu'il , en soit ainsi ? Est-ce que cette connaissance réfléchie du moi existe chez les races inférieures, si elle n'existe pas chez les animaux? Nous ne prétendrons jamais que ceux-ci jouissent d'une telle faculté : c'est efle qui nous a faits ce que nous sommes; mais nous demandons si on a bien prouvé que toutes les races la possèdent. Nous n'accordons pas à l'orang les idées innées comme F. Cuvier (2), mais nous nous souvenons que certains philosophes les ont refusées à l'homme.
(1) « Si par lui (le moi), vous comprenez la coiiscience, « c'est-à-dire Tâme se percevant, se connaissant elle-même, « il est évident que l'homme jouit seul de cette faculté. Si par « le mot moi, au contraire, vous voulez exprimer la perception « individualisée, Tunité dans l'ensemble, la concentration des « facultés en un seul point, sentant, jugeant et voulant, l'ani- « mal suplérieur a un moi, c'est-à-dire un sensorium commune, « un centre où viennent aboutir les sensations et d'où partent K les volitions : le moi le fait un, il est son summum ontologi- « que. » Maire, Société havraise d'études diverses. 185o-1856. p. 137.
(2) Cf. Annales du Muséum d'hist. naturelle, t. XVI, p. 58.
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a L'animal n'a pas d'idée de droit, de devoir, pas « d'idée de Dieu! » (1); soit, mais on cite des races qui n'ont pas même un mol approchant pour exprimer ces idées. A ces races inférieures, nous retournons les lignes suivantes, écrites des animaux, et nous prétendons qu'elles ne sont pas appliquées à tort. « Les idées, les pensées abstraites sortent de leur « domaine, le passé, celui qui a précédé leur nais- « sance, l'avenir, celui qui suivra leur dissolution « ne les préoccupent pas, le présent est tout pour « eux; ils ne se demandent point : D'où viens-je? « que suis-je? où vais-je? et ils n'ont aucune idée « de la Divinité, apanage derhomme(Manc),fonde- « ment de sa moralité (2). »
Nous verrons plus bas que l'idée de Dieu est loin d'être générale sur la terre. L'on peut .citer également certains peuples ou du moins certaines peuplades fort peu soucieuses de leurs destinées à la surface de notre planète. L'/sa^eZ/e trouva une tribu eskimau qui se croyait le seul peuple de la terre; et son abandon ne pouvait cependant remonter bien loin, puisque, peu nombreuse, elle subsistait encore, puisque le sang n'avait pas encore eu le temps de s'user par alliances réciproques.
■ (!)• Maire, Société havraise d'études diverses, 18o5-1856. (2) Maire, loc. cit., p. 147. — On peut. faire le même rapprochement avec un passage à peu près semblable de Mauper- Ixxis, Essai philosophique sur Vâme des bêtes. Amsterdam, 1728, p. 134. — Voy. encore Locke, liv. 11 , chap. ii, § 57.
Nous ne dirons pas comme Broussais (1): « Oui, « Messieurs, l'impulsion versl'idéaliléjverslavénéra- « tion, vers l'espérance, tout cela existe chez lesani- « maux ! » Nous pensons qu'on peut dire : « Rien de « tout cela n'existe chez certaines races d'hommes. »
Bayle, Maupertuis (2), M. Flourens ont tour à tour signalé combien il est difficile de préciser une limite, de dire où s'arrête l'intelligence des animaux, où commence celle de l'homme. A nous, cette hmite échappe, en tant que séparant deux termes spécifiques; nous ne voyons qu'un tout continu sans point d'arrêt, sans démarcation tranchée. — Pas plus que l'organisme d'un mammifère quelconque n'est séparé par une limite infranchissable de l'organisme d'un autre. — L'unité de composition est la condition de toute harmonie, la règle nécessaire de la Nature. Seulement, des facultés qui, chez les animaux supérieurs, ont une grande extension, et possèdent même la propriété singulière de s'agrandir à l'infini, sont confinées chez les animaux inférieurs, en un cercle étroit, restreint, en dehors de notre atteinte, et dont elles ne peuvent sortir jamais (manquant d'organes suffisants ?).
Mais partout de même nature, partout semblables ! r— « La vie est une, et vous l'avez parta-
(1) Cf. Bérardj Cours de physiologie, Pan'is, 1848, 1. 1, p. 374.
(2) Essai philosophique sur l'âme des bêtes. Amsterdam, 1728, p. 93.