CHAPITRE VII
Traitement
Nous croyons avoir montré qu’au début, il n’est pas possible de distinguer une pneumonie abortive d’une pneumonie ordinaire. Le traitement doit donc être le même dans les deux formes, et par suite nous nous abstiendrons de reproduire ici ce que chacun trouvera décrit tout au long dans les livres classiques.
Qu'il suffise de savoir que le traitement s'adresse bien plus à l’état général qu’à l’état local, bien plus aux symptômes qu’à la maladie elle-même.
Et comme dans la pneumonie abortive, les symptômes locaux et généraux sont dans presque tous les cas de nature bénigne et n’inspirent pas de craintes sérieuses vis-à-vis du malade, le plus souvent, il n’y a pas d'indication particulière à remplir, et l’on peut se contenter d’une expectation déguisée au moyen de laxatifs, bouillons, eau vineuse, boissons émollientes, etc.
Nous croyons que c’est à peu près tout ce qui a été institué comme traitement chez nos malades, excepté dans quelques cas particulièrement rares.
M eee
M. Lépine est absolument du même avis: « En supposant, dit-il, qu’on soit assez habile pour reconnaître qu'une pneumonie sera abortive, la meilleure chose à faire est de s’abstenir de tout traitement actif. »
Mais ici, une question se pose d'elle-même. Puisqu'il est admis que la pneumonie abortive est moins grave que la pneumonie ordinaire, ne pourrait-on pas, au moyen d’une médication appropriée, arrêter l’évolution de la maladie?
Certains auteurs l’ont prétendu, et aujourd’hui encore des médecins distingués soutiennent que, pour la pneumonie comme pour la fièvre typhoïde, certains médicaments ont la propriété de s'opposer au développement normal de l’affection.
Autrefois, où l’on regardait la pneumonie comme une affection locale, la saignée était considérée comme le remède par excellence pour arrêter la marche de la maladie. Maintenant, il est admis que la saignée, loin d’être aussi favorable qu’on l'avait cru, peut, en affaiblissant l'organisme, provoquer le passage de la phlegmasie à l’hépatisation grise.
Sans nier que la saignée puisse être utile dans certains cas de congestion pulmonaire très intense, elle ne doit pas être regardée comme un moyen propre à interrompre le cours d’une pneumonie. Grisolle déclare, lui aussi, que « jamais la pneumonie ne peut être jugulée par des émissions sanguines faites le plus largement possible ».
Wunderlich regarde cette méthode comme un moyen purement empirique qui ne peut donner de bons résultats.
Le tartre stibié a eu son moment de vogue, lui aussi; mais, comme pour la saignée, on a reconnu qu’il ne pouvait avoir aucune action abortive sur la pneumonie, et que même il ne devait plus être employé que dans certaines conditions bien déterminées.
Les autres médications, à part peut-être les antipyrétiques,
n'ont jamais été considérées sérieusement comme pouvant amener une défervescence précoce de la température dans la pneumonie.
Que dire des injections intra-parenchymateuses de M. Lépine ? Il est bien probable qu’elles donneront des résultats analogues à ceux des injections antiseptiques pratiquées chez les phtisiques et qu’elles partageront le même sort.
Etant donnée la marche typique de la pneumonie, il ne parait pas logiquement possible d'admettre cette influence abortive du traitement.
Du reste, notre maître, M. le professeur Bernheim, a fait dans son service de nombreuses expériences à cet égard, avec toutes les substances réputées abortives, et jamais il n’a noté un raccourcissement marqué dans la durée de l'affection.
M. Hanot (1), dans sa thèse d’agrégation, regarde également cette méthode comme absolument inefficace : « La pneumonie, dit-il, est une maladie cyclique, dont nulle médication ne peut suspendre le cours. Considérée dans son type le plus régulier, dans sa forme la plus favorable, abandonnée à sa seule impulsion, elle débute brusquement, finit de même, sans convalescence sérieuse dans un espace de temps qui varie de cinq à neuf jours. Il arrive même quelquefois qu’elle avorte spontanément avant le cimquième jour.
«Il est certain que ce rapide retour à la santé a été souvent attribué à la médication, et qu’il a plus fait pour l’émétique que Rasori et Broussais pour la saignée. Il n’y a point de médication qui jugule, qui coupe la pneumonie aiguë, qui lui soit ce que la quinine est à la fièvre intermittente. »
1. J. HaNoT. — Du Traitement de la pneumonie aiguë. Thèse d’agrégation. Paris, 1880.
LA
L lis LEE =
CT 4 Se pan M ==
Tr den bé Lei Las tr
Conclusions générales
1° La pneumonie est abortive en moyenne une fois sur huit.
2° Dans nos observations elle a fait sa défervescence cinq fois dans le courant du deuxième jour, huit fois dans le courant du troisième, et sept fois dans le courant du quatrième.
3° La pneumonie présente la forme abortive à tous les âges, et peut-être plus fréquemment chez le vieillard.
4° Ces formes abortives nous ont paru être remarquables par la bénignité des symptômes.
5° La pnenmonie abortive peut présenter des rechutes et des complications.
6° Le mode d’invasion, la symptomatologie et la défervescence ne différent pas sensiblement dans les formes communes et écourtées, de sorte qu’il n’est pas possible de dire au début si une pneumonie sera abortive.
7° Le sexe, la température, l’épidémicité, le traitement, ne paraissent pas avoir d'influence marquée sur l’abortivité de la pneumonie.
Vu : Vu et permis d'imprimer :
Le Président de la thèse, Nancy, le 48 juillet 1889. BERNHEIM. Le Recleur,
E. MOURIN.