OBSERVATION XX
Pneumonie des lobes inférieurs des deux poumons. Diarrhée chronique. Première pneumonie. Durée entre deux et trois jours ; après un jour et demi, première rechute durant 24 heures ; après deux jours, deuxième rechute durant 12 heures ; épanchement pleurétique consécutif. Asyslolie. Mort. (MM. BERNHEIM et PARISOT) [Rev. méd. de l'Est, 1889).
Le nommé Houot (Pierre), âgé de 69 ans, jardinier, entre à l'hôpital civil, salle XI, lit n° 2.
Il est atteint d’une diarrhée chronique entretenue par une alimentation défectueuse (7 ou 8 selles diarrhéiques par jour), et présente un léger œdème cachectique. Les bruits du cœur sont normaux, la respiration nette avec quelques ronchus et sibilances disséminées ; il n'existe pas d’albumine dans l’urine. Get état s'améliore un peu sous l'influence d’un régime sévère et d’un traitement énergique ; le malade se lève dans la salle et se trouve bien, quand le 8 décembre, à midi, il a un frisson et grelotte pendant 4 heures: au bout de ce temps, il se couche et ressent un point de côté à droite ; le matin de ce mème jour, il avait moins d’appétit que de coutume.
9 décembre. — II perd complètement l’appétit et reste alité ; il a du subdélire, et vers le soir, en voulant descendre de son lit, il tombe en se faisant une plaie de 10 centimètres environ au sommet de la tête.
10 décembre (matin). — Temp... 3802 ; pouls, 88.
Facies assez coloré, pas de délire, langue nette. Pas de dyspnée: expectoration rouillée, visqueuse, assez abondante.
A l'examen du thorax, en avant, sonorité et respiration normales.
En arrière. — À gauche, inspiration nette, expiration soufflée dans la fosse sus-épineuse. Respiration nette dans la fosse sous-épineuse, nette aussi à la base.
A droite, inspiration rude, expiration un peu prolongée dans la fosse sus-épineuse ; dans la fosse sous-épineuse, et à la partie supérieure de l’aisselle, râles sous-crépitants très nets ; respiration rude dans la région interscapulaire ; respiration obscure avec quelques râles sous-crépitants moins nets à la base.
À droite, matité à la base depuis l’angle de l’omoplate et se continuant dans l’aisselle. À gauche, sonorité. Bruits du cœur nets, sans souffle.
Traitement : potion thébaïque, potion de Tood.
Soir : Temp., 88°4; pouls, 100.
11 décembre (matin). — Temp., 372; pouls, 84.
Expectoration visqueuse, rouillée. L’examen bactériologique révèle la présence de pneumocoques. ;
La matité persiste à la base droite, avec râles sous-Crépitants à ce niveau ; gros ronchus disséminés.
12 décembre (matin). — Temp., 37°2 ; pouls, 76. Langue nette.
À droite, submatité à l’angle de l’omoplate, matité à deux travers de doigt au-dessous. À ce niveau, râles crépitants de retour, expiration. soufflée, gros ronchus disséminés. Ë
Soir : Temp., 3804 ; pouls, 84.
13 décembre (matin). — Temp., 878; pouls, 92. Langue nette ; deux selles diarrhéiques hier. ù
Expectoration visqueuse, renfermant quelques crachats rouillés et d’autres franchement sanguinolents.
Durant la nuit dernière, point de côté à droite, frisson.
En arrière. — À droite, matité compacte depuis l’angle de l’omoplate jusqu'aux dernières côtes, avec douleur à la percussion. Dans toute cette étendue, souffle avec râles sous-crépitants ; murmure vésiculaire affaibli au niveau des derniers espaces.
Soir : Temp., 874; pouls, 92.
14 décembre (matin). — Temp., 3704; pouls, 92.
Même expectoration, mêmes signes à l’auscultation. Langue nette ; a bien dormi pendant la nuit dernière, et ce matin a pris son déjeuner avec appétit.
Soir : Temp., 37° ; pouls, 92.
15 décembre (matin). — Temp., 372 ; pouls, 92.
Expectoration encore rouillée. Persistance des signes fournis par la percussion et l’auscultation à droite. Respiration nette à gauche.
La diarrhée persiste (3 à 4 selles diarrhéiques).
Soir : Temp., 392 ; pouls, 68. Frisson à 3 heures de l'après-midi.
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16 décembre (matin). — Temp., 374; pouls, 72.
En arrière. — À droite, on perçoit toujours la respiration soufflée avec les râles sous-crépitants et l’affaiblissement du murmure vésiculaire dans les derniers espaces.
À gauche, à la partie inférieure de la région axillaire, on trouve un fover net de râles crépitants. Expectoration couleur abricot.
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Soir : Temp., 374: pouls, 72. Le malade se trouve bien.
17 décembre (matin). — Temp., 876; pouls, 80. Expectoration ayant sensiblement le même aspect.
En arrière. — A droite, mêmes signes à l’auscultation. À gauche, encore quelques râles crépitants vers le bord postérieur de Vaisselle. Soir : 3702 ; pouls, 84.
18 décembre (matin). — Temp., 868; pouls, 80. Expectoration assez abondante, légèrement rougeûtre.
En arrière. — À droite, respiration nette au sommet. Respiration obscure à la base avec râles peu distincts. Pas de, retentissement de la voix ni d’'égophonie. Matité persistante à ce niveau.
À gauche, encore quelques râles crépitants. Bruits du cœur nets.
Les jours suivants, le pouls augmente de fréquence ; il devient petit, irrégulier, inégal, oscille parfois entre 100 et 140 ; le malade s’æœdématie ; les potions de digitale n’ont pas d’action.
L’épanchement augmente à droite; on constate en effet, le 28 décembre, jour de sa mort, de la submatité dans la fosse sous-épineuse, et de la matité depuis l’angle de l’omoplate jusqu’à la base. A la partie inférieure de la fosse sous-épineuse, respiration scufflée, lointaine, avec retentissement de la voix sans égophonie ; à la base, absence complète de vibrations thoraciques. Le pouls se perçoit difficilement à la radiale, 104%. La pointe du cœur bat au 6° espace, à un travers de doigt en dehors du mamelon, le choc se perçoit aux 6°, 5°, 4e espaces et se propage à l’épigastre; les bruits du cœur sont faibles et tumultueux, sans souffle distinct; es veines du cou sont un peu dilatées. Œdème des mains, de la partie inférieure des avant-bras et des jambes : 4 ou 5 selles diarrhéiques. Le malade succombe le 28 décembre au soir.
A l’autopsie. — On constate un épanchement avec épaisissement de la plèvre. Le poumon gauche est congestionné et présente, vers la partie moyenne du lobe inférieur, un noyau gros comme une noisette, granuleux, dur, mais ne plongeant pas. À droite, les lobes supérieur et moyen sont congestionnés et crépitants, le lobe inférieur est carnifié.
Le muscle cardiaque est mou: il existe de l’athérome artériel ; on trouve de plus un goitre plongeant, volumineux (grosseur d’une orange), comprimant les vaisseaux et les nerfs.
L'intestin grêle est congestionné, le gros intestin a une teinte ardoisée, sa paroi est fortement épaissie sans ulcération ; le calibre du colon est diminué.