‹ De la poésie populaire en ProvenceChapitre 4 sur 4 · SUPPRIMÉ EN Î · texte numérisé non relu

SUPPRIMÉ EN Î

Sur l'air : Dins Avignon , etc.

De dedins Aix , Loti jour de san Jirome, (1) Es arriba un gentilhomme, Son nom vous diray ;

Yen d'Avignon ; Porte de bellei lettre Dedin son pouchon ;

A demanda , Quan es ista à la porte , Moussu de Montcla.

D'abord l'y à dit :

— Prene leou voste canne , Ana vous en à Bourganne ; (2) Aqui restarès

Et plantarès De caulets, de salade,

Tant que voudres ;

Et puis farès De grandes remonstrances A vostei variés.

Moussu la Tour (3) Eisso change de face , Se vei plus aucune trace

De voste grandour ; Non sias plu ren Et dedin la Provence Ny en parlamen ;

Moussu le Noir Vous a fa la moustache

Sen gin de razoir.

Sieur Castillon , Qu'in changeamen de scène , A la fin portes la peine De ta rébellion ; As blasphéma Souven contro la gleyse Dins tes imprima ; Lou ciel te pouD.

Ah ! malheur quau regimbe Contre l'aiguillon. (4)

Fier Pari amen , Qu'hausaves tan la teste } Sies tomba de ta bestie Dedins un moumen ; La ville d'Aix À vis sensou te plaigne Ton damier baday ; (5)

Tan entarra Et à tei funeraille Degun n'a ploura.

Nous avons trouvé cette chanson dans un recueil de pièces détachées conservées à la bibliothèque d'Avignon. Nous reproduisons l'orthographe du manuscrit , quelque irréguliëre qu'elle soit, parce qu'elle peut mettre sur la voie du pays où la chanson a été composée.

(1) L'édit qui supprimait le Parlement fut enregistré le 1er octobre 1771, à huit heures du matin. Il fut porté par le sieur marquis de Rochechouart. lieutenant général des armées du roi, commandant en chef dans son pays et Comté de Provence, Avignon et Comté Venaissin , assisté du" sieur Lenoir, conseiller du roi en ses conseils, maître des requêtes ordinaires de son hôtel, qui arrivèrent à Aix le 30 septembre, jour de la fête de saint Jérôme. — Registre de la Commission, Mil. Biblioth, d'Aix, 962.

(2) A l'issue de la séance d'enregistrement tous les magistrats reçurent une lettre de cachet qui les exilait dans leurs terres et ne leur laissait qu'un délai de quarante-huit heures pour quitter la ville. Le procureur général Ripert de Monclar dut se retirer à son château de Bourganne, à Saint-Saturnin-lès-Apt, où il mourut le 12 février 1773, pendant l'exil du Parlement.

(3) Des Gallois de la Tour, reçu premier président le 14 mai 1748. Il reprit son siège lors du rétablissement du Parlement en 1775, et le conserva jusqu'à ^abolition des Cours souveraines. On assure, ait M. Charles deBibbe, qu'il devint simple juge de paix. — Pascalis , page 320.

(4) Leblanc de Castillon fut obligé, en qualité de premier avocat général, de présenter à l'enregistrement l'édit de suppression par très-exprès commandement du roi. « Il le fit. dit l'abbé Coriolis, dans un discours fort touchant qui attendrit tous les auditeurs. »Ses luttes pour le maintien des maximes de l'Eglise gallicane sont connues et c'est à elles qu'il est fait allusion dans ce couplet, il fut nommé procureur général le 30 mars 1775.

(5) Le peuple d'Aix qui s'était mis en révolte toutes les fois que le pouvoir royal avait voulu toucher au Parlement, vit avec indifférence le changement qui s'opérait; les hautes classes, au contraire, l'accueillirent avec joie, s'il faut en croire une relation manuscrite faite par l'abbé Coriolis et conservée à la bibliothèque d'Aix. Notre chanson vient à l'appui de cette opinion. Mais le Parlement- Maupeou devint bientôt impopulaire témoins les cris de joie , les illuminations, les bals, les députations des ordres et des communautés qui signalèrent le retour de l'ancien Parlement. On assure même que la haine qu'il avait inspiré amena la démolition de l'ancien palais Comtal. les vieux parlementaires ne voulant plus siéger dans des salles qu'avaient occupé des intrus. — Roux-Alphéra.n, Hues d'Aix, I, 15.

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