‹ De la politique dans ses rapports avec la morale, essai sur la République de PlatonChapitre 20 sur 36 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

SouMAiEE : Que la base de la Justice est dans la vérité des dogmes qui enseignent la raison dernière des choses, et le but de la destinée humaine. — De l'existence de Dieu.

11 ne suffit pas d’opposer le plan d’un État parfait , séjour idéal de la paix et de la justice , aux sociétés que troublent l’égoïsme, l’iniquité, la discorde. Il faut confondre ceux qui refusent de s’incliner devant la justice , en montrant qu’elle émane de celui qui est la raison dernière de toutes choses.

Si les sociétés humaines se consument dans des révolutions stériles , entre les factieux qui ne rêvent que l’anarchie, et les usurpateurs qui convoitent à leur profit la souveraineté nationale ; si les peuples se détournent de la perfection ; si l’injustice habite tous les États de la terre , c’est que les hommes ne se sont point élevés jusqu’à l’intelligence de ce principe absolu, nécessaire et universel, qui est la garantie tutélaire des institutions positives, la sanction suprême des lois écrites , la sauvegarde de l’ordre social ; c’est que la vérité n’a pas encore établi son empire dans les âmes , forcé les convictions et affermi la discipline. « La science du droit «naturel, dit Leibnitz, est trop sublime et trop » parfaite pour mesurer tout aux avantages de cette

• vie présente Dans la science du droit , si l’on

» veut donner une idée pleine de la justice hu-

• mai ne , il faut la tirer de la justice divine comme » de sa source (1). » 11 ne suffit pas, en effet, de dire aux hommes : Ceci est le bien, ceci est la justice et la règle ; peuples , prosternez-vous. La législation , dont l'esprit n’est point passé dans les croyances jiationales , manque d’autorité comme de sanction , car toutè sa vertu est dans sa conformité manifeste avec la justice absolue : elle ne peut dompter les volontés, sans s’imposer aux consciences , comme l’expression fidèle et rigoureuse d’un dogme sacré que chacun révère.

Dans notre République , par exemple , on veut obtenir des riches , dans l’intérêt de la chose publique , le sacrifice de leurs biens et de leur fortune. Le pourra -t-on avant d’avoir déraciné de leur âme toutes les passions égoïstes, avant d’avoir converti leur raison et leur cœur au culte de l’égalité, au mépris des vanités de ce monde? Ne dites pas : On exigera qu’ils se dépouillent au nom de la loi. Si cette loi leur semble injuste, ce n’est plus qu’une odieuse tyrannie; vous inaugurez par l’oppression , par la violence , ce règne promis de fraternité et de paix ; vous conviez les pauvres à l’usurpation, vous provoquez les riches à la résistance.

Une révolution dans les idées est donc le prélude nécessaire de tout changement dans l’organisation

(I) Jugement d'un aiionyiiie sur le Traité des devoirs et des droits de l’homme, par PulTciulurf.

de rÉtat ; contre les préjugés invétérés , les préventions opiniâtres , les défiances passionnées des partis, le plus grand législateur est impuissant , s’il ne marche d’accord avec le sens moral et la conscience universelle. Comme il faut croire au bien pour le pratiquer , toute réforme sociale veut être volontairement acceptée, soutenue de l’assentiment unanime et de la foi du peuple dans le progrès. Quant à ces vulgaires réformateurs que l’histoire nous montre un moment servis par le hasard, leur œuvre est toujours fragile et leur empire éphémère , car tout ce que la force a fondé périt tôt ou tard par la force : le temps ne respecte que ce qui s’appuie sur la base éternelle de la raison.

• Mais quand nous aurons découvert l’essence de

* la justice, exigerons-nous que l’homme juste ne » diffère en rien de la justice elle-même? »

« Sera-t-on moins bon peintre, si , après avoir » dessiné le plus beau type d’homme , et tracé sur

• la toile un modèle parfait, on ne prouve pas » qu’un homme semblable puisse exister (1) ? »

Qu'il nous suffise de montrer comment un État peut s’approcher de la perfection idéale , sans subir des changements trop considérables qui mettraient son existence en péril , et ruineraient l’édifice qu’il faut redresser. Les principes absolus doivent être modifiés dans la pratique de la vie, et il est impossible de réaliser exactement les conceptions de l’esprit.

•■Or, dit Platon, j’espère prouver qu’un seul

(1) Plat.f p. /'i73, a, 6,0, d.

> changement sullit pour atteindre au but. Ce n’est

> pas une petite chose ni une chose facile , mais

> elle est possible (1). »

J’entends déjà se récrier la foule bruyante des railleurs, gens légers, frivoles, irréfléchis, qui s’arrêtent à la surface des choses , et ne considèrent que l’extérieur de la pensée ; ils s’apprêtent à épuiser sur nous les traits de leur moquerie ; mais la vérité dédaigne ces vains outrages : « Dussé-je » être comme submergé sous le ridicule , je vais » parler : écoute-moi :

« Tant que les philosophes ne régneront pas, ou que

• ceux qu'on nomme aujourd'hui rois et souverains

• ne seront pas véritablement et sérieusement philo- » sophes, tant que le pouvoir politique et la philo-

• Sophie ne se trouveront point unies dans un homme ,

• il n'est point de remède aux maux des États ,

> aux maux du genre humain ; jamais la Bé- » publique dont nous avons tracé le plan ne » pourra naître et voir la lumière du jour. Voilà ce » que depuis longtemps j’hésitais à dire, prévoyant » bien que je révolterais l’opinion (2). »

Nous avons froissé par nos discours ceux qui portent sur toute chose un jugement superficiel, ceux qui se font une idée vague ou fausse de la philosophie, confondant sous le même nom la vraie science et les rêveries, le sophisme et la vérité. Expliquons ici « quels sont les philosophes dont nous osons dire qu’ils doivent régner (3). »

(1) Plat., p. 473, c, d.

(1) Ibid., p. 474, O, b.

(3) Ibid., e.

110 DIBU, FONDEMENT DE Lk JUSTICE.

S’il fallait désigner sous ce nom tous ceux qui se portent avec ardeur vers les sciences , insatiables de connaître et d’apprendre, il y aurait, j’imagine, un grand nombre de philosophes. Discernons donc le vrai sage de celui ,qui a l’apparence de la sagesse : car entre l’homme qui sait contempler l’essence des choses, s’élever à la conception de ce qui doit être , et celui que borne l’élroit horizon des faits, il n’y a guère moins de distance qu’entre le rêve et la réalité ■ « Soit qu’on dorme ou qu’on » veille , prendre la ressemblance d’une chose pour » la chose même, c’est rêver (!'. »

S’il n’était point de milieu entre la science qui aspire à l’être et l’ignorance qui se perd dans le néant, on ne verrait pas à côté de la saine philosophie une philosophie menteuse dont la parure empruntée fait illusion (2). Mais entre la vérité rigoureuse et l’erreur grossière se place souvent l’opinion probable, la conjecture , moins obscure que l’ignorance absolue , moins distincte et moins lumineuse que la science ; image fidèle de ce monde qui nous entoure , et de la contradiction inhérente à toutes les choses finies.

Considérez , en effet , les créatures qui peuplent cet univers : voyez le monde et les choses sensibles : tel objet vous paraît grand ou petit . telle chose est à vos yeux juste et belle : mais

(1) Plat., p. &7B, e, d.

(3) Ibid., p. 403, a, b, c ; p. A37, a, b.

DIEU, FUNDEMEiST DF. LA, JUSTICE. 111

ce que vous trouvez grand me semble petit , je trouve injuste et laid ce que vous trouvez juste et beau. Lequel de nous a raison ? Tous les deux , sans doute ; car, si l’on ne cherche au-dessus des données sensibles quelque principe immuable, tout jugement est relatif, toute opinion probable, toute affirmation conjecturale (1). Voyez l’homme lui-même, et vous le trouverez à toute heure en révolte contre lui-même. On vous dira qu’il garde son identité depuis le berceau jusqu’à la tombe : vaine parole que démentent les phases mobiles de l'existence. Ne le voyez-vous pas changer sans cesse, sans cesse mourir et renaître dans sa substance , dans sa chair, dans ses os, dans ses mœurs, ses idées , ses désirs , dans son corps comme dans son âme (2) ? Que sert à l’âme d’être de la nature de ce qui est divin et impérissable ? Enchaînée à la matière comme un vivant à un cadavre , le poids du corps l’entraîne vers ce qui est changeant et périssable. Elle a le vertige , elle chancelle et tombe (3).

Toute connaissance qui s’enferme dans ce domaine de l’observation sensible et de l’empirisme est mobile et contradictoire comme la source d’où elle émane (4). Celui qui s’y arrête « ne peut avec » certitude ni affirmer, ni nier , ni choisir entre les » deux , ni s’abstenir de l’un et de l’autre. » 11 ne mérite pas le nom de philosophe , puisqu’il u’ap-

(1) Plat., p. 523 et sqq.

(2) Ibid., p. 207, c, d, e.

(3) Ibid., p. 519, a, b, c.

(5) Ibid., p. 533 , c, d, e.

112 DJBO, FONDEMENT DE LA lUSTICE.

plique son intelligence qu’à cette multitude con* fuse d’objets insaisissables «qui roulent pour ainsi » dire entre le néant et l’être (1) , » laissant flotter l’esprit entre l’évidence et l’erreur. Ceux-là seuls qui s’attachent à la contemplation des choses immuables et absolues sont dignes d’être appe lés philosophes. Portant sans cesse leurs regards sur l’exemplaire éternel de la vérité , ils savent appliquer aux choses d’ici-bas les règles éternelles de la justice , qui réside dans une nature étrangère aux erreurs de l’humanité (2). S’ils aiment la science , c’est parce qu’elle leur révèle un être parfait, « inaccessible aux vicissi- » ludes de la génération et de la corruption (3) ; » ils aspirent à embrasser dans leur pensée « l’universalité des choses divines et humaines (4). • Comment ne serait-il pas salutaire pour les hommes d’être guidés par la sagesse de celui qui vit dans le commerce de Dieu? Comment cet homme divin , « qui s’efforce d’imiter et de re- » produire dans son âme l’ordre parfait de la nature » céleste (5) » serait-il un mauvais maitre pour ses semblables , « s’il était chargé de faire passer cette » perfection dans les mœurs et le gouvernement » des hommes, au lieu de ne corriger que lui- » même (6)? »

(1) Plat , p. 484, 6, c, d.

(2) Ibid., p. 485, b, c.

(5) Ibid.

(4) Ibid., p. 4B6, a, b.

(5) Ibid., p. .500, d, e.

(6) Ibid., p. SOI, a.

Pour que cette révolution devienne possible, pour que le règne de la philosophie soit salué de tous comme un bienfait , il faut faire comprendre aux citoyens qu’ils sont misérables , que' leur pensée est obscurcie par l’erreur, et leur cœur humilié par les passions, tant qu’ils ignorent la vérité suprême (1). Platon s’attache donc à montrer comment les âmes frivoles ou dégradées s’éveillent de l’engourdissement où les a retenues l’empire des sens et des préjugés, l’influence de l’habitude et de la mauvaise éducation. Il nous donne le spectacle de la pensée humaine doucement conduite à secouer sa torpeur et volontairement amenée jusqu’au seuil de la philosophie (2). 11 enseigne à ceux qui dédaignent la science , ou désespèrent de l’atteindre , que tout homme peut l’espérer et la doit souhaiter, que la solution du problème de la destinée humaine n’est point un luxode l’intelligence, niais la première nécessité de la vie.

11 yadaiis lasociétédeux typesdc l’ignorance (3) : ceux qui croient tout savoir et ceux qui désespèrent de rien apprendre.

Les premiers possèdent la demi-science pire que l’ignorance : comme ils n’ont jamais regardé les choses en elles-mêmes, mais seulement les apparences des choses qu’ils prennent pour la réalité, leur esprit crédule les rend esclaves del’opinion. Les seconds, enchaînés de bonne heure à des fonctions grossières et assujettissantes, n’ont eu ni le loisir ni

(1) Plat., p. 402, a, b, e, d.

(2) Ibid., p. 533, c, d, e,

(3) Ibid., p. 519 et sqq.; p. 70 etsqq.

11& DIEC, rONDEUBNr DB LA JUSTICE.

les ressources nécessaires pour apprendre ; sentant leur esclavage , leur dégradation , ils se sont découragés, ont perdu le respect d’eux-inêmes , et vivent dans une sorte d’abrutissement. Ni les uns ni les autres ne sont sur le chemin de la vérité. Comment celui qui doute de tout, comment celui qui ne doute de rien chercherait-il la science ?

Le jour où l’homme, se manquant pour ainsi dire à lui-même , est effrayé des ténèbres qui l’environnent, dégoûtée des illusions, des demi-clartés, l’âme connaît et déplore son ignorance ; la soif du vrai s’empare d’elle et la tourmente sans relâche (1) . Tel est le vrai point de départ de la science : cette savante ignorance dont parle Pascal (2), et dont Socrate se faisait gloire avec son éloquente simplicité : « Je sais beaucoup déjà , car je sais que je ne » sais rien (3). »

Ce trouble intérieur qui pousse l’homme à la méditation, ce doute philosophique, n’est point l’œuvre du hasard. Il naît de la contradiction essentielle aux créatures qui éclate partout dans cet univers : en effet , nous ne voyons rien dans ce monde qui ne soit infiniment éloigné de la perfection divine; et d’un autre côté, la nature ayant gravé l’image de son auteur dans toutes choses, il n’en est pas qui ne participent plus ou moins de la perfection souveraine du Créateur.

C’est ce qui nous fait d’abord flotter dans l’incertitude , incapables « desavoir certainement et tPigno-

(1) Plat., p. 316 et sqq.; p. 518, a, 6, c.

(5) Paccal, /'en.téai , i il. Faugère, l,p. 180. (:i) Pial., p, 22, a, b.

» rer absolument [\). » Tant que le sens de cette contradiction nous échappe , elle nous dérobe la vue de l’être parfait et de la cause suprême , au lieu d’inviter notre intelligence à chercher, au-dessus du monde , la lumière qui dissipera toute obscurité (2). Alors le découragement s'empare de nous : revenus à nous-mêmes, nous sommes épouvantés de notre faiblesse : à la confiance présomptueuse succède le désespoir , et du sentiment de notre ignorance nous sommes prêts à tomber dans le scepticisme. Comment sortir des ténèbres qui nous environnent? Comment chercher ce qu’on ne connaît pas? Et quand le hasard même offrirait à nos yeux cette vérité que nous poursuivons sans espoir, à quel signe la reconnaître ?

Platon rassure la raison alarmée (3) en montrant que son doute même atteste la puissance de discerner la vérité de l’erreur , et contient un élément <le certitude infaillible. 11 n’imite point les sophistes qui font trafic de leur vaine science , et vont partout offrant la sagesse à l’ignorant, comme les médecins présentent leurs remèdes au malade (û). Que servent ces promesses illusoires? L’intelligence ne peut recevoir la vérité toute faite (5). Se développant par des efforts successifs , elle crée laborieusement toutes ses richesses : c’est là le signe de sa force. Nous acquérons lentement les idées.

( 1 ) Pascal, Peruêts, éd. Faugirc, l. 11, p. 71. (7) Platon, p. 523, a, b, c, J.

(3) Ibid-, p. 535, (/, e.

(a) Ibid., p.i93, a, b, c,d.

(5) Ibid., p. 518, d, e.

qui nous manquent , parce qu’il nous faut découvrir, par degrés, le lieu qui les unit aux idées qui nous sont connues : à cette condition seulement elles sont intelligibles et légitimes pour notre raison. Or, si toute proposition que l’on veut prouver en suppose d’autres qui la précèdent , il est clair qu’on doit arriver à des principes premiers , clairs et constants par eux-méraes , qui forment pour ainsi dire le fond même de la raison humaine. En sorte que l’impuissance où l’on est de les démontrer ne vient pas de leur obscurité, mais de leur lumière , de leur évidence naturelle et incontestable, de leur certitude infaillible et universelle.

Il est donc évident que tous les hommes, par cela seul qu’ils sont hommes , possèdent un fonds commun de vérités primitives, source de toute connaissance ; qu’il est au pouvoir de chacun de développer par le travail ces germes féconds, et que l’inégalitédes intelligences ne prouve que la diversité des méthodes ou l’inégalité des efforts. C’est ce qu’entendait üescarles, lorsqu’il a dit au discours de la Méthode , œuvre de philosophie populaire : « La puissance de bien juger et distinguer le » vrai d'avec le faux , qui est proprement ce qu'on » nomme le bon sens et la raison , est naturellement » égale en tous les hommes (1). » Il admet qu’on peut trouver des esprits plus prompts , des mémoires plus amples ou plus présentes , des imaginations plus belles et plus vives ; mais il considère que tout

(I) Descartfs, Dite, de Ui niéth.. Impartie.

homme possède ce qui est l’essence de l’homme et le distingue de la bête, c’est-à-dire la puissance de discerner la vérité de l’erreur, pourvu que sa raison soit conduite suivant la droite voie.

f Pour la raison ou le sens , d'autant qu'elle est

• la seule chose qui nous rend hommes et nous dis- » tingue des bêtes , je veux croire qu'elle est tout en- » tière en un chacun. La diversité de nos opinions

• ne vient pas de ce que les uns sont plus rai- » sonnables que les autres , mais seulement de ce » que nous conduisons nos pensées par diverses » voies (1). »

Même doctrine dans Platon :

« Ce que nous avons établi , dit-il , prouve que la » puissance d'apprendre est innée dans Came, que

• chacun possède l’instrument de la science.... Tout » Cart consiste à chercher la méthode la plus simple » et la plus efficace pour tourner C intelligence vers la

• lumière. La faculté de voir est donnée ; il ne s'agit » que de la diriger. Si l'esprit ne voit pas , c'est qu'il » regarde mal (2\ »

La méthode philosophique de Platon ( la Dialectique) résulte de l’origine qu’il vient d’assigner à la science philosophique. Le doute contient un élément de certitude , car douter, c’est affirmer le désordre et la vanité de nos connaissances. Si l’hoinme ne peut se reposer dans le doute, c’est que rien d’imparfait ne saurait satisfaire sa raison ; c’est qu’une puissance secrète et irrésistible.

(1) Descartes, Disc, de la mélh., l'" partie. (3) Plat., p. 518 , d,t; p. 519, a, h.

une force divine le pousse à s’élever jusqu’à l’être parfait , seul capable de remplir son âme. L’intelligence humaine aspire donc à Dieu : il estlebutde ses travaux. Il est aussi le principe de sa méthode, puisque l’homme ne peut s’arrêter avant d’avoir atteint la perfection absolue dont ce monde est une pâle copie. Tant que l’objet de sa pensée conserve quelque trace d’imperfection , elle conçoit quelque chose au-dessus. Telle est la loi , le progrès constant et régulier de la Dialectique.

La sensation représente le plus bas degré de la connaissance, à cause de la contradiction des données sensibles , impuissantes à porter la certitude dans notre esprit : autour de nous , en nous-mêmes , apparaît la laideur à côté de la beauté, la folie à côté de la sagesse, l’injustice à côté du droit, toute la série des contraires. Un moment déconcerté par le spectacle des oppositions qui troublent le monde (1) , l’homme ne tarde pas à comprendre que nous ne pourrions démêler ces contradictions , discerner le bien du mal , le vrai du faux , le beau du laid, si nous n’avions l’intelligence instinctive de la vraie vérité , de la vraie beauté , du bien et de la justice absolue. Ces types parfaits ne se trouvent point ici-bas, et cependant nous en avons l’idée : ils existent donc hors de ce monde. Tel est le premier pas de la raison vers la science : elle ne voyait d’abord que l’apparence , elle considérait les choses telles que la vie nous les montre, unies à des éléments étrangers, déflgu-

( 1 ) PI»U, p. 521, c, â, e; p. 524,0, b.

DISU, FONDEUEMT DE LA JUSTICE. 119

rées par la diversité des individus et des circonstances (1) : elle définissait le bien, le beau, le vrai, le juste par les personnes et les objets où ils se rencontrent : ou plutôt elle ne pouvait les définir, ne concevant pas ces principes indépendamment de certaines conditions avec lesquelles elle confondait leur essence. Or, aucun acte n’est vertueux par lui-même : il est tel par la présence de la vertu ; et la vertu se manifestant de diverses manières dans les différents actes de la vie, il n’en est point qui la contienne tout entière. Elle n’est pas telle ou telle action en particulier, elle n’est pas la justice, la tempérance, ou telle autre partie de la vertu , puisqu’elle les contient toutes en elle (2). C’est pourquoi la raison conçoit audessus de cet essaim de vertus particulières, l’idéal , le type , Xidée de la vertu : la vertu en soi , une et identique, dégagée de tout élément d’imperfection , notion suprême où l’àme se repose en paix et en sécurité : dès lors le monde , qui lui apparaissait comme un chaos, devient ordre et harmonie, car ces conceptions simples , générales , absolues lui permettent de rassembler, sous la loi de l’unité, la variété confuse des choses sensibles. L’intelligence, la justice , le bien , l’unité , la force, dégagés des imperfections et des limites terrestres, brillent d’une pure lumière et apparaissent à l’homme comme les dieux de ce monde.

Mais il ne saurait y avoir plusieurs dieux , et

(1) Plat., p. S06, c, d, t.

(3) Ibltl., p. 508, a, &,r.

ce n’est point là le dernier ternie de la pensée. La variété de ces essences parfaites atteste qu’elles ne se suffisent point à elles-mêmes : chacune d’elles est un attribut de la perfection , qui suppose le concours de tous les autres. Ces types éternels n’expriment donc point la perfection absolue dont ils représentent seulement les faces diverses (1) : au-dessus d’eux l’intelligence est forcée de concevoir un type unique et souverain , principe dernier de toute existence, Dieu, suprême idéal du bien, qui ne contient pas telle ou telle perfection, mais réalise l’essence même du parfait et la plénitude inûnie de l’être (2).

Platon décrit dans le Banquet ce progrès de la pensée qui s’élève à Dieu : « Celui qui par une » contemplation progressive et régulière de la » beauté est parvenu an dernier degré de l’ini- » tialion, verra tout à coup apparaître l’essence » merveilleuse de la beauté, véritable fin de tous » ses travaux; beauté éternelle, qui ne naît ni ne » périt , ne croît ni ne s’altère , qui n’est point belle

* dans telle partie , laide dans telle autre , belle » dans certain moment, dans certain rapport, dans » certain lieu, laide dans les autres, belle pour

* ceux-ci , laide pour ceux-là ; beauté qui n’a point » de forme visible, un visage, des mains, rien de

* corporel,.... absolument une et immuable en soi ,

» et dont toutes les autres beautés participent en » quelque manière , sans que leur génération ou

(I) Fiat., p. 533, a, b.

(3) Ibid., p. 53a, U, i,c.

» leur destruction lui apporte ni diminution , ni » accroissement , ni altération. »

» O mon cher Socrate , continue l’Étrangère de » Mantinée , si quelque chose peut donner du prix » à celle vie , c’est la contemplation de la beauté » parfaite (1).» Devant elle , tout le reste s’efface et pâlit comme une ombre vaine.

L’intelligence qui s’élève vers l’infini ne laisse au-dessous d’elle que des fantômes, des négations, des limites , et concentre en Dieu tout ce qu’elle peut concevoir de grandeur et de perfection. Dieu est le dernier terme de l’existence et de la pensée.

Il est , dit Platon , dans la sphère des choses intelligibles ce qu’est le soleil dans la sphère des choses visibles. De même que les yeux ne sauraient voir, s’ils ne sont éclairés de la lumière du soleil , la raison humaine ne peut connaître, si elie n’est éclairée de l’idée de Dieu (2).

Bien plus, toute intelligence émane de la sagesse éternelle. Car de même que le soleil ne se borne pas à rendre les choses visibles, mais les féconde et les nourrit de sa chaleur bienfaisante, ainsi Dieu ne rend pas seulement intelligibles les idées absolues, les réalités éternelles , il en est la source suprême , il leur communique l’être et la perfection (3).

Qu’on se figure un captif enfermé depuis sa naissance dans une caverne obscure ; il n’aperçoit

( 1 ) Plat., p. 211, a, b.

(2) Ibid., p. 508 et sqq.'. p. 505, d, e.

(3) Ibid., p. 508 et sqq.

que les ombres de ceux qui passent près de sa retraite, et, ne pouvant concevoir d’autres réalités, il prend ces ombres pour les êtres eux-mêmes (1). C’est l’image de l’homme qui ne s’est point élevé jusqu’à la contemplation de l’être parfait. Esclaves des préjugés, enchaînés par l’erreur et l’illusion, nous ne connaissons de but que nos vains désirs, de règle que nos fantaisies, nous promenons nos souhaits errants parmi ces fleurs qui se flétrissent du matin au soir, nous prenons ce monde imparfait et périssable, pour le dernier terme de l’existence, tant que nous n’avons pas réveillé en nous l’idée du Dieu dont notre âme est l’image. Obéissons à cette force secrète qui nous pousse audessus de* nous-mêmes , en vertu de la conformité de notre raison avec la raison éternelle du Créateur (2). Unissons-nous à ce que l’intelligence conçoit de plus relevé et de plus sublime : Dieu nous appelle , il nous montre le but.

Mais n’allons point, arrivés là, nous perdre dans une stérile contemplation , tout éblouis de cette lumière immense , refuser de redescendre vers la terre, et prendre en pitié les choses humaines? Ce divin ressouvenir doit éclairer et non troubler l’intelligence. Que le philosophe vienne sans crainte au milieu des hommes ; « encore tout ému du » spectacle de la justice éternelle, qu’il discute, » s’il le faut , à leur tribunal , sur des ombres et

(1) Plat., p. 514 et sqq.

(2) O Si Dieu n'existait pas, dit un disciple de Descartes, la pensée pour- > rait concevoir plus que la nature ne saurait fournir. »

» des fantômes de justice (1). » C’est à lui de faire pénétrer la vérité pure et divine dans les institutions de la terre ; son devoir est de cimenter la société des hommes entre eux , par la sainte société de l’homme avec Dieu ; sa mission est de revenir au monde, pour révéler ce modèle achevé de la justice, qu il lui a été donné d’entrevoir. Qu'il parle au nom de Dieu : sa foi et sa conviction passeront dans le cœur des plus incrédules.

« Ceux qui sont ignorants et étrangers à la science • ne sont pas plus capables de gouverner un État que » ceux qu’on a laissés passer toute leur vie dans > la méditation : les premiers parce qu’ils n’ont pas » un but assuré , en vue duquel ils agissent comme » particuliers, comme hommes publics; les se- » conds, parce qu’ils ne voudront pas s’y astreindre, » se croyant transportés de leur vivant même dans » les îles des bienheureux (2) . »

Nous, qui fondons une République, nous pousserons les naturels excellents à s’élever jusqu’à la plus sublime des sciwices, sans permettre qu’ils y fixent leur demeure , qu’ils refusent de redescendre vers «ces malheureux captifs, pour par- » lager leurs travaux , leurs honneurs même , » précieux ou non (3). » Les philosophes sont excusables, peut-être, de se soustraire à l’embarras des affaires publiques, là où ils se sont formés en dehors du gouvernement, et ne sont

(1) Plat., p. 917, d, e.

(2) Ibid., p. 519, r, d, e.

(3) Ibid., p. 520, a, 6.

redevables qu’à eux-mêmes de leur sagesse. Mais vous , leur dirons-nous , vous devez vos vertus à la République qui a dirigé vos premiers pas vers le bien (1). Ne soyez point orgueilleux de votre sagesse ; il est donné à tous de l’acquérir au moyen de l’éducation, puisque l’œuvre de l’intelligence humaine se réduit à découvrir peu à peu les rapports cachés qui unissent une idée, jusqu’alors inconnue, avec les idées qu’elle possédait par avance. Tout , dans l’univers , dépend de principes nécessaires et immuables ; et Dieu ayant donné à chacun de nous la faculté de concevoir ces principes , nous pouvons comprendre et juger les phénomènes qui passent devant nos yeux en comparant ce qui est avec ce qui doit être (2) , soit que nous décomposions une vérité primitive par l’analyse , pour mieux l’embrasser dans chacune de ses parties, soit que nous la pressions en tous sens pour en faire jaillir, par une déduction rigoureuse , les vérités particulières qui y sontcontenues, soilque, par une induction légitime, nous concevions jusqu’aux rapports secrets qui existent entre ce que nous voyons et ce que nous ne pouvons voir. Toute connaissance dépend ainsi de ces vérités innées que la vue du monde sensible réveille en nous , de ces types nécessaires et éternels qui existent au sein de Dieu , et qui rendent raison de la nature , des propriétés et des relations des êtres. Par eux toute existence, toute perfection s’explique en ce monde

(1) Pial., p. 531, a, b.

(3) Ibiü., p. 518, d, ej p. 510, a, 6, r, fl.

comme un reflet de la divine lumière , comme une pâle copie de l'intelligible suprême qui est Dieu. Poursuivre la vérité , la connaissance certaine des choses, c’est en chercher la raison dernière en celui dont élles émanent , c’est les contempler dans leur exemplaire idéal , c’est opposer à la fragile beauté des objets terrestres l’éternelle beauté , à la justice fautive des hommes la justice infaillible et la sagesse infinie.

Ces principes divins ne sont point de stériles abstractions : ils nous enseignent notre destinée , nos devoirs, notre origine et notre fin. Nous nous sentons responsables de nos actions parce que nous discernons le bien du mal et la vérité de l’erreur. Dieu ne se révèle pas seulement à notre raison : sa volonté sainte est gravée dans notre conscience ; et sans ce principe de stabilité et de certitude, la justice humaine ne serait pas. Les lois écrites ne peuvent tirer d’elles-mêmes une force capable de dominer les convictions incertaines : elles sont l’œuvre des hommes qui doutent , qui passent , qui varient : toute loi peut être effacée par une autre loi. Mais la loi de Dieu est permanente , invariable , éternelle; elle a sa force en elle-même puisqu’elle exprime la perfection infinie de l’Être suprême, l’ordre immuable de la Providence, la certitude infaillible de sa sagesse. Ainsi, dans l’État dont nous avons tracé le modèle, la philosophie, fondée sur la notion du Dieu parfait , préside à l’éducation publique, fonde sur une base durable l’unité nationale , la justice civile et politique, assure la concorde et maintient la sécurité publique.

On s’étonne du discrédit où est tombée parmi les hommes celte science des sciences î On se demande pourquoi les philosophes, qui ont vieilli dans la méditation et dans la recherche de la sagesse , s’éloignent de la vie publique et du commerce des hommes, et se rendent inutiles à leurs semblables ? S’il en est ainsi , comment affirmer • qu’il n’est point de remède aux maux des États » tant qu’ils ne seront pas gouvernés par les phi- « losophes (1)? »

Platon répond que la philosophie a été forcée jusqu’à ce jour de fuir le contact d’une politique immorale et dépravée. 11 déplore éloquemment l’étrange traitement qu’on a fait subir aux sages, dans les États où ils vivaient. 11 en accuse le vice de l’éducation : c’est aussi dans l’éducation qu’il faudra chercher le remède.

Supposez un navire dont le pilote observe en silence le ciel et les astres, le souffle du vent, tout ce qui peut servir à guider l’équipage : cependant les matelots se raillent de lui; leur esprit borné s’étonne qu’il regarde le ciel, au lieu de voir ce qui se passe à ses pieds (2) : ils l’écartent donc comme un rêveur et un fou , se disputent entre eux le gouvernail , et s’emparent du vaisseau qu’ils laissent errer au hasard, en grand danger de se perdre sur les écueils. Ainsi, dans les États mal gouvernés, on professe un superbe dédain pour le philosophe , rêveur qui se croit obligé de

(1) Plat., p. 473, d.

(3) Ibid , p. 488.

DIEU, FONDEMENT DE IA lUSTICB. 127

contempler la nature divine pour comprendre ce qui est à ses pieds , pour se rendre compte de la nature de l’homme et du sens de la destinée humaine. Il en résulte que ceux même qui , doués d’une excellente nature, seraient capables d’atteindre la vérité, laissent obscurcir leur intelligence. Désireux de jouer le premier rôle dans leur patrie, ils corrompent la droiture naturelle de leur âme, et caressent les préjugés de la foule. La philosophie, délaissée par ses propres enfants, « se » voit à la merci d’indignes étrangers qui la dés- . honorent (1). » Le sophisme prend la place de la sagesse, et le raisonnement se substitue à la raison.

Que pourrait faire au sein de ce désordre le vrai phisosophe , amant passionné de la sagesse ? « Avant » d’avoir pu rendre quelque service à sa patrie, à » ses amis, il périra, inutile aux autres et à lui- » même , il le sait ; c’est pourquoi il cherche la » retraite , heureux s’il peut vivre ici-bas pur de * toute iniquité , de toute action coupable , et quit- » ter la vie avec une conscience sereine et calme , » et une belle espérance (2). » Retiré en lui-même il se consacre aux méditations solitaires , « re- » garde , comme l’oiseau , vers le ciel , et , indifië- » rent aux choses terrestres, passe ici-bas pour in- » sensé (3). »

Ainsi parlait Bossuet de la religion qu’il voulut éloigner du contact dangereux de la politique :

(1) Plat., p. 495, c.

(2) Ibld., p. 496 , c, d, t.

(3) Ibid., p, 250, (i.

• L’Église, disait-il, est dans le monde comme une

• étrangère. Cette qualité fait sa gloire; elle montre

• sa dignité et son origine céleste lorsqu’elle dé-

» daigne d’habiter la terre Voyageant ainsi

» comme une étrangère parmi tous les peuples du

• monde, elle n’a point de lois particulières tou-

• chant la société politique , et il suffit de lui dire

• ce qu’on dit aux voyageurs, qu’en ce qui regarde » les gouvernements , elle suive les lois du pays où » elle fera son pèlerinage. Tellement que rien ne » lui convient mieux , à elle et à ses enfants , que » ces mots de Tertullien : « Toute notre affaire en » ce monde c’est d’en sortir au plus tôt (1). »

Est-ce bien là le rôle des croyances religieuses ? l’homme n’en doit-il retirer que le mépris des devoirs de ce monde , et le désir prématuré de la vie future ? c’est un grave problème qu’il appartient à l’Église de résoudre. Pour la philosophie qui nous occupe , Platon lui trace une tout autre mission.

Voyant partout la licence et l’injustice impunies, le philosophe a cru devoir s’isoler , « comme le » voyageur s’abrite derrière un mur, tandis que » l’orage soulève des tourbillons de poussière (2). » S’il vit pur et sans tache avant de sortir de ce monde , ce ne sera pas un médiocre mérite et une petite victoire. Mais l’égoïsme n’est point le rôle du sage. La passion du vrai ne saurait être une contemplation stérile; elle exprime l’amour de

(1) Panégyrique de saint Tliumas de Canlorbéry ( premier point ).

(2) Plat., p. &U0, d, e.

rhumanité dans ce qu’il a de plus désintéressé et de plus sublime.

Nous dirons donc que notre sage solitaire « n’a » point accompli , faute d’un gouvernement digne » de lui , ce qu’il y avait de plus noble dans sa mission. Dans un État formé sur le modèle de la justice , où l’éducation publique eût donné à tous le respect de la sagesse, à défaut de la sagesse ellemême , « le philosophe eût été plus grand : il se- » rait devenu le sauveur des citoyens et de l’État (1). '» C’est ce que les hommes n’ont jamais vu : « un homme aussi semblable qu’il est possible » au type de la vertu parfaite, gouvernant par l’ac- » tion et par la parole une cité parfaite comme » lui (2). «

Considérez, en effet, une semblable société, protégée , sanctifiée par le dogme d’un Dieu parfait , source de toute justice , principe et fin de tous les êtres : y trouvez-vous un homme qui veuille isoler sa destinée de la destinée de ses semblables, et séparer son salut du salut de ses frères? Y trouvez-vous un citoyen qui tente de troubler l’ordre social , un magistrat qui fasse de la force publique un instrument d’oppression et d’iniquité, un tribunal dont les arrêts consacrent la violation du droit naturel, au nom du droit écrit? Ici les lois ne sont plusarbitraires : carelles représentent la justice absolue, elles invoquent Dieu pour juger les hommes. Ici les actes du gouverne-

(1) Plat., p. &97, a, b.

(2) Ibid., p. &98, e.

ment ne sont plus tyranniques, faute d’un principe moral qui les autorise ; tous nos citoyens s’inclinent devant l’autorité qui relève de la volonté sainte de Dieu. Ici les fonctions sociales ne sont plus un aliment à l’ambition. La patrie les offre au plus digne comme des devoirs imposés par Dieu , comme un moyen de pratiquer la vertu et de mériter la vie éternelle. Et chacun peut prétendre à devenir le plus digne , car la science n’est pôint un don mystérieux réservé à quelques élus. Tout citoyen peut se confier hardiment à ses propres forces et prendre courage , en songeant qu’il dépend de lui d’acquérir la sagesse, la force , la tempérance et la justice, pourvu qu’il ait gardé dans son âme le souvenir de son origine céleste et de son divin Créateur.

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