‹ De la politique dans ses rapports avec la morale, essai sur la République de PlatonChapitre 26 sur 36 · SA^CTION DES LOIS HUMAINES · texte numérisé non relu

SA^CTION DES LOIS HUMAINES

Considérez les lois humaines : elles s’arrêtent aux actes extérieurs de l’homme , n’atteignent que ce qui menace la sécurité de l’État, ne frappent que ce qui viole l’ordre social. Mille délits , plus coupables devant Dieu que ceux qui tombent sous le glaive de la loi , demeurent impunis : en un mot , le vrai théâtre de la vie morale , la conscience humaine échappe aux lois positives et à la sanction sociale.

C’est pourquoi le principe qu’on opposait tout à l’heure à Platon se montre à découvert dans les législations écrites, et dans la pénalité qui les accompagne. Vivre dans le présent, se défendre , se conserver, voilà toute la politique des sociétés.

Platon a répondu d’avance à cette objection , qui repose, d’une part, sur un principe qu’on défigure, et, de l’autre, sur un fait mal interprété.

Il est vrai que l’individu seul est immortel , que la société ne doit pas revivre hors de ce monde, que l’État n’est rien par lui-même , et qu’il emprunte sa réalité tout entière des membres qui le constituent; mais en conclure que la politique doive rester étrangère an dogme de l’immortalité de l’àme, ce serait une étrange erreur. Si la société n’est qu’une condition de la vie présente, un milieu nécessaire au développement actuel de l’individu, l’instrument de sa destinée en ce monde, c’est là précisément ce qui fait que l’État, n’ayant point un but propre , une destinée spéciale , doit épouser la destinée des individus qu’il renferme , seconder leur nature, embrasser leur intérêt, pour-

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