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par la musique. Alors que l'anatomie pathologique n'avait pas encore renseigné les médecins sur les lésions dont elles s'accompagnent, on les attribuait à des causes immatérielles qui ne pouvaient céder qu'à des forces de même nature. La musique s'imposait par le mystère dont elle était entourée et parle retentissement plus grand sur la sensibilité générale des sensations auditives. À présentque les processus histologiques de plusieurs de ces maladies sont assez bien connus pour qu'on ait pu leur donner à peu près une formule anatomique, il parait présomptueux de leur opposer quelque chose d'aussi peu matériel. On conçoitdiflicilement en effet comment des ondes sonores perçues par l'oreille améneraient la régénération d'un nerfatteint de névrite, de la moelle ou du cerveau sclérosés, malgré leur influence sur la circulation des organes ainsi frappés. Des lésions aussi accusées peuvent être à bon droit considérées comme réfracaires. Il en est vraisemblablement ainsi de ces lésions en pleine évolution, malgré le cas cité par Chomet d'une hémorrhagie cérébrale dont les symptômes (paralysie des membres et aphasie) auraient régressé à la suite de quelques séances de piano. Mais on peut admettre provisoirement, quitte à la rejeter, si des observations postérieures viennent l'infirmer, l'hypothèse d'une action curative dès le début, semblable à celle du mercure vis-à-vis des lésions syphilitiques. À l'état infiniment réduit où ce médicament est apporté par le sang dans les organes
malades, son action se résoud selon toutes probabi-
x — 47 — lités, à un ébranlement moléculaire comparable à celui que peuvent produire les variations de la circulation capillaire sous l'influence de la musique.
Il est d’ailleurs deux catégories de maladies nerveuses auxquelles on n’a pas trouvé de substratum anatomique, les psychoses et les névroses ; on ne peut regarder en effet comme des états permanents et caractéristiques la congestion de l’appareil cérébro-spinal observée chez des épileptiques morts à la suite d’un accès, pas plus que l’anémie des méninges dans la migraine. Et c’est à cela que se bornent les signes cadavériques à part des altérations banales rencontrées dans les cas les plus divers. On se trouve alors enfermé dans un dilemme : ou bien les moyens d'investigation actuels sont impuissants à découvrir des lésions qui existent réellement ; ou bien les modifications histologiques qui correspondent aux psychoses et aux névroses sont transitoires, troubles passagers de la circulation, état chimique et électrique spécial des cellules ; elles ne seraient qu'un moment de l’évolution des lésions constatées dans les maladies nerveuses ayant une formule anatomique ; ce seraient des lésions dynamiques. Les anatomo-pathologistes déplorent ce mot qui parait pourtant répondre assez exactement à la forme même des troubles par lesquels elles se manifestent. Les psychoses et les névroses en effet procèdent par crises. II semble que le système nerveux se charge à la facon d’un accumulateur emmagasinant l'électricité
ou plus exactement encore à la façon des articula-
es :
tions d'un goutteux envahies par l'acide urique. La crise éclate quand la charge est complète et la détente amène un épuisement nerveux parfois si grand qu’elle peut être suivie immédiatement de sommeil comme dans l’épilepsie : l'accès de goutte cesse aussi avec la fonte des dépôts uratiques. L’orage passe sans laisser de traces appréciables. A la longue seulement et par leur répétition les crises pourraient réaliser des altérations histologiques comparables à celles de la paralysie générale par exemple; mais on ne les a jamais rencontrées. Et comme, si elles existaient, on ne voit guère en quoi elles pourraient échapper aux instruments de recherche dont sont pourvus aujourd'hui les laboratoires et pourquoielles différeraient si radicalement de celles qu’on observe dans les autres affections du système nerveux, il faut bien admettre que tout se réduit à des altérations dynamiques, c’est-à-dire à des troubles passagers de la circulation, à un état chimique etélectrique spécial de la cellule. La musique n’est pas impuissante à modifier de tels phénomènes ; les expériences des physiologistes le prouvent surabondamment, mais les faits cliniques sont rares parce qu’elle n’a pas été employée d’une façon systématique ni avec persévérance ou encore parce qu’elle la été sans discernement ; et ceux qu'on trouve dans la littérature médicale sont trop lointains pour qu’on veuille leur accorder quelque crédit.
Jusqu'à ce que le contraire ait été démontré par des tentatives bien conduites n’ayant donné aucun
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résultat thérapeutique, on demeure donc autorisé à opposer la musique aux psychoses, aux névroses et par analogie à la première période des maladies nerveuses à lésions bien définies, alors que celles-ci ne sont pas encore constituées. C’est ainsi qu'on peut l’adjoindre aux divers moyens de traitement de toutes les formes de l’aliénation mentale : délire, manie, impulsions, obsessions, hallucinations, mélancolie, qu'elles soient fonctionnelles ou liées aux névroses de constitution, l’hystérie, l’épilepsie, la neurasthénie. La musique crée des états émotionnels, suscite des idées, des représentations, des actes qui en se substituant aux phénomènes morbides sont capables d’atténuer la maladie et peut-être même de l’enrayer définitivement. Elle ne saurait être aussi efiicace contre les troubles psychiques chroniques de la dégénérescence, paranoias, folie périodique, folie circulaire et contre les maladies nerveuses à formule anatomique, ni contre les psychoses d'intoxication, alcoolisme, morphinisme où s'impose d’abord la suppression du poison. Elle peut seulement dans le premier cas être un dérivatif momentané, dans le second entretenir chez le malade, s’il veut bien s’y prêter,un état de plaisir dont la présence, plus tard le souvenir l’aident à renoncer à ses habitudes. On y aura recours également pour calmer la douleur et vaincre l'insomnie si fréquentes dans les maladies du système nerveux et dans les autres affections organiques. La fièvre, on l'a vu, peut aussi être favorablement in-
fluencée. Enfin, entendue dans l’anesthésie opératoire
par le protoxyde d'azote en particulier, elle écarte les rêves pénibles provoqués chez le patient par les bruits extérieurs et les remplace par les hallucinations les plus agréables. Cette heureuse influence à été signalée à l’Académie de Médecine en 1907 par Laborde qui rapporte le cas d’un dentiste ayant arraché dans ces conditions quatorze dents en une seule séance à une personne quiavait gardé de l'opération le seul souvenir de rêves charmants.
Il est impossible ici de reprendre par le détail chacune des indications précédemment énumérées, ce serait la matière d’un volume, d'autant qu'il règne encore beaucoup d'incertitude dans l'interprétation séméiologique des maladies mentales. Le médecin qui les connait est seul juge dans les cas particuliers qui se présentent à lui de l'opportunité de telle ou telle intervention. Toutefois les travaux expérimentaux etles faits cliniques permettent de formuler quelques règles provisoires qu'il sera bon d’avoir présentes à l'esprit toutes ‘les fois quon voudra faire servir la musique à un but thérapeutique et qui concernent la qualité, la quantité et le mode d’application.
Toute musique, en effet, n’est pas indiquée dans un cas donné, mais bien une musique dont les caractères soient tels qu’elle favorise le retour de la santé au lieu d’aggraver l’état morbide. Cest ce qu’on n’a pas toujours compris quand on appliquait la même musique à des catégories opposées de malades ou que, par des interventions: maladroïites, on lui faisait