‹ De la possibilité de redresser d'une manière permanente l'utérus en rétroversion par la soudure du col à la partie postérieure et supérieure du vaginChapitre 4 sur 4 · SECONDE OBSERVATION · texte numérisé non relu

SECONDE OBSERVATION

Rétroversion de l'utérus dans l'état de vacuité; engorgement et érosions du col; cautérisations de la lèvre 'postérieure du col et du cul-de-sac vaginal postérieur ; formation d'une bride entre ces deux parties ; cessation de tous les symptômes de la rétroversion.

MmeB..., âgée de quarante-deux ans, grande et forte, mariée à dix-sept ans, mère de quatre enfants, commença il y a huit ou dix ans, à éprouver de la fatigue en marchant, et cette gêne, qui s’est progressivement accrue, s’est accompagnée d’une sensation de pesanteur vers le rectum et de tiraillements dans les aines. Il n’y a jamais eu de pertes sanguines, et les fonctions digestives n’ont jamais été affaiblies ni dérangées.

Le 26, juillet 1849, Mme B... vient nous consulter. A cette époque, il existe un écoulement vaginal de couleur verdâtre, sans odeur, et des démangeaisons très-vives à la vulve se font sentir depuis quelque temps. Lorsque la malade veut s’asseoir ou faire tout autre mouvement, elle éprouve vers le siège la sensation d’un poids insupportable, et elle ressent constamment des douleurs dans le côté gauche de la région hypogastrique, douleurs qui s’accompagnent d’un grand malaise, surtout à la suite de la moindre fatigue.

Par le toucher, je reconnais une rétroversion très-prononcée de l’utérus, sans flexion du col, qui est placé trèsprès du pubis et plus gros que dans l’état normal. Par le spéculum, je constate l’engorgement de la lèvre postérieure ainsi que quelques érosions.

Après avoir employé divers moyens contre l’engorgement du col et dans le but de faire cicatriser les érosions, je cautérise, le 7 novembre suivant, la lèvre postérieure du col ainsi que la partie correspondante du vagin, pour obtenir, par la formation consécutive d’une bride, entre ces deux parties, le redressement de l’organe. Peu à peu, la bride se forme et acquiert de jour en jour une plus grande solidité.

Le 12 janvier 1850, je constate ce résultat. L’écoulement vaginal et les démangeaisons ont entièrement disparu. La marche est plus facile, et la sensation d’une pesanteur sur le siège, si incommode autrefois, n’existe plus. Quant à la douleur du côté gauche de la région hypogastrique, elle se fait encore sentir quelquefois, mais à un degré infiniment moindre qu’avant le traitement. Ce résultat a également été constaté par M. le docteur Roche, son médecin.

Enfin, pour démontrer les effets primitifs de la cautérisation delà paroi postérieure du col dans la rétroversion, je dirai qu’ayant été appelé récemment en consultation par notre honorable collègue le docteur Mêlier, auprès d’une

dame qui avait un engorgement et une ulcération de la lèvre postérieure du col, et en même temps une rétroversion, je conseillai de faire des cautérisations sur les points malades, et de les étendre à la partie postérieure du col. Bientôt, nous avons constaté que la rétroversion avait beaucoup diminué, à tel point que le col était presque entièrement redressé et qu’il pouvait être vu facilement avec le spéculum, ce qui était très-difficile avant le traitement. Il y a aujourd’hui rétroflexion ; mais je suis convaincu qu’elle disparaîtra par la formation d’une bride solide entre le col et le vagin, bride qui fera basculer l’utérus. Alors cet organe reprendra sa position normale et ne pourra plus se déplacer.

A l’occasion de ce fait, je dois dire que, dans l’état normal, le col vient se placer de lui-même, pour ainsi dire, dans le spéculum; mais lorsqu’il y a déviation, pour trouver cette partie de l’organe et la placer dans l’instrument, la difficulté est souvent très-grande, même pour des praticiens exercés. Pour éviter cet embarras, pénible pour la malade et pour le chirurgien, il faut d’avance, dans tous les cas, commencer par préciser la position relative du col, parle toucher pratiqué dans la position qu’on devra donner à la femme pour introduire le spéculum. Sans cette précaution, on dirige naturellement le spéculum, s’il y a rétroversion, dans le cul-de-sac vaginal postérieur, et on a beau incliner l’instrument à droite, à gauche, en avant ou en arrière, on ne parvient pas à voir le col. J’ajouterai que, même après avoir pratiqué le toucher pour diriger le spéculum, on éprouve souvent encore de grandes difficultés si la déviation du col est très-forte en avant ou en arrière, ou sur les côtés. Toutefois, on hésite moins et on ne fait pas de tâtonnements inutiles et pénibles. On parvient toujours à son but, et beaucoup mieux qu'avec les tiges el les autres instruments qu’on a proposés. Je n’ai jamais eu besoin de recourir à ces moyens.

Comme, de toutes les déviations de l’utérus, la rétroversion est la plus insupportable dans l’état de vacuité de l’organe, et la plus dangereuse lorsque la grossesse survient, cette maladie a beaucoup fixé mon attention, et il y a bien longtemps déjà, même avant que M. Simpson se fût occupé du même sujet, j’avais imaginé des moyens mécaniques pour agir contre cette déviation. Je possède beaucoup d’instruments variés pour agir dans ce but; la plupart ont été fabriqués par M. Charrière. Mais avec eux je n’ai jamais obtenu aucune guérison, pas plus qu’avec les pessaires de toutes formes que j’ai essayés. On comprend, en effet, que tous ces moyens ne peuvent atteindre le but que temporairement, tout au plus pendant le temps de la durée de leur application. Il y a donc le plus souvent reproduction de la maladie dès le moment où on en cesse l’usage, et il en sera de même, je le crains, avec tous les moyens mécaniques qu’on a préconisés dans ces derniers temps ; car la difficulté ne consiste pas seulement à redresser un utérus rétroversé, mais bien à empêcher que ce déplacement ne vienne à se reproduire. Or, le raisonnement d’abord, et les faits déjà assez nombreux que je possède, me permettent de dire que la soudure du col au vagin est jusqu’à présent le moyen le plus certain d’obtenir le redressement permanent de l’organe, c’est-àdire une guérison radicale, ainsi que je l’ai prouvé et fait constater par plusieurs confrères. Je regrette que quelques praticiens, au lieu de jeter des doutes sur son efficacité, ne l’aient pas appliqué ; ils auraient reconnu promptement, je l’espère, que tout ce que j’ai avancé sur ce sujet est la déduction rigoureuse des faits.

Sans doute, on rencontre, dans la pratique, des cas de rétroversion compliqués d’un certain degré d’abaissement de l’utérus et d’une grande laxité du vagin, dans lesquels la formation d’une bride entre le col et le vagin, par suite de la cautérisation ou de la soudure de ces deux parties, ne fait

pas cesser tous les accidents ; mais, si on fait la part des symptômes appartenant à la rétroversion et de ceux qui sont produits par l’abaissement et par le relâchement du vagin, on verra que les premiers ont cessé, et qu’il faut s’adresser à d’autres moyens pour faire disparaître les seconds. Ainsi, dans les cas de ce genre que nous avons observés, nous sommes loin de prétendre arriver à une guérison complète. Nous améliorons l’état des malades, nous faisons cesser les symptômes de la rétroversion, sans prétendre aller au delà, avec la cautérisation du col et du vagin.

Quelle est la cause la plus puissante des déviations de l’utérus? Cette question, qui, à notre avis, n’a pas été suffisamment étudiée, mérite cependant la plus sérieuse attention, car il est incontestable que les antéversions ou rétroversions sont extrêmement fréquentes. Or, d’après des faits nombreux sur lesquels j’ai eu des renseignements précis, je pense que les tractions exercées sur le placenta, au moment de la délivrance, sont la cause la plus ordinaire des déviations, et que les chutes, les efforts, les péritonites locales, etc., ne doivent être considérés que comme des causes plus rares et infiniment moins puissantes que les tractions donc je viens de parler. 11 est facile, du reste, d’en comprendre les raisons.

Bien que j’aie déjà fait connaître mon procédé de cautérisation pour arriver au résultat que j’ai indiqué, je crois devoir le rappeler encore ici avec quelques détails :

11 consiste à appliquer le caustique de potasse et de chaux solidifié sur la lèvre postérieure du col seulement, puis on essuie très-légèrement. Alors la portion de caustique qui n’a pas été absorbée agit encore avec assez de force pour cautériser la paroi vaginale et pour permettre la formation d’adhérences entre ces deux parties.

Dans quelques cas graves, je fais la cautérisation transcurrente du cul-de-sac vaginal ou de la paroi postérieure du

vagin, dans la crainte que l’excédant de caustique appliqué sur la lèvre postérieure ne soit insuffisant pour agir avec assez de force sur le vagin.

Lorsque, comme cela arrive souvent, la rétroversion est légère et accompagnée d’engorgement du col et du corps de l’utérus qui entretient le déplacement, il suffit de cautériser la lèvre postérieure du col pour obtenir en même temps le dégorgement et le redressement de l’organe. Si plus tard, dans ces cas, la guérison était moins complète que par des adhérences établies consécutivement à la cautérisation directe de la paroi postérieure du col et du vagin, et s’il existait encore des symptômes indiquant un déplacement, il faudrait poursuivre le traitement et le compléter par la cautérisation dont nous venons de parler, afin d’obtenir le redressement permanent de l’utérus par des adhérences solides, et la cessation de tous les symptômes de la rétroversion.

J’ajouterai encore que, puisqu'on a accidentellement déterminé quelquefois la soudure du col de l’utérus à la partie postérieure et supérieure du vagin avec de petites éponges trempées dans une forte solution d’alun ou d’acétate de plomb, on pourrait d’abord essayer ce moyen qui, en cas d’insuccès, serait remplacé par la cautérisation, comme je viens de la décrire ; en tous cas, ces éponges imbibées de liquides toniques astringents, fortifieraient la paroi postérieure du vagin, souvent affaiblie et relâchée dans la rétroversion.

Avant de terminer cette note, j’ai à répondre à deux points de l’article que M. Yalleix a publié dans le Bulletin de Thérapeutique du 15 janvier dernier.

D’abord, j’ai rapporté non pas un fait, mais deux de guérison complète de rétroversion, ainsi qu’on peut le voir par l’analyse que j’en ai faite plus haut ; et quant à l’objection « que l’adhérence du col au vagin peut faire courir des dan-

« gers aux femmes dans les cas d’accouchement, la dilata- « tion du col et peut-être sa déchirure pouvant influer d’une « manière fâcheuse sur le vagin », j’y ai répondu d’avance en ces termes : « Quelques personnes ont pensé que ces « adhérences ou brides pouvaient déranger les fonctions de « l’utérus. Je n’ai rien observé de semblable; au contraire, c( je n’ai constaté que des avantages. Ainsi, des femmes « affectées de rétroversion et qui n’avaient jamais eu d’en- « fants, sont devenues enceintes peu de temps après la gué- « rison du déplacement de l’utérus par des adhérences entre « le col et le vagin ; la grossesse est arrivée à terme , sans « le moindre accident , etc. » (Gaz. méd.y 2 mars 1850, p, 161.) J’ajouterai que l’accouchement s’est fait comme dans l’état normal.

En résumé, je crois pouvoir dire, d’après les faits que je viens de citer et d’après beaucoup d’autres, que le meilleur moyen pour obtenir le redressement permanent de l’utérus en état de rétroversion, consiste à faire adhérer ensemble la partie postérieure du col et la partie correspondante du vagin, soit immédiatement par une véritable soudure , soit médiatement par une bride, en détruisant superficiellement la muqueuse par la cautérisation légère avec le caustique de potasse et de chaux solidifié.

C’est un résultat qui me paraît maintenant acquis à la science et à la pratique.

E vieux, A. Hérissey, imp. — 869

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