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El notre professeur, avec sa voix monotone, ses gestes mesurés, son œil sans regard, nous parlait des Romains, de la seule étude des anciens, dissertait sur César, Vent, vidi, vîci, sur le clément Auguste, sur Titus, les Délices du genre humain, sur la beauté de la langue de CJcéron, sur les bienfaits des empereurs, et les éloges pompeuse, académiques, redondants, interminables, entremêlés de citations classiques, coulaient de sa bouche aux lèvres froides et serrées, avec des flots d'éloquence pleine d'une rhétorique ampoulée et pédante.
Nous regardions la petite borne, et comme c'était un pays de Vannes et qu'à chaque pas, dans ces contrées, les grandes pierres ec dressent alignées dans les champs muets de Karnac, solitaires sur les dunes de Quîberon étranges et mystérieuses, avec leurs zones inexphquées, leurs feuillages inconnus, leurs serpents bizarres dans les iles de la Petite-Mer. A la vue du militaire de Rome, nous ne pouvions ne pas songer aux grands témoins du Konguel ou de Kermario, et nous murmurions à part nous : n Si les autres avaient su peindre, qu'auraient dit les géants? »
Un insatiable désir de savoir ce qu'avaient été les planteurs de pierres s'empara dès loi-s de notre esprit.
Or ne nous parlait que de forûts de chênes oh brillaient, dtma la nuit, des torches, sous les arbres noirs desséchés par la cime. On nous décrirait des triangles de fer où s'asseyaient les prophétesses furieuses. Od nous racontait des histoires do bassins d'airain où cuisaient des membres d'hommes. Partout ce n'étaient que poignards aigus remués par des femmes, que vieillards éventrés sur la pierre sainte au milieu des mugissements de taureaux, la gorge entr'ouverte. — Chaque arbre de Gaule cachait un victimaire.
Les bruyères n'étaient rougies que par des sacrifices. Les landes n'étaient couvertes que de cadavres humains. Teutaté», Dieu des ven* geances, réclamait, au sixième jour de la lune, des entrailles vivantes coupées avec des faucilles d'or.
Dans les îles, des Euménides à l'œil hagard, déchiraient avec leurs ongles crochus, le visage de leurs compagnes, brûlaient les maisons, plongeaient leurs mains avides dans des cœurs palpitants.
Les Druides tuaient, les Eubages tuaient, les Bardes chantaient près des autels Uëdes de massacres. Les guerriers buvaient dans des cr&nes, et des têtes coupées, à la langue pendante, aux yeux éteinte, décoraient des portes dégouttantes de sang.
Le sourire nous venait aux lèvres, et nous nous disions quand même : Il Cela n'est pas la vérité ! »
A peine libre, nous nous sommes donc lancé aussitôt dans une étude acharnée des origines.
Alors, petit à petit, les nuages accumulés par une éducation latine, se sont dissipés.
En feuilletant, soir et matin, aux bibliothèques, les vieilles pages des bénédicUns de la congrégation de Saint-Haur, la lumière nous est venue, et nous sommes arrivé peu à peu à nous refaire une conviction plus saine, des usages, de la religion, des mœurs, des défricheurs du sol aimé de la patrie.
Le père Dom Martin nous a initié tout d'abord à ces doctrines des Druides « qui connaissaient le tin de toutes les sciences, les cultivaient avec soin, et ne négligeaient rien pour les porter à leur perfection. ■
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11 Q0U8 a expliqué qu'en faisant de Teulatès un dieu, on avait pris le Pire pour un hamme.
Il nous a fait revenir sur ces égorgementa des autels de pierre qui ne sont expressément marqués dans aucun antear.
II uoDB a, enfin, appris le premier k aimer ce grand peuple si doux, si bienveillant, s! pacifique, dans la haine duquel on voulait nous élever malgré nous.
Le brave Malo Corret de la Tour d'Auvergne, avec l'enthousiasme naturel aux grandes âmes, a réchaulTé de même chez nous cet amour.
Puis nous sommes allé demander aux modernes des recherches, que l'esprit analytique de notre temps réclamait plus certaines, plus sérieuses, plus pénétrantes.
M. Pictet nous a découvert le mystère des Bardes et leurs triades sublimes, où se condensait, dans un langage aussi élevé que concis, toute une série de principes d'une profondeur de vue que la science actuelle elle-même semble aujourd'hui ne pouvoir dépasser malgré ses audaces.
Les chants populaires sont venus colorer d'une note poétique ce tableau, que nous commencions à ébaucher dans notre imagination, àe cette race si belle et si méprisée.
En écoutant ces chants de guerre, en murmurant ces séries, en interprétant les strophes de ces Nains, de ces Fées, do ces vieux Saints eux-mêmes qui n'ont d'autre canonisation que celle que leur a donnée la reconnaissance du peuple, nous avons senti grandir dans notre cœur la vénération des ancêtres.
Les historiens contemporains, ces scrutateurs patients et calmes qui, ne s'en tenant pas seulement aux textes des ennemis, veulent d'autres motifs de certitude ; les Amédée Thierry, les Henri Martin, les Jean Reynaud, chercheurs infatigables, sont venus, à leur tour, fortifier nos pensées, dissiper nos doutes et nous ont révélé enfin le véritable, le grand, l'immortel Esprit de la Gaule.
Une plus minutieuse recherche dans l'archéologie spécialiste a contrôlé noire étude.
M. Viollet-Leduc, qui sait trouver dans le profil d'une statue, dans l'enroulemeDt d'une volute, dans la frise d'un portique, le sentiment des temps oubliés ; M. B. Fillon qui ose rapprocher le pot du Sénégal de son similaire de fabrique Piclone; M. E. Tudot, enfin, qui place sur une même étagère l'isis d'Egypte et la Déesse Mère du bassin de l'Allier, nous ont donné le vrai mot du spbinx des landes de l'Armorïque. Alors, fort du témoignage de ces historiens, de ces savants, de ces penseurs, noua avons jeté sur nos épaules le sac du touriste et pris la pique en main, résolus à faire dire, & notre tour, aux pierres du pays, les mof£ qu'elles tenaient cachés depuis tant de siècles.
Les sibylles antiques écrivaient, dit-on, les oracles inspirés par le dieu sur des feuilles légères que le vent enlevait au loin, et nul ne pouvait les réunir.
L'oubli, de même, a dispersé les traditions des belles Druidesses de Sein, d'Ouessant, des Sept Des et de Gavrinis, nous voulions rechercher ce qui peut en rester dans la mémoire des peuples.
Le cœur à l'aise, l'œil en avant, nous sommes donc parti, nous égarant ici dans le <i val sans retour, » buvant là-bas à la fontaine de Baranton, regardant ailleurs couler l'eau sainte sur les épaules des croyants du Pouldour, faisant h ûuisseny le Tantad avec les pêcheurs, écoutant les flleuses au pied de Uinkmeret, de Goulven, et le p&tre & la grande montagne d'Uzel.
Etlep&tre,lalileuse,le pêcheuret le croyant nous ont dit des choses qui auraient fait rêver un sceptique.
Alors nous avons demandé aux pierres elles-mêmes leurs noms. Elles ontrépondu:Moi, je suis o la pierre du Veilleur de la pointe» ; moi, je me nomme « celle du Hurleur de la nuit », et moi, a celle du Vivant à toujours.» .
Et quand, assis près de ces pierres dont aous dessinions les silhouettes avec une indicible émotion, nous nous sonmies saturé de la nature ambiante, cherchant à voir ce qu'avaient vu les fils des Géants, les sommets se sont éclairés tout & coup, et le Clan libre nous est apparu, protégeant les agriculteurs et les femmes, dirigé lui-même par
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]e8 grands cercles du Ménéhom, de Gourin, de Saint-Michel ou de Méné-Bré.
Alors, les autels à sacrifices ont disparu pour faire place à des tombes, et les potences de justice sont devenues a les Pierres du souvenir, a
Le» Barbares étaient réellement des hommes, et quels hommes !
Nous n'avions pas à rougir de nos pères, mais bien t nous en faire honneur.
Au retour de cette excursion, comme nous errions en compagnie d'un ami, dans les plaines de la Champagne, étonnés d'entendre résonner à nos oreilles où tintaient encore des refrains celtiques, des mots dont les habitants du pays, eux-mêmes, ne pouvaient nous donner le sens ; nous avons appliqué l'étude commencée dans l'Ai-mor, aux collines boisées d'Avize et de Vertus; quelle n'a pas été notre joie de rencontrer à la place des menkirt bretons, des Havlet borna détruites, mais intactes dans la mémoire des gens ; des Huchéet oubliées sur les plans de la contrée, mais vives encore dans les usages des vignerons.
Nous avons voulu, dès lors, pousser plus avant notre recherche, et là, dans la craie blanche, des Gaulois immenses, des Gaulois morts nous ont laissé voir leurs ossements rangés avec ordre par les mains de ceux qui se battirent pour l'indépendance.
Sur la poitrine ouverte étaient les coupes.
Au Hanc droit des guerriers nous déterrions des glaives.
Les bracelets unissaient, après la vie, les mains des soldurtt ; des colliers ornaient les vertèbres desséchées, et les vases du festin funèbre, pleins de débrb du repas antique, parsemaient les tombes.
Grands calomniés, que vous étiez beaux dans votre sommeil séculaire 1
L'immolation volontaire de l'amt, l'immolation volontaire de la femme, l'Orient tout entier était là, vivant sous nos yeux.
Les diatribes de la soldatesque romaine n'étaient plus que l'ignorance d'un homme a dont la seule préoccupation était de foire la
guerre et d'en bien parler, formant ses jugements sur des apparences légères et chimériques, et dissertant de tout sans en rien savoir, comme les faiseurs de commentaires, n (Dom Martin.)
C'est à ce moment qu'on nous offrit de classer une collection entière des produits de la céramique gauloise.
Lorsque vous ne vous contentez pas d'examiner en passant telle grande conception d'un maître, mais que vous placez devant elle un chevalet, une toile blanche, et que là, seul à seul, vous cherchez à rendre par vous-même ce charme du sourire, cet éclat de l'œil, ce modelé, cet effet, cette opposition de valeurs, celte richesse de tons, après de longues heures de contemplation véhémente, il vous reste bien des choses au fond de l'esprit. En revenant à travers la ville, vous entendez encore le cliquetis des vaisselles remuées, la conversation des convives, l'harmonie douce des grands musiciens aux robes traînantes ; vous sentez l'œuvre du maître , vous dînez avec Véronèse et le Christ, vous écoutez François et la duchesse, Charles-Quint et Marie la Catholique, le marquis de Guast et le marquis de Pescaire, vous avez vu la noce deCana du seizième siècle.
De même, lorsqu'il vous arrive de vous enfermer quelque temps avec les œuvres modestes des ouvriers de l'art de terre, que tous retournez CCS vases, que vous les palpez, que vous les étudiez, que vous les examinez de toutes façons, suivant ici les traces de l'outil qui s'arrête, glisse, remonte et descend tour h tour, remarquant là les empreintes d'une main délicate, qui fait fléchir l'argile sous une pression mesui-ée, amenuise un profil, charge un pied trop faible, termine, en le rendant le plus harmonieux du monde, un contour amoureusement étudié, vous pénétrez, pour ainsi dire, dans la vie d'une époque, d'une nation, d'une race.
Si, peu après, vous prenez en main de même les lourds moulages d'une fabrication prétentieuse, que, trouvant les poinçons, vous en faites personnellement usage, "que disséquant les procédés, vous en reconnaissez la grossièreté primitive, un mépris souverain s'empare de votre âme, et vous rejetez outils, terre, moule et roulette, en vous
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C'criaot : «De l'art! mais il n'y en cul jamais dans ces poncifs orgueilleux et Tains ; de l'art I mois c'est là-bas qu'on le retrouve et non pas ici. u
Alors, que quelque terre grise fruste vous tombe sous les yeux avec des applications d'ébauchoir régulières, monstrueusement barbares, avec une rugosité inouïe pour l'époque, avec une coloration fausse, faite au hasard de la cuisson, sans goût, sans recherche, et qu'on tous dise : « Ceux-ci furent les vrais civilisateurs du pays, n vous vous écrierez : u Eux, mais ces mains pouvaient manier la hache à double tranchant et la jeter à cinquante condëes dans la poitrine d'un adversaire, comme les amis de l'Italie lançtùeut le pilum par-dessus les estacades, dans les cœurs invincibles des Gaulois; mais façonner la fine terre blanche, ceux-là, jamais! »
Le barbare, le voilà. L'artiste, lui, il est ici, dans la grande, l'immense Gaule, non pas ailleurs I
C'est après avoir songé longtemps, accoudé près de ces coupes si pures, de ces hanaps si élégants, de ces vases à boire aux légères guirlandes, aux inscriptions^ joyeuses, que nous avons résolu d'écrire les impressions qui se pressaient tumultueuses au fond de noli-e âme, et que nous avons fait ce livre.
Ce n'est pas œuvre de savant, loin de nous pareille prétention.
Le savant analyse : il prend une fleur, tous décrit sa corolle polypétale, son calice ovolde-à cinq lobes munis d'appendices foliacés, sa tige ligneuse, ses étamines hypogynes, périgynes ou tétradynames, sou pistil trifldc, multiflde, ou peniciUiforme.
Il vous dira sa tribu, sa famille, son espèce, son genre, ajoutant qu'elle est palustre, coomiune, urbaine, champêtre ou vulgaire. Il vous disséquera la violette, qu'il noomie viola odorala, ou le muguet qu'il appelle convallaria muUiftora.
S'il entrevoit un papillon qui déploie ses ailes diaprées, en cherchant la poussière fécondante ; s'il aperçoit un insecte aux ailes d'or, qui se cache au fond d'un blanc calice, il s'écriera : C'est un lépidoptère, un hyménoptère, un névroptcie, on coléoptère, ou quelque chose
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de semblable. 11 vous dira s'il est nocturne, diurne ou ci'épusculaire ; il vous monti-era sa trompe roulée en spirale, ses élyti-es, son thorax ou ses mandibules.
U en est qui aiment mieux respirer le parfum de la rose et voir voler le papillon.
Nous sommes un peu de ceux-là.
Nous avions, dans les sentiei'S déserts, eu le grand bonheur de bumer, à pleins poumons, la Une senteur de la grande fleur de la Gaule, nous l'avons cueillie pour vous l'oHVîr, sans l'efTeuilIer, sans la disséquer, sans la détruire.
Un de ces savants nous disait, il y a quelques jours : « Vous autres coureurs de grands chemins, vous vous mêlez quelquefois de chasser aussi sur nos terres. Croyez-moi, ne le faites jamais, il pourrait vous arriver malheur. Vous êtes en tout point seoiblables à des chiens, Nous devons vous lancer sur le gibier, h vous de le poursuivre à travers les halliers, les fondrières, les étangs et les précipices ; mais, de grâce, n'ayez donc point la deut chaude. C'est à nous qu'il faut apporter le lièvre que vous avez levé; nous seuls saurons le déguster h loisir, en juger et le savourer complètement. Pauvres limiers, donnez-vous garde de toucher à la plume ou au poil, réservez-nous vos prises, elles nous appartiennent de droit. »
Une comparaison un tant soit peu périgourdine nous trotta quelques instants dans la tête. Mais nous sûmes garder un silence prudent. Comme nousavions tflté du gibier défendu, il ne nous restait plus qu'à nous battre la poitrine, et c'est ce que nous Hmea.
Mais, que voulez-vous, en Bretagne, on n'aime pas les ii chasses réservées», et c'est là que nous avions osé courir mainte fois après le grand sanglier, que nos vieux pères avaient pris pour signe de leurs Clans libres. A vous, lecteur, de nous dire si nous avons eu tort.
A l'époque où nous écrivions les premières pages de cette étude, la France ne portait point encore au front la souillure de l'invasion prussienne. La botte germanique n'avait pas encore flétri son beau sein.
Lorsque les désastres commencèrent, notre cœur plein d'espérance
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osait crier encore : <i Peuple grand, race de la peasée, je t'aime; qui V pourra se vanter de te tuer? Gaulois tu étais, et passent toutes les Il tyrannies, tous les coups de la force brutale. Gaulois tu resteras, (i Gaulois tu seras toujours. »
C'est alors qu'il nous fallut tourner la page, fermer le livre et quitter la retraite tranquille que devaient troubler tôt après les bruits borriblos d'une rage inassouvie.
Ah! souvent, dans ces nuits froides qu'avec des hommes inconnus hier et devenus nos amis, nous passions dans la neige des remparts ou lu boue des trancbées, nous avons songé à l'œuvre commencée, rêvée, qui restait inachevée sur notre table, et, quand il nous a été donné de la reprendre, c'est avec une impression pénible, mais pourtant avec un espoir de vengeance inextinguible, que nous avons recommencé notre labeur.
Certes, quelques-unes des pages écrites à la suite de la défaite doivent être empreintes de sentiments violents et condensés.
Lorsque nous les avons relues, n'ayant aucun remords, nous les avons livrées telles qu'elles avaient été tracées. Car une œuvre quelconque, n'eùt-elle pour objet qu'une simple observation artistique, doit conserver le cachet du temps oii elle fut pensée.
De toutes ces choses, il est peut-être résulté dans la suite de nos chapitres divers, un manque d'unité, je ne sais quoi de heurté, de brusque, d'incohérent, qu'on nous le pardonne. Qui donc a pu échapper, au milieu (les événements que nous venons de traverser, à l'incohérence? Qui donc a pu garder, impassible, la placidité nécessaire au chercheur? Que le lecteur se souvienne de ce qu'il a ressenti, lui aussi, sans doute, et qu'il nous excuse.
Nous parlions de ta Vatrie, et tout ce qui reste de sang gaulois dans nos veines nous refluait au cœur au souvenir de ses outrages et de ses malheurs sans nombre.
Géants des pierres grises, n qui parlez encore aux années qui s'élèvent derrière les siècles » , qu'avait-on fait de vos (ils?
Il y a dans les mythes grecs un pétrisseur d'argile, lutteur de l'esprit,
clierclieur de lumière qui a nom Prométhéc. Le grand tyran Jupiter, celui qui règne par ses propres lois, convoque la Force et la Violence et cloue le ravisseur du feu sacré sur le noir rocher du Caucase; un vautour lui ronge éternellement le cœur. Les douces Océanides, ces brises légères qui Tolent au-dessus de l'écume transparente des (lots " bleus, comme une troupe d'oiseaux blancs, viennent consoler le Titan vaincu et le Grand Travailleur, cet autre ouvrier de la terre, comme l'appelle M. Micbelct, le Dompteur de monstres, qui combat les Iiydrcs dos marais empestés, qui dirige les fleuves, féconde les vallées et réunit les mers, un beau jour, brave le roi des dieux cl délivre « le ills de la Justice ».
Il est, de par le monde, uiie race qui a dérobé de même au ciel le feu sacré qu'elle conserve pieusement, elle hait les tyrans et se rit de Jupiter.
Les Tyrans et Jupiter, avec la Force et la Violence, l'ont clouée sur lo roc. Des aigles, appelés pur eus, dévorent son flanc pur. L'aigle de [tome, l'aigle noir du nord et d'autres dont nous ne parlerons point. Les nymphes de l'Océan embrassent le bas de sa robe et voltigentautour de sa tête fière et libre. Elle vit quand même. Hercule, où donc es-tu? Jadis elle t'adorait, conduisant un troupeau d'hommes, liés à la parole par une chaîne d'ambre et d'or. Hercule, lève-toi, il est temps de délivrer de nouveau Prométhéc.
Ou plutôt laisse là ta massue, le géant sommeillait, il a fait an eiïort, et déjà bien des hens se sont rompus, au seul soulèvement de sa main pesante et forte.
Les chines de Jupiter n'étaient que les attaches de Liliput; parce qu'ils avaient garni ses mains de cordes serrées, ils se croyaient sûrs du triomphe, les nains I
Pompons, panaches, cordons et couronnes criaient & tue-tête, s'en donnaient & cœur-joie et banquetaient autour du cadavre. U a fait un geste, l'Homme Montagne, et Lihputcst rentré dans son trou.
H est vrai qu'ils braillent quelque pou, furieux d'un premier écra-
Mi POTERIE OAULOISK.
sèment, et cherchent des inventions nouvelles pour renouer les chaînes rompues, pour étrangler de nouveau le monstre.
EfTorls vains, il est fini, son long sommeil. — S'il connaissait sa force!
Rois, potentats, empereurs, majestés grotesques, prenez garde.
Prométhée n'est pas mort, et vous criez trop fort près de ses oreilles tnaltentives.
Princes de vieille ou de récente formation, vous prétendez gouverner quand même, vons primez le droit, dites-vous, prenez garde.
Hurlez vos Te Devm, Faites vos lois, élucubrez vos décrets.
Ah ! vous aurez beau vous flanquer, à dextre et à senestre, d'aigles nu pectoral d'azur, vous aurez beau chercher la force dans le trèHe d'or garni de feuilles de cliêne d'argent {ïn trinilalu robur), vos bibelots héraldiques ne nous effrayeront plus.
Revêtez le manteau de pourpre ; prenez en main le glaive et la boule ; chaussez le cothurne et coiflez la couronne de Karl.
Pendant que passent les grandes processions, les grands troupeaux d'hommes, Jacob lutte avec l'esprit sur la montagne.
Pangermanisme, Panslavisme, partagez-vous l'univers.
Voici que la vieille race se réveille. Déjà les Ombriens de k Gaule cisalpine viennent de donner à l'Italie sa liberté.
La Galice tremble, l'Irlande grouille derrière l'aristocralie anglosaxonne dans la vieille terre des Druides.
Votre jour va venir, nobles hommes des burgs et des forteresses.
Le géant a remué le bras, que le mot de Vercingétorîx s'accomplisse : a Je veux que les peuples de Gaule n'aient qu'une volonté et quand ils seront tous d'accord, l'univers lui-même n'est pas en état de leur résister. D Et puis alors vous verrez.
Riïvez la conquête , rêvez l'empire : quand vous aurez fini vos songes, nous arriverons.
Car, malgré vos casques, malgré vos légions, malgré vos bouches de bronze et d'acier, malgré votre science funeste iï l'humanité, il est des feux sacrés qu'on ne peut étouffer quand même. Il est des lumières qui
brillent & travers toutes les ombres accumulées autour d'elles avec un soin farouche.
L'avenir est aux peuples qui ont rompu leurs chaînes et non pas à ceux qui les rivent.
Place aux Titans invaincus ! Place à Promcthée délivré.
L'avenir est aux races celtiques.