Ls Tiert État, par l'abbé Sieyès
AVANT-PROPOS. 2t
Alors en essayant de rendre aux mois des dénominations prises dans la nature, on refit, sans s'en douter, un calendrier celtique '.
Alors, enfln, fut déposé aux archives de l'hôtel de ville une pétition signée Ducalle, où on demandait aux citoyens administrateurs de ne plus porter le nom dont s'honora une troupe de brigands.
« Nous sommes du sang pur des Gaulois, s'écri&ient les auteurs de cette requête. Chose plus qu'étonnante ! Paria est une pépinière de savants, Paris a fait la révolution et pas un seul de nos savants n'a encore daigné nous instruire de notre origine, quelque intérêt que nous ayons à la connaître. C'est chez vous, citoyens administrateurs, que nous venons chercher cet appui; soufirirez-vous que les Parisiens n'aient fait la révolution que pour faire honneur de leur courage, à nos plus grands, à nos seuls ennemis de quatorze siècles, aux bourreaux de nos ancêtres et à nos oppresseurs? Non, sans doute. Vous les instruirez qu'ils ne sont point de cette race abominable qui ne s'est jamais distinguée que par ses crimes, ^ surtout contre nous et vous concourrez avec nous & obtenir de la Convention nationale qu'elle nous rende le nom de Gaulois *. »
On peut dire de nos jours que l'appel des hommes de quatrevingt-neuf a trouvé de l'écho parmi nous.
Une science toute nouvelle, l'archéologie a commencé à fouiller avec le soin et la patience qui la caractérisent les annales du passé. Ëlte a fait parler les pierres nues de la tande, les cavernes des lies, les lacs profonds, les grèves immenses ; çUe a réveillé dans leurs tombes des cadavres qui sommeillaient depuis de longs &ges, et leur a demandé les secrets enterrés jadis avec eux.
I.Lanom du moii eo breton eitUi^jonn c&FaetérÎBlîque.QiieDTeDrJaiiTier, moi* loat blaoc. Ebtel, avril,,nioi» saosiouFae. Oneu-golo, septembre, moi» do UbUnche pûlle. Du, novembre, moïi noir. Kerdu, dâcumbre, mois IrËR- noir, etc. Vousvoyet que ces dénominations s'accordent piuablemenl pour l'esprit, arec les nlvAse, lea pluviAsB, loB ventôse, les bnimure du oaliodrler républioain.
!. Magatin piiléretque, des noms de 0»ute et de Kranoe. XVI, ISU, p. !3 et ■ulvantet.
Sans aoaci des légendes romaines, dlle a voulu les confronter avec les traditions nationales pour reconnaître la fausseté des unes et la yérité des autres. La vraie vie gauloise renait enfin, grâces à ses recherches.
Au grand monument de la réhabilitation des ancêtres, apportons donc aussi notre modeste pierre.
Pour une telle œuvre, les moindres matériaux dans les mains des ouvriers de la pensée trouvent parfois leur utilité quand même. A ceux-là, nous offrons cette étude, espérant qu'ils en feront ressortir quelque gloire pour ceux dont nous gardons au fond du cœur, le pieux respect, la mémoire fidèle et la patriotique vénération.
Malheureusement l'archéologie se traîne encore dans ce que j'appellerai l'ornière romaine. Le moindre talus que l'on rencontre en France devient un camp de César , la plus petite route est une voie romaine '..
Le chercheur découvre-t-il des traces de maisons gauloises sur les flancs de quelque colline, c'est un pagus. Sous les ronces l'appareil d'un mur de grosses pierres se laisse-t-il apercevoir, c'est un op/«(ium. Il n'est pas jusqu'au costume qui ne prenne, sous la plume de nos savants, des dénominations latines. Ils appellent le saye sagum, le bracelet armille, le glaive spathè, le collier toques, l'épinglette fibule.
Dans leur manie de se créer un vocabulaire spécial pour parler d'un cocher qui mène un char, attelé de deux chevaux, ils s'écrieront : C'est un aurige conduisant un bige. Pour décrire une femme assise sur une chaise près d'un trépied orné de vases à parfum, ils diront : Vaepiieile enveloppée du peplos assise sur une cathedra, se tient auprès d'une mensa tripes surmontée d'une oxtbapkon et d'une olpa.
Pour eux un jeune homme est un éphèbe, un sabot est un trocus,
i. Le grand dalBien ds Lotmariaber, auprèi duquel se trouve oouohi le fameux menhir briaé, eit aiipelé dans le paye : La table de Cétar.
AVANT-PROPOfl. 23
un fouet un stimulus, une cruche une hydrie, une coupe un cy/tr, et l'étude des vases qui nous occupe de la ceiamographie.
Puisque nous sommes en veine de réaction, élevons-nous contre cette habitude funeste.
 des Français, parlons en bon français.
Et rappelons-nous la verte réprimande du grand Pantagruel à ce Limosin plein de verboclnation latiale qui cuidoit pindariser en déambulant dans les compites et les quadrivies de l'inclyte urbe que l'on vocite Lutece.
Ne ronsardisons point en prose et dédaignons enfin pour jamais
De ces grande mots le Taste pédantesque.
La science ne doit point être, comme le dit si sagement Montaigne : « un fantosme à effrayer les gens. »
Jetons au panier ces défroques ; on a bien assez longtemps romanisé la Gaule.
Puisque nous sommes Gaulois, soyons Gaulois tout du long.
Rendons à César ce qui est à César, et leur langue, leur gloire, leur honneur à ceux qui furent autrefois.
SoMMAiBs : — L'wl de lerre. — Sa premiire inspiration. — Les * rmes génératrices des vasea : naissent à l'imitatioti du végétal. — Trais lois. — La loi de parenté. — La loi d 'analogie. — La loi de personnalité. — L'histoire de la céramique, c'est l'hisloirû de rhumanité. — Application des trois lois à l'art de la Gaule. — La poterie fournissant les points saillants de la généalo(pe de la race gauloise.
L'art n'est que l'étude, la contemplation, la compréhension de la nature.
C'est un miroir, dit M. de Broglie. C'est un reflet, dit M. Charles Blanc.
Les bardes qui mettaient en ordre les mystères du monde, selon la belle expression de Taliesin *, demandaient à l'Atoen, inspiration artistique dans la plus large expression du mot, trois conditions nécessaires :
Un œil qui sache voir la nature.
Un cœur qui sache comprendre la nature.
Une volonté qui ose suivre la nature '.
De tous les arts, le premier donc, le plus noble, le plus ancien € le plus utile à la République *, » L'art de terre, comme l'ap-
I. Cytrinaah BvJrJd ynia PiidaiA. Le ilgalérc des Sardes de file de Bretagne, pu Adolphe Pictet, p 11; Gcnivo, Joël Cherbulici, <G5G. S. Idem, p. 6t.
3. Œuvres conplUea de Bernard Palùty, p. 313. ParU, DubJUcbel. ISi).
S6 rOTERIB GAULOISE.
pelle si bien le grand Bernard de Saintes, puisa comme les autres, mais avant tous, ses formes, ses modèles et ses types, à cette source universelle et féconde.
Quel objet frappa tout d'abord les yeux du pétrisseur d'argile ' î
La âeur, les plantes.
Les formes génératrices des vases, dit le savant polonais Joacbim Lelewel, durent naître A l'imitation du végétal '.
Lorsque, seul, étendu sous l'ombre des grands arbres à l'entrée de la caverne qu'il venait de disputer aux bêtes féroces, à la porte de la hutte de terre sèche qu'il venait d'élever aux bords des grands lacs, l'homme se prit à entrer en délibération avec sa pensée, se civilisa lui-même en un mot, ce qui advint dès qu'il y eut constitution de famille et éducation d'enfant, il jeta les regards autour de lui.
L'animal fuyait à travers les herbes et disparaissait au loin dans la forêt; l'oiseau s'échappait; le poisson glissait dans l'onde ou mourait; restait la fleur qui entr' ouvrait sa corolle aux doux rayons du soleil, se penchait vers lui, s'offrait à lui pour ainsi dire, Il la saisit, l'examina et façonna la terre, facile expression de sa pensée, à son image et à sa ressemblance '.
Le souvenir de cette contemplation s'est conservé chez tous les
t , Lei tradilioriB du premier modelaur biblique ont jeté nomme un reflet sublime Bur touB ceux qui vinrent après lui, et U GrÈce, cette patrie des chefs-d'œuvre de la sculpture antique, a fait de son Promélbée oet ouvrier de terre, le rivitl du foudroyant Jupia ; mais l'ami de la sage Minerve et le protégé d'Hercule, génie bienlaiBint, redresseur de torts et dompteur de monstres,
S. L'Art de terre chez les Poitevins, par Benjamin Fillon. Lettre de Lelewel à l'auteur. Préface, p. 2. Niort, Clouzot, 1864.
3. Le goût étant chose de délicatesne et de seutiment, il nous est doux de penser qne oe fut peut élre la femme qui, la première, eut l'idée de fa^ouDer l'argile fc I imitation de la fleur. C'hez les Bauvagcs, ce sont les femmes qui fabriquent nnoore de nos jours les poteries deBlinées i. la Tamille. Voyez Brongniart, Poterie da Cafre», p. 14. M. Marcoy, sur le revers des Cordelières, dans les Pampas det Socramento, chei les Indiens Conibos (Voyagea traver» f Amérique du Sud, Tour du Monde, p. (67, année t86t, £• semoBtre) dit que la fabrication des vases est spécialeinent réservée aux femmes, et donne sur celle fabrïoatloii presque sacrés des détails exoeasivement intéressants. Qu'on nous laisse croire que l'art est entré dans le monde par la femme, tant de gens en font la souroe de tout mal et de tout péché.
INTBOnuCTION. 27
peuples du monde et semble établir un lien de parenté entre toutes les nations de la terre '.
Plus un vase est ancien, plus il se rapproche de l'image exacte de la fleur, soit qu'il afiecte la forme du bouton qui se dégage à peine de la verte enveloppe de son calice dilatant avec une grâce exquise ses pétales au matin du jour. Tel que le saisit l'homme
Kg- *■ Vue «podft orni d« lolui. Uiu£« égTptiaa
quand il l'enleva de sa tige pour en faire le type des vases apodes ou sans bases {fy. 4, 5, 6) que nous trouvons , au Mississipi, dans l'Amérique *, sur le bord du fleuve des Gazelles ', chez
Le premier meubte du foyer dut sortir de «es mùna et noua Tient dliériU^e maternet. La première ooupc offerte h Cbomme buasid de fatigue ï son retour de aes conrees lointaine! n'a pu tire présentie que par une femme.
Les traditions du mariage par la ooHpa, que noua altona exuDÎner dan* les ohapitrea aniranta, aemblent du reste conOrmer cette hypothèse.
t . Je Toia, dit Lclewel, dana les poteries modelées par tea hommeit depuis le jour oiï I» main commenta t façonner l'argile, Je voia tes rameaux de la raoe humaine Isnra mariages, déplacemeota, fusiona de branches, notées clair par une forme, un proÙI, nn prooâdé de fabrique, une couleur, un vernis. — L'Arl de terra chex les Poitevins, p, S.
I. Ancienl Monamenta of the Mististippi vf>//e^, EG. Squier. AM. and. EH. Davia, MD. Smithaoniam, institution. City of WMhinglon, 18*7|: — et Observatiotu on tht iboriginal MonumatU of the Miasiiiippi vaiiey, by EO. Squifr. Naw-Yorh, 1847, p. 3S.
£8 POTERIE OAtLOISE.
lesScandinaTes*, en Egypte', dans les lacs de Suisse*, au fond des tombelles du pays d'Ar mor ' ; soit qu'il ressemble à cette coupe aux bords recourbés. Lotus qui s'épanouit aux fraîches heures du lever de l'aurore ; pleine encore de la rosée du ciel, que l'homme prit dans sa main creuse et leva vers le soleil qui la fécondait {fig. 9, 10, 11), coupe commune Atous : k l'Indien*, au Celte*
Fig. S. Va» ipods gaulmi. Mute s&niniqDs de StTm. Bnpport innnlirormB (RibiUUaiv liciulnB], Moiéo oAmnJqafldA SÂrrei. j
au Péruvien ', comme au prêtre de Babylone ', au Pharaon de la Bible*, conune au grand chef de famille des vallées champenoises'*.