‹ De la poterie gauloise;Chapitre 86 sur 107 · Id., p. lOi · texte numérisé non relu

Id., p. lOi

inventèrent la symétrie, clierchèrent à étouffer le génie local, qui resta chez nous, pendant leur domination, à l'état latent, mais se développa bientôt suivant sa nature et son tempérament, en dépit de Vart officiel de la centralisation et de tout le mécanisme de romanisation apporté par les Césars, dès qu'il retrouva sa liberté; car l'élément vital qui, seul, développe les arts, c'est la liberté'.»

i. Vue à ïMter en lem rougs. Orneme

al) faiatt

n funibn, inllogua & Mlui d« xrin» i

du Calalo

M. Viollei-Leduc avait entrevu les tendances des modeleurs d'argOe des premiers siècles: il se contente de les indiquer; il les aurait affirmées, s'il avait connu nos vases.

u Bernard Palissy, après que les esmotions et guerres civiles furent appaisées, ^s'en fut un jour se pourmenant le long de la prairie de ceste ville de Xaintes, près du fleuve de Giiarante ; et ainsi qu'il coqtemploit les honîbles dangers desquels Dieu l'avoit garanti au temps

1, Id-, passàn, 191.

23â POTERIE GAULOISE.

des tumultes et horribles troubles passés, il ouit les voix de certaines vierges, qui estoient assises sous certaines aubarées et ciiantoyent le Pseaume cent quatrième :

a Confilemitii Domino et inoocate nomca ejui, annuatiate inter ^ente* nomen ejui.

« Rendez gloire au Seigneur, invoquez son nom, faites connaître ses œuvres parmi les peuples.

(I Cantate ei et psallite ei, nan-alK nmnia mirabilia i-jus.

Fig. 113. ViHi k renarde tem bliDche, muai d'sniet. HauUur, !3 cSDiimèlKa ; lirgeur, • lim^tHi; hauteur, 19 cautimèlrae ; Isrgaur, 4 is«QLiinÈtr«>, — PrOTttiiiMe Cologna, n» ItS du Catalogua. — Un moroeta de let la trouTs incruité dana te pita di^ plue pelil

Il Chantez des cantiques à sa gloire, chantez des hymnes en son honneur, racontez toutes les merveilles de ses niains.

«Et parce ces voix etoient douces et bien accordantes, cela lui Ht oublier ses premières pensées, et s'ostant arrêté pour escouter ledit Pseaume, il laissa le plaisir des voix et entra en contemplation sur le sens dudit Pseaume, et fut tout confus en admiration sur la sagesse du prophète royal en disant en lui-même : « divine et admirable

I bonté de Dieu I A la mienne volonté que nous eussions les œuvres de t tes mains en telle révérence comme le prophète nous ensel^e en

I. — Prnvenancfi Colo^e^ n" 103 du Calatogue. -.là» 1*FT* blanclic srnéde daui bdks. Ilsuleur, 14 c«ntipiètr«a ; Urgeur, 3 c«iiliinèli««. ■Dc« fi<i*y, ai tu du CaUlogiM.

234 POTERIB GAULOISE.

(1 ce Paeaume. n Et il pensa de figurer en quelques tableaux les beaux paysages que !e prophète décrit au Pseaume susdit •. »

Gomme lui, les ouvriers de terre de la vieille Gaule, après les guerres et traverses de l'invasion romaine, s'en furent sans doute sur les

coteaux dorés de Dijon, dans les vallées de Provence ^qu'anose le Rhône nu sortir d'Arles-la-Belle, sur la montagne [de Heims, doù su

découvrent les immenses horizons de la Champagne, et peulrêtre aussi sur ces belles rives du" fleuve de Charente, et là «entrant en dispute avecleurproprepenséci., dirent à leurftme: iiQuiest-cequitetriste*?"

1, Reoeptâ véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre ï muUiplier et augmenter leurs trisors. OEuvres oomplÈtea de Bernard de Paliaay. Paris, Ûubocliel, 1344.

2. P. 13, De CArt de terre, œuvrei oomplètes de Pallaay. Id., p. 311 c' »">»■

La PERSONNALITé QAULOIBE. 235

Vois verdir les champs, vois s'épanouir les fleurs, vois l'ombre descendre sous la feuillée. Écoute les oiseaux, ils chantent; écoute le ruisseau, il murmure doucement; élève donc ton Ame, les soldats sont partis. Heureux sont les morts qui ont combattu pour la

pairie. La terre a repris son labeur, la nature renaît, travaille comme elle.

Et alors ils s'en Turent sous les vieux chênes cueillir le liseron dans

— PniTcaaiice inooDiiiH, no 116 du Calologua,

la forêt, ils descendirent au fond du ravin, détachèrent le lierre le long des rochers gris, enlevèrent au ruisseau ses plantes, les nénuphars, objet constant de leurs amours, reste probable du cult« ancien du divin lotus.

Ils avaientretïré des celliers cachés les urnes orientales des ancêtres, ils en perfectionnèrent les contours tout en en retenant les formes.

{Fig. 130 et suiv., comparées aux fig, 31, 35 et buÏv. Fig. 127, 128, comparées aux fig. 29, 30, etc., et les coupes du chapitre suivantcom* parées aux coupes du chapitre 11 de la première partie).

Quelques Étrusques, échappés aux massacres de la guerre sociale, devaient servir encore dans l'armée romaine, ils apprirent aux amis de In Gaule des façons nouvelles de di^corer les vases, d'enrouler autour de l'ume le gai liseron, le lierre, l'épi, la feuille du nénuphar. {Fig, 137 et ïuiu.y. Des archere de Crète complétèrent leur éducation, {Fig. 161,162.)

Le hasard leur fit découvrir une sorte de craquelure complètement analogue à celle que pratiquent encore les Chinoisdans leur porcelaine si légère; ils firent craqueler leurs récipients de terre grise, (^t]^. IM.)

Sur les manoirs antiques, les chefs au collier d'or avaientgravé leurs signes héréditaires : les coqs, les chevaux, les sangliers; sur leurs poteries délicates, ils burinèrent au poinçon, façonnèrent eu relief naïf des coqs [fig. 131), des chevaux qui gftlopent(/îy. 173), des sangliers sauvages.

Lea Grecs leur avaient montré des verres ^ oii la compression légère pendant le chaufTage, dessinait des creux qui facilitaient la préhension des tasses à boire, des bouteilles à contenir le vin. Ils essayèrent sur la terre noire, grise ou rouge, de leurs coupes et de leurs bouteilles {(ig. {?i% 1.53, 116), les compressions grecques, et les varièrent à l'infini.

La tradition orientale est comme rajeunie à cette époque de renaissance nationale, c'est à peine si on la reconnaît sous sa nouvelle parure. A côté de cela, on invente, on crée, on fait du neuf. Les grappes servent de modèle (^ff. 134), les fleurs inspirent des formes inconnues. [Fig 146.) Copiez, avaient dit les Romains. —Jamais, avait répondu la fantaisie. Même dans les amphores, ils rejettent le poncif, et trouvent une forme, celle de In fuj. 103. Vous ne mettiez que deux anses, ils en façonnent trois. [Fig. 144.) Vous n'osiez pas sortir des moules, ils se lancent dans la bizarrerie. {Fig. 100, 166, e(^.) Vous aimiez la symé-

1. Les rapports drs Étrusques eldcs Giuloia dalaietit Uh plus loin. Voir ud article de M. de Mortillet, Revue archiotogique, DOvembrs IBil, les Uiulois de Manabotto danarApcnaio. Lt pratique de la oouverte métallique leur était aussi probablement venue d'Ëtrurie. V. les vases que nous publions dans le chapitre précédeot, comparés aux Tragmentadu musée CliarlcsXau Louvre.

2. M. J. Charvat possède une admirable collection de Terrerie» antique*, où nous puisons largementles comparaisons que nous indiquons dans ces pages.

trie, ils veulent l'irrégulier. [Fig. 148, 149.) Vous adoriez TuDÏté de teinte, ils font da polychrome. [Fig. 127, 128, 13), 165.)

Enchaînez donc dans les traditions d'un militarisme uniforme, de pareils esprits. Ahl tous aurez beau nouer les liens et les renouer encore, ils sont trop forf s pour ne pas les briser, pour ne pas marcher le frant haut, l'œil ouvert, à gauche, à droite, do ci, de là, en dehors des routes, des sentiers, des grands chemins, îi leur guise. Pour ce qui me plaît, disait Clisson, et comme les Américains, ces Celtes du i monde : en avant ! toujours en avant.

DK LA POTERIE PARLANl'œ

SoHHAiHE : De la Poterie parlante cbez les paysans français actuels. — La joie du repas en France- — Le repas anglais. — Le repas allemand. —Le banquet du Moyen de parvenir, — Les repues franches du Platd'étain. — La Cave peinte deChinon. — La Pomme de pin au dii-septiËme siècle. — Les repas des anciens Gaulois et le Dieu Rire. — Propos des buveurs. — Le Testin de Trimalcion. — Poteries parlantes des premiers siècles. — Signatures des potiers romains. — Signatures des faïenciers italiens du seizième siècle. — Devises des faïences françaises i cette mSme époque. — La faïence révolutionnaire et les devisesdes citoyens de 4789. — Poteries pariantes chez les Grecs. — Poteries parlantes cbez les Chinois. — Poteries parlantes rJiez les Russes. — Ls Joie et la Liberté. ^Invasion germanique. — Hcrov^e.

Vous n'êtes pas sans avoir passé, quelque jour de foire ou de marché, par un de ces gros bourgs de France, où les hAtelleries et les cabarets tjennent une place fort honorable. Là, après avoir coudoyé 'les paysannes h. la coîiTe blanche, à la joue fraîche, luisante et rose comme une pomme de septembre, après avoir eu les oreilles assourdies par les cris des marchands forains, debout sous leurs petites baraques de toile; après avoir heurté le ventre rebondi des marchands de che- ■ vaux, se tapant dans les mains; après vous ôtre mêlés enfin à cette foule bariolée, bruyante, qui s'en va caquetant, jasant, riant à travers les places, les rues et les carrefours, s'il vous n été donné d'entrer dans la grande salle d'une auberge, dont l'enseigne peinte grinçait sur sa potence de fer, en faisant briller au soleil son Lion d'oi; son C/teval blanc, sa Tête noire, ou son Écu de France, sur une grande table de chêne, flanquée de bancs et dossiers, vous avez pu reitcoutrer attablés, filles et garçons, vieillards et têtes blondes.

Les broches tournaient dans l'&tre, les servantes, le tablier blanc relevé, couraient de la cave au grenier, du grenier à la cave, portant

à celui-ci du vin nouveau, a celle-là tlu cidre fumant; glissant les plats, rinçant les tasses, criant, souriant, grondant, trottant toujours, de ci

lenr, ) cent, ; longueur, 9 cenl.— No I6is du C»l»lopie. prevensmi» Cologna (11.

■ de là, une cruche à la main ; ri^ponclarit aux plaisanteries par un bon mot, aux g-cKtes trop liardis par une gourmade ; fcrpenfant enfin au

milieu de la cohue comme des anguilles A travers les cailloux polis de la rivière ou les longues herbes du grand lac. Avez- vous alors laissé tomber votre regard sur la vaisselle, blaiicbe,

(i) Loa GtuloU leB premiers remplacèrent p»r dee tonneânii de bois cercifi, )es oulres elles amphore» grecques etilaliquee.

(Heuri Martin, Histmredc Fronre, X, \, pige 81,

DE r.A POTERIE PARLANTE, 241

ornée de feuillages, rouges, bleus, verts, jaunes, qui couvrait la table? avez- vous regardé le fond des tasses, vernies de dessius bruns? Vous auriez pu y lire des noms écrits: — Zoiuse — Pâ'ine — Marie

grise roncée, sablé, Trit-flndo In

— Jeanne, etc.; sur les hunaps vous auriez pu voir des cris joyeux :

— Levinett txm — A ta cave marie — Vive la joie — Bois (oui; — et sur les bols : — A toi û moi — Je t'aime, ete'. Sur les vases gaulois que

trouvons-nous : — Amo te — Tene me — £ibe — Ave — Lude — Jteple — Beple me copo meri — Mtrum da (fîg. 183 et suiv.).

Ahl c'est qu'en France il y n une chose que l'on ne tuera jamais, c'est la joie, le franc rire, la gaieté, l'esprit. Cette bonne philosophie à laquelle besoin sera toujours de revenir^, cette folâtrerie divine qui

1. Copié 9iir des bola, des brocs et dfs lasses, nuConquet, eaBretigne.

2. Contcn diÔlaUque', colligès ez abhnyes de Touraine, mis en lumiïre par le eieur de I3al2ac. Paris, MDCCCLV, p. IJIG.

242 VOTERtE r.AULOISI^.

est le propi'e de l'homme', et que l'expi-essioD la plua complète de cette joie, de cet esprit, de cette philosophie, c'est le repas.

En Angleterre, u dans ce pays de brouillards livides et charbonneux, » où l'homme est « un primate à sang froid et à circulation lente,

viunce Cologne. N<> IIS du Otalugus.

une locomotive dont la chaudière ne bout qu'à force de spiritueux et de viande, ii on dévore « do grosses portions de chairs graisseuses, et de légumes sans sauce, flanqués de piments, de poivres, de condi-

ments, de vinaigres indiens, n A table, on n'a d'autre préoccupation que H le renouvellement de la substance humaine; » puis, retiré comme un escargot dans sa coquille, tout seul, TAnglo-Saxon arrose sa viande avec du porto, du sherry, coupé d'eau-de-vie. Le vin de

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