De Nissen. Mozart. Leipzig
il improvisait si facilement sur quelque thème qu'on lui proposât, il était, en un mot, capable de tant de merveilles, que le père crut qu’il avait mission de montrer au monde cet enfant miraculeux à qui Dieu avait donné tant d'intelligence et de génie. Il se mit alors à voyager. À Munich, il joua devant l’Electeur un concerto qui excita
une véritable admiration.
Eu 1762, ils allèrent à Vienne; Wolfang était plein de grâce et de gentillesse, de gaîté et d’entrain, L’artiste précoce et déjà savant était resté un charmant enfant et on l’aimait sans l’avoir entendu. Appelé devant la cour, la splendeur impériale ne le troubla pas. Il se mit gaie-
ment au piano.
L’empereur s'était placé près de lui: « Monsreur, lui dit Wolfang, Je vais Jouer un concerto très difficile de M. Wagenseil votre maître de chapelle; je voudrais bien l'avoir auprès de mot, il me tourneraït les feurllets. Voulez-vous le faire appeler ? » — et l’empereur fit appeler M. de Wagenseil.
En 1763, Léopold Mozart, avec le petit Wolfang et sa sœur Anne-Marie se mirent en route pour la France, l'Angleterre et la Hollande, et le 18 novembre ils débarquèrent à Paris. Ils avaient une lettre de recommandation pour Grimm qui les accueillit avec la plus grande bienveillance. On trouve dans sa correspondance l’impression que lui fit le jeune artiste : « /es vrais prodiges sont st rares, qu'on en parle volontiers. Un maïltre de chapelle de Salzbourg, nommé Mozart, est arrivé iCt avec deux enfants charmants. Sa fille âgée de onze ans joue
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du clavecin à ravir et exécute les morceaux les plus difficiles avec une précision rare.
Quant à son frère qui n'a pas accompli encore sa septième année, c’est un phénomène si extraordinaire qu'on a peine à croire ce qu'on voit de ses yeux, et ce qu’on entend de ses oreilles. Non seulement 1l exécute aisément et avec une parfaite netteté les pièces les plus difficiles, quoique ses petites mains atteignent à peine la sixte, mais encore, et c’est là lincroyable, je Pai entendu improviser une heure entière et se livrer aux inspirations de son génie, qui lui, amenaït une foule d'idées ravissantes se suivant avec goût et sans la moindre confusion. Un maître de chapelle consommé ne pourrait avoir connaissance plus profonde de l’harmonte et des modulations que l'enfant sait opérer par les vores les moins connues, mais toujours conformément aux règles ». Grimm était un bon connaisseur en musique et sincère dans ses admirations.
Jusqu’alors le jeune Mozart s’était montré exécutant de premier ordre; à Paris l’enfant de sept ans se révèle compositeur. Il y publia ses deux premières œuvres, deux recueils de sonates dédiés, l’un à Victoire de France. sœur de Louis XV, l’autre à la comtesse de Tessé.
La famille Mozart quitta Paris, et arriva le 10 avril 1763 à Londres. Wolfang, devenu tout à fait célèbre, n’eut aucune peine à se produire. Son succès fut éclatant, il joua de l'orgue et du clavecin devant le roi Georges III qui aimait la musique et devant la reine qui passait pour
bonne musicienne ; il donna des concerts publics qui fu-
rent très suivis et composa six sonates avec accompagnement de violon et de flûte, qu'il dédia à la reiue.
Après trois ans d'absence ils revinrent à Salzbourg ; en 1767, il fut atteint de la petite vérole et manqua en mourir. À la demande de Joseph II, il composa à l’âge de douze ans son premier opéra-bouffe, intitulé la Fénta simplice, que le directeur du théâtre ne comprit pas et ne voulut pas jouer. Quelque temps après il composa une messe et il en dirigea lui-même lexécution avec un
aplomb qui charma l’empereur et l'assistance.
Mesmer, le fameux magnétiseur, son grand ami, fit élever unthéâtre dans son hôtel et donna une grande fête ou l’on représenta un opéra-bouffe. Bastia und Baslianna, dont Wolfang avait composé la musique.
En 1770, ils partirent pour l'Italie. Cet enfant qui depuis l’âge de six ans äâvait presque toujours voyagé, qui semblait livré entièrement au génie de la musique, avait trouvé le temps d’étudier sa langue maternelle, le latin, le français, l’italien et savait très bien l’arithmétique, pour laquelle il avait une grande aptitude. D’Italie, ïl écrivait à sa sœur des lettres charmantes où il mélangeait, l'allemand, le français et l'italien.
Ils arrivèrent à Rome en 1720, pendant la semaine sainte. Le jour de leur arrivée ils se rendirent à la chapelle Sixtine où l'on exécutait le fameux Miserere d’Allegri. IL était défendu aux musiciens de la chapelle sous peine d’excommunication d’en prendre une copie. Ce Miserere n’exislait que pendant les deux jours de la semaine sainte, puis il rentrait dans la bibliothèque du Vatican,
où il reposait jusqu’à l’année suivante. Il suffit au jeune
(y Mozart de l’entendre une fois pour se le rappeler et le
noter.
Au mois de juillet le pape Clément XIV lui décerna la croix de l'éperon d’or. Il annonça gentiment cette nouvelle à sa sœur, Anne-Marie, restée à Salzbourg : « Mademoiselle, jai lhonneur d’être votre très humble serviteur et frère, chevalier de Mozart. Addio ».
En 1770 il fit un opéra, Mithridate, qui fut joué avec succès pendant vingt-deux représentations à Milan.
A quinze ans, il composa pour l’impératrice Marie-Thérèse une sérénade, dont le titre était Ascanio tn Alba, et qui avait presque l’importance d’un opéra. L’année suivante il composa un ouvrage du même genre, une autre sérénade dramatique, {{ sogno di Scipione, puis un autre
opéra, Lucio Silla. En 1774, il écrivit un opéra-bouffe, la
Finta Giardintera, deux messes solennelles et plusieurs morceaux d'église.
A dix-neuf ans, Mozart avait dépassé la moitié de sa carrière qu’il lui sera donné de parcourir. Mais la fortune, prodigue de caresses pour l’enfant prédestiné, se montrera sévère pour l’homme de génie.
On lui proposa la place d’organiste à la chapelle du roi à Versailles, avec deux mille livres de rentes ; son père le pressait d'accepter. Il lui répondit : « Je suis compositeur, je suis né pour l’être ; je ne puis enterrer le talent que Dieu a bien voulu me départir. Je le dis sans orgueil parce que ce talent je le sens en moi. » Et il refusa. Il mourut à trente-cinq ans, après avoir laissé des chefs-
- d'œuvre immortels,
RL; à (ee Audré Grétry (1741 -1813)se fit remarquer, tout enfant,
par ses dispositions extraordinaires pour la musique, et s’il faut en croire un passage de ses Mémoires, ce senti-
ment s’éveilla en lui à l’âge de quatre ans.
Un autre musicien français, plus connu comme collectionneur de mérite et par son attachement passionné pour les productions de l’époque de la Renaissance, Sauvageot, naquit à Paris le 6 novembre 1781. Dès sa plus jeune enfance, il avait manifesté un qoût passionné pour la musique, et il entrait au Conservatoire à l’âge de quatorze ans, et
deux ans plus tard il obtenait le premier prix de violon.
Le compositeur allemand Weber (1786-1826), débuta dans la carrière de la composition musicale à douze ans par six petites figures pour le clavecin. À treize ans, il composa son premier opéra, /a force de l'Amour et du Vin et en 1801, un nouvel opéra-comique, Prerre Schmoll
et ses voisins.
À peine âgé de cinq ans, Meyerbeer (1794-1864), fut confié par son père aux soins du pianiste Lanska et se fit entendre pour la première fois avec un grand succès dans un concert donné à Berlin le 14 octobre 1800. IT fut encore applaudi dans deux autres concerts, si bien que dès l’âge de neuf ans, il passait pour un des meilleurs pianistes de la Prusse.
A dix-sept ans, il fut nommé compositeur de la cour Grand-ducale de Hesse-Darmstadt, après avoir composé
plusieurs morceaux de musique religieuse. Trois: ans