ENS
Tours : à 15 ans il savait le grec, le latin, l'espagnol, faisait de jolis vers et avait des connaissances en tout ; il dessinait, peignait, touchait du luth ; il écrivit un traité de numismatique, des histoires de Rome et de France. Mais il s'arrêta en chemin, resta médiocre, et vécut toutefois jusqu’à 90 ans.
Il nous semble que dans ce cas, l’on pourrait souvent incriminer l’éducation ; comme les plantes des serres chaudes tôt poussées mais tôt fanées, si on les transporte dans un autre milieu, si on leur donne trop de lumière, si on leur prodique trop de chaleur, les petits prodiges deviendront trop souvent des candidats à la folie, si une éducation tropintensive, un travail trop incessant leur est imposé. D’autres fois,si la mort ne vient les libérer, cette supériorité insolite se transformera en une vulgaire médiocrité.
Pour clore cette discussion, nous citerons, en entier, la lettre, que M. le professeur Richet a bien voulu nous confier ; elle émane d’un musicien distingué et a trait à l'éducation du jeune Pepito Rodriguez Arriola.
«Il faut absolument qu’on lui apprenne la technique de son art. Tous les grands génies de la musique ont passé par la discipline sévère de l’harmonie et du contrepoint. S'il y a, hélas, tant de ratés et d’improvisateurs dans tous les arts, c’est que trop peu d’artistes consentent à faire les études sévères, indispensables à l’assouplissement de leur technique. Mozart que l’on cite toujours à tort, a eu la chance inespérée de trouver dans son père un musicien consommé el un maître implacable ; d’autre
part, Mozart avait le plus adorable caractère et a écouté
Re
scrupuleusement les conseils si sages que son père luta
donnés.
Dites donc à la mère de Pepito, si elle aime réellement son enfant et si surtout elle veut que son fils soit un musicien de valeur, qu’elle l’instruise le plus tôt possible dans les rudiments de son art, et qu’elle lui enseigne, le plus tôt possible les premières règles du solfège. Si vraiment Pepito est appelé à produire quelque chose, il pourra du moins écrire les petites œuvres, qu'il improvise actuellement et nous pourrons juger en conséquence s’il a les dons de composition qu’il semble posséder. Puis il y a lieu de le mettre entre les mains des meilleurs professeurs, même pour le solfège supérieur, car c’est le premier enseignement qui importe peut-être le plus. Et si alors, le gamin vers 7 ou 8 ans a une bonne santé, il y aura peutêtre lieu de le produire en publie à titre d’encouragement. Mais de grâce qu’on n'en fasse pas un enfant prodige, et qu’on ne l’éreinte pas avant qu’il ait les forces
nécessaires : ce serait pis qu’un crime.
Enfin qu’on n'oublie pas qu’un musicien ne sera qu’un piètre musicastre, s’il n’a pas d'instruction générale et aussi intégrale que possible. Là encore nous avons pour nous quider, les grands génies musicaux de notre siècle qui tous ont été des hommes instruits, curieux de toutes les choses intellectuelles et plongés dans un milieu capable de les initier aux plus hautes conceptions humaines. Sinon Pepito ne sera qu’un ménétrier et qu’un virtuose,
d’un grand talent sans doute, mais il n’en sera pas moins
Æ SF
un médiocre qui aura. brillé pendant quelques années pour s’éteindre dans un oubli nocturne, »