DE U PRÉSERVATION DU CHOLÉRA ÉPIDÊMIQIE
comme le soleil, on peut dire, sans craindre de se tromper, que Thomme sain ou malade^ dans le simple appareil du philosophe Bias, ne transmet point par voie de contagion le germe morbide ; on n'emporte pas plus le choléra que la patrie à la semelle de ses souliers.
Dans rétude laborieuse que nous venons de faire des conditions extérieures les plus générales, dans lesquelles, en temps d'épidémie, on voit se développer le choléra asiatique^ il est impossible de n'être pas frappé de ce grand fait que, parmi ces conditions générales, il en est une qui les domine toutes, et commande la multiplicité des atteintes, comme la gravité de la maladie; cette condition, c'est la vie avec ou sans locomotion à Tair libre , qui met rhomme dans un rapport constant avec le foyer où circule incessamment le poison morbide, suivant les lois d'une fluctuation inconnue. Ce grand fait^ ou^
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si Ton veut, ce terrible enseignement, l'histoire des grandes épidémies cholériques le fulgare de toutes parts. Tous les grands mouvenents humains, en temps d'épidémie, guerres, caravanes, pèlerinages, ftiites en masse, dans lesquels on voit la maladie sévir avec une intensité incomparablement plus grande qu'elle ne le fait, quand elle s'attaque à rhomme placé dans des conditions différentes; tous les grands mouvements humains, dis-je, sont roccasion d'une éclatante manifestation de ce M capital. Il en est de même quand, abandonnant ce vaste champ d'observation, on étudiç la marche de la maladie dans les conditions diverses que créent pour l'homme les exigences de la civilisation, le même fait nous apparaît encore, bien que plus voilé, soit qu'on le cherche dans l'observation directe, et une analyse qui ne s'arrête pas à la signature^ à l'étiquette des choses, soit qu'interrogeant les faits négatifs, on reconnaisse qu'ils r^ pondent dans le même sens avec une unanimité qui ne se dément jamais.
En face de ces faits si nombreux, qu'ils réalisent toutes les conditions d'une expérimentation idéale, si je puis ainsi dire, et dans lesquels on voit Tinfluence de l'agenttoxique, quel qu'il soit, et où qu'il soit, se mesurer sur la durée de la vie à l'air libre, il est presque impossible de se refuser à admettra
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que ratmosphère ne soit, en effet, le véhicule par lequel cet agent pénètre dans l'organisme vivant, et n'v réalise les accidents dont la conclusion ne sera que trop souvent la mort, tant qu'on ne leur opposera que la pratique d'une prophylaxie et d'une thérapeutique banales. Fort des enseignements originaux que nous avons puisés dans les études laborieuses qui précèdent, nous espérons en déduire bientôt utie pratique plus en harmonie avec la réalité des choses, et qui, si nous ne nous abusons, doit réduire, dans une large proportion, la gravité du choléra épidémique, partout où ces nouvelles données seront rigoureusement appliquées. Mais avant de formuler cette pratique, qui regarde à la fois la prophylaxie et le traitement de cette maladie populaire, je voudrais, non pas théoriser les faits que j'ai compendieusement esquissés. Dieu me garde d'une telle outrecuidance ! mais rechercher si, à défaut « d'un principe qui, ainsi que le dit M. Bertrand, se juge par la vérification expérin..în* taie des conséquences les plus éloignées (1) », la nature du rapport qui lie l'impression faite sur l'organisme vivant ne se laisse pas au moins pressentir dans quelques-unes de ses fugitives manifestations. C'est ce que je vais essayer de faire trèsbrièvement.
(1) Fondateurs de Vaslrommie moderne^ p. 263.
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Vu Français, au scnice do la compagnie des Indes, M. do W'arron, a publié en 18&& un ouvrage où il choirhc à démontrer que la cause du choléra, analogue aux miasmes produeteurs de l'impaludisme, doit être rattachée, dans Tlnde, à la formation de marais infects qui, sous Taction d'un soleil brûlant, dégagent des produits de fermentation septique multiples, au nombre desquels se trouve le délétère cbolériquc dont la nature est ignorée, mais que son influence toxique sur Torganisme dénonce suffisamment (1). Dans la pensée de cet observateur ou de ce
(1) A la suite de l'épidéiuie de choléra qui Tient d*exereer de si grands ravages en Egypte et à Constantiaople, le présideat da département sanitaire de l'Egypte, Colucci-bey, vient d'exposer ses vues personnelles, qui sont quelque peu ea désaccord avec Tupiiiion commune sur Torigine du choléra. Ce n*est pas dans rinde que, suivant Colucci-bey, celte maladie populaire aurait pris naissance, mais bien dans les cités de la Mecque et de Médioe, et sur le mont Arafat. « Le Kourban-Baïram, ou fête du sacrifice, dit-il, qui se célèbre dans la première moitié du mois de ziMef^, rassemble chaque année, dans la ville sainte, 7 ou 800 000 pèlerins, qui accourent de tous les pays mahométans pour s'en retourner avec le titre de hadjy. La vie absurde qu^ils mènent pendant le pèlerinage, la malpropreté dont ils s'entourent, suffisent, sous ce climat meurtrier, pour en faire périr beaucoup. Mais les morts ne sont pas soigneusement enterrés; dans la précipitation du voyage, on les couvre à la hâte de sable dans le désert, et le moindre vent les découvre. Qu'on ajoute les miasmes exhalés par le sacriflce de deux millions de brebis, car le moindre pèleria doit en offrir au moins une. La viande est consommée ; mais le sang, les os^ les entrailles et les peaux se décomposent sous un
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théoricien quelque peu improvisé, paraît-il, comme dans celle de son habile commentateur M. Roche, de l'Académie (1), si ces conditions existent depuis longtemps dans l'Inde et sont inhérentes à sa constitution hydrologique^ à son climat, comme aussi au défaut d'énergie de peuples énervés par une
soleil torride, et répandent une infection qui ne peut manquer de de devenir épidémique. C'est ce qui est arrivé cette année^ la fête du Kourban-Baïram tombant au commencement de mai. Le choléra natt dans ce centre de décomposition animale, et cette année il a enlevé 100 000 pèlerins en quinze jours. Un agent du gou- ▼ernement égyptien lui a écrit de la Mecque que les corps attendant la sépulture étaient empilés dans toutes les mosquées de la ville. » (Journal des Débats^ 2 septembre 1865.) Il est impossible d'admettre que ce soit dans de telles conditions, et rieu que par elles, que naît le choléra; il peut y être importé, mais il n'y natt pas. Cette maladie est une originalité pathologique qu'une expérience plus que séculaire a démontré ne jamais se développer de toutes pièces dans de semblables circonstances. L'impression que la cause morbide signalée plus haut produit sur l'organisme vivant se traduit nosologiquement par le typhus, le typhus qui règne depuis des siècles en Europe, qu'on a désigné sous le nom de fièvre des camps, des prisons, des villes assiégées, et qu'oa pourrait presque faire naître à volonté en agglomérant des masses d'hommes sains ou malades dans un espace limité. M. Espagne, dans une série d'articles intéressants sur Tépidémie cholérique actuelle, fait jouer, comme M. Colucci*bey, un très-grand tdiiê aux causes signalées par cet auteur; mais force lut est bien à la fin d'invoquer une cause spécifique pour expliquer une maladio dont la spécificité se marque par des traits si accentués.—* Conf. Gag. hébd.^ septembre et octobre 1865.
(1) Union médicale, oetobre 1849.
un Di u vntssfinTioH
chaleur lorrido et endormis dans la servitude oo la Aiiponititlon, Il fkut recoAnaltre que la domlnation anglaise, tout en servant, sans aucun doute, <lans ce» contrées lointaines la civilisation, a pu, n clA même concourir à aggraver ces conditions morbi<les dans une mesure qu'il serait difficile de <l/>torininer. Dans tous les cas, il irest pas douteni que ce ne soit là le foyer primitif où 8*élabore le toxique cholérique, ferment morbide inconnu dans son essence, miorosoaires ou microphytes qui dépassent jusqu'ici la portée de nos Instruments, et que ce ne soit de là qu'à plusieurs reprises il a rayonné dans diverses directions, pour couvrir di deuil une grande partie du monde habité.
Malgré rimpuissance de la scieiice, des sciences à saisir ce terrible agent toxique, il n'est guère permis de douter cependant, en présence des ré'sultats complètement négatifs auxquels a conduitia recherche des rapports supposés, et que nous avons sommairement indiqués, que cetagenl ne résidedani Tair et que ce ne soit au sein de Tatmosphëre qu'il faille 8*efiForcer de saisir la loi de dispersion, d'infr» gale dissémination dans l'espace à laquelle il obéit.
Un premier fait de cet ordre, qui nous semble réàulter de la discussion laborieuse qui précède, c'est que partout où le choléra existe à l'état épidémique, il est évident, d'une {lart, que la vie sédeu-
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taire, dans un espace limité, est celle qui expose le moins Thomme à être touché par Tinfluence délétère, et qui, quand il n*a été qu'effleuré par celle-ci, tui assure le plus de chances de s'en affranchir d'une manière complète. Des masses de faits, que nous avons longuement rapportés, témoignent de cette vérité, et les faits qui tout d'abord semblent en contradiction avec ceux-là perdent celte signification erronée quand on les soumet à la coupelle d'une critique quelque peu indépendante; d'un autre côté, c'est la vie à l'air libre et en mouvement
qui expose le plus à l'intoxication cholérique ; car c'est dans de telles conditions que nous avons vu la maladie se montrer à son maximum d'intensité.
Mais comment se rendre compte de la différence tranchée que nous signalons, et que des faits nombreux nous ont manifestée à l'envi? Limitée ou non, c'est toujours, dans les conditions supposées, la même atmosphère. Alors, comment la vie sédentaire, dans un air limité, affranchit-elle plutôt de l'influence morbide que la vie à air libre, et surtout la vie en mouvement? Notre réponse à cette question sera simple, comme le fait. lui-même qu'il s'agit d'expliquer. Quelque large que soit la part que l'on accorde à la réceptivité variable des hommes vis-ivis du choléra, il faut bien reconnaître que si^ en somme, dans les grandes épidémies cholériques les
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plus intenses, tous ceux qui sont dans la sphère d'activité de celles-ci ne sont pas atteints, c*est surtout parce que Tagent toxique est inégalement disséminé dans Tair, et que les contingences heureuses remportent de beaucoup sur les contingences funestes. Or, qui ne voit que, dans un air limité et seulement renouvelé suivant les besoins rigoureui de rhématose, il n'y ait beaucoup moins de chances d'absorber de l'agent toxique une quantité suffisante pour réaliser la maladie, que dans l'espace sans limites, où le mouvement incessant de l'air, même dans l'atmosphère la moins agitée, multiplie incessamment les chances? Si vous ajoutez à cette condition celle de la marche plus ou moins rapide ou d'un travail violent dans lequel la contraction des muscles est mise énergiquement en jeu, vous multipliez encore ces chances funestes dans une mesure qu'il ne serait peut-être pas complètement impossible de déterminer, par la suractivité de la respiration ou, ce qui revient au même, par la mise en rapport plus fréquente de l'organisme avec le poison morbide.
Bien qu'on n'ait que des données très-vagues sur les variations du volume d'air qui circule à travers les poumons, dans les circonstances qui accélèrent nécessairement la respiration, ces données, en ce qui touche à l'état calme de cette fonction, suffisent
à montrer combien doit être active Tendosmose miasmatique à travers la surface de l'appareil pulmonaire. D'après les recherches qui ont été faites par Valentin, Goodwin, Bostock, Viévordt, etc., et que MM. Longet, Bérard, Béraud, Robin et Béclard (1), ont résumées, 500 centimètres cubes ou un demi-litre sont la quantité d'air qui circule à travers les poumons pendant chaque mouvement respiratoire normal. Comprenez-vous, maintenant, en présence de ce fait, qu'il soit loin d'être indifférent, eu égard aux chances d'absorption par cette voie si largement ouverte, de respirer à pleins poumons, en temps d'épidémie, au sein de l'océan aérien libre, où les vents et la radiation solaire déterminent des courants continus, ou bien dans un air limité, qui peut n'être pas immaculé sans doute, puisqu'il est incessamment emprunté à l'atmosphère générale, mais où le flot qui peut vous empoisonner «est assurément moins à craindre^ par cela seul que le mouvement dont il est l'effet s'exerce ici dans des limites infiniment plus restreintes, à moins d'une ventilation puissante qui réalise en partie, exagère même quelquefois, à l'intérieur des habitations, la marée aérienne extérieure.
Si j'osais, je risquerais ici une comparaison : tout
(1) Traité élémentaire de physiologie humaine ^ comprenant les principales notions de physiologie comparée, p. 834, 4* édit.
ill Dl U rRtSKRTATION
la monde connaît une des expériences de M. Pasteur pour combattre le système de rhétérogénie. Il place une vingtaine de ballons dans des oonditioDs identiques, et telles que si la vie peut, ainsi qu'on le prétend, sortir spontanément de la réaction des éléments inorganiques les uns sur les autres, toos les ballons doivent être nécessairement le théâtre du phénomène. Or, il n'en est pas ainsi. Les microzoaires se montrent dans la plupart de ces ballons, mais plusieurs d'entre eux restent inféconds. De cette expérience^ l'éminent observateur conclat, d'une part, que le principe de fécondation est en dehors des ballons, et, de l'autre, que les germes préformés sont inégalement répandus dans Tespace qu'ils ne remplissent pas. La doctrine de la pan* spermle est toujours vraie, mais à une condition, c'est qu'on la conçoive comme limitée. Eh bien I c'est ainsi qu'il faut concevoir le principe toxique du choléra disséminé dans l'espace, et si je ne crai-' gnais le péril d'une trop ambitieuse comparaison, je risquerais d'appeler pan8permiecholérig<ène limitée l'irréguliôre dispersion de ce principe dans l'atmosphère, quand le choléra règne d'une manière épidémique dans une sphère plus ou moins étendue.
Cette inégale, cette irrégulière dispersion de l'agent toxique dans l'atmosphère infectée^ et 09
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fait, on ne pmt le nier, en présence des résultats aussi éclatants que le soleil qui le traduisent, nous rend compte à la fols et de rimmunlté relative dont jouissent presque toujours les agrégations d'individus dont la vie se rapproche plus ou moins de la vie claustrale et de la violence avec laquelle on voit quelquefois sévir Tépidémie dans des conditions plus ou moins analogues à celles-là. Dans le premier cas, les hommes, vivant en quelque sorte sur place, ont d'autant plus de chances d'échapper au contact du poison, comme les ballons de M. Pas* teur, qu'ils restent dans une atmosphère relative-'^ ment immobile ; dans le second , l'agent toxique s'est concentré accidentellement sur un point par suite de lois inconnues, si ce n'est du hasard, qui président à sa dispersion dans Tespace, et une sorte d'endémie locale d'une durée plus ou moins longue s'est réalisée. C'est ainsi que s'explique encore pourquoi c'est dans les grandes masses d'hommes en mouvement que Tépldémie cholérique^ quand ceux-ci la rencontrent sur leur route ou l'emportent emmagasinée dans leurs moyens de transport ou leurs bagages , pourquoi, dis-je, c'est dans de grandes agglomérations d'hommes en mouvement que le poison cholérique sévit avec le plus d'intensité. Ces masses en mouvement sont comme un crible vivant qui retient à sa surfilée Içs bales^ les mlasmô9
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cholérigèncs, ci s'en imbibe en quelque sorte inévitablement.
Ghercherez-vous à expliquer ce dernier fait par la contagion? Mais pourquoi, si c'est là la cause delà propagation du mal, a-t-on vu des masses d'hommes sur lesquelles planait Tépidémie, puisqu'on certain nombre de cas s'y sont montrés, et aussi fatalement mortels que tout à l'heure, pourquoi a-t-on vu des masses d'hommes, dans ces conditions, n'être en quelque sorte qu'effleurées par la maladie ? Ces faits, on les trouve partout dans les historiens des épidémies cholériques, comme on j trouve partout le fait corrélatif de localités, où l'on ne rencontre que quelques cholériques qui évidemment ne transmettent rien, à côté de localités qui, au contraire, sont plus que décimées. Je sais bien que la contagion, dans les affections les plus évidemment contagieuses, n'y éclate pas toujours avec le môme degré d'énergie; mais cette énergie, en général, se mesure sur l'intensité du mal. Dans ce cas, nous Tavons vu, les individus frappés le sont aussi violemment que dans le cas précédent. Si la contagion existe dans une circonstance^ comment se fait-il que ses effets ne se laissent même pas soupçonner dans l'autre? Jugez ce fait, comme tous les autres, à la lumière du principe de l'épidémicité, ou, si vous le voulez, de la panspermte cholérique
limitée^ et toute obscurité disparaît, et les contradictions apparentes s'effiacent. Ai-je besoin d'ajouter que, ce principe une fois posé, la séquestration la plus absolue, la vie la plus immobile dans Tair renouvelé selon les proportions les plus strictes avec les besoins de Thématose normale, ne saurait mettre, d'une manière certaine, l'organisme à l'abri du contact de l'agent cholérique ? Non, car il est évident que l'air que l'on respire en pareille condition est incessamment emprunté à l'atmosphère contaminée, et que, comme l'air libre, il peut contenir du poison. Mais, ainsi que je l'ai dit déjà, les chances de ce contact sont d'autant moindres que, par suite de cette stabulation et du minimum d'activité de la respiration qu'elle entraîne, il passe à travers l'organisme, dans un temps donné, une quantité moindre d'air nouveau emprunté à diverses couches de l'atmosphère libre. En pareilles conditions, non-seulement les chances d'intoxication sont moindres, mais c'est dans ce cas surtout que l'intoxication lente se traduit par des symptômes qui, combattus rationnellement, ne sont presque jamais suivis des grandes explosions cholériques.
Je ne sache pas un seul observateur qui se soit placé au point de vue d'où j'étudie ici les faits, pour s'efforcer de saisir le choléra dans ses origines extérieures.Tous ces faits ont été vus cependant, et ils ne
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pouvaient pas ne pas Tôlre, tant ils sont éclatants; mais chez les historiens du fléau asiatique, ils ne se montrent qu*à la condition de briser le moule dans lequel on s'efforce de les faire entrer b<»i gré mal gré, suivant les exigences d'un enseignement doctrinal , vrai à beaucoup d'égards , et ils ne figurent guère dans les travaux sérieux de cet ordre qu'à titre de contradictions inexpliquées.
Dans cette pénurie d'observations topiques du genre de celles dont je parle en ce moment, je voudrais^ non combler cette lacune, mais en marquer ici la place, en citant un fait très-remarquable, qui a trait à l'influence de l'air extérieur sur l'intoxication cholérique, et dont moi et les miens avons été à la fois les acteurs et les témoins (1).
C'était pendant l'épidémie de 1849^ médecin, à cette époque, d'une noble famille, la famille de L. R., j'habitais, à ce titre^ un pavillon du château de M...^ dans la Marne. Le choléra sévissait avec violence à Paris, et quelques cas seulement en furent constatés
(1) Cette observation m'a singulièrement frappé, et, depuis que je l'ai faite, je n'ai cessé de l'avoir présente à l'esprit. Si Ton pouvait comparer les petites choses aux grandes, siparva Ueet, «to., je dirais qu'elle a été pour moi, humble chercheur, simple curieux assis à la porte du temple, comme la pomme légendaire de Newton, et qu'elle est devenue entre mes mains la lampe du mineur, à la lueur de laquelle j'ai pu explorer, sans trop m'égarer peut-être, un des labyrinthes les plus tortueux de la science
DU cmLÉUA mbÈmQm. itr
dafis la petite tille de M. < « , qui, p«mit-il, avait été^ ati contraire, décimée en 18d3. Ma femme, mon petit garçon et moi, couchions chacun dans une chambre disthnote^ mais se commandant i'une l'autre^ et dôn^ nant sur des massifs de fleurs et sur un parc aux arbres â^éoulaires. Noos nous étions couchés tous les trois, ainsi qti'une petite bonne^ notre unique domestique, parfaitement bien portants la veille; tous, nous avions dorini d'un sommeil paisible^Vers six heures du matin et par un soleil splendide^ c'était en plein été, ma femme se lève la première^ s'habille rapi« dément j et ouvre la fenêtre, comme elle le fait sou^ vent, h cette époque, pour jouir du parfum des lieurs et des tilleuls qui touchent notre habitation. Mais peu de temps après qu'elle eut ainsi fait péné-^ trer à pleines voiles Tair extérieur dans cette chambre, oh elle avait passé la nuit tout entière sans éprouver le moindre accident, elle fut prise tout à eoup de nausées, de coliques très-vives, et qui furent rapidement suivies de diarrhée blanche^ caractéristique de Tintoxication cholérique^ Au milieu de ses souffrances, elle m'appelle } bientôt moi-même Je suis pris d'accidents semblables. Notre petit garçon, notre domestique, sont frappés de même, peu de temps après leur arrivée dans cette zone d'air que Touverture de la fenêtre avait fait entrer par bourrasque^ comme disent les An*
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glais, dans celte chambre, mise ainsi en commimication brusque avec Tatmosphère du dehors. Trèsheureusement, ces accidents n'eurent pas de suite; un jour de diète, quelque tisane négative, suffirent i les faire disparaître.
Je ne concevais pas, à cette époque, rétiologie du choléra, comme je le fais aujourd'hui, et il est probable que nous ne nous soumîmes point i la méthode de la stabulation. Loin de là, convainci» comme tout le monde^ que respirer largement dans une atmosphère libre était le plus sûr moyen de lutter efficacement contre cette intoxication commençante, il est probable que ce jour-là plus que les autres jours encore, nous avons profité des conditions favorables où nous étions placés pour obéir à cette prescription de Thygiène : et cependant la maladie a, en quelque sorte, avorté. Mais, je Tai dit, il n'y eut, à cette époque, dans la petite ville de M..., que quelques éclaboussures, si je puis ainsi parler, de l'épidémie cholérique, et c'est peut-être à cette circonstance heureuse que nous devons de n'avoir été qu'effleurés par la maladie.
Je placerai à côté de ce fait un fait analogue observé dans la môme localité, mais en 1832, et où une famille tout entière, après avoir passé la nuit sans aucune espèce d'accidents, a été prise de symptômes semblables à ceux que je rcla-
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tais tout à l'heure^ après avoir passé quelques instants dans un jardin situé non loin de son habitation.
J*ai dit que des observations de ce genre sont assez rares dans la science. Pourtant, depuis que j'ai compris Tétiologie du choléra, comme je Texpose ici, mon attention s'est portée, dans Tétude que j'ai faite de nombreux ouvrages relatifs au choléra asiatique, sur ce côté de la question, et je puis dire, dans la sincérité de mon âme comme dans la pureté de mes intentions, que j'ai été étonné du nombre de faits particuliers qui s'y rencontrent, et dans lesquels on voit la maladie, surtout à la campagne, saisir les individus en voyage, ou travaillant en plein air. Mais ces faits ne sont en quelque sorte qu'indiqués en passant; il faut presque les deviner. Qu'on se place désormais, pour l'observation, au point de vue où je me place moi-même, et je suis sûr qu'ils se multiplieront singulièrement. Quoi qu'il en soit à cet égard, j'ai dû en marquer ici la place, comme une lacune à combler dans l'étude de l'étiologie du choléra.
Maintenant, si l'étude des conditions dans lesquelles on voit se développer le choléra tend à démontrer que la cause de la maladie est dans l'air, qui lui sert seulement de véhicule, en analysant avec attention l'impression que l'organisme touché
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reçoit de cette cause^ n'arrive-t-on pas égalemeot à pressetitir au moins que c'est là «n effet, et noa ailleurs, que réside Tinfluence perturbatrice? Le clicyléra a une physionomie si profondément origiiiale, tant de symptômes s'y croisent, qui peuvent présenter une significatioii très-diyerse, suivant le point de vue d'où on les considère, que, commie dans les nuages^ suivant le mot d'une femme d'esprit, an j peut voir tout ce qu'on veut» Cependant, aujowv d'hui que l'anatomie pathologique, tout en restant une source d'enseignements précieux pour la scimice, n'est plus considérée que comtoa un témoin pos^ thume utile à consulter après que la physiologie pathologique ou expérimientale c^t interrogé U vie elle-même, ne sommes-nous pas ep possession de quelques notions positives, qui peuveot au mom nous laisser entrevoir la nature de l'imprassion» Q^e l'organisme vivant reçoit de l'inQuence cholériqiie, et nous conduira, d'après la i^tur^ de C8tt« impression, & conjecturer le point d'où part CBtte influenœ dans le milieu con[|pl^xe ok sç i)4yoloppe la vie?
D'abord, il est généralen^eott admis iwjouivl'hui que c'est par la voie des poumons, ip^ré l'appar reil de cils vibratiU dont la muqueuse pulmonaire est pourvue, que les miasmes et toutfss les sub^ stances regardées comme fermentifèjraa a'itt^Fodui-
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sent dans l'organisme (1); la membrane qui forme I les bronches capilhiires n'a pas plus de 5 à 10 millimètres d'épaisseur; elle est si mince et si diaphane que, d'après Rainey (2), elle ne devient visible que par la lumière transmise. Dans ce conflit presque immédiat du sang avec l'agent toxique du choléra, soit qu'on y voie un simple effet de contact (catalyse) ou bien une influence chimique inconnue, un fait évident se produit^ c'est que les globules du sang cessent de respirer au degré normal, ou, si l'on veut, que le travail d'oxydation physiologique qui transforme, crée incessamment le liquide sanguin ^ diminue el s'anéantit progressivement. Le ralentissement de la circulation, la réfrigération successive qui va jusqu'à une sorte de cadavérisation, la cyanose^ la suspension des diverses sécrétions normales, la diminution, sinon l'extinction complète de la faculté d'absorption, les centres nerveux qui, en présence de ce fait, semblent jouir d'une force autodynamique indépendante, à un certain degré, de l'irrigation sanguine, les centres nerveux, conservant l'intégrité de leurs principales foncticms au milieu de ces graves désordres, tout annonce que c'est là, dans le tor-
(1) Leçons sur les effets des substances toriques et médicament
I teuses^ par Cl- Bernard^ p. 95.
(1) Medico-Chirurgical Transactions fi.VLSWli p.5ft2et8iiiv.
rent circulatoire, dans les vaisseaux capillaires que Tagent toxique porte son acti»)n, et qu'il « tue en » quelque sorte, pour nous servir d'une expression » de M. Cl. Bernard, en empêchant les globules de » respirer (l). » Virchow a bien compris ce rôle vital des globules; écoutons-le un instant: «Les » globules du sang, dit-il, n'ont qu'une durée d'exis- )> tence limitée, après laquelle ils se détruisent et » disparaissent à Télat normal. La formation des » globules nouveaux y supplée et maintient Téqui- » libre; mais, en cas de maladie, il peut disparaître )) plus de ces corps qu'il ne s'en reforme, et le ré- )) sultat appréciable est l'oligo-cysthémie. » Ici, tant que l'économie reste placée sous l'influence du toxique atmosphérique, et que par une loconiotioD incessante dans l'espace, ou la simple immersion continue dans l'air agité, elle épuise toutes les chances de glaner en quelque sorte les miasmes irrégulièrement disséminés dans l'atmosphère, il s'accomplit une intoxication intermittente, à périodes plus ou moins rapprochées, et où la régénération des globules devient impossible. La vitalité est atteinte* de la manière la plus grave, et si le contact avec le toxique continue, l'organisnif tombe bientôt dans un collapsus dont rien ne pflil
(i) Op. cit., p. 201,
DU CHOLÉRA ÉPIDËMIQUE. 133
le relever. Dans les atteintes violentes, dans les saturations rapides de Téconomie, dans le choléra foudroyant^ la mort virtuelle, si je puis ainsi dire, est réalisée du premier coup; ce qui paraît encore de vie n'est qu'un vain simulacre de respiration inutile : tout comme le cœur, arraché de la poitrine d'un animal^ et ne conservant plus aucun lien avec le système nerveux, bat encore quelque temps sur la table de l'expérimentateur, mais ne fait que dépenser, dans ces efforts stériles, un reste d'innervation accumulée; de môme, dans le choléra foudroyant, à la période ultime, la respiration n'est plus, en quelque sorte, qu'un mouvement purement mécanique^ où Ton voit successivement diminuer, dans de larges proportions^ la quantité d'oxygène absorbé et d'acide carbonique formé (1).
Nous l'avons dit déjà, il n'est douteux pour pcr« sonne que la cfaolérine ne soit de la même nature , que le choléra; c'est le choléra à un degré d'intoxication moindre. D'un autre côté, il est impossible « de voir, dans ces deux états, l'expression nosolo- - gique des réactions variables, suivant les individus,
(1) Coof. sur celte iotéresnnteqoeilMW 4e phyftkrfogîe |mUIi0' logique M. Rajer, Examm eompartoif et Vakr ta^i par ki Jummief soiiu el càoMNtiiCf (Gaz. méd.^mài 1832;, et M* D^jrer, Mémoire mr to rttfirmiiom H U ekaUmr Aii wnfag émmt U ekotéra, p. 108 et mm.
SOfOJI. •
ISA DK U PIlÉbfiRVATlON
du rorganisnie vivant. Que les organismes résisteot divcfseiiieiil à un même degré d'intoxication, nous sommes forcé de l'admettre; la mortalité, invariahlomenl plus considérable par le fait de cette maladie chez les enfants et chez les vieillards, en est une prouve évidente. En dehors de ces conditions; on peut dire d'une manière générale que la gravité de la maladie se mesure à peu près exactement sur la quantité du toxique absorbé. S'il en est ainsi, qui ne voit l'importance d'une étude qui se propose pour but de rechercher si, dans les conditions diverses où l'homme se trouve placé par rapport à la source toxique cholérique, pendant une épidémie. il ne court pas risque d'en absorber une plusoo moins grande quantité, suivant ces conditioo^ mêmes? Non-seulement cette étude est importante, en ce qui touche l'homme actuellement sain, mais elle Test plus encore peut-être pour le» malades qui sont déjà gravement atteints, comioe pour ceux que la maladie n'a encore fait qu'effieorer (1).
M. Briquet, tout en acceptant avisc tout le monde
(1) Au moment où je transcris ce travail pour le livrer à l'iin* pression, les journaux rapportent l'histoire d'une très-petits locilité du Midi dont la fête patronale, célébrée par des dsniei ei plein air, des courses, etc., entraîna dans la nuit même le ëév^ leppement de soixante cas de choléra, dont cinquante furent mîw de mort. M. Brochard a observé à No|^nt-le-R«irou une intssalc
DO «tfdLÉAA Ét'iDÊilIQOE. 191
qtie choléra et cholérihe soàt la même maladie, à des degrés diters, Cdmpfend aUK-ement que nous ne le faisons Idi ce Côté de la question. Écoutotis-le encore mie fois sur ce point i a Durant le cours de » la période d'intasion^ dit ranclen médecin de la )) Ghaf ité, la maladie est encore locale ; rintestiii seul manifeste des troubles sérieux et constants $ )) les autres systèmes d'organes paraissent n'aTolr » pas encore ressenti l'action du poison. Ce mal, » qui bientôt envahira l'économie tout entière avec »' une force terrible^ est alors si léger, qu'on s'est a cm obligé^ pour le définir, dlnventer un diminu*^ » tif) au l'a nommé cholérine. L'indication parait » bien étidénte, et 11 n'y en a qu'une, c'est d'em^ n pécher l'action du poison de se généraliser : pour i> cela, il faut, ou bien trouver un antidote qui an- )r nihile la puissance do poison déjà introduit dans ir l'économie, ou bien trouvei* un remède qui rende » ceux-ci insensibles à son contact^ ou inaptes à en » ressentir l'influence, ou bien arriver à expulser le » poison. Ces trois procédés parviennent au même » but. Voyons si, parmi les agents de la matière mé-
notablement plm fiande de Tépidémie à la mite d'une procetsion. M. Morean de Jonnès a rapporté quelque part l'hiftoire de vingt moiflêonneurfl qui fàrent, en quelque sorte, foudroyés par le choléra au milieu même des champs où ils traTaillaient. Contagionistes, où étes-vous? Venez donc nous eipUquer ces Ciits.
» dicale, nous ne trouverons point l'un ou l'autre )) moyen de remplir l'indication (t). »
Cette manière de comprendre l'action de l'agent toxique qui produit le choléra n'est plus en rapport avec les données positives de la physiologie expérimentale. Comme tout le monde, le médecin distingué que nous venons de citer admet que la cause du choléra est un miasme, ou quelque chose d'analogue; or, à supposer qu'il s'introduisît dans le tube digestif, au lieu de suivre la voie plus directe que lui offre la surface pulmonaire, il est probable qu'il y serait détruit ou profondément modifié dans sa nature par les agents divers qu'il rencontrerait dans ce milieu. Dans tous les cas, il ne serait pas absorbé. Des expériences décisives ont démontré que les substances « regardées comme fef mentifères , virus , venins, miasmes, ne pouvaient être^ en général, absorbées ni par la muqueuse des voies digestives, ni par la vessie, ni par la muqueuse oculaire ; que seule, entre toutes les muqueuses, celle des voies respiratoires semble pouvoir constamment leur livrer passage (2). »
Il est donc probable que ce n'est point là que l'agent toxique du choléra s'accumule pour se généraliser ensuite, et si l'un des symptômes les plus
(1) Op, cit., p. 513.
(2) M. Cl. Bernard, op. cit., p. 95.
DU CHOLÉRA ÉPIDÉMIQUR. 137
conslanls de la maladie à sa période d'invasion, comme plus' tard, à \m degré plus avancé, consiste dans une perturbation violente des fonctions de la muqueuse gastro-intestinale, il ne faut pas voir là un effet direct, topique de l'action du miasme cholérique, mais un effet indirect, et comme un retentissement de la modification morbide du sang, expression patbogénique du rapport qui existe entre la formation du liquide vital par excellence et l'appareil où s'en élabore l'élément fondamental.
Quelle est la nature de ce liquide si profondément original, qui, coup sur coup, fait irrruption à la surface de la muqueuse gastro-intestinale , à l'époque de l'invasion du choléra, ou du choléra confirmé? On n'a rien dit, à cet égard, qui mérite de fixer sérieusement l'attention. « Dans quelques » circonstances, dit Virchow, il se fait une destruc- » tion soudaine d'une quantité notable de ces cor- » puscules (globules du sang), et alor$ nous n'a- » vous plus seulement le spectacle de l'abondance )> relative de globules blancs, mais un fait nouveau. )) Le sang se trouve encombré de débris de glo- » bules, etc. (1). » Quel rapport y a-t-il entre l'état du sang dans la maladie dont nous nous occupons, et le produit de la sécrétion intestinale dans lequel
(1) Op, ci7., id.
ÎU OK U Pflt8EtlYATI0!f
on Toit nager comme les débris amorphes d^ime snl)f«tance inconnue (i)T Je ne sais. M. le professenr Robin, qui, dans une communication récente à llih i^titut, parait être en mesure d'établir qae les Tomitifs et les purgatifs ^n'agissent point par une action topique sur la muqueuse intestinale, mais par une action plus générale, par le ralentissement qo'Ds impriment au phénomène de combustion, M« Robin, dis-je, éclairera-tril cette question? On peot assurément l'espérer d'un esprit aussi distingué.
Lors donc que M. Briquet ne Toit dans la cholérine rien de plus qu'une localisation du poison moribidc dans le tube digestif, et partant, qu*il n'y saisit, n point de vue thérapeutique, qu'une indication, empêcher l'action du poison de se généraliser, il commet probablement sur le premier point une erreur; quant au second, il oublie, dans l'énumération des moyens propres à remplir l'indication qu'il signale, une chose essentielle, si elle est réalisable, c'est de placer les malades dans des conditions telles, qu'ils courent le moins de chances possible d'absorber de nouvelles doses de poison. Assurément, si l'on
(1) Becquerel a bien conclu de quelques analyses que lA vàh •tance dont il s'agit parait être de Talbuinine coagulée ; maif M. Andral, d'un autre côté, dans une note lue à rAcadémie des sciences en 18&7, a établi que l'albumine, dans le sérum du sauf, le taank\Mmi dans ses proportions norouiles.
DU dËOLËtU ËPtDÊMiOtlE. 139
pouvait placer les malades complètement en dehors de la sphère cholérique, les isoler dans un milieti composé exclusivettient d*air emprunté à ime por-^ lion de l'atmosphère immaculée, vierge de iMnfluence épidémique, ce serait 1 Idéal de la théra^ peutique réalisé. Mais si cet idéal est irréalisable, au moins dans des proportions qui permissent d'en appliquer les bénéfices à un certain nombre de malades, est-il impossible de s'en rapprocher même de loin î Nous ne le pensons pas, et tout ce travail a pour but de montrer dans quelle mesure cela est possible, en réduisant l'homme, pendant les épi^ demies cholériques, et surtout alors qu'il a été touché par l'agent toxique (cholérine), à la ration d'air rigoureusement nécessaire à l'accomplissement régulier de l'hématose normale.
Nous avons vu précédemment que, d'après M. CL Bernard, les miasmes et les substances fermentifères quelconques ne trouvent accès dans l'économie de l'homme que par la voie des organes de la respiration, et cette absorption a lieu, suivant l'éminent physiologiste, malgré l'appareil de cils vibratiles dont est pourvue la muqueuse trachéo-bronchique. Quelle est la fonction de cet appareil singulier qui, appartenant à Tordre des infiniment petits luimême, n'agit peut-être que sur les infiniment petits, mis accidentellement en rapport avec l'organisme?
i40 DE LA PR^^SKRYATION
Ou rignorc à peu près complètement. Mais il n'y a point de paradoxe dans la nature; tout phénomèDe eu apparence paradoxal est un phénomène inexpliqué. Qu'on «étudie le cosmos au point de vue téliologiquc^ ou qu'avec MM. Renan, Berihelot, Litlré, etc., on admette qu'il y a dans les choses un ressort intime qui les pousse au progrès (1), dans les deui cas, il faut bien reconnaître qu'entre le monde et les êtres qui en vivent il s*établit un lien d'accommodation comme entre Tœil et la lumière pourla vision distincte^ sans lequel la vie permanente ne serait pas possible. Préordonné par une intelligence créatrice (ce que, pour mon compte, et à TeDtendre d'une manière générale du punetum salm de la vie universelle, je croîs voir distinctement à la double lumière de l'intelligence et du cœur), ou réalisé progressivement par l'action des milieux, l'appareil ciliaire a certainement une fonction dans l'acte complexe de la respiration, comme il en a une dans l'appareil sexuel de la femme, où il existe également, et où il agit probablement sur les zoospermes dans l'acte de la fécondation ; quelle est cette fonction? A cette question la science répond par un silence presque absolu. Nous n'avons pas la prétention de résoudre un pa-
M: T^* Bi99u§499 deftx mondes f
I reil problème ; qa*oo TeoiOe ikme permettre seulement de risqaer^ à ce propos, nne courte observation.
L'acte mécanique de la re^iration est certes bien suffisamment assuré, et par le jeu des muscles qui y concourent, et par la loi d'équilibre qui régit le mouTcment des fluides dans leur distribution à travers l'espace; et Ton ne Toit pas la part qu'un appareil aussi fragile que celui dont nous parlons en ce moment pourrait prendre à une fonction dont les facteurs appartiennent à un ordre dïnstraments si différents. Mais si la coopération de Tappareil des cils vibratiles, dontest pounrurépitbéliumàcylindre de la muqueuse broncbique, à Tacte de la respira* tien est plus que douteuse, est-il tout à lait invrai* semblable que, dans certaines conditions qu'il resterait à déterminer, il peut être un obstacle à la pénétration dans le sang d'atomes bostiles à la yie que l'atmosphère peut accidentellement contenir? Je ne bis, je le répète, qae poser cette question, avouant arec une humilité sincère mon impuissance absolue à la résoudre.
Biais s'il en était ainsi, la fonction de ce micros* copique appareil vivant ne nous mettrait-elle pas sur la voie qui, un jour, pourra nous conduire à l'explication du fait fondamental que nous nous sommes appliqué à mettre en lumière dans tout le
142 DE U MÊSCRTATIOII
cours de ce travail? Dans cette hypothèse on comprendrait que, dans le repos, le silence, l'immobilil<^ relative de i*air dcins une atmosphère limitée, l'aetion protectrice de l'appendice ^ibratlle de TépitlK^lium bronchique s'exerçât suffisamment pour préserver, pendant une épidémie cholérique, le sang du contact du miasme morbide, tandis que, dans des conditions opposées, cette protection serait moins efficace. D'un autre côté, si, comme les faits et le raisonnement le démontrent, il y a iùflfliment moins de chances de rencontrer ce miasme en quantité toxique dans un air limité que dans l'air libre incessamment agité par des courants inévitables, cette immaculation relative ne tiendrait-elle pas en partie à ce que cet air^ dans une foule de cas^ ne se renouvelant que par les Assures des ouvertures des habitations, y filtrerait comme à travers un appareil grossier de cils vibratiles, qui l'expurgerait, en une certaine mesure, des atomes toxiques qu'il peut contenir?
Mais je m'aperçois que je suis sur la limite des conjectures permises dans la science, je m'arrête et vais poursuivre le cours de mon travail en reprenant le chemin moins aventureux de l'observation directe^
Avant de formuler les préceptes généraux très- OElplés sur lesquels doivent reposer la prophylaxie
DU CHOLÉRA ÉPIDËMIQUE. 143
et l'hygiàne thérapeutique du choléra telles que nous les oompreuons^ qu'on nous permette encore quelques courtes remarques qui ont pour but et qui auront, j'espère, pour résultat, de prévenir certaines objections que nous avons déjà combattues à mesure que nous les avons rencontrées sur notre route, mais qui, à mesure que dous approchons du terme de ce travail, demandent plus impérieusement à être écartées de l'esprit du lecteur, pour que l'idée de ce travail y laisse dans toute sa pureté l'impression de la vérité que nous cherchons à établir.
Il y a dans les sciences qui, comme la médecine, s'aheurtent à des questions où l'élément tangible n'est souvent qu'une fraction dans le problème qu'il s'agit de résoudre, une foule de mots mal définis et surtout très-inexactement employés, qui épaississent les ténèbres au lieu de les dissiper. Il eo est ainsi, par exemple, en ce qui touche au rapport qui lie le miasme épidémique à l'air où il se rencontre. Comme da^s le langage vulgaire, dans le langagje de plusieurs médecins cet air est vicié. Aiasi que le remarque ^vec raison ^. le professeur Trousseau (1), c'est \k locution aussi fausse que l'idée qu'elle exprime. L'air n'est pas vicié, il sert de véhicule au
(1) Ouvr. cité
114 DK U PRÉSERVATION
germe morbide ; mais, quant à sa constitution propre, elle reste la môme. Dans le choléra^ par exemple, h Tépoque de sa plus grande intensité, cet air, au milieu duquel tant de malheureux trouvent la mort, consene sa composition normale; Tazote, roxygène^ s*y rencontrent dans leurs invariables proportions. La cause de la maladie, qui est assurément là, ne consiste donc pas dans une altération chimique de ce fluide; elle est toute dans l'élément toxique dont il est le véhicule mobile, que ne saisit aucun de nos moyens d'investigation physique, mais qui s'affirme aussi nettement par l'impression qu'il fait sur l'organisme que s'il tombait sous l'appréciation directe de l'un quelconque de nos sens.
Cette distinction simple bien saisie, la marche d'une épidémie cholérique devient moins mystérieuse. On comprend que, simplement mêlé à l'air qui lui sert seulement de moyen de transport, le miasme cholérique s'y dissémine d'une manière inégale, et que la respiration à ciel ouvert, si nous pouvons ainsi dire, mettant l'organisme en contact incessant avec un air plus souvent renouvelé, fasse courir plus de chances de contamination que la respiration dans un air limité ou seulement renouvelé suivant les exigences de l'hématose. Il en est ainsi un peu comme du contact de Tair dans certains traumatismes, par exemple, dans celui de la
DU CHOLÉRA ÊPIDÉMIQUE. 145
thoracocentèse, qui est, en ce moment même, à Tordre du jour. Dans une lumineuse application qu'il vient de faire à cette question du principe de la fermentation morbide, telle que Ta développée M. Pasteur, M. Poggiale s'est mis en contradiction avec les faits, ainsi que vient de le lui prouver M. Bouley, en soutenant que la quantité d'air introduite dans la poitrine pendant cette opération n'avait aucune influence sur le résultat thérapeutique. Non, il n'est pas douteux que, dans cette opération, les chances funestes ne soient en propor» lion avec la quantité d'air que celle-ci laisse pénétrer dans la cavité pleurale; mais ce fait n'est nullement en désaccord avec la théorie de la fermentation qui Inexpliqué, et qui montre que les germes fermentiféres étant inégalement répandus dans l'atmosphère, plus l'opération laisse passer d'air dans la cavité qu'il s'agit de vider du liquide morbide qu'elle contient et qui nuit à l'hématosQ, en empêchant l'ampliation de l'appareil pulmonaire, et plus augmentent les chances de la fermentation purulente de ce liquide.
Bien que le fait que je cherche à démontrer ici n'ait qu'une très-lointaine analogie avec celui auquel je viens de faire allusion, il ne laisse pas cependant que de l'éclairer un peu. Dans une nuit si profonde, aucune lueur n'est à dédaigner. La res*
piraliou à ciel ouvert, dans une épidémie cholérique, est pleiae de dangers quand elle dure la plus grande partie du jour, oomme la thoFacocentèse qei laisserait un libre passage à Tairi La Tîe, dans m air limitéi est, si j'osais risquer oetle expresaon, une respiration sous- cutanée qui préTient^ aotaat qu'il se peui^ ce péril, ou au meîns l'atténue.
Est-ce que, d'ailleurs, c'est uniquement en temps d'épidémie cholérique que la respiration ménagée comme nous l'entendons ici peut être utile? £st^ •que c'est uniquement eontre le miasme Gholénqiie que la vie claustrale peut nous défendre, nous protéger? Dans leè foits relatifs à la peste cités par M. Lachaise, par Bulard sur l'école de cavalerie de Gbizeh, le village et le palais de Schoubra, l'éeole de cavalerie du Caire, le village de Toura^ etc. (i), où cette vie claustrale a produit des résultats si remarquables, estrce ^u'il n'y faut voir que le béné- ^ce de la rupture prudente de la chaîne qui, par la contagion, lie tous les cas de peste les uns aux autres et les fait s'engendrer successivement? Pour moi, tout en admettant la contagiail de la maladie, je n'en crois rien. Quand j'ai là sous la main une
(1) Voyez pour ces faits et les questions qu'ils soulèveot
in, Littrt, art. Peste, Répert. des se. médic, XXlVe vol., p. 82
A Mii?.; M. le professeur Btéhier, traité élément, de pdihul. HiU,
l^i PalM. gén. eêséméioU, p. 92.
Dt] GflOliÉRA ApIDÉMIQDE. iàl
cause externe, cosmique de la maladie, qui est si bien le produit du sol qu'elle frappe, qu'elle en est en quelque sorte le symptôme, et qu'elle n'a jamais apparu ailleurs sans qu'elle ait été importée de là ; quand i dis-je, j'ai là une cause qui me crève les yeux, et à laquelle il faut bien attribuer la première explosion du mal, je ne puis tout à coup faire abstraction d'une cause si puissante et nécessairement aussi étendue que son foyer probable, pour ne voir dans l'évolution successive de la maladie que le résultat de la contagion.
- Vous dites que c'est uniquement parce qu'elle met à l'abri de la contagion, que la vie claustrale préserre de la peste. Mais comment se fait-il qu'on oppose à ces faits, M. AubertrHochej par exemple (1)^ des faits non moins éclatants, dans lesquels la séquestration la plus complète n'a pas empêché la fiialadie de sévir avec une intensité quelquefois trèsgrande? Vous ne pouvez rendre compte de ces faits qu'explique très-bien l'épidémicité. Dans ce cas, comme pendant le choléra^ à la Salpétrière, à la Maison municipale de santé, il y a, suivant l'expression de M. Dutroulau, une bouffée épidémique que rien ne peut faire prévoir, que rien ne permet d'éviter et contre laquelle, une fois la saturation mias-
(1) De la pesU et du typhut d'Orient^ p. 67 et suiv.
matique accomplie, on ne peut rieû que par la dissémination des individus.
Ici même donc, et en présence d'un mode de propagation morbide incontestable, je ne puis voir dans rimmunité que rappellent les faits cités tout à rbeure^ Tunique bénéfice de la séquestration proprement dite; la vie claustrale, impliquée dans cette séquestration, y a aussi sa part; la vie claustrale qui, en même temps qu'elle isole ceux qui sV soumettent des malades dont le contact est dangereux, les isole du même coup, bien que d'une manière moins complète, de la source d'où ont jailli les premiers cas, et qui ne saurait tarir en un jour.
Les choses ne se passent certainement pas autrement dans les faits d'immunité qu'on a observés pendant le cours de la fièvre jaune, et où les auteurs qui les ont rappelés ne voient que le bénéfice de la séquestration d'avec les individus actuellement atteints de la maladie. Il n'est pas douteux qu'il n'en ait été comme je le disais tout à l'heure dans plusieurs des faits de cet ordre qu'ont rapportés Bally, François Pariset (1). De même que Rocheux, après avoir soumis ces faits à une critique rigoureuse, a démontré qu'on s'était plus d'une fois fait illusion, en exagérant la part de la contagion dans la propa-
(1) ïHsloire de la fièvre jaune observée en E^itagne dans Vannée i821, par Bally, François Pariset, p. 158 et passkn.
galion du mal (1), il a, en même temps, implicitement prouvé que dans le cas d'immunité, par suite de la séquestration, l'isolation n'était pas la cause unique de préservation à laquelle contribuait, dans une mesure difficile à déterminer, la vie dans une zone limitée et relativement immobile. Ce qui tend encore à démontrer qu'il en est ainsi, c'est que dans le typhus ictérode, comme dans le choléra lui-môme, la cause occasionnelle, ainsi qu'on dit, dont l'influence est le mieux établie, c'est l'insolation, c'està-dire la vie à l'air libre (2).
Il est un autre fait de cet ordre parfaitement authentique, et où se montre bien plus clairement encore l'influence de l'abri, si je puis ainsi dire, contre des effluves morbides disséminées dans l'air à une plus ou moins grande distance du foyer élaborateur, c'est le fait relatif aux effluves paludéennes. C'est ainsi que tous les auteurs qui ont fait une étude particulière de l'impaludisme ont rapporté des observations qui établissent clairement qu'une forêt, un bouquet d'arbres, un mur, la clôture d'une fenêtre, etc., ont suffi, dans plusieurs cas, pour protéger un groupe de population contre les
(1) Recherches sur les différentes maladies qu'on appelle fièvr,e jaune, p. 164.
(2) Traité des maladies des Européens dans les pays chauds, par M. Dutroulau, p. 371.
effluves d'un marais plus ou moins distant d*un village ou d'une simple habitation. Il semble que le miasme qui se développe en de telles conditions, bien qu'il échappe aussi, malgré les recherches de MM. Chevreul, Boussingault, à tous nos moyens d'investigation physique et chimique, offre plus de prise aux vents et qu'il obéisse plus que les miasmes cholérique, ictérode, loïmique^ à l'impulsion que peut lui communiquer ce fluide. Tout le monde connaît l'observation remarquable rapportée par Lancisi, et dans laquelle on voit que sur trente personnes qui se promenaient à Tembouchure du Tibre, au momenf où le vent soufflait d'un marais sur ce point, vingt-neuf furent atteintes de fièvre intermittente. Le coup de vent fut-il réellement la cause da mal ? le médecin italien n'en doute pas ; on peut l'admettre comme lui : les faits qui précèdent le rendent probable.
Enfin, il n'est pas jusqu'à certaines maladies épiphytiques contre lesquelles on ne soit parvenu à protéger les plantes, dans quelques cas, en les mettant, en une certaine mesure, à l'abri de l'atmosphère mobile, au moyen de voiles, de paillassons, qui ne leur permettaient de respirer et de vivre que dans un air limité.
Je ne veux pas m'aventurer davantage dans la voie quelque peu scabreuse de ces lointaines analogies;
DU CHOLÉRA ÉPIDËMIQUE. 151
en en indiquant quelques-unes d'un trait rapide, je me suis proposé uniquement de démontrer que
le fait fondamental, que je me suis appliqué à établir dans ce travail, n'est point isolé dans la nature, et qu'à y bien regarder on le retrouve dans mille circonstances diverses de la vie pathologique. Maintenant que j'ai exposé l'ensemble des faits qui établissent que pendant une épidémie cholérique, il y a d'autant plus de chances d'être touché du toxique morbide, qu'on vit à ciel découvert, dans une atmosphère incessamment agitée, et que j'ai ébauché quelques idées générales qui, sans prétendre à être la formule théorique de ces faits, y peuvent conduire un jour, il ne me reste plus qu'à développer sommairement l'hygiène particulière que commandent ces faits, ainsi que leur interprétation la plus simple ; c'est ce que je vais faire immédiatement ; et c'est par là que je terminerai ce travail, dont l'utilité, si je ne m'abuse, aussi bien que l'opportunité, s'est progressivement manifestée à l'esprit du lecteur, qui ne s'est pas î^ystématiquement immobfllsé dans l'oniière de la tradition.
ment démontré, en attendant que les réactifs ou le microscope nous fassent toucher du doigt ou de l'œil l'atome inorganique ou animé, cause première de si terribles effets, le confitentem reum d'épouvantables calamités; ce fait logiquement démontré, dis-je, il est évident qu'il y aurait un remède radical à opposer à ce triple fléau du pauvre soleil éteint que nous habitons, ce serait de tarir la source de ces mortelles émanafiions, en faisant disparaître la cause qui, sous le jeu de l'influence des forces cosmiques normales, les produit d'une manière irrégulièrement intermittente (1).
Le père Secchi, directeur de Tobservatoire ro-
(1) Un rapport vient d'être adressé (§ octobra 1865) à Tempereur Napoléon [U, par MM* les ministres des affaires étrangères et des travaux publics, à l'effet de provoquer une conférence diplomatique, où serait avant tout posée la question de savoir s'il y aurait utilité d'établir, en Orient, une admiQiatratiou sanitaire internationale, chargée de surveiller d'une manière spéciale l'état de santé des nombreuses caravanes qui se rendent chaque année à la Mecque, et, dans le cas de maladie constatée, d'empêcher toute communication avee 1-Europe, etc. On ne peut qu'applaudir hautement à une si généreuse initiatiyie : nul doigte (|u'oa oe puisse par là prévenir de grands malheurs ; ce climat flottant du désert, pour rappeler une expression de M. Mèlier, peut^ en tine certaine mesure, être coercé, et par le bénéfice du temps s'éteindre sur place. Mais ce n^est toujours là qu'un palliatif, et qui ne saurait mettre le monde à l'abri du fléau indien. Ce serait surtout à son foyer élaborateur^ d'où partent les grandes épidémies qui ravagent le monde, qu'il feudrait attaquer le mal.
Bien que ni la physique ni la chimie n'aient démontré dans Tair du delta du Gange, pas plus que dans celui de la plaine marécageuse qui s'étend au sud de la Vera-Gruz, ou dans les émanations du sol de Tantiqùe Egypte saturé de détritus humains, rélément morbide incontestable qui, à des époques fixes ou indéterminées, se développe là pour réaliser trois des plus graves affections populaires, le choléra, la fièvre jaune et la peste; on ne peut douter cependant que ces trois points ne soient les foyers où s'élaborent les germes de ces maladies si profondément originales, pour rayonner plus ou moins loin de leur point de départ, dans des directions diverses, suivant les affinités climatologiques non toujours faciles à déterminer. Ce fait, logique-
de son sol, et àramélioration des classes laborieuses, le vaudra^ elle s'affranchira elle-même et affranchira le monde d'un des plus terribles fléaux qui puissent l'atteindre.
De môme, M. le docteur Herran, ministre plénipotentiaire de Londuras et de San Salvador^ a proposé un semblable moyen radical, pour étouffer la fièvre jaune à son berceau ; ce serait de dessécher les marais de la plaine de la Yera-Cruz^ au moyen de canaux de drainage qui rayonneraient dans toute la plaine marécageuse^ et dont plusieurs vastes égouts collecteurs iraient verser les produits infects dans les profondeurs de l'Océan.
Cette prophylaxie radicale, M. le docteur Bonnar font, comme Tavait déjà fait avant lui M. le docteur Hoche, vient également d'en proposer l'application comme une œuvre digne de l'ambition des sociétés moaernes pour éteindre, dans son foyer primitif, le germe voyageur du choléra asiatique qui, pour la quatrième fois, menace le monde entier peut-être, et s'est déjà montré d'une manière sérieuse sur plusieurs points de l'Europe occidentale. C'est là une œuvre qui n'est pas au-dessus du génie, de l'énergie du grand peuple qui tient sous sa domination la plus grande partie de l'Inde orientale, et à laquelle devraient concourir, dans une juste mesure, tous les peuples qui, avec l'Angleterre, marchent h
la tête de la civilisation. L'esprit élevé qui, en ce moment, gouverne la France, pourrait, par une noble initiative, et en usant de Timmense pouvoir que lui donne son origine, faire les premiers pas dans la voie de cette généreuse prophylaxie, en ordonnant des études dans ce sens sur les causes du typhus iclérode au Mexique et sur les moyens possibles de le faire disparaître. La petite armée que nous avons dans ces contrées lointaines pourrait, après son œuvre de pacification accomplie, tracer les premières lignes de ce travail gigantesque, et laisser aux indigènes le soin de l'achever. L'Angleterre, se piquant d'honneur, voudrait, elle aussi, marcher dans la même voie sur un autre point du globe, et avoir sa page dans l'histoire immortelle de cette grande œuvre humaine.
La guerre d'Orient est comme un legs que se transmettent les générations dans l'Europe occidentale ; si le sang doit couler encore au nom de cette grande idée, que les ambitions vulgaires ne viennent pas la dénaturer et la faire dévier de son but légitime au profit d'égoïstes intérêts. Cette guerre ne serait qu'une injustice, si elle n'avait essentiellement pour objet et pour résultat de semer les germes de la civilisation chrétienne sur ce sol, que dévore le soleil sans le féconder, parce que la main de rhomme s'en est retirée, et ne sait pas y entre-
dissimuler, il faut faire un large crédit au temps, se réalise, nous ne sommes pas, grÀcc à Dieu, complètement désarmés vis-à-vis du terrible fléau dont nous nous occupons exclusivement ici. Dans une épidémie cholérique^ comme en toute épidémie qni menace sérieusement la vie, il y a d'abord un moyen simple de mettre la plus grande somme de chances possible en sa faveur, c'est d'observer religieusement les règles d'une hygiène prudente, qu'il est inutile d'énumérer ici, parce qu'elles se trouvent partout. Parmi ces règles, s'il en est quelques-unes que les masses laborieuses ne peuvent obserrer qu'à la condition du concours du gouvernement et de la charité privée qui, du reste, ne leur manque jamais, il en est une dont l'observation n'est pas moins essentielle, et qui, elle, ne réclame d'autre concours que celui de la volonté : c'est la règle qai commande en tout temps, mais surtout en temps d'épidémie cholérique, d'éviter toute espèce d'excès. Nous l'avons vu, le choléra s'attaque d'emblée à Ton des éléments fondamentaux de l'organisme, au sang, dont l'importance dans le jeu normal de la vie est telle, qu'à un certain point de vue, on pourrait presque dire que la vie n'est que du sang transformé. Or, ceci posé, qui ne comprend que tout excès, qui nécessairement énerve, ôte à l'économie vivante la force accumulée, le vis supersies dont elle
DD GH0LÉR4 ÉPIDÉMIQUË. 161
a besoin pour lutter efficacement contre Tinfluence morbide, qui va droit à la source où s'élabore incessamment, bien qu'indirectement, la force de stabilité vitale^ la force de résistance vitale.
Je ne puis que marquer ici la place de ce principe essentiel de l'hygiène privée; c'est ailleurs qu'il faut en chercher les développements techniques.
Si, en étudiant les faits du point de vue original où nous nous sommes placé dans ce travail, nous les avons bien vus; s'il est vrai que tout démontre que c'est dans Tair, où il est inégalement disséminé, que réside, en temps d'épidémie, le miasme cholérique; s'il est incontestable, en présence de l'esquisse rapide que nous avons tracée de la marche de l'épidémie à travers les populations, que les nombreux groupes qui les composent sont atteints, sous la réserve de conditions hygiéniques spéciales qui peuvent faire varier les résultats, en raison directe de la durée de leur immersion, pendant chaque nycthémère, dans l'air libre, et de l'intensité de leur respiration dans cette atmosphère sans limites, dont ragitation incessante multiplie les chances de contact de l'organisme avec le toxique morbide ; si, dis-je, tous les faits interrogés sans prévention dogmatique, et discutés avec indépendance, se réunissent en im admirable concert pour témoigner de la vérité de ces données étiologiques, ils commandent
169 DE U PR&8ER¥AfI0li
une pratique simple que nous allons rapidement formuler, en en déterminant d'une manière aussi exacte que nous le pourrons les préceptes, suivant que, vierges de toute influence épidémique, les individus qu'il s'agit de préserver sont en possession de la plénitude de la santé, ou qu'effleurés déjà par la maladie, il faille les prémunir contre une intoxication plus grave, ou suivant, enfin, que la maladie complètement réalisée, il soit du devoir du médecin de s'efforcer au moins, s'il est possible, de prévenir l'absorption d'une nouvelle dose du toxique cholériique.
Qu'on ne s'imagine pas que, subordonnant d'une manière absolue l'hygiène, en temps d'épidémie cholérique, telle que je la conçois, aux données étiologiques que je rappelais tout à l'heure, je vais demander aux populations menacées de s'immobiliser, de se ciaistrer hermétiquement dans leurs habitations. Si l'homme a une intelligence qui lui permet de prévoir le danger, il sait aussi trouver au fond de son âme, à l'heure où celui-ci a sonné, la force nécessaire pour le braver, lorsquele^ nécessités de la vie, le devoir, l'honneur lui défendent de le fuir. A ceux-là donc seulement qu'aucun de ces liens ne retient, nous dirons : fuyez, si en face du péril vous vous sentez défaillir; mais fuyez vite, de peur d'emporter avec vous le germe de la
DU CHOLÉRA ÉPIDtMlQCE. 163
maladie ; et informez-vous bien de la direction de répidémie, car vous pouvez le rencontrer en route, et, comme à beaucoup, l'émigration pourrait vous être funeste.
Quelques lieux sont célèbres^ dans Thistoire des trois grandes épidémies cholériques, que nous avons traversées, par une presque complète immunité; ce sont Meudon, Versailles, Lyon. Heureusement bien d'autres pays de notre France ont joui de cette immunité; mais on cite surtout ces villes, parce qu'e& communication immédiate ou plus éloignée, mais incessante avec Paris, le grand foyer morbide, eette immunité est, en effet, fort étonnante. Il n'y a là très- probablement aucune cause qui puisse neutraliser ou éloigner l'influence nocive d^une épidémie cholérique, on n'y peut voir qu'un des eCTets de l'irrégulière dispersion du miasme voyageur. Dans tous les cas, ce fait très-remarquable est une nouvelle preuve de la pins haute valeur de la non-transmissibilité de la maladie par la voie de la contagion ordinaire. Cette immunité durera-t-elle toujours? Je n'en crois rien; et ce serait risquer beaucoup que d'émigrer là, comme dans une oasis à jamais préservée de l'influence épidémique.
Les riches seuls, en général, peuvent, en pareil cas, user de ce moyen de se soustraire au danger qui piane sur tous. ^ mettre en leur fiivear les
164 DE L4 PRÉSERYATION
chances réelles^ bien que non certaines assurément, qu'il leur offre d'échapper à l'épidémie. J'en ai ?a qu'une terreur folle troublait presque jusqu'au délire : c'est à ces choléraphobes, c'est à ces panophobes surtout que les médecins ne doivent pas hésiter à conseiller l'émigration. Vaincus presque avant de combattre, ils tomberaient presque infailliblement^ pour peu que l'épidémie les touchât, et quB de prompts et rationnels secours ne leur fussent pas immédiatement administrés. Je ne voudrais pas faire de science sentimentale ; pourtant un devoir rigoureux est ici imposé au médecin, et je voudrais le remplir. Fuyez donc, dirai-je, à ceux qu'aucun lien ne retient sur le théâtre de Fépidémie ; mais^ riches, songez^ en partant, aux malheureux qui portent le poids du jour, qui, plus que jamais, vont boire à la boue du torrent, et à qui du repos, une bonne alimentation, la propreté sur eux-mêmes et dans l'intérieur de leur habitation, sont plus que jamais nécessaires pour se défendre de la maladie, et répandez largement sur eux vos bienfaits. L'aumône servira de rançon à votre prudence. On dit qu'Alexandre plaçait sous son chevet les poésies d'Homère pour avoir des songes divins ; le christianisme vous enseigne un secret bien plus sûr pour vous procurer <îes songes du jour et de la nuit qui réconfortent l'âme et impriment au système ner-
DU CHOLËRÂ ËPIDÉMIQUË. 165
veux lui-même affaibli par la terreur, une énergie qui le soutiendra dans la lutte, c'est la charité. Loin du théâtre deTépidémie, vous serez présents parla; et loin d'avoir déserté votre poste, vous aurez, au coûtraire, sentinelles avancées de la charité, gardé fidèlement celui qui , dans ces lamentables calaoiités, vous est assigné par la position que vous occupez dans la hiérarchie sociale.
Je demande pardon de m'être laissé entraîner dans ce chemin de traverse du cœur : mais ce sont là de ces conseils qu'il faut donner à temps, et à contre-temps, au milieu d'une épidémie cholérique surtout, où les liens de la solidarité humaine ne se relâchent qu'en apparence, quand ceux qui émigrent versent, à pleines mains, dans le sein des pauvres qui restent, l'or qui peut les aider à traverser impunément le danger, auquel ils ne sauraient complètement se soustraire.
Mais je reviens aux enseignements de la science proprement dite.
Riches, ou pauvres, livrés à des occupations sédentaires, ou qui impliquent d'une manière intermittente ou continue la vie en plein air; tous les habitants d'un pays, actuellement sous le coup d'une épidémie cholérique , alors môme que le devoir ne le commande pas, croient utile à la santé de passer la plus grande partie de leur vie au dehors,
16e »£ U PRÉSBRYATION
et si le temps ii*y met un obstacle trop absolu, de ▼entiler le plus largement possible l'hitériear de leurs habitations. Gette règle d'hygiène troote ose foule d'applications utiles Tis-à-TÎs d'an grand nombre de maladies populaires. Né d'un foyer limité de contagion ou d'infection, le germe de ces mM^ dies, cœroé dans un espace restreint, y acquiert ses maximum d'intensité, et tous ceux qui en subissent le contact, à moins d'une immunité naturelle^ oa d'une réceptivité épuisée par une atteinte aottrieurCi sont frappés presque infaillibleuEient: Mais il n'en Ta pas ainsi dans le choléra épidémîque ; bon les cas exceptionnels de saturation épidémi^oif d'endémie accideùtelle, comme quelques-uns ost dit^ il n'y a là ni foyer d'infection,- ni fdyer de contagion; l'atmosphère tout entière est contaminée, le poison y circule de partout, et partout, mobile comme le fluide qui lui sert de féhicule, et subissant au sein de l'océan aérien les mouvements iricaloalés d'une incessante fluctuation. Ce n'est point là one conception à priori, c'est un fait qu'établissent des milliers d'observations, et qu'aucune obsenration ne contredit, et c'est ce fait môme qui est le fondement de la prophylaxie nouvelle que nous recommandons.
Lors donc qu'on vit dans la sphère d'activité d'une épidémie cholérique, tout le temps qu'on
DU OflOl^HA ÉPtDÊMIQtE. 167
n'est pas forcé, par les exigences, les detoifs de sa position, de passer en plein air, il faut le passer dans rintérienr de son habitation, en entretenanl dans celle-di la plus grande pl*opreté possible, et en ne l'aérant, en ne la ventilant que dans la mesure des itéoeô^tés absolues d'une hématose suflQ-^ santé (l)i
Je li'ajootersii qu'un mot à ce sdjet^ et ce mot je Tadresseànos laborieux ourriers des grandes villes. Cette claustration^ cette stabulation, dans la mesure du (yossible,^ je vous la conseille, comme à tous, leur âinti-z}é; mais n'allez pas me faire l'injure de croire qu'éti vous donnant ce conseil, j'entends qu'en temps d'épidémie cholérique vous viviez en trembletirs. Non^ ce que je veut dire seulement, c'est qoe^ si vous avez une profession sédentaire, vous en pistiez pour mettre en votre fiaveur le plus de cUances (possible de n'être pas touchés par le miasme épidémique : faites régner dans votre habitation la plus grande propreté que vous pourrez ; aérefr^ la seulement de temps en temps, et jamais pendant la nuit; et ne passez pas, comme vous le faites
(1) On reBMfqiMra qa'à supposer, ee qne je n'admeU pas, que k cboléra seil rentagieniL, ces eonseUs ne perdraient rieo ée le v opportoBÎIé. Haif Mo, mille fois non, il s'est pas toaiê§ien%^ ti s'il Tail* c'est dass «ae nesve telle, i|ii'eo en peut presqœ fidr» aMraetîM ém» la pntîfiie.
quelquefois, une partie du jour, de la nuit peut-être en plein air. Si votre profession, au contraire, vous oblige à vivre à ciel découvert, ne vous dissimulez piis que vous courez plus de risques que ceux qui vivent dans des conditions opposées; mais vous puisez dans cette vie habituelle une résistance vitale plus grande; et puis, vous pouvez neutraliser ces risques-là, en évitant tout désordre, et en consacrant à la vie intérieure le temps que le travail vous laisse, et que vous gaspillez quelquefois.
Mais je ne veux pas m* étendre davantage sur ce point ; le principe posé est compris ; c'est à chacon d'en faire, suivant une foule de circonstances qu'il serait oiseux d'essayer de déterminer, les applications au règlement de sa propre vie (1). Ce précepte est donc bien simple ; je ne veux pas faire de vous, suivant l'expression d'une femme célèbre, des hommes de verre : je n'oublie pas que je m'adresse principalement ici à des hommes qui habitent la terre de France, cette terre de France où les zouaves poussent comme des champignons. Le danger, d'ailleurs, qu'on se le rappelle bien, n'est pas d'élre
(1) En AUcmagne, en 1832, on conseillait, à ceux qui eaoat
l'habitude, de funoer ; les médecins mêmes fumaient en visHaot
!«..•.« maladet dans les hôpitaux; c'est une saine pratique en temps
tl serait prudent également , qu'on fume ou qu'on oe
) farfiriser souvent avec une solution aqueuse
4iié6 d'acide phénique ou de phénate de soude.
DU CHOLÉRA ÉPIDÉMIQIE. Hi*J
touché par l'épidémie, d'en éprouver les [intuûo.n-:^ atteintes ; il est tout entier, ce danger, et pn;h<|ii<« exclusivement dans votre incurie, qui voit*) rondiilt à négliger les premiers symptômes, qu'il f;jut , i«u contraire, comb<ittre immédiatement if;tr l;i -AM/n lation, par la claustration, et aus<>i par le>. Uttrjtti-i dont Tart dispose, pourassunrr \':\ UhJAitjrf. tU-. cette puissante hygiène. Perm^:tl<:z-;;.o. *:*. «,<; ^jO.i ici moi-môme^ en rappelant nu *jj\»tK i/^ '.:<'//: o '^ti livre que je vous adressai nagij*::^, ';*. '. .. • -«»;/;,. .q**«. merveilleusement ici : ' J'ainiO ;/->!;.v.'.'.> ':.-..;..•. j' , » ainsi que vous avez pu It ;':::^î^' v.? ^.*'y* it i*.»^ * < » mes conseils sou* la pr^Vvr.-'x. *:-; -v.î^- 'J'/^* » l'autorité est accept^^ c- '.v^^i. Ik >• ./ '^•-•' 1' » conseil quïl me re^V; i-v.:v '.-.v' ^^ '>^ ' »'- » pitre ne manque ^^ ;^.:: ;, ^ -c», '/ ^^'V" » Une petite tésll^^v:^. c-: >••<-/ - y - '^^ • » sionner un gnii.c r-A.- f^. a c x *-'*. ^ î' « n d'un cheval « ;/«.••: : '.*.,. a ', .- 1*< '^'. ;>'•'' ' » cheval ; et LllV: 1 v:. «.liV^i .•. ««--<• *•' -• » même perdu. ^••.*: v-^-, /r- «ii'.**;-:'. ^' ^ i = - * » tue. » Appliqua: v-.t ♦ i< «/u.^»/. .<. <- * • ' ''" » prendrez 4e su.:* ^'auv^^-a. * !•■/ /.*«•*'* '••••• » laquelle "^ ciQb ;'.»iii'.i*î'i -■ >v/ »:i- ^ ■• *•' ,,'■•• ;^.< •** » TOUS dtr^^îiu? luii»-'»;* ^ •-»'.' '»' i'" //.«/o«.* .♦-.
9 IDéd^ciXff li% ^t.ll^^ iiu»:* ''*"»':li l-'"- ":■'«/ * ' .♦ «!•«•..
170 Dfe LA PRÉSERVATION
» latin a exprimé cette idée en beaux rers. Je vîiis » vous les traduire, moi, en mauvaise prose, mais » que vous comprendrez pourtant, je vous en ré- » ponds. Combattez le mal à son débuts le médecin » arrive trop tard quand, à force de différer les » soins, vous avez laissé le mal grandir, s'aggraver. Vous le voyez, c'est toujours l'idée de Franklin, )} faute d'un clou 1 »
Il né s'est agi, jusqu'ici, (jCie des préceptes qui ont pour but de mettre, en tetnps d'épidémie cholérique, le plus de chances possible en taivëat de èhactm dé nous, pour ù'être point touché pkv le miasme ftlorbide. Mais quelques précautions qù*oti ait prisesj ott est atteint, et les symiptômes qti'oii êptôuve sont ceux que nous avons esquissés sous le hottï de cholérine intestinale, oil hervëuse. Que faut-il faire ? Dans quelle mesure le prîncîp^e de là claustration, de la stabdlàtiori, ëst-il applicable? Que pèut-11? c'est ce qùé nous allons essayer de déterminer le plus succiiictemetit possible.
Nous l'avons dit, et c'est un fait surabondamment démontré , à part quelques circonstances encore indéterminées, mais à priori très^concevables, où le choléra se produit sous la forme dite fou* droyante, dans l'immense majorité des cas, le choléra débute par ce qu'on a appelé la diarrhée
DD CHOLÉRA fiPIDfiMIQUË. i7i
prémonitoire, ou quelques symptômes nerveux (1), qu'il est souverainement imprudent de négliger. Or, nous l'avons vu, si les malades, à ce degré d'intoxication, gardent le repos, c'est-à-dire vivent dans une atmosphère limitée, mais non méphytisée par une trop grande agglomération d'êtres humains, ou une foule d'autres causes d^nsalubrité flagrante, ils guérissent presque constamment, et ils guérissent, qu'on se le rappelle bien, quelle que soit la médication à laquelle on les soumette. Mais, comme jal'aidit, et longuement développé, si toutes les médications guérissent , c'est qu'elles ne contribuent que d'une manière accessoire à cette guérison, c-est qu'il y a à côté de ces médications une circonstance qui leur est commune à toutes, et qui commande le résultat, c'est la claustration, c'est la stabulation, c'est la soustraction des individus au foyer morbide de l'atmosphère libre, où le poison cosmopolite déploie son maximum d'intensité. En face de ce fait dont l'évidence, j'ose le dire, éclate à chaque page de cet ouvrage, le précepte qui domine toute la thérapeutique de la cholérine, c'est donc
(4) Ces symptômes, que nous avons indiqués ailleurs, frappent m^ins que ceux qui constituent |a cholérine ordinaire ; si Ton y faisait plus attention, peut-être les remarquerait-on plus souvent; 8*il en était ainsi, ce fait tendrait à réduire encore le nombre des cas de choléra foudroyant proprement dit.
II' repos au lit, au milieu d'une atmosphère lirai téo, dont Tair ne sera renouvelé que dans la mesure slrirte des besoins de la sanguification. Il y a des lièvres typhoïdes, a-t-on dit, qu'on guérit en ouvrant les fenêtres ; eh bien ! si je ne craignais de tomber dans le ridicule d'une antithèse puérile, je dirais: coninie on guérit des fièvres typhoïdes en ouvranl les fenêtres; en temps d'épidémie, on guérit les cholériaes en les fermant. Dans tous les cas, retenez ce mot de Pascal : « Tous les maux viennent de ne )) pas savoir garder sa chambre (1). » Ce principe est bien un peu absolu ; mais il s'applique merveilleusement ici.
En posant un tel précepte, et en le faisant dériver d'an toi principe, je sais bien que je restreints singnlièremcnt la part de la médecine dans le traitfr ment de celte première phase du choléra. Quele mcklecin digne de ce nom s*estime surtout heureux, dans un cas donné de maladie, quand il sent que son concours a été réellement utile, je le comprends ; mais je comprends aussi que c'est là une question d'amour-propre, de dignité personnelle,» Ton veut, toute secondaire, et que, quand un résultat favorable a été obtenu, si peu qu'il y ait concouru, il peut encore monter au Capitole, et remer-
(1) Cité par le docteur Ménière, Les consultations de maâm de Séiigné, p. 72.
DU CHOLÉRA ÊPIDÊMIQUE. 173
cier les dieux. D'ailleurs les faits sont là qui s'impo-
sent, qui subjuguent l'intelligence la plus engagée
/dans la direction d'une thérapeutique excessive, et
forcent les convictions. Lorsque après avoir été fours ' droyé, parla grâce de l'homœopathie, sur le chemin
^ de Damas de la médecine catholique, la vérité de la
^ doctrine d'Hahnemann apparut tout à coup à Jean-
** Paul Tessier, et qu'appliquant cette médecine de
^ clair de lune en bouteille à la cholérine, il guérit
' ' ses malades comme tout le monde, et mieux même
' que certains, en les claustrant, comment voulez- ' ' TOUS que je voie là autre chose que Teffet pur de -? cette claustration même ?
Dans tous les cas, il s'en faut bien que même du ' ^ point de vue où nous nous plaçons ici, le médecin
p n'ait vis-à-vis du choléra qu'un rôle effacé. Outre
>* qu'il y a alors une hygiène spéciale à prescrire, et ^ dont il faut s'appliquera faire comprendre la portée, r* nombreux, très-nombreux sont les cas où, après i^ avoir mis fin rapidement à la cholérine, en préve-
*.' nant tout simplement l'introduction d'une plus *^ grande quantité du poison épidémique dans reçoit nomie par la claustration, pendant un certain nom- > bre de jours dans une atmosphère limitée , et Il renouvelée seulement suivant les besoins rigoureux a* de l'hématose, Tintervention de la médecine active ^, est nécessaire, soit pour ramener au jeu normal les
fonctions troublées, soit pour réconforter l'organisme ébranlé par une secousse qui, elle-même, n'est pas sans péril. D-un autre côté, quand la cholérine frappe un individu profondément débilité, et qui sans arriver au point culminant de Tintoxicatiœi cholérique, fléchit visiblement, et va infeilliblement succomber, par le seul fait de cette sorte d'hémorrhagie blanche, si Ton n*y met rapidement fin, qui ne voit que, dans ces cas qui sont nombreux, soit chez les valétudinaires, soit chez les enfants, soit chez les vieillards, il ne suffit pas de la claustration; mais que la médecine active reprend tous ses droits, et se trouve en face d'un problème qu'elle seule peut résoudre.
Mais n'insistons pas trop sur ce point ; appréciés ou non, rendons à la société les services qu'elle attend de nous, au milieu de ces grandes calamités. L'apothéose du jour pourra se changer en l'avanie d'une honteuse apocoloquintose le lendemain.
N'importe : marchons droit dans la voie que l'honneur nous prescrit : laissons passer cette justice des hommes, en attendant celle de Dieu.
Mais à propos de la cholérine, une question se pose encore qui, si elle était résolue dans un sens affirmatif, concourrait puissamment, dans le cours d'une épidémie cholérique, à calmer les angoisses des populations alarmées; cette question est celle-ci:
D1} CHOIERA ÉPIDÊMIQUE. 175
a cholérine guérie met-elle à Tabri du choléra ? Il j a, dans le cadre nosologique, un certain nombre le maladies dont une première atteinte crée dans 'organisme des conditions telles, qu'une seconde itteinte devient impossible, ou au moins ne se cnontre que d-une manière exceptionnelle; telles jont certainement la plupart des fièvres éruptives, rougeole, scarlatine, variole, le vaccin, telles sont encore la fièvre typhoïde, la fièvre jaune, la peste, la syphilis proprement dite, etc. Cette heureuse immunité, une simple cholérine intestinale ou nerveuse en procure-t-elle le bénéfice à l'organisme vis-à-vis du choléra? Beaucoup de médecins hésitent à répondre à cette question. M. J. Guérin, seul presque entre tous, considérant la cholérine comme une ébauche du choléra, qui suffit, quand elle est aettement accentuée, à épuiser la réceptivité de l'économie vivante vis-à-vis de cette maladie, incline à croire qu'il en est ainsi. Et de fait, bien que des observations précises manquent sur ce point faoile à élucider pourtant par cette méthode ici souveraine, il fout bien qu'en une certaine me- Bure la cholérine soit une sorte de vaccine du choléra; car, s'il en était autrement, comment aurait pa se produire cette conviction, aujourd'hui à peu près générale, que la cholérine traitée d'une mafiière opportune guérit presque constamment? Si
quelques jours après avoir été guéri de la cholérine, on mourait du choléra, ce ne serait qu'une halte sur la voie de la tombe, et la conviction générale dont je parlais tout à l'heure n'aurait pas sa raison d'être. Broussais seul se nourrissait de ces illusions; il inscrivait au profit de sa doctrine des morts guéris. C'est qu'on ne voit plus clair dans les choses, quand on est arrivé à un certain degré d'exaltation mentale, d'hypnotisme quasi délirant, où l'idée se concrète en images fantastiques : l'imagination a fait irruption dans la science, et l'on voit tout ce qu'on veut. Otez le frein du bon sens aux esprits les mieux doués, et M. Moreau a raison, le génie est une névrose.
D'un autre côté, quand le choléra exerce, pendant un certain temps, son influence sur un groupe plus ou moins considérable de population, ceux qui échappent aux premières atteintes finissent-ils, en vertu de la loi d'accoutumance, d'une sorte d'acclimatation épidémique, par devenir insensibles, au moins jusqu'à la réalisation de la maladie, à l'actioo du toxique cholérique ? M. Michel Lévy tendrait à le croire ; et il se fonde ici principalement sur ce fâi( que, pendant la campagne de Crimée, souvent les troupes de débarquement étaient atteintes, quand, depuis plus ou moins longtemps, la maladie avait cessé de se manifester autrement que par quelques
cas isolés dans Tarmée : « Les immigrants, dit cet auteur, sont impressionnés par une atmosphère qui n'agit plus sur les acclimatés, n De là, le conseil fort sage, qu'il donne ailleurs à ceux qui ont fui un foyer épidémique, de ne pas précipiter leur retour; car ils pourraient être atteints, pendant qu'autour d'eux il semble que toute influence morbide ait disparu.
Enfin, quand, dans one épidémie antérieure, on a eu la cholérine ou le choléra, peut-on se considérer conmie à l'abri du fléau, lorsqu'il vient à re« paraître ? Celte question, je ne sais si personne, en Europe, est en état de la résoudre. Ce qui e^t encore douteux, à cet égards pour le choléra a^ïiatiqiH;, ne l'est pas pour la fièTre jaune, contre laquelle on s^ créolise, comme disent no^ méde :I&* dt marine. Je demande la permission de cit^r. à f:*: prop^/^. un passage remarquable de Voarrkz^ dr: M. .*: prof*?»seurTrousseau si plein d* -?Lo»r^. *?î -ivr-t ^ <• o^^A parlé. Ce passaze p-^orra •'jCt:{j le* jr^z *:^> '^Jrf.h' cins sur une qoe*4ioQ *cj jkizy:..*: - » :. 'jc.\ y^^^^J-. jusqu'ici qu'o2k r*ar4 -fl^vi^:: • Ec- ;*i«- 1- k » profeâf^or A*: iia Y^\rlrÀ -t* r^: *!•.-:>, \', V\: ». » MM. Cherr±- Vfszjt es 21i:l i- j'.C'. :.-♦:• ,.-,r- i *r •,- » dier, en Ei^uzi». ^ li*^:* ^jî-u-jî :v. '^^rr,.!.- i » Gibraltar, ^'j» ^^jmau^-'^hz ;c -a-'jvv/j^i^ ^-lîmV-- *lude a^*r^ '^bDu»/.»* r**'ei 3u'ri «-f^ni* *:mi^'»-*.
178 DE U FRtSERVATIOIl
H M. Louis, recueille les obser\'ations des malades; ») rien no lui échappe. Il voulut voir tous les habi* » tants pour dresser nos statistiques : la chose était » d'ailleurs facile, eu égard à là faible population de u Gibraltar. Nous nous mimes donc tous à rœn?re, » nous enquérant de ceux qui avaient eu la fièyre » jaune dans les épidémies antérieures de 180& i » 1813, recherchant si une attaque antécédente avait » pu leur conférer l'immunité dont ils paraissaient » jouir dans l'épidémie actuelle. Dans le nombre de » ceux qui l'avaient eue, et ce nombre était consi- » dérable, nous n'observâmes que 2& cas de réei- » dive en 1828. Chose remarquable ! parmi ceuxqni » étaient épargnés par ce fléau, nous recueillîmes » les renseignements suivants, que nous donnè- » rcnt des personnes qui avaient vu ces indivi- » dus tout jeunes, alors qu'ils ne pouvaient avoir » conscience de ce qui leur arrivait. On nous disait )) que ces individus avaient autrefois teté l'épidémie )) (c'était l'expression dont on se servait), et par là )) on entendait que ces individus, alors à la ma- )) melle, avaient eu des accidents légers; nous les )) observâmes nous-mêmes chez d'autres dans l'épi- )) demie que nous étudiions. Ceux qui les éprou- » vaient avaient, pendant quelques jours, des ma- » laises qui ne les empêchaient pas de se livrera » leurs oncupations habituelles, et nous comprenions
Dt CHOLÉRA ÉPIDÉMIQUE. 170
)) comment le mal pouvait passer inaperçu (1). » Si le choléra qui a déjà touché le sol de la France, mais qui, autant qu'il est permis de le conjecturer, d'après son point de départ qui n'est qu'un lieu d'importation, d'après les allures qu'il a jusqu'ici affectées, et qui semblent exclure cette force d'expansion cosmopolite, que nous lui avons vu développer dans les épidémies antérieures (2), si, dis-je, le choléra Tient à frapper, à un degré quelconque une partie de l'Europe occidentale, la question de l'immunité par le bénéfice d'une atteinte antérieure devra être examinée avec la plus grande attention. On voit tout de suite, sans qu'il soit besoin d'y in-
(1) Op.cU.,L I",p. 202.
(2) Cest une remarque qui, je croîs, n'a fias été (aHe, et qui mérite peot-èlre de ther l'atteolioo des esprits réfléchis. L'épidémie aetnelle, eda o*ert pas douteux, a été importée h U Xecqoe par les pèlerîiis malwn i f uos de llode, qui eu iftksai ciéeetuiiremeut pinsé les fermes i leur mûqiie «wrce d'orif îne, fatm^/ipbére dn 6àiife. Sais b maU^, dans eatle partie de l'Iode, s« manifeste aoas deaz fiirmet dWreoles, la foroK eodémî-^iie et U fmta/t épldémîqiie. Or, D ae pinll pas que c« vÂ*. Wi\ *j(f*ji. déniée fbrme, aa moias «■ pea aiDcesiaée, %vt la maladie fxki^i h tum point d'oripae, fsaad 1*4 < :j/*i* a m U fnoMpçflér'»! â h «iOe sainte. Or, ctUÊLzlà ftas (razi^ fa&wtaav» ^vaed t.; i^ifaifKJ:^! de rêpidémSe aetaeile, car 2 i>t< ,M4 tji,*jxx z^ut. yjve lii'uùt maladie eaAémifae le Irai^inx ec ludafje ^Tu^Lîrsûçu!:, f Savt néciimainMif 1 1 fm h earse At TaSK-lâii!! rr,'*tâ^ b'^çio^'t, «mr ■ne i nl frg gwJfiwijMia ibl nrvs-iX* ^*i*i§tarjtC f JoAcuMlé. Tojes Ins tnis >fHfHniFf e atf B grî gi^ au&éffXHr«, çit.
sisler, coiiinieni cette sorte de créolisation, si elle éUiit réelle, deviendrait un motif sérieux de sécurité pour une foule d'individus, qui redoutent en yain peut-^tre un fléau qui ne peut les atteindre (1).
Mais si le choléra éclate sous sa forme la plus accentuée, soit d'emblée, ce qui est assurément rare, soit après des symptômes prémonitoires qu'on n'a point enrayés, en se soustrayant à temps parla stabulation, par la claustration à l'air libre, où, en vertu d'une expansion autonome, ou bien par l'impulsion des forces cosmiques, le toxique cholérique circule sans entraves, dans quelle mesure, en cas pareil, l'hygiène thérapeutique nouvelle que l'on recommande ici est-elle applicable, et quels résultats peut-on légitimement en attendre? Il est bien.
immense pérégrination, onl porté presque partout leurs ravages, toutes ont été précédées d'une épidémie terrible (voyez sur cepoiot les ouvrages cités de MM. Moreau de Jonnès, Briquet, Millet (de Tours), au lieu même où le germe mystérieux du mal se développe sous des influences locales non encore rigoureusement délenninées. Je le répète, cette différence dans les circonstances qui se rencontrent à l'origine du développement de ces quatre épidémies est d'un augure favorable pour la dernière.
(1) Un esprit très-distingué, et qui manie admirablement uo instrument utile dans une fouie de questions, la statistique, M. le docteur Berlillon, a signalé plusieurs lacunes dans les observalions relatives aux épidémies cholériques. (Voyez son livre : Conclusions slaiistiques cotUre les détracteurs de la vaccine, précédées d'un Essai sut la stalisUque appliquée à Vèltuie de Vliomm-)
évident, hélas ! qu'au plus haut degré de la maladie, quand rorganisme, saturé du poison morbide, ne réagit plus^ parce que le sang lui-même, qui circule à peine, n'apporte plus aux organes l'élément essentiel d'une vitalité en dehors de laquelle aucun effort d'assimilation, de neutralisation, d'élimination n'est possible; il est bien évident, dis-je, qu'à ce degré de la maladie, la soustraction des malades au large foyer épidémique de l'atmosphère ne peut rien ; le mal est consommé, ta vie n'est plus qu'une simple affaire de respiration plus apparente que réelle. Telle est^ dans ce cas^ la profondeur de l'atteinte, dans laquelle on voit fléchir la vie de nûnute en minute, pour s'éteindre bientôt^ que je ne sais si une atmosphère empruntée de toutes pièces à un point de l'espace pur de toute influence épidémique pourrait prolonger quelques instants la vie.
Mais heureusement^ il y a ici, comme en toutes choses, des degrés, et toutes les fois que la maladie n'est point parvenue à ce point culminant de la saturation toxique, la soustraction des malades à l'action du foyer cholérique libre est commandée de la manière la plus impérieuse.
Qu'on ne dise pas que le précepte que je recommande ici, on le met en pratique forcément, puisque à ce degré de l'affection les malades sont forcément immobilisés dans leur lit : je réponds à cela
SlMUiN. 4 \
182 bJù U PiUi^LiiVATiOni
quVu l'aisant ainsi, on n'accomplit qu'à moitié k précepte dans rimmcnsc dR^rité des cas ; cardiuii rimmense majorité des cas^ dominés par le principe absolu de l'utilité de l'aératioa dans le traite* meut des maladies» médecins, parents, garde^ouh ladesi tous à Tenvi s'ingénient k renouveler l'air qui circule autour des patients, c'est-indire, eu d'autres termes, à mettre ceux-ci en contact avec (b zones d'air qui» incessamment empruntées à l'ai* mospbère libre, leur font courir la chance d'absorber de nouvelles quantités du miasiae toxique, Ba^ pelez-vous le fait qui étonnait si fort M. Briquet comme presque tou3 ses coUëgues des bôpitdJU de Paris, que comprit mieux M. Blondel, parce que, non médecin, il put l'apprécier avec moins de préventions dogmatiquç;s, si je |uûs ainsi dire ; rappelez-vous le fait qui nous montre que^ dans Les hôpipitaux, la mortalité des cholériques, conuae la fréquence des cas internes, est souvent en raison directe de i'^ration, de la perfection de la ventilation de ces établissexnents ; rappeJ,ez*vous eaoore les désastres qui frappent, en temps d'épidémie cholérique, les armées en mouvement, les caravanes de pèlerins se rendant en masse à la pierre noire de la kaabah sainte de la Mecque ou au modt Arafat; *î'ôst 1^ c'est dans ces agglomérations, vivant en '^iu air^ souvent le jour et la nuit^ que la mort
fiE^ucbe les hoaunes comipe i^ moissonoteur Therbf dans la prairie ; c'est là que tout wilheureui; frappé 06i presque iafailliblemenl perdu, par<?e que, wivwi k ciel ouvert» riea ne le défend contrit an poJuMm qui flotte iacessammeiit d^ns ratxnaspbèr^ et pwt pénétrer à chaque iospiration dans le sang, dont il il'est séparé, à riatériear des powioos, que par uae membrane eodosmotique invisible à la lamière directe ; rappelez*?ous toui ees faits, éi vobè eom* pre9dre& que* loéme dans la maladie isoàflrmée, taat qu'une saturatioa nécessairement mortolifi ii*a»l pAa coiisommé^y la claustration des oalades dans ua air limité peut encore mettre quelques chaaœs heureuses en l^aur faveur.
Enaorcelés, en quelque sorte, par lai principes ab* solws d'une science dont les faits, d'origines les pl^i^ opposées, s'enchevêtrent dans une înextrieable ean« ft^sMoa^ les espriU les pH» oumets i la vérité la oianquent souvent, dominés qu'ils sont per ees prîn^ eipes mémas. Noos avons déjà va plusienis b^^^ e^priU s'arrêter devaot des CsiU de œt otét^ ^. les décoac^t«Dtet lescondoisMlà mstérile éton^ ^emenL Noos en eâterons ancoffs un etemple^ et cei exemple vient' de si haot rja'il nous sera à l^ tt« avertissemeot utile pmur nous tenir ca gard* ccmtre ces principes, et nous arrMer sur U neuf! glissante de Terreur à laquelle leur appii^aii/
iSâ 0K U PRÉSERVATION
quand elle n'est pas tempérée par la prudence, peut nous conduire. « Malgré tant de causes d'insalubrité » et de maladies, dit M. Michel LéTy, la population » rurale paye un moindre tribut à la phthisie, à la » fièvre typhoïde, etc., etprésfînte une moindre proportion de décès; cela prouve que l'absence de » certaines causes qui sévissent sur les citadins, et » Tefficacité de quelques conditions propres à la vie » rurale, suffisent pour neutraliser les effets d'une n habitation aussi insalubre. Les passions^ la surexcitation morale et intellectuelle, la luxure préi> coce, régoïsme et l'ambition font peu de victimes » à la campagne ; ensuite les habitants de ces de- » meures délabrées n'y sont pas sédentaires; leurs )> travaux les appellent dans les champs^ sur les » routes; ils vivent à l'air libre; sobres, laborieux, )) ménagers de leur virilité, endurcis aux fatigues, I) ignorant les fluctuations de ces vies d'ouvriers » qu'un salaire instable fait passer tour à tour par )) les excès et les privations^ ils trouvent dans leur » sobriété^ dans une nourriture simple, mais sub- » stantielle et exempte de fraudes, dans la régularité » de leurs habitudes, dans l'inerte quiétude de leurs » croyances, dans le sentiment de la liberté, dans » le bienfait d'un air pur^ la compensation faygié- )) nique des influences nuisibles qui les atteignent <( passagèremenl sous le toit de leurs sordides pé-
nu CHOLÉRA ÉPIDÊMIQUE. i85
» nates. D'après le docteur Charpentier (de Valen- » ciennes), les épidémies meurtrières qui s'étendent )) aux villes et aux villages font plus de victimes )) dans ces dernières localités : le choléra de 1832 et )) celui de 18/li9 en ont donné des preuves (1). »
Le grand fait que nous nous efforçons de mettre en lumière dans ce travail, nous le voyons éclater là encore aux yeux d'un des esprits les plus lucides qui se soient appliqués aux études étiologiques ; mais on passe à côté sans le voir, et si on le signale, c'est à titre d'exemple des contradictions dont notre science fourmille, et pour l'explication desquelles on crédite généreusement l'avenir.
Savoir s'étonner à propos^ a dit un penseur, c'est nn grande partie du génie : qu'il vienne donc, l'homme de génie que ces faits appellent, qu'il les illumine de son intelligence, qu'il leur donne le sens vrai qu'ils ont dans la mystérieuse économie de l'étiologie morbide, et sur lequel, dans mon im* puissance, je n'ai su que balbutier quelques mots, et le monde entier l'acclamera comme un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité.
Mais poursuivons.
On a beaucoup parlé de l'influence favorable exercée sur la mortalité cholérique par l'installation des
(1) Ouvr. cité, !!• vol., p. 552.
IM mik ratSERTATtOlf
malades sous des tentes, soit k Varna, soit à Consfantinople, k Tépoque de la guerre d'Orient, a Sous » les tentes, dit à ce propos M. le docteur Quesnoy, » ob l'aération est complète et continue^ on a perdu » un tiers des malades, tandis qu'on en a perdu n deux tiers dans les hôpitaux, n Entendons-nous ici : d'abord, d'après M. le docteur Fauvel (1), qui habitait Constantinople au temps de la guerre de Grimée, le choléra ne régnait pas en Turquie à cette époque ; et puis, qui donc parte de claustrer les cholériques dans un hôpital en proie au typhus, k la pourriture gangreneuse, au scorbut, etc. , pour les soustraire à un foyer épidémiqué absent ou même réel 7 Personne, assurément ; et M. Michel Lévy a pris, dans ces circonstances terribles, une mesure à laquelle on ne saurait trop applaudir: mais, en présentant ce fait comme on vient de le voir, on ne Ta pas montré sous son véritable jour. Ainsi, même dans le choléra confirmé, il ne faut, par Taératlon, par la ventilation, mettre les malades en rapport direct avec Tatmosphère libre, qu'autant que cela est rigoureusement nécessaire pour expurger Tair intérieur des éléments nocifs qu'il pourrait contenir, et lui conserver les proportions
(1) Communication à la Société médicale des hôpitaux. (Uniw médicale, août 1865.)
DU CHaLËRA Êt»IDËMIQUE. 187
d'oxygène sans lesquelles l'hématose s*effectue d'une manière incomplète.
Ce que je viens de dire pour les habitations par» ticulières, je le dirai également pour les hôpitaux. La stabulâtîoii dés cholériques, leur complète claus-» tration, cotîimé nous l'entendons ici (1), est d'autant plus nécessaire que la plupart des établissements nosoconiîaux, et tfès-heureusement pour le» malades^ en temps ordinaire, ont des préaux, des jardins plus ou moins étendus, où l'air circule librement, et où, par conséquent, une ventilation trèslarge, incessante, ^tpose davantage à puiser l'élément morbide dont il s'agît de garantir les malades.
Qu'est-ce qtiî guérit un ialcoolisè chez lequel la saturation alcoolique n*a point encore consommé une altération hlstologique ou autre du tissu nerveut que In vie ne saurait réparer? C'est évidemment l'abstention, tl en est ainsi de tous les poisons qu'on ne sait pas neutraliser dans les viscères qui les contiennent; la discontinuité de l'action du toxique est la condî-
(1) Comme les cholériques seuU, dans un hôpital, ont besoin (l'être soumis au f^^lme âé la ration d*a!r rigoureusement nécessaire À l'bénittose^ noitsav^, »{ nmis ariofisen voitatt etiatiftfe, nous aurions opiné, et «ela sans aiM»iM arri^e-fMfilé« êA 4MI1i« gion, pour la séparation des malades : on sait maintenant pourquoi les mêmes raisons nous porteraient à désirer ^u'on let tmAki également; autant qu'on le peut, dans les maisons particulières.
188 MU PR^KRVATION
tion essentielle de loiite Ihérapeutîquc utile. Il en est de même également dans le choléra, tant que nous n*en aurons pas trouvé la vaccine certaine^ ou le contre-poison infaillible, la base fondamentale de toute médication, comme de toute hygiène efficace sera, quand le toxique peut être partout, de nous faire, sains ou malades, le plus petits possible^ eu occupant le minimum d'espace compatible avec la vie. « Moins on tient de place, dit Bernardin de » Saint-Pierre, et plus il est facile de se mettre à » couvert ; une feuille suffit au nid de l'oiseau- » mouche (1). » En temps d'épidémie cholérique,
poiu* peu que nous ayons été touchés par l'épidémie (n'oublions pas ceci, car c'est seulement alors que rimmobilisation, la stabulation absolues sont nécessaires), rétrécissons donc, autant que nous le pourrons, notre vie, faisons-nous oiseaux-mouches. Cette vie calme et recueillie, outre qu'elle nous donnera une grande sécurité, n'est pas sans charmes, je vous assure, ce sera notre passe-temps épidémique. Lorsque la mouche de Pascal, dont le bourdonnement tient actuellement notre génie en échec, aura cessé son bruit importun, nous nous relèverons, nous nous redresserons dans notre force^ et, Entelles invaincus, nous reprendrons notre ceste et recom-
(1) Chaumière indienne.
mencerons la lutte; mais jusque-là^ je le répète, faisons-nous oiseaux-moaches, et restons au nid.
Ce qui, dans une épidémie cHolérique, rend encore nécessaire la claustration du malade dans un air limité, non incessamment renouvelé, c'est qu'une réfrigération intempestive peut faire avorter une réaction qui était sur le point de se produire. Il n'y a pas de maladie où, plus que dans le choléra^ Tart de la médecine doive se montrer ménager de ces efforts de l'organisme vivant : c'est la dernière étincelle de la vie qui va s'éteindre peut-être, si une main prudente ne s'empresse de la recueillir et de s'en servir, par un savant artifice, pour ranimer le foyer vital dont elle est la suprême manifestation. Qu'on me permette d'ajouter encore que, si les désinfectants peuvent exercer quelque influence neutralisante sur les miasmes morbides, ce n'est guère qu'à la condition qu'ils agissent sur une masse d'air limité : partout où une ventilation excessive établit autour des malades des courants continus, l'influence de ces agents utiles peut-être devient complètement illusoire.
A tous les points de vue, on se gardera donc bien de la ventilation à outrance, dans les hôpitaux, comme dans les habitations particulières, en temps d'épidémie cholérique : la ventilation par bourrasques, répétée deux ou trois fois par jour pen-
«•0 MU PnÉSCRTAtimi
(lant quelques instante, suffira strictement aux besoins de l'hématose, ei Ton detra s*en cotitenteT.
Quelqm iroportanee que nous attâclkiotis à cette condition de l'hygiène tfaéfapetitiqae ^ en temps d'épidémie cholérique, nous tt*entendons pas qoe l'art, Tis-ikTis du choléra confirmé sartcmt, dùite s'effacer et attendre tout de la force ntédicatrice immanente dans l'organisme ritant ! il y a ici tme indication fondamentale à remplir, c'est d« rehir eti aide k cette force, 6n la soutenant t^ir un choix judicieux des dliReni moyens stimulants que nous avonê sous la main, et qûi^ si faâbfe Thrante répond encore h leur proTocatlon (c'est eti pareil eas qall fîluti ft l«ï lettre, le consentement de l'organisme), ajournent la mort, et laissent, par conséquent, i l'économie le temps de réagir cflBcacetnenL Mais nous n'avons ni le temps ni l'autorité nécessaires pour parier pertinemment de ces choses, qui sont d'ailleurs en dehors du programme que nous nous sommes tracé ; nous nous contenterons, à cet égard, de la remarque três^énérale que nous venons de faire.
Enfin, nous avons vu qu'au milieu d'une épidémie cholérique qui enveloppe de toutes paris un grand centre de population, il se forme quelquefois (les endémies, des saturations épidémiques locales, qui sévissent d'une manière terrible sur les groupes
DU CHOLÉRA ÉPIBÉMlQtlE. iH
partiels de population placés au centre de ces foyefs accidentels. Lès choses se sont passées ainsi, à des époques diverses, à la Salpôtrière, â la Maison municipale de santé, au Pénitencier de Tours, etc. Dans ces cas, il n'y a point à hésiter : il faut ftiîre sortir de ces foyers pestilentiels les hommes qd y habitent et les placer dans des conditions relativement bien moins dangereuses. Qu'on ne Craigne pas que ces pauvres émîgrants transportent avec eux té germe de la maladie. L'expérience en a été faite, et, ainsi que l'a judicieusement fait observer M. Blohdel, les malheureux qu'on a ainsi arrachés à une mort certaine peut-être, ont pu être impunément placés dans d'autres établissements, ou disséminés dans Paris, sans que leur présence ait été signalée nulle part par l'influence pernicieuse de leur contact (1). Je n'ajouterai plus qu'un mot dans cet ordre d'idées : nous avons vu, dans chacune des trois grandes épidémies cholériques qui, avant celle-ci, ont désolé le monde; que c'est surtout au milieu des grandes masses d'hommes que les guerres mettent en mouvement, que la maladie frappe ses coups les plus terribles. Espérons que nous approchons du temps, que le temps est venu, où le respect de la vie des hommes forcera les gou-
(1) Rapport sur les épidémies de 1832 et de 1849, p. 139.
192 DR U PRÉSERVATION DU CHOLÉRA fiPIDÉMIQVE.
vernemenU, chargés de diriger les peuples dans la voie du véritable progrès , à suspendre, au moins en temps d'épidémie cholérique, ce choc des nations contre les nations, et où les hommes tombent^ comme les feuilles de la forêt pendant les vents
d'automne, sous la double atteinte des armes meurtrières et de la maladie. Ce sera une autre trêve de Dieu qui, au lieu de venir d'en haut par la foi^ en viendra par la science, et qui prouvera également sa céleste origine par les services qu'elle aura rendus à rhumanité.
Je m'arrête ici, — pâle comme le Dante sortant des ténèbres infernales, — mais moins fatigué encore d'avoir fouillé presque à tâtons un côté inexploré d'un des champs les plus obscurs de la science, que tristement préoccupa de la question de savoir si j'ai rapporté quelques enseignements utiles de cette laborieuse exploration. Eh bien I dans ce mo ment solennel, où l'homme d'études austères et désintéressées se recueille religieusement en lui-même, et embrasse d'un coup d'œil l'ensemble de son travail, je dirai en face de tous^ sans fausse modestie comme sans orgueil, l'impression que cette longue discussion a laissée dans mon esprit.
Quelque évidente que paraisse, dans le sens de
l'idée qui fait le fond de cet ouvrage, l'interprétation que j*ai donnée aux faits nombreux qui se sont successivement déroulés sous nosyeux, ce n'cstpoiDt encore là cependant la pleine lumière, cette pleine lumière qui nous montre à nu le fond des choses. Il y manque la notion empirique de la cause palpable, efficiente du choléra. Cette notion, qui a tant d'importance dans les sciences physiques, si nous la possédions, elle nous serait, en une certaine mesure, le principe qui, suivant l'expression déjà rappelée de M. Bertrand, le Juge par la vérification des conséquences les plus éloignées, tandis qu'en son absence^ nous ne pouvons que conjecturer, d'aprte lu aiarclie da la OMitodie à iravfur^ l'espace, ce qu'est sa cmm^ où elle est, et sou& quelles conditions elle eaire en conflit avec rorgaoi&me vivant. Mais si je ne suis point parvenu k dissi|ier complétement les téoàbres qui co^reat un £jQLseaU>le de faits dont non» n'aitei{(aonft qu» U ^ixrUce, sans que nous puissions jamais pénétrer peut^tre jus* qu'au ressort eacbé ^ai les prodott, ]« suis GOQvaiactt que de 11 partouà ont jailli 4^ étincelles de vériié, qui peuvent nous diriger plus sûrexBbeat dans la prophylaxie ooname dans la thérapeutique du iléau le plus terrible dont notre looûde sublunaire soit affligé; et eett^ coAvietion, je Tai exprimé! humblement, et dans la sincérité d'un esprit désm-
DU CHOLÉRA ÉPIDÉMIQUË. 195
téressc depuis longtemps déjà des vaincs ambitions de la vie.
Enfin, pour résumer ce résumé, je n'ai dit qu'un mot dans celte grave question ; mais ce mot, si simple qu'il soit, plus durable que l'airain, œre perenniuSy je suis sûr qu'il restera.
FhN.