C M LA
quantité ilc celui-ci, et l'ordre, un instant troublé, M* irlalilil f*n peu de temps.
Dans quel rapport ces cholérincs nerveuses, si ce mot peut élre employé ici, sont-elles avec le choléra foudroyant? C'est ce qu'aucun chiffre sérieux ne permettrait d'établir; nous nous contenterons de poser cette question. Dans tous les cas, s'il est vrai, ronime personne ne le conteste, que le choléra ait d'autant moins de chances d'aboutir à une terminaison fatale, que l'empoisonnement qui le constilue est combattu h une époque plus rapprochée de son début (dans notre opinion, qu'on prévient le plus tôt possible l'absorption d'une plus grande quantité du toxique), dans tons les cas, le fait de ces cholérines nerveuses, que les masses négligent, que les classes plus éclairées combattent, au moins par le repos, n'est-ce point là encore un élément dont il faut tenir compte, en le rapportant à sa véritable cause, quand il s'agit d'expliquer la raison très - complexe de la différence de la mortalité cholérique, qui frappe si inégalement les diverses classes de la société^ dans les grands centres de population surtout^ où cette distinction se montre sous sa forme la plus tranchée?
Mais cette remarque est une digression, qui n*a qu'un rapport indirect avec l'objet de ce paragraphe;
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je m'arrête donc ici, et arrive de suite à une question dont la solution a la plus haute portée, même au point de vue où je me place dans ce travail, à la question de la contagion.
Lors de la première épidémie de choléra qui sévit avec tant d'intensité en Europe, la très-grande majorité des médecins, en France, en Angleterre, en Allemagne, etc., nia formellement que cette maladie fût contagieuse. Depuis cette époque, et surtout depuis la guerre de Crimée, un revirement prononcé s'est fait à cet égard dans le monde médical, principalement en France. Pendant qu'en Angleterre, malgré l'autorité de quelques noms haut placés dans l'opinion publique, Graves, par exemple, on persiste à nier la contagion du choléra; ici, on y incline de plus en plus ; et parmi les hommes les plus convaincus de l'erreur de la doctrine, dans
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laquelle on considère la propriété contagieuse de cellt» maladie populaire comme une propriété absolue, beaucoup se montrent disposés à admettre que, dans des conditions qu'il reste à déterminer, cette propriété peut se développer d'une manière adventice, et devenir ainsi, à côté de Tinfluence épidémique, mais dans des limites bien plus restreintes, un moyen de propagation du mal. Ce serait mVngager dans une entreprise longue, laborieuse, et qui m'attarderait beaucoup dans la poursuite du but que je me propose d'atteindre ici, que d'envisager cette question dans l'ensemble des points de vue divers qu'elle ouvre à l'esprit d'investigation; mon dessein est moins ambitieux, et il me suffira de quelques remarques sommaires pour protéger l'idée capitale qui fait le fond de ce travail contre les pierres d'achoppement qu'elle pourrait rencontrer de ce côté.
Un mot d'abord de l'opinion dans laquelle le choléra asiatique est considéré comme absolument, nécessairement contagieux. C'est là évidemment une opinion essentiellement fausse. Des faits se dressent, surgissent de toutes parts, des observations fourmillent dans la science qui lui donnent le plus plus formel démenti. Si le choléra est contagieux, et que ce soit par cette voie unique qu'il se propage, comme on le prétend, comment se fait-il que dans
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rinde, on ne croie pas à celte contagion (1)? Comment se fait-il que, dans son immense pérégrination à travers le monde, on le voie si souvent ne procéder que par bonds irréguliers à travers l'espace, et apparaître simultanément sur des points plus ou moins éloignés, laissant complètement indemnes une foule de points intermédiaires? Sans vouloir suivre, avec une foule d'auteurs, l'itinéraire de ce redoutable fléau à travers l'Europe, où sa marche nous est le mieux connue, comment soutenir l'idée de contagion en présence du fait qui nous le montre i)ondissant, en 1832, sans toucher aucun point intermédiaire, de Calais à Paris, et rayonnant de là sur une grande partie du reste de la France de la manière la plus irrégulière ? Si c'est par contagion que de Paris il s'est étendu sur vingt départements, comment nous explîquerez-vous, avec une force de propagation de cet ordre, que'^Versailles, Meudon, à la porte de Paris, en communication incessante par les hommes et par les choses avec Paris, se soient montrés complètement indemnes? Comment se fait-il, comme le faisait observer dernièrement M. Ghatin à l'Académie impériale de médecine, que les seuls cas de choléra qui se soient manifestés là^
(1) Voy. Jacquemonl, Corretpondance avec sa famille et set amie pendant umifoyage dam Vfnde, h* édit., !•' vol., p. 3i8.
on les constata, ou sur des militaires voyageurs, ou sur quelques habitants de Versailles qui avaient découché, et qui, dans tous les cas, ne semèrent aucun germe de la maladie autour d'eux? Si le choléra est contagieux, au point où on l'entend, comment se fait-il que des localités se soient rencontrées^ et en grand nombre, qui, décimées lors d'une épidémie, n'ont présenté qu'un nombre infiniment moins considérable de cas dans une seconde atteinte? Si c'est la contagion qui a fait le mal dans un cas, qu'est-ce donc qui l'a empoché dans un autre?
M. Briquet a cherché à démontrer cette contagion par la manifestation des cas internes à la Charité, cas qui lui ont semblé se produire en proportion du nombre des cas venus du dehors, La force du rayonnement parut ici à cet observateur laborieux en proportion directe de l'intensité du foyer. Mais une étude plus générale faite, dans ce sens, par M. Blondel, a démontré que, si cette proportion s'est rencontrée à la Charité^ dans quelques salles, toutes ne l'ont pas présentée, et que rien de semblable d'ailleurs n'a pu être constaté dans les autres hôpitaux, ou dans les hospices de la capitale.
Ce dernier auteur a encore fait, à cet endroit, une remarque de la plus haute portée, et qui est en contradiction flagrante avec la contagion cholérique; c'est, je cite textuellement : «La similitude d'action
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du fléau, à chacune de ses phases, sur tous les points de la ville, à Tégard de toutes les classes de personnes, similitude telle que les mêmes dates, presque les mêmes heures, marquent le commencement, le maximum d'effet et la décroissance de chacune de ces périodes, pour tous Tes quartiers comme pour toutes les catégories d'habitants. D'où il résulte qu'à Paris, au moins, le même jour l'action cholérique redouble d'intensité,, ou perd tout à coup de sa force^ au détriment ou à l'avantage de tous. Point capital, ce me semble, car il éclaire le mode de propagation du mal ; il écarte la supposition de la transmission du choléra d'individu à individu, par l'unique voie de la contagion, et ne permet de chercher l'explication du développement épidémique que dans la connaissance d'un agent extérieur dont la connaissance nous échappe (1). o
Si, comme on le prétend, le moyen le plus puissant de propagation du choléra était la contagion, ce ne devrait pas être quelques cas douteux qu'on observât de ce chef dans les hôpitaux où sont reçus les cholériques : là, le principe morbide, émané des malades, coercé, concentré dans un espace restreint, y devrait atteindre rapidement, inévitablement son maximum d'intensité, et y multiplier les victimes,
(1) Rapport de 1853-185A, p. 121.
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non dans quelques salles seulement, mais partout où il rencontrerait des Qonditions identiques. Or^ ce n'est pas ainsi que les choses se passemt. Rappelez-vous dans quelles conditions on obsehre le maximum d'intensité de l'action du fléau : n'est-ce pas constamment lorsqu'il s'abat sur des masses d'hommes vivant en plein air, la nuit comme le jonr^ et en marche plus ou moins rapide? Nous avons déjà cité de ces faits; qu'on nous permette d'en citer encore quelques-uns ici : dans leur brutale signification, ils défient toute controverse. « Au commencement de 1781, il (le choléra) régnait chez les Circars du Nord, et, à la fin de mars> il atteignait, à Gangam^ une division des troupes du Bengale, composée de 5000 hommes. Cette division était en marche sous les ordres du capitaine d'artillerie Pears, pour rejoindre sur les côtes l'armée de sir Eyre Goote. Ces hommes^ dont l'état sanitaire avait été jusque-là excellent, tombaient par douzaines, et ceux-là même qui étaient le moins gravement affectés étaient perdus en moins d'une heure. Plus de 500 entrèrent à Thôpital dans l'espace d'une journée, et au bout de trois jours la moitié de la division, et au delà, était atteinte.» Écoutez encore: « En avril 178S, le choléra se déclarait à Hurdwar, sur le Gange ; c'est une station que les Indous tiennent pour sacrée, et il y avait là une foule immense,
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composée de plus d'un million d'individus, accourus de toutes parts pour faire leurs ablutions dans les eaux saintes. Ces pèlerins ont l'habitude de s'établir sur leâ bords du fleuve, et d*y passer la nuit sans ancun abri. A peine les cérémonies élaient*elles commencées, que le choléra se développa dans cette multitude^ tuante à ce qu'on suppose, vingt mille personnes en moins de huit jours. Toutefois, dans cette circonstance, la maladie fut tellement circonscrite, qu'elle n'atteignit pas môme le village de Jawalpore, à 7 milles de distance (1). »
« Le 9 novembre 1817, le choléra, rappelle en ce moment même M. le docteur Foissac, surprend, sur la rive droite du Bétocih, l'armée anglaise, composée de 10 000 Européens et de 80 000 indigènes, en moisonne 20000 en six jours; l'armée, terrifiée, prend à peine le temps d'enterrer ses morts, change de cantonnements, passe sur la rive gauche du Betoah, et la maladie s'éteint subitement (2). »
M. le docteur Aubert-Roche, observant, en Egypte, l'épidémie qui sévit en ce moment parmi nous, a cherché en vain à trouver dans la contagion la cause du développement de la maladie à Toussoom ; la chaîne prétendue, qui lie nécessairement les cas
(1) Graves, op, eit,, I*' vol., p« 449*
(2) Union médicale, 17 octobre 1865.
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les lins aux autres est ici compléleiiieotrc«iDpoe.et force <i été au counigeux médecin en chef de la compagnie de risthnie de Suez de Toir, dans cette explosion locale, « TefTet (ce sont ses propres exprèshioris) du rayonnement des foyers qoi existaient^ Alexandrie (1). •
Sans aller aussi loin, rappelez-vous les épidémies choiï*riqucs exclusivement localisées (qoant à nous) daoK le midi de la France en 1855 et en 1839, et sans rct(!ntissementsur la capitale : rappelez-Tons encore le fait signalé naguère à la Société médicale des h/^pitaux par M. le docteur Chaufiard, d'one épidémie semblable développée à Avignon, à une époque où il fut si impossible à ce médecin distingué de remonter à un cas importateur du mal, qu'il crul voir là un exemple de choléra asiatique spontané, autochtbone, et où il ne faut voir, au contraire, que la concentration accidentelle, sur un point déterminé, des derniers miasmes dont, pendant un certain laps de temps, l'atmosphère d'une grande partie du monde fut souillée.
Mais ces derniers faits m'éloignent de mon point de départ : rappelez- vous seulement ceux que je signalais tout d'abord. Dans les hôpitaux, le prin-
(1) Situation sanitaire des travailleurs du canal de Sues : le choléra dans l'isthme^ analyse par le docteur Éli (Gaz, iie6d., Q* 41, p. 669. 1865).
cipe contagieux^ emprisonné, ne donne lieu qu'à des manifestations douteuses, contestées du plus grand nombre des observateurs (jusqu'ici au moins), et c'est dans les masses vivant en plein air, c'est-à-dire dans les conditions de diffusion les plus sûres du poison morbide, et dont la réalisation, quand elle est possible, est un moyen infaillible d'éteindre, ou tout au moins d'atténuer les effets d'un foyer de contagion réelle, c'est dans de telles conditions que le choléra se montre le plus énergiquement contagieux. Gomme la contradiction ne saurait être dans les faits, mais qu'elle est nécessairement dans Tesprit qui cherche à s'en rendre compte, il y a donc ici encore, dans l'interprétation de l'événement morbide dont il s'agit, une erreur à redresser.
En dehors de la notion d'épidémîcité, je défie les contagionnistes d'expliquer aucun de ces faits. Voyons maintenant^ et non moins sommairement, si les faits spéciaux sur lesquels ils s'appuient échappent complètement^ comme ils le disent, à l'explication que fournit cette notion générale, et forcent réellement à recourir à un autre mode de propagation de la maladie pour s'en rendre compte.
Parmi ces faits^ il y en a un surtout autour duquel on a fait grand bruit, je veux parler de celui de Nogent-le-Rotrou, rapporté par un médecin honorable, M. le docteur Brochard. Un des médecins les
'i» M U PIIISfBVlTNQK
plus judicieux de ce temp$-cij M. kr f0paf^eiBBi un- Millff, qui jusquc-lk si je ne me trooipe, arcl icrrnf:ll<.'rrH*nt rejeté Tidée de U eooUfx-n ds AoAm. n'oM KTînti ébranlé dans sa coorirtioB par ce fût ft r» dit loyalement. Qu'on me permette 4le citer ra rourt pasKage de cet auteur, où ro hiciiJ lîoa de Nogenl-lc-Rotrou est sommairement lappuilée, cb mtittuî temps qu'y est traduite rimprcMk» qa*ëk a faite sur un esprit solide. « Lorsqu'il s'agil, dit M. OrlNolle^ d'une maladie épidémîqae qm, oomme le rlioléra, franchit tout d'un coup les plus gnades dislances, il faut apporter beaucoup de réserve, et un pas se hAter do conclure, car on s'exposerait toovent à attribuer à la contagion des effets qui tienn<!nt à la marche irrégulière et capricieuse delà nialadio. D'autre part, les cas de contagion recueillis dans les foyers épidémiques ont toujoturs qaelqae chose de suspect, en raison de l'impossibilité où Ton est de faire la part qui retient à la contagion, si elle exista, et à l'influence épidémique, dont l'exi»* tcnce est incontestable. Voilà pourquoi les faits de contagion si laborieusement recueillis par BIM. Bri^ quet et Mignot, dans leur excellent livre, et relatifs surtf)ut k des malades delà Charité qui auraient été frappés après l'arrivée dans les salles de cholériques venus du dehors, n'ont, et ne peuvent avoir aucune valeur. Les seuls faits capables de résoudre le diffi-
cile ptoUtee de la cooUgioD do efairiéra sont ceoi où la maladie aurait été transportée d'un fojer épi* démique dans un lîea éloigné oà l'affection était inconnue, et s'y serait transmise des nonTeaox arri* yants tombés aussitôt malades à ceux qui leor auraient donné des soins. Or, des Êdts s^nblables ont été produits. Un des plus remarquables que je connaisse est edui qui a été rapporté par le docteur Brocbard (de Nogentrla-Botrou) : Ia départemeni d'Eure^t'Loir étaii dams mi étui samtairt sa ta faisant^ auam cas de choléra me s'y était wmUré^ lorsque plusieurs nourrices parties de Paris, atteintes déjà des prodromes du choléra, arriyèrent dans l'arrondissement de N<^ent4e^otrou« L'une d'elles Ta mourir 4ans son village, ainsi que son nourrisson; et sa scBur, qui vient d'un hameau voisin pour lui donner des soins, est frappée à son tour, et meurt en quelques jours. Une autre nourrice succombe avec son enfant à Nogentrle-Rotrou^ et trois des femmes qui l'assistent sont frappées ; deux le sont mortellement ; dès ce moment le fléau envahit la ville, et produit de grands ravages. » Le professeur de la Faculté de Paris ajoute : « Ces faits sont graves. 11 est difficile de croire qu'il n'y ait là qu'une coïncidence et même, en supposant une influence épidémique encore occulte, il ne serait pas moins extraordinaire de voir la maladie frapper exclusivement d'^j^^d
les personnes qui ont été en rapport avec les premiers malades (1). n
Avant de discuter cette observation, je demande à mon honorable confrère, M. le professeur Grisolle, la permission de lui signaler une erreur que, dans son scrupule pour la vérité, il a commise dans l'exposition qu'il en a faite. Cette erreur consiste à nous représenter le département d'Eure-et-Loir comme complètement indemne du choléra. Lorsque le premier cas de cette maladie fut observé par M. Brochard, il n'en était pas ainsi : car, comme il résulte de la relation de ce médecin lui-même (2), pendant qu^on constatait dans Tarrondissement de Nogent les premiers cas de choléra, M. le préfet d'Eure-et-Loir convoquait les médecins des épidémies des arrondissements du département, afin de s'entendre avec eux sur les mesures à prendre pour combattre la maladie, dont trois ou quatre cas s'étaient manifestés à Chartres. La maladie existait donc déjà dans le département et à quelques lieues de Nogent-le-Rotrou, quand les premiers cas furent constatés par les médecins de la localité.
Ce fait établi, et le livre de M. Brochard en main, on ne peut le nier, il est d'une irrécusable aulhenli-
(1) Traité de pathologie interne, 8® édit., t. I, p. 803. ^2) Du mode de propagation du choléra et de la nature contagieuse de cette maladie f etc., p. 32.
cité; ce fait établi, dis-je, la malade arrivant de Paris avec le choléra et en mourant, n'estdonc pas Tunique source possible d'oîi puissent sortir les cas qui se produiront plus tard ; il faut nécessairement, dans Tappréciation de ces faits, faire sa part à l'influence épidémique qui est là tout près, et qui, dans son rayonnement, va envelopper, avec l'irrégularité de son expansion habituelle, une grande partie du département, Nogent-le-ttotrou comme le reste.
Mais ceci posé, comment se fait-il que les premiers cas de choléra qui se manifestent, après la mort des deux premières victimes, on les observe précisément chez les personnes qui les avaient visitées dans leur maladie et sont restées plus ou moins longtemps auprès d'elles? Eh, mon Dieu! parce qu'il fallait bien que ces premiers cas s'observassent quelque part. Si c'est à l'influence épidémique qu'il faut attribuer ce progrès du mal, on s'étonne que cette influence choisisse précisément les personnes qui ont approché les malades et non pas d'autres; on s'étonne de cette coïncidence ! Mais a-t-on réellement le droit de s'en étonner? Qu'on n'oublie pas qu'il s'agit d'une épidémie dont la sphère d'action est immense, qu'elle frappe à droite et à gauche, à tort et à travers, comme un dogue déchaîné qui se jette sur les passants, si je puis dire ainsi, sans
qu'on puisse entrevoir la loi qui gouverne son ex-
102 DE U PKtSBEYATION
pension dans Tespace, et la merveille sera, non pas qu'on observe de loin en loin de ces coïncidences fortuites^ mais qu'on n'en observe pas plus souvent. 11 en est des faits de contagion comme des contingepces étiologiques sur lesquelles on s'est fait tant illusion, et où l'on a cru saisir les causes de la maladie quand on n'avait là sous la main que de pures coïncidences. Mon savant ami, M. le professeur Monneret, a excellemment traité cette ques- • tion ; comme il sort de là un enseignement qui peut tourner au profit de la discussion capitale dont il s'agit en ce moment, je veux citer ici un passage du livre du professeur de pathologie interne, où se trouve ce lumineux enseignement : « Ne nous arré- )> tons pas, dit l'auteur, sur l'influence que Ton a » attribuée tour à tour aux phases lunaires, aux )) éclipses, aux tremblements de terre, aux émp- I) tiens volcaniques, aux comètes, aux déborde- » ments des rivières, aux marais, et terminons par » quelques remarques puisées dans la philosophie )> générale des sciences, et qui rendront peut-être, » à celui qui voudra s'y arrêter, plus de services » que ne pourrait le faire la longue et stérile énu- D mération de toutes les causes supposées des mala- » dies épidémiques. — Chaque observateur, suivant » la direction de son esprit, de ses études, de ses )) préjugés, a voulu placer la cause de ces nmlitdies
» tantôt dans les agents physiques, et a choisi la » chaleur, Iq froid ou l'électricité ; tantôt dans les » météores, et a pris à partie les éclipses, la lune, la » pluie, les effluves, la constitution géologique du » globe, et les a fait provenir de la nature des ter- » rains calcaires, sablonneux, argileux, etc. Chacun » de ces observateurs convaincus, dont les recher- >} cbes sont, d'ailleurs, dignes de tout éloge, n'a pas » manqué de rencontrer un certain nombre de faits » entièrement favorables à son hypothèse de prédi- » lection. Comment s'en étonner? Les épidémies n s'attachent à l'homme, le suivent dans tous les » climats, au milieu des modiflcateurs qui l'envi- » ronnent de toutes parts. Elles se développent au » milieu des phénomènes naturels les plus diffén r.ents. Il faut donc qu'il y ait un certain nombre » de coïncidences entre l'apparition de la maladie )> et les mutations si variables et si fréquentes du » cosmos; mais il y a loin de ce rapport entre deux )) phénomènes à la découverte de la cause bien dé- » montrée de la maladie. Combien ne doit-on pas )) hésiter quand on songe que l'homme est envi- » ronné de modificateurs puissants qui agissent si- » multanément sur lui, et que pour savoir au juste » quelle est la part d'influence qui revient à chacun )) d'eux il faudrait pouvoir annihiler l'action néces- )) saire incessante de toqs les £^utres T On comprend
iOâ DE U PRÉSERVATION
») (lès lors qu'on en soit cirrivé à attribuer les épidén mies à tous les modificateurs cosmiques successi- » vement (1). «
Mais revenons aux faits particuliers dont dous nous occupions tout à Theure.
('onil)ien a-t-on cité de ces faits où, en Tabsence de rinfluence épidémique (nous avons vu que dans les cas de M. Brochard, si cet élément n'était pas li précisément, il n'était pas loin), combien a-t-on cité de ces faits où, en l'absence de l'influence épidémique, on ait vu naître, suivant l'expression de M. le docteur JoUy, de l'Académie, un cas de choléra produit de toutes pièces avec un sujet atteint de cette maladie? 11 y en a huit ou dix dans la science : celui du docteur Contour (2), celui de M. le docteur Chamblay (d'Alençon), celui de M. Bally (de Villeneuve -sur- Yonne), celui de M. Juste (de Villeneuve-sur-Vannes) (3), de M. H. TucfTcrd (/i), et c'est tout. C'est tout I mais ces faits m*^me résisteraient-ils tous à une analyse quelque
(1) Traité de pathologie générale^ t. HI, p. 959.
(2) Ifjxmsde M. Tardieu, p. 144.
(3) On peut voir le détail de ces faits dans l'ouvrage de M.Miild (de 'ïo}yct)yDa choléra épidémique, p. 152. M. Brochardiuiaasi en elle un certain nombre ; mais là partout il y a épidémie, ptf conséquent la fin de non-recevoir de M. Grisolle s'y applique parfaitement.
(4) l/Hion Wkfdica/f , n*» 118, année 1865.
peu rigoureuse? J'en doute. Dans quelques cas, l'observation ne dépassant pas les limites d'un simple hameau, porte sur trois ou quatre malades : et quand le monstre est là partout qui frappe de tous côtés les victimes, oubliant que l'élément de contingence, en cet ordre d'observations, est en raison directe de la multiplicité des faits, on ne veut voir dans ces faits que de la contagion ! J'aimerais autant que, quand la foudre frappe successivement trois ou quatre individus, on admît que, seule, la première des victimes a été foudroyée, et que les autres sont mortes par contagion. En présence de certains faits que je pourrais citer, j'ose affirmer qu'il n'y a rien d'excessif dans la comparaison que je viens de faire.
Mais on ne s'est pas contenté de citer quelques faits d'un caractère douteux, et d'ailleurs rares, pour démontrer la réalité de la propagation cholérique par voie de contagion, un esprit supérieur à l'autorité duquel je me plais à déférer, M. Michel Lévy, après avoir essayé de prouver la réalité de ce mode de propagation par un ordre de faits dont nous parlerons tout à l'heure, s'efforce de justifier dogmatiquement ce point d'étiologie morbide de la manière suivante : « Loin de nous, dit le savant hy- » giéniste, de généraliser ces ûiits (faits d'importa- » tion qui ne s'expliquent, suivant l'auteur, que par
^ la contagion) : nous aurons exprimé toute notre » pensée, avec ce qu'elle a de réserve, en disant )) qu'à notre sens on ne doit s'arrêter que par voie )) d'exclusion à la notion vague d'épidémicité : c'est 4) après avoir interrogé tous les témoins, multiplié » l'enquête, pesé les faits d'origine, et pouF ainsi » dire, les rudiments d'une maladie devenue épi- » démique ; c'est après avoir éliminé logiquement )) les données de Tétiologie infectieuse et conta- )) gieuse, qu'il est permis d'invoquer en dernier res- » sort le nescio quid de l'étiologie banale (1). »
J'en demande bien pardon à l'illustre hygiéniste, mais un écrivain qui, comme lui, est si maître de sa parole, qui sait si bien ne dire que ce qu'il veut, et que comme il le veut, n'eût pas dû, en une telle question, tomber en une si flagrante contradiction. Avant de conclure comme je viens de le rappeler, i'auteur admet avec tout le monde que, quand une maladie populaire frappe simultanément un grand nombre de points éloignés^ la saine logique commande nécessairement de placer à côté de ces effets généraux une cause générale, etc'estla notion même de cette cause qui sert de base au principe de Tépidémicité proprement dite. Mais si cette notion dans
(1) Traité d*hygiène publique et priv^, 3« édit., W vol., p. /i56.
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Tcsprit correspond dans la nature à un fait réel, et il est clair comme le jour ce fait-là^ pourquoi le subordonner, dans Tapplication, comme une sorte de pis-aller théorique, à une notion, en apparence plus concrète, et en réalité non moins mystérieuse que l'épidémicité, quand dans les faits qu'expriment Tune et l'autre on veut saisir la cause vraiment efficace de la maladie? C'est surtout pour avoir con* fondu les faits d'importation épidémique qui sont réels avec les faits de contagion^ que M. Michel Lévy est tombé dans la contradiction que je viens de signaler. Plus est grande^ à mes yeux, comme aux yeux de tous, l'autorité du directeur du Val -de- Grâce, et plus il m'importait de faire disparaître sur ma route ia pierre d'achoppement contre laquelle plusieurs eussent pu se heurter.
Maintenant, je reviens aux faits dont je parlais il n'y a qu'un instant, et qui tendraient à démontrer la propriété contagieuse du choléra, et je dis : Soit, ces faits existent ; ces cas de choléra se sont produits en dehors de la sphère d'activité d'une épidémie qui, au moment où on les observe, frappe simultanément ou successivement mille points à la fois, dans un pays aussi vaste que la France; mais qu'est-ce que ces huit ou dix faits en comparaison des milliers de faits où, d'une part, la maladie naît évidemment sous une influence morbide générale
qui agit si souvenl à la fois, bien qu'à des degrés divers, sur une population tout entière et où, d'uu autre côté, on voit le contact plus ou moins prolongé avec les malades, n'entraîner aucune espèce de conséquence fâcheuse? Mais les faits négatifs ne sauraient détruire la réalité des faits dont il s'agit. « Un seul fait qui affirme, dit-on, prouve plus que cent faits qui nient. Je le reconnais, car enfin ce fait solitaire, il faut l'expliquer, il ne s'est pas produit tout seul, il peut être l'œuvre d'une puissance qui aura été générale ailleurs, et que la science doit constater; mais encore faut-il être bien sûr que ce fait est vrai, qu'il n'y a pas une supercherie de l'opérateur ou une illusion de l'observateur, ou une rencontre du hasard, ou un effet nouveau d'une cause connue. Or, pour être sûr de cela, il est absolument nécessaire que le fait se répète, qu'on varie l'expérience, avec toute sorte de scrupules et d'adresse, de manière à détruire la quadruple chance d'erreur que nous avons signalée (1). » Ces règles, d'une logique rigoureuse, ont été appliquées, et quelques faits positifs, réels, se sont produits à côté d'une masse considérable de faits négatifs: soit encore; mais pourquoi en est-il ainsi ? c'est qu'apparemment la loi que révèlent les faits positifs rencontre dans
(1) M. Ernest Bersot.
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les faits négatifs qu'on leur oppose des circonstances qui en troublent, en empêchent la manifestation. Mais alors cette loi perd beaucoup de son importance, et, dans Tespècc, comme cette loi devient en quelque sorte toute théorique, nous cherchons pourquoi on en préoccuperait l'esprit des populations^ et nous ne le voyons pas.
En résumé, nous ne nions donc pas d'une manière absolue la propriété contagieuse du choléra, propriété qu'il n'acquiert peut-être que sous l'influence de conditions qui nous échappent ; mais nous posons en fait que la contagion est un mode de propagation rare, et que les médecins qui ont véritablement quelque souci du salut des populations, de l'honneur de l'humanité même, ne doivent pas jeter imprudemment et inutilement dans les masses une conception, je le répète, presque toute théorique, qui les terrifie, et peut devenir la source des plus tristes défaillances morales (1).
Mais si nous nions, sous la réserve que nous venons d'exprimer, la contagion du choléra, nous ne
(1) L'épidémie qui 8é\lt, au momenl même où j'écris, a Constantinople, où elle fait de nombreuses victimes, vient de montrer une fois de plus à quels excès déplorables peut se livrer la populace en proie au vertige de la terreur. Écoulez le Monileur de ces derniers jours à ce propos : « A côté de quelques exemples do courage impassible et de patience résignée donnés par les Musul- SIMON. ' 7
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nions pas qu'il puisse être importé. « Ne savonsnous pus », dit très-bien, à ce sujet, M. le professeur Tardieu, et et l'histoire de toutes les maladies » pestilentielles ne nous montre-t-elle pas que les » foyers épidémiques peuvent se déplacer, et qu'ainsi M un corps d'armée, une caravane, un vaisseau, » actuellement ravagés par une épidémie, peuvent I» emporter, en quelque sorte, dans leur sein, Télé- » ment épidémique, et favoriser ainsi son ex- » tension? 11 y a seulement cette grande diffé- » rence entre le transport d'un foyer épidémique M et la propagation par contagion, que^ dans le » premier cas, la maladie qui débarque dans une » ville avec les passagers du navire infecté, quand )) môme celui-ci n'aurait pas de malades à bord> au » momeut de son arrivée, éclatera soudainement » dans cette ville, et frappera au h£»ard ses pre- » mières victimes, tandis que la maladie contagieuse » n'atteindra d'abord que ceux avec lesquels ils au- )) ront été en contact, et que l'on pourra suivre » ainsi ses progrès pas à pas, comme à l'aide d'une )) chaîne non interrompue. L'étude des épidémies
mans et les Grecs, on a vu ici plus d'une scène affligeante : des parents abandonnant sans secours leurs enfants malades, des fils chassant de leur maison leur mère atteinte de choléra, des mourants tués à coups de pierre, tandis qu'on les transportait aux nbulances. »
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)) de choléra nom a fourni de nombreux exemples n de la propagation du fléau par déplacement du » foyei* primitif. À Ûrenbour g, à la suite des oaran vanes de la haute Asie, à Hambourg, à gunder- H land, par les bâtiments marchancls qui sillonnent )) la mer du Nord et la mer Baltique, nous avons vu » de ces faits que nous ne nions pas. Doivent-ils » être comptés en faveur de la contagion, puisqu'ils » trouvent en dehors de cette cause une explication » si naturelle et si plausible (l)?»
En dehors de l'air libre, dans lequel réside certainement le principe du choléra, et qui en est à coup sûr le véhicule le plus puissant, voilà le seul mode de propagation possible de la maladie à travers l'espace, et c'est encore de l'épidémie, c'est de l'épidémie emmagasinée, si nous pouvons ainsi dire. Quant à la contagion, elle n'est presque pour rien dans cette immense pérégrination du fléau asiatique à travers le monde ; car s'il en était autrement, un semblable mode de propagation sauterait aux yeux par son évidence, au lieu de ne se laisser pressentir que dans quelques cas douteux : et en face de faits nombreux comme le sable de la mer, et éclatants
(1) Leçons ciléeSi p. 143. C'est ainsi et non autrement qu'il faut interpréter les faits rapportés par M* Boudin, et ceux indiqués seulement par une autorité plus grande, à nos yeux du moins, M. Michel Lévy, dans son TraUé d'hygiène^ II® vol.| p. àbO*