CHAPITRE XY et deumir
Des demandes en rédaction de droits de douanes.
Les fabricans de coton (t) et ceux de soieries demandent la diminution ou même l'abolition des droits
(l)M. Darblay alu, le 6 mai iHag, J la Société tojsle et mnie d'agriculture , un rpemoire <,,„> ltqnel il attribua en partie
sur les cotons-lui nés, et sur l'entrée des soies étrangères, avec la conservation de la prohibition des tissus ; ils agissent sous ce rapport comme les industriels en lainages. 11 en est de même de ceux qui, travaillant l'acier et le fer, réclament l'introduction libre ou à faibles droits des aciers et des fers étrangers, mais qui veulent que leurs produits soient garantis par de trèaliauls droits protecteurs , et quelques-uns même par des prohibitions absolues.
Les raffineurs de Paris voudraient aussi obtenir la diminution des droits sur l'entrée des sucres de l'Inde , tandis que nos producteurs de sucres de betteraves sentent avec raison la nécessité absolue de leur conservation, et que nos colons demandent l'imposition de nos sucres indigènes avec le dégrèvement des droits sur ceux qu'ils nous vendent. En même temps nos producteurs de vins délireraient que la protection accordée a la production des fers et des laines indigènes fût réduite, dans l'espoir où ils sont que les étrangers, en nous vendant plus de fers et de laines , nous achèteraient en retour plus de liquides spiritueux ; mais ils nu voudraient pas que les vins de l'Europe méridionale,
la baisse du prix de nos laines à l'usage sans cesse croissant que nous faîtont des tissus de colon. Si ce fait liait démontre' il faudrait bien se garder pour cela de prohiber lei cotons, uni pour nous sont devenus un objet de première néeewitéj mais seulement il conviendrait d'élever les droits à l'entrée des oolous dans le rapport nécessaire au maintien de la valeur de nos laines et Sa nos chanvre», pour faire conserver la priorité aux tissus formés avec les produits de nos récoltes, la matière première étrangère ne devant jamais, sur notre propre marché, eue favorisée aux dépens de ta matière première indigène.
qui ne coûtent que 5 centimes le litre au-dchors, cessassent de payer à leur entrée a5 centimes par litre; cl ils regarderaient comme un très-grand mal que les eaux-de-vie étrangères cessassent d'être prohibées à leur entrée dans la France.
Tous ceux qui se servent de machines à vapeur, et généralement tous ceux qui emploient les feux de houille, veulent quu la houille étrangère entre sans droits, au risque de ruiner nos houillères indigènes, qui depuis quelque temps ont acquis une grande activité; mais ils demandent la continuation delà prohibition des fils fins, des tissus précieux, des bijou* , des montres, et d'un grand nombre d'articles industriels que les feux de houille leur servent à fabriquer.
11 en est de la plupart des producteurs individuellement, comme des habilans des communes riveraines des marais de Savenay, quivienneut de réclamer contre la concession, utile au pays, des t ou rhi ères qu'ils gaspillaient sans profit pour personne; M. le vicomte de Cormcnin , l'un de nos plus habiles députés , a fait rejeter avec raison leurs prétentions abusives.
Il faut bien que l'on agisse ainsi, car chacun demande pour soi, et croit à tort qu'il s'enrichirait en opérant la ruine des autres; tous se trompent étrangement : comme ce n'est qu'un produit qui en solde un autre, la ruine d'une partie de nos producteurs causerait la mevente des autres, et par suite leur enc ombre ment et leur propre ruine en présence des étrangers, qui riraient de leur sottise et profiteraient de leurs desastres pour s'enrichir à leurs dépens.
Les rédacteurs du Mémoire de Marseille ont agi à cet égard comme les autres réclamans; ils demandent
la diminution des droits sur les laines fines et intermédiaires de la Romagne et de Naples, parce qu'elles fournissaient dans leur ville treize fabriques de bonneterie, qui occupaient douîe a quinze mille ouvriers; mais ils consentent à des droits qu'ils regardent comme prohibitifs sur les laines supcrfmes et extra -Unes, parce que Marseille ne s'en occupe pas, et qu'ils ne connaissent que la S;i\u qui |iuisse fournir à cet égard des laines supérieures il celles de France. Ils voudraient au contraire que les droits fussent baissés sur les laines communes, parce que, disent - ils, il en
chargeant cent navires de 200 à a5o tonneaux., montée par mille matelots, tandis qu'ils n'ont aujourd'hui que le tiers ou le quart de ce mouvement.
Dans tout cela, tout ce que je vois clairement, c'est qu'ils ne pensent qu'à eux seuls, et que tout le reste leur importe peu (1).
(l) Quand Ifs 11J encans anglais alii-rent le pl.tinilic à lord Li-
par livre tic laine étrangère (environ 1 1ï. ijn c. lur kilo*,.) leur faisait, eu ministre leur répondit qu'il consentirait à l'abolir, pourvu qu'ils coiMuitissuit j IV.lioliliuu de. 1.1 proLiliilioil à la
parce qu'ils n'entraient qui: des laines courtes , et que, si cette proposition eut été" admise, les laines longues , que les Anglais possédaient seuls, eussent <■ Lé transportées à l'étranger, qui aurait concouru avec eux pour leur fabrication ; tous ceui qui fabriquaient ce* bines s'opposèrent donc à cet accommodement, auquel les mitres eussent volontiers consenti, parce que les laines caurles, tris-abondantes liors de leur pays, t'y vendaient moins ilier qna sur leur propre marche'.
Ces messieurs posent en principe, i" que les propriétaires d'Arles sont dédommagés de la perte qu'ils font sur les bas prix de leurs laines par la faveur dont le commerce les fait jouir sur la vente de leurs vins , qui , certes, en 1838, c'poque où ils rédigeaient leur pétition, n'avaient pourtant qu'une bien faible valeur; a° que l'immense majorité de la population, qui, selon eux, vit de l'industrie et du commerce, ne doit pas <hre sacrifiée aux intérêts des cultivateurs, qu'ils regardent comme fort peu importans dans l'état.
La citation de ces deux assertions , si manifestement erronées, me semble devoir suffire à leur réfutation.
Passons maintenant aux prétentions de MM. les négocians en laines de Paris.
MM.Fessart, Caffin, Beigner, Duruflè , Condentin , Guyot, Sourdeau, Ternaux et Treuilly, que j'ai déjà été à même de citer souvent dans ce mémoire, viennent de nous dire, pag. 37 et 28 de leurs Observations, que les progrès de l'industrie étrangère exigent la conservation des droits sur l'entrée des étoffes, et qu'il faudrait que l'on doublât la prime à la sortie, en la portant de 10 pour 100 à 19 ou 30 pour 100; mais ils ne veulent pas que te bas prix des laines françaises soit défendu contre la concurrence étrangère , bien qu'ils reconnaissent qu'à Buénos-Ayres on peut acheter des laines communes à cinq centimes le kilogramme en suint.
Selon eux , u la libre outrée des étoffes fabriquées » entraînerait les conséquence les plus graves, consé-
« queoce» qui seraient bien autrement désastreuse ii que les droits sur les laines (l).
> Le but d'une honne administration finan ■ cicre, disoniils, p.ige 2K, doit teodre à réserve* " a noire population la plus grande part possible d< u travail. > Fa non - seulement ils confondent dant leur mémoire le travail des marliines aver 1b travai île» hommes, mais ils oublient constamment que l'a griciillure oicnpe dans la France, tant dîrectemen' que pour la préparation el la vente de ses produit», dix. fors plus de bras que les fabrique* . et que restreindre le travail de* fabriques d'un diiièmc, ne restreiu dratt que d'un cent- dixième du travail national It masse des travaux mauuels productifs ; tandis que rcs treindre dans la même proportion le travail agricole , serait réduire de près d'un onzième la masse de ce même travail national (a).
( i) Ils disent même qu'il n'y auriit pas d'incou veulent à ce que les conaonimateura français payassent 3o pour cent de plus les lissus de laines qu'ils leur vendeur , pourvu que les tissus étran-
(i) Quand nous voudrons juger de semblables quesrions, r.ippelons-nou> toujours, avec M. le baron de MorremarL-Boïtsc, que ■ la richesse des Dations car tout entière dana l 'agriculture , dans
o lilir, et qu'on ne se conteiile plus d'une espèce d'utopie que a quelques doctrinaires ont vainement essayé d'introduire. Lei « économistes se sont ralliés aux simples rrgles du bon sens ,■ s on Mil maintenant que le travail est la vie du corps social ( s que bien dirigé it donne l'abonthuce , mais que , pour ne poin t o être factice, celte abondance doit Sire le fruit du travail na-
Pendant que le* négocians de Paris demandent tout à la fois la libre entrée des produits du toi étranger, et la prohibition à l'entrée des produits industriels, dans l'intention d'accroître leurs profits, les partisans de la liberté absolue du commerce extérieur conduiraient à leur propre ruine et à la nôtre par leur faux système, en faisant, contre la nécessité de nous réserver le marche national , une objection bien facile à réfuter.
lis nous disent : h Si voire terre ne produit du blé o qu'à 37 fr. l'hectolitre, et que d'autres vous en n offrent à 18 fr. , vous devez acheter ce dernier et « renoncer à produire le vôtre, en remplaçant vos « champs de blé par une autre culture qui vous soit « plus profitable (1). >
Sans doute qu'ils auraient raison si, eu nous donnant ce conseil de cabinet, ils nous indiquaient le moyeu de produire une denrée plus lucrative, et aussi nécessaire pour nous que le blé, et s'ils nous procuraient la faculté de la faire croître sur nos terres; mais tant qu'ils n'auront pas rempli ces conditions nous serions bien fous d'écouter leurs paradoxes, puisqu'alors nous n'aurions pas même de quoi payer les t8 fr. auxquels on nous offre le blé étranger. D'où nous viendrait en effet cette somme , si nous ne produisions pas assez de valeurs commerciales pour l'obtenir par nous-mêmes? et comment pourrait-on obtenir cette valeur , en renonçant au travail qui' occupe la grande masse des Français?
Il vaut mieus produire et manger du ble à 27 fr.
(1) Ce qu'ils disent du blé l'applique «gaiement à tout outre Ë'iiff [1,. protlnctinn wii .igricolr mil ni.iuill.ntuiii.TP,
que de ne pas pouvoir eu acheter à 18 (r. , et de mourir de faim à côté de l'abondance étrangère.
IL est beau, sans doute, quand on eat rentier de l'état , soldé par lui , agriculteur imaginaire , consommateur non travailleur, ou spéculateur sur la denrée exotique, de demander tout ce qui peut rendre les choses indigènes, dont on a besoin, au plus bas prix possible; mais quand on ne peut payer un produit qu'en travaillant à en oblenir un autre; quand pour imprimer on sent le besoin de trouver des acquéreurs de ses livres; quand pour payer l'impôt on sent le besoin de vendre; quand pour se vêtir on est contraint de se défaire de sa denrée , ou quand pour manger il faut vendre son étoffe, on ne méconnaît pas impunément le besoin de conserver à nos produits le prix nécessaire du travail qu'ils nous coûtent.
Ce que je dis pour le blé, je le dis pour la laine, pour le vin, pour le drap, et pour tous les autres grands produits indigènes; ne nous laissons jamais séduire par l'appât du bon marché que l'étranger nous offre, tant qu'on ne nous aura pas donné les moyens certains de remplacer ces produits de notre travail par d'autres qui rendent notre travail plus profitable pour
Ne hasardons jamais de sacrifier nos industries agricole ou manufacturière l'une à l'autre; toutes deux doivent prospérer ensemble; et si nous étions assez imprudens, je dirai même assez fous, pour tenter d'accroître l'une d'elles en sacrifiant l'autre a l'étranger, la ruine de la Fiance en serait la couséquence inévitable.
La liberté de produire, de perfectionner et de ven-
Hrc à l'intérieur en indispensable. Mais la liberté du rnmmcrcp extérieur , sans la garantie ries droit» protecteurs de nos production indigènes , est la chimère do tons ceux auxquels l'argent vient en dormant, et peur lesquels la consommation n'est pas le prix du
Aide-toi, le ciel t'aidera, doit élre la devise de la masse des citoyens français, et non la devise sociale d'une classe de producteurs qui tenteraient d'isoler leurs tDt&éU de ceux de la France.
Je me suis bien garde - dans tout ce mémoire d'isoler la question des laines, que j'avais prise pour eieinple, des questions accessoires avec lesquelles elle se trouve en eonnexité ; isoler les choses, en économie politique, est aussi funeste que d'isoler les familles ou les personnes dans le règlement de l'ordre social.
Quoi qu'on fasse, le système d'isolement sera toujours contraire aux masses; il ne créera jamais que des abstractions dangereuses ou des rivalités funestes; il doit cire renverse' en économie, pour que les diverses classes de producteurs ne cherchent point à. se nuire; il doit être combattu en politique, pour que les diverses classes de citoyens ne cherchent point à s'opprimer.
La raison il voulu que les vieilles formes de gouvernement changeassent chez les peuples éclaires, afin qiio tous les intérêts y fussent mis en balance, et les discussions de nos Chambres n'ont plus d'autres motifs aujourd'hui.
En économie, les choses ne valent que pour les personnes; en politique, les personnes ne se divisent que pour les choscsj il y a donc entre ces doux, sciences
une telle affinité que toutes les questions de l'une sont en rapport avec les questions de l'autre, et que souvent, en approfondissant une question de choses, on reconnaît qu'à sa solution se joignent les plus grands intérêts de l'ordre social.
C'est ainsi que la prépondérance commerciale de l'Angleterre a été la conséquence de sa situation politique, comme la richesse et la puissance de son gouvernement ne dépendent plus que de ses succès industriels, tant agricoles que manufacturiers, succès qui servent de bases a sa prépondérance commerciale.
En voilà assez pour indiquer comment le sujet que je viens de traiter , qui d'abord ne semblait peut-être intéresser que quelques cultivateurs et quelques négocians, a pu s'étendre assez, en l'approfondissant, pour afleeter à la fois toutes les classes de citoyens et tous les habitans de la France; puissé'je l'avoir traité avec la profondeur, la clarté et la justesse nécessaires pour conserver toujours à ce long mémoire l'assentiment honorable d'hommes aussi habiles et aussi éclairés que mes collègues de la Société d'Orléans, auxquels j'ai eu l'avantage de l'offrir, et par lesquels j'ai eu le bonheur de le voir accueilli.
FtîN.