CHAPITRE XIV
Comment l'amélioration des laines et des moulons doit s'opérer dans la France.
Ce serait peu que d'avoir démontré ta nécessité de la conservation et même celle de l'accroissement des droits d'entrée sur les laines étrangère», pour conserver en France notre production agricole, si je n'indiquais ce que nous avons à faire pour mettre cette production au niveau des demandes de nos fabriques et des besoins de la France. Examinons donc l'étal actuel de nos troupeaux , et indiquons les moyens d'en accroître la valeur.
Pour atteindre ce but, rappelons -nous combien la quanti lé de nos bêtes ovines a varié dans la France , en raison des bénéfices qu'elles ont procurés à nos cultivateurs. En 1770, quand Carlier écrivait, leur nombre, scion lui, était très-diminué depuis trente ans; tout tend à prouver qu'alors il n'était que de 12 à i5 millions ; sous Louis XVI, l'agriculture et la propagation des moutons furent protégées; il yen avait, selon Lavoisier, 30,000,000 eu 1791 ; l'agriculture fit de grands progrès pendant la révolution , et en 181a le nombre de nos moutons était, selon le comte Cbaptal , de 35,ooo,ooo; sans doute qu'il dut s'accroître jusqu'en 183a; mais depuis i8a3 nos agriculteurs, perdant sur leurs troupeaux en raison des dépenses qu'ils faisaient pour les obtenir, ainsi que pour payer les fermage* et les impôts , diminuèrent la quantité de leurs bêles ovines. En 1818, M. Ternaux et d'autres ne l'ont
porié qu'à moins de 3 o, 000,000. La qualité de la laine a aussi diminué par l'affaiblissement des soins apportés pour l'obtenir. Cependant la France est l'un des pays du monde où les moutons peuvent le mieux réussir, et offrir les variétés de laines les plus nombreuses et les plus utiles.
Au temps où Columclle écrivait, les laines de la Gaule étaient les plus estimées , et les moutons de celte contrée l'emportaient en bonté sur toutes les espèces connues; ce ne fut que beaucoup plus tard, à l'aide des soins que le cardinal Ximenès provoqua dans l'Espagne , après la conquête d'Oran , dans le royaume d'Alger, que la belle race des mérinos se forma dans la Casltlle et le royaume de Léon , par le croisement opéré au commencement du iG° siècle, des béliers les plus beaux de la Barbarie avec l'ancienne race de Caslille ; peu à peu les améliorations s'étendirent dans les royaumes d'Aragon , de Léon , et dans les autres parties de la monarchie espagnole ; aujourd'hui la belle race formée dans le royaume de Léon est considérée comme la meilleure et comme type de la race mérine, et les laines de Ségovie, dans la Yieille-Caslille, jouissent de la plus grande renommée.
lies Anglais n'ont amélioré leurs races indigènes que postérieurement aux Espagnols, et à l'aide de croisemens judicieux opérés avec la race mérine et les races africaines, qui, transportées dans leur pays, y changèrent complètement de nature , par l'influence du climat et la qualité des herbages, ainsi que par les soins qu'elles y reçurent; ils s'appliquèrent surtout a grossir les races , à accroître la quantité et la longueur des laines; la finesse du lainage, qu'ils ne
dédaignèrent pas dans leurs comtés du midi, ne fol cependant considérée par oui que comme secondaire à la taille des moutons, et c'est ainsi qu'ils ont acquis leur étonnante supériorité relativement à la production des races ovines et à l'emploi de leur laine , supériorité que le système prohibitif a seul pu leur faire obtenir.
M. Tessicr écrivait en 1809, dans le Nouveau Cours d'agriculture , que Henri VIII et Elisabeth sa fille doivent être considérés comme les principaux fondateurs du système prohibitif qui régissait la propagation des troupeaux et l'emploi des laines dans l'Angleterre. Ce furent eux, dit-il, o qui rédigèrent 11 les réglemens et les instructions les plus sages re- « lativement à leur conduite , et commencèrent à « promulguer la série de lots prohibitives, qui ten- « dent à. assurer à ce pays la possession exclusive « des mouton» perfectionnés , et la fabrication éga- 11 lement exclusive de leur laine. »
a Quoi qu'il eu soit, ajoulc-t-il, les Anglais sont « persuadés , et non sans quelque raison peut-être , « que c'est aux soins qu'ils se donnent depuis trois <t siècles pour perfectionner leurs races ovines qu'ils a doivent l'opulence et la puissance qu'ils ont ac-
Noua avons démontré précédemment combien nous étions loin d'eux sous le rapport de nos troupeaux et de nos laines. Jetons un coup-d'œil sur le poids de nos moutons conduits dans les boucheries, et nous verrons combien il nous reste à faire pour les égaler.
Sans doute , les Anglais ont encore la petite race de Shetland et celle d'Irlande, dont le poids ne surpasse
guère celui de nos races moyennes , mais ces races son! reléguées dans les dunes ou dans un pays où l'oppression politique a constamment arrêté les progrès de l'industrie agricole. Toutes leurs autres races sont d'un poids supérieur aux nôtres, celle de Flandre exceptée, et quelques-unes, comme celle de Tees- Water, qui atteint jusqu'à 220 liv-, ont une grosseur triple de celle de la race flamande elle-même.
Quoi qu'il en soit, voici l'état actuel de nos races françaises.
Nous possédons dans la Flandre une race naturalisée, importée de l'Inde par les Hollandais. Celle-ci rivalise pour la grosseur avec les races moyennes de l'Angleterre, les moutons qui en proviennent atteignant le poids de 60 a 80 liv. Nos moutons artésiens n'atteignent que de 4° à 5o liv.; ceux de Gravelines, engraissés sur les bords de la mer, pèsent de 35 à 5o Liv. ; ceux du Maine, du Perche , de la Normandie , de la Brie et de la Beauce ne pèsent que de 3o à 45 liv.; ceux du Saumuroïs et du Poitou de 26 k 3a liv. ; ceux de la Touraine de 10 à 24 liv.; ceux de Cholcl et autres de l'Anjou de 3o à 40 liv.; ceux de Gastines et du Bas-Poitou de 36 à 40 liv.; les différens moulons du Berry, de l'Auvergne , de la Marche , du Dauphiné , du Languedoc , du Roussillon , de la Provence , varient de poids suivant leurs races et la nature de leurs pacageSj entre ao et 4° livres. Leur poids, qui s'élève pour quelques races à 3o ou 4° liv., n'est pour les moutons barrois que de 24 à 3o liv., pour les bocagers que de 20 a 24 liv. , et atteint pour les moutons valières de 34 à 3o liv. ; les moutons de la Bourgogne ne pèsent guère que do a4 à 28 liv. ; ceux
de» Ardennes n'atteignent que de 28 5 3o liv.; et les moutons brabançons pèsent de 36 à 45 liv., tandis que ceux du Périgord, du Limousin, du Nivernais, de la Bretagne et de la Sologne ne pèsent que de ao à
Ajoutez à cela que dans toutes ces races les brebis livrées à la boucherie, quand elles sont vieilles et quand elles ne peuvent plus porter d'agneaux , sont d'un engrais difficile et pèsent un tiers de moins que les moutons, et vous jugerez si l'augmentation de taille de nos races n'est pas à désirer dans l'intérêt delà France; déjà nous avons des mérinos de forte espèce, qui atteignent 55 à 60 liv. , et des métis de grande taille, qui pèsent encore plus. Multiplions les croisemens judicieux avec ces bonnes races et avec les races anglaises , et bientôt nous parviendrons au but désirable.
Voici ce qui a lieu pour nos moulons; voyons où nous en sommes à l'égard de nos laines.
En 1770, Carlier écrivait que nos laines des Aspres , du Tech, et d'une partie de laSalanque, surpassaient en finesse la plupart des laines d'Espagne, et qu'elles le cédaient peu aux laines de Ségovie; selon lui une bonne réforme dans la conduite des troupeaux du Roussillon, du Languedoc, du Berry , du Dauphiné, de la Bourgogne, et de plusieurs cantons, tant de la lisière orientale de la Franco que des côtes de la partie occidentale, pouvait nous donner un choix de laines propres eu qualité et suffisantes en quantité pour nous passer de tous secours étrangers dans 1s fabrication des draps nns; aujourd'hui la fabrication des draps a fait de grands progrès; les laine» électorales et autres laines superfincs ont été créées, cl nos plus
belles laines indigènes de 1770 ne sont plus comparables à celle» des troupeaux de Naz, de Rambouillet, de M. le comie de Polignac, et d'uo graud nombre
Les plus belles laines de la France, provenant de nos races indigènes, sont pourtant encore celles du Roussilkm, du Languedoc, du Berry et de la Sologne; la Provence et le Dauphine possèdent aussi de belles laines indigènes; mais toutes ces laines ne peuvent plus être assimilées qu'à nos belles laines mélisses , et le poids de leur toison n'est que de si 4 liv. en soin! ; celui des toisons de Bretagne, du Nivernais, du Limousin , de Sologne et de Touraiue n'est même souvent que d'une livre à une livre et demie. Les toisons d'Alençon et des Ardennes, qui sont moins belles, pèsent de 2 a 4 liv- > comme la plupart de celles de l'Anjou, du baut Poitou , de la Saiutonge et des Landes.
Les toisons des moutons briards, champenois, bourbonnais, langrois, propres à la bonneterie, pèsent de a à 4 liv. , et celles des moulons barrois , qui leur sont supérieures pour le même usage , ne pèsent que 3 livres.
Nos races à laines communes donnent pour la plupart des toisons plus pesantes; telles sont celles de l'Alsace et de la Lorraine, qui pèsent i'a 5 liv-, comme celles du Bas-Poitou, de l'Aunis, de la Normandie, de Gaslines, de Cholet , du Colentin et de la Beauce; les races du Vexin et du Saotcrre dépouillent de 6 à 8 liv. de laine assez belle; les races picardes dépouillent autant que celles du Veiin, et il eu est de même des gros moutons dispersés par petits troupeaux dans le» valides du Percbe et du Haine; mais les races
d'Artois cl de G rave] in es donnent g à 10 liv. de laine analogue à celle des toisons de Flandre, dont le poids atteint 10 ou 1a liv.; ces dernières laines sont plus longues que celles de nos autres races, et, étant propres au peigne, elles sont susceptibles de former des étoffes rases concurremment avec les laines longues de l'Angleterre.
Nonobstant cela, les fortes races anglaises l'emportent encore beaucoup par la qualité de leur laine comme par la quantité de leur chair sur la race flamande, et les croisemens judicieux que nous pourrons opérer des béliers anglais avec cette race et la race artésienne donneront certainement des résultats très- utiles.
Déjà l'introduction des mérinos a produit de trèsimportantes améliorations dans nos troupeaux, puisque nous avons des troupeaux de grands et beaux mérinos qui pèsent 60 liv., et dépouillent de 8 à 10 liv. de laine, et des métis encore plus pesans, dont les toisons pèsent jusqu'à 12 liv. Continuons à améliorer, et nous serons assurés de réussir.
Dès 1770, Carlier avait reconnu, dans son Traité des bêles à laine , que la finesse de leur toison était produite par l'influence des pâturages et de la température ; cette assertion , que j'ai vérifiée dans la Sologne et dans le val de la Loire, où les laines des métis et mérinos amenés de la Beauce acquièrent presque sans soins beaucoup de fi liesse aux dépens de la taille du mouton , a été confirmée depuis ; il est démontré aujourd'hui qu'à moins de soins très-minutieux et par conséquent fort coûteux, nous ne pouvons violenter la nature , et nous sommes contraints de nous conformer
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que nous pourra
Quand nous ci lente, la nature
s'appliquer À faire des loors de force en ce genre.
Ce «ont les soin» agricoles , et spécialement le bon chois des béliers, qui, pour l'ordinaire, conservent la supériorité des troupeau i , et même ce sont eux qui conduisent * l'amélioration des latnes intermédiaires sans diminuer leur quantité. Les plus belles de ces laines sont obtenues des 5* et 4 e croisemens des mérinos avec les races indigènes; elles se trouvent dans la Brie, dans le pays Cliartrain, dans leVcxiu, dans la Picardie, et dans le pays de Caui , provinces qui , avec la Flandre et l'Artois, sont au nombre des parties les mieux cultivées de la France, et où les laines de plu lieu» troupeaux ne doivent leur qualité supérieure à celle des autres races locales qu'aux soins que les moutons y reçoivent.
Il est également démontré que ni le climat de l'Espagne ni ses vastes pâturages ne sont nécessaires à
la production dus plus telles laines superlmes ; nos belles laines fines de seconde qualité rivalisent avec celles du royaume de Léon, qui sont les plus belles de la Péuinsule; et les laines de Haï , de Rambouillet et de M. de Polignac ont acquis un degré de perfection qu'aucunes autres , excepté celles de la Saie, de la Moravie, de la Crimée et de l'Australie, n'ont surpasse jusqu'à ce jour.
On assure même que nos laines de Nai et de deux on trois autres troupeaux rivalisent déjà avec les laines électorales. Selon M. de Guerville , maire de Sedan , les drap's qui en sont tissus l'emportent sur les autres en moelleux, en finesse et en fermeté. Il est donc avantageux de favoriser assez la multiplication de la race qui les produit et qui peut réussir dans nos départemens les plus mon tu eux , pour que nous puissions satisfaire aux demandes de nos fabriques , quelquo faibles qu'elles soient en ce genre. Par là nous empêcherons qu'elles ne tirent encore de la Saxe et de la Moravie la petite quantité de laines de haute finesse dont elles ont besoin pour étendre le plus possible la fabrication , essentiellement secondaire, qu'elles peuvent espérer eu tissus superbes , dont le luxe seul peut soutenir le débit (l).
(i) Aujourd'hui Ici Inities de Nu, unies i telles de la Saie, Eeirent à fabriquer les superbes drsps qui sorlcni , à Sedan, des ateliers de MM. Bacot frirei; et la prime des Uinca du iroujn.au de M. le comte de Polignac alimeme dans la mena ville l'exrellente fabrique de MM. Haulin père et fils.
Outre les troupeaux de Haï cl de M. le comte de FoligDac, on doit citer aveu eloge ceux de MM. le vicomte) d< lesaaiul,
Nonobstant cela, nous sommes obligés de le dite, la production des laines superfmes, avantageuse dans quelques contrées montueuses et peu fertiles , n'est que peu convenable aux pays de grande culture , dans lesquels la production de la chair peut être plus assurée, plus facile et plus lucrative que le raffinement de la laine , et où celle du fumier est toujours indispensable. J'en trouve une preuve dans le second tableau de M. Ternaux , qui a démontré à son auteur lui-même (i) * que si la valeur de la toison de laine « commune de nos mauvaises et petites races est fati. ble en comparaison de celle des laines fines de nos n races améliorées et grossies, c'est moins à cause du « prix de la laine que pour le moindre poids de la « toison, n Déjà ce savant avait recota nu antérieurement qu'à moins de soins minutieux la superfinesse de la laine et la grandeur des races sont incompatibles (a). En joignant donc au prix des fortes toisons à laines communes ou métisses celui de la chair et celui du suif, et en retranchant du produit des légères toisons superfines le prix des soins minutieux qu'exige leur production dans la plupart des localités où la grande culture est praticable, on conclura aisément que, dans les circonstances ordinaires aux pays de plaines , aux vallées et aux coteaux facilement cultivables , la production
Clauiel pire et i\l Sj Cunueron , Portai , Hennet et compagnie ; Je M™° la coiniesie du Ciyla, de M. le buta de Horlemarl- Boiue, «t de M. le baron Ternaui.
(i) Vojei Annales de l'agriculture , juillet i8j8.
{a) Voyei Noriii jur l'amélioration des troupeaux de moutons. PalU, 1817.
des laines superflues ne peut être avantageuse au cultivateur , cl que son accroissement excessif, qui eu ferait baisser le prix aux dépens des producteurs actuels (0>ne s'opérerait qu'au détriment -de la masse des autres produits du mouton, et ne serait que dès- Si la France était seule en possession de fournir des laines comme celles du troupeau de Nas, sans doute que les prix pourraient se maintenir long- temps ; mais toute l'Europe fait aujourd'hui la même chose que nous, et marche d'un pas égal ou même supérieur au nôtre dans la production des laiuessuperfines, qu'elle obtient plus abondamment et h meilleur marché que nous ne pouvons le faire (a).
(i) Le prin des laines primes de M. le comte de PolignaCi qui, il y a quelques aimées , était de »S fr. le kilogramme; lavéea i chaud, a baissé d'abnrd à i5 fr., et s'est ûtobli dans les trois années i8a6, 1817 et l3a8, terme moyen, k 11 fr. 83 cent. Lea •oint que cet hulule agronome apporte i conserver ta supériorité de ses quatre-vingts troupeaux , mis en pension cbei les plus riche» el les plui habilla cultivateur* de la "Kormandie, ne peinent donc le inclue à même de rivaliser de pris- avec lea producteur» étrangers , en ce qui concerne la production cle la laine supeiSue , que lea propriétaires de Nae sont encore à peu près les seuls à. mémo de produire chei nous à peu de frais , et en qualité presque égale i celle des laiiaet électorales.
(a) Dès que le jury d'eipositiou de 181} eut constaté la supériorité ilet laines de Naz, le troupeau qui lea produisait ayant acquis une juste célébrité , le roi de Wurtemberg se hâta de peupler tes bergeries avec lea béliers qui en provenaient, el aou exemple fut imité jiar l'Autriche; des convois de bélicia de Mai furent dirigés sur la Hongrie; la Russie les introduisit dans la Crimée; l'Angleterre Ici emporta sur les immenses pâturages de
Les Allemands , qui noua ont déjà surpasses pour la production de toutes les sortes de laines, et qui ont élevé des béliers superfirts qu'ils ont vendus dans les commencemens jusqu'à 3,ooo et 4,ooo fr. la pièce, tandis que ceux de Rambouillet qui se sont vendus jusqu'à 3,700 francs, ne se vendent plus que 600 francs, et
1» Nouvelle - Hollande , et ainsi Ici plus beau» . : i.ilnu. de «ai
frais, chez Ici nMlons rival» ,1c la nôtre.
Bientfit les documeni précieux renfermés dans le nouveau Traité sur lu laine et les mouton!, publié en iSï4 par lie habiles
a K rieulleun de Nai, sont deve v.dgairrs à l'étranger comme
dam la France, tellement qu'aujourd'hui le» laines Buperanes sont
Cela ne saurait nous étonner, puisque, selon M. Girod de l'Ain, H un bélier de pur sang change de face un troupeau des la pre-
h Ici services ne peuvent être payés à un trop baut prii. » Ne doutant pas de celle assertion , je la félicite d'avoir pu placer ses lichen hors île la France avec un grand tvanlage. Il a bien Tait de profiler du moment d'engnuement ; mais jo doute fort que cotte spéculation soit encorc-bqnne , quand je pense à quel point les béliers et les brebis de pur sang ont pullulé au-delà de nos
En voici la preuve évidente, extraite du Journal du commerce du 7 juillet 1038, où on lit:
« 11 a été tenu a Berlin uu marche aux laines, du l5 au 21 v da ce mais , fréquenté par un nombre beaucoup plus considén rable que l'année dernière de fabricans indigènes et étrangers, s particulièrement des Anglais. 11 a été porté au marché 40,000 a quintaux de laine, c'est-à-dire G, 700 de plus que l'an passé. « Le i5 et le 16, les prix, quoique supérieurs à eeux de l'an « dernier, n'étaient pas fort élèves; le 17, la vente allait faible- ■ menti mais le lit et jours suivaus, il s'est fait beaucoup d'n-
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Ce n'est pourtant pas un motif suffisant pour ralentit' liiez nous la propagation de ces grandes et bonnes races dans la Flandre, l'Artois, la Normandie, et les autres parties de la France qui sont susceptibles de les nourrir, et de les conserver avec des qualités approchantes de celles des très-gros moulons améliorés, qui aujourd'hui , en approvisionnant les boucheries de l'Angleterre, contribuent encore bien plus à la prospérité de ce pays qu'en fournissant leurs
clists aui |im du premier jour. Sur le» 4o,ooo r
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s Bonne ordinaire . . . . ds j I(a à.Io de 7 1 g
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longues laines i ses ftbnqaes de toiles rase» et d' étoffes communes. Sacliou» profiter pour uous de re dont Ira peuples voisins savent profiler pour euï-mémes;
Ddjh le» laines omtestedu Cayla •xposiliou du Lo.i
la race à longue iniioJuitc dan» la r facilement (i).
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. Picsiduj rt de 11 FUn.l.e I .ujnu.d'hui la net* .ogl«i.e» i longue US» . cl i M. UrluuJure , .eeeveut - général d.. dépaclemeol .1 en s acquit un petit IcoopMU <loot il esno'0 avsol ■ U noa diot tm toiwïm* •<• ■> Doua.
Dioi Is mon d'octobre ittlu , MM. Seilliëie , de poné k Son leur bmu iroupetu d» net* do Le.cn Souibdowo j d'ici b ubj d'anuéet I» Pi»nte , peuplée de
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— iS5 —
Les plus licites races à laine longue sonl , d'après M. le baron de Mortemart-Boïsse , celles de Dishley, de Kent septentrional et de Lincoln améliorées. Nous les possédons toutes, ainsi que la race de Shetland , précieuse parce qu'elle vit d'herbes marines vertes ou sèches, et parce qu'elle est remarquable par la blancheur éblouissante de sa toison; mais sa taille est petite par rapport aux autres races à longue laine.
Notre seule crainte aujourd'hui est de voir dégénérer ces précieux animaux dans les climats et sur les sols qui leur seront contraires. Il nous reste encore ce point important a approfondir.
M. le comte de Tu renne a introduit des moutons anglais , accoutumés à ne vivre que dans des pâturages humides, sur les plaines sèches de la Picardie , qui, certes, devaient leur être peu favorables; en i8a6, la mortalité a été de trois sur sept} en 1837, elle n'a plus été que d'un sur dix, parce que les bêles qui avaient résisté commençaient k s'acclimaLer ; mais, en iflafî, quoique ses agneaux fussent nés très- forts, il n'en put élever que dix-neuf au lieu de trentedeux à trente-trois sur lesquels il comptait; le nombre des portées doubles d'agneaux a été en diminuant; la laine a montré une tendance à s'affiner; le poids des toisons, qui d'abord était de 5 liv. i3 onces, a été réduit h 4 liv. io onces, et la laine avait déjà perdu de sa longueur; à la vérité, des croisemens de ces animaux avec les races picardes et métisses ont offert des avantages, et présenté des qualités utiles et nouvelles de laines; mais ce n'étaient plus les laines anglaises, dont la formation factice, obtenue sous un climat humide et dans des herbages marécageux, ne
pouvait se soutenir par des habitudes nouvelles. Que conclure de là, ai ce n'est qu'on ne peut espérer de conserver les grandes races anglaises dans les pays secs , mais qu'on doit seulement s'en servir pour y croiser les grandes races accoutumées h y vivre.
Les races de Leicester et de Cotsivold , que M. le baron de Staël a conservées sans mélange dans les pâturages des montagnes du. Jura, ont en trois ans change de caractère; elles ont perdu de l'embonpoint et de l'obésité qu'elles avaient acquises par la vie paresseuse qu'elles menaient sur les herbages abondons du Lincolnshire et du Lcicestershire. Leur laine, qui a gagné en nerf et en légèreté, s'est raccourcie d'un pouce et demi depuis leur séjour dans ce nouveau pays; donc il ne faut pas espérer de conserver ces grandes races sur les montagnes de la France (i).
Voilà des faits positifs qui démontrent, selon moi, que si la nature des races à introduire dans les diverses parties de la France n'est pas toujours déterminée par le sol et le climat, leur conservation ou la variation de leurs qualités primitives en sera constamment la conséquence nécessaire, à moins de soins fort minutieux , et par là même irès-coûteus , que les agriculteurs théoriciens peuvent bien conseiller dans leurs écrits, mais que les agriculteurs praticiens
(.) Le, races à longue laine de l'Angleterre ont die porté» dans le midi de la Fiance , où , hien qu'elles aient subi quelques altérations en peu d'années, elles ont eon.ené plus de grosseur « des toisons plus pesantes que relies des races déjà anuenriement acclimatées dans le pays. Leur toison a surtout perdu de son poids , et la laine a perdu de la longueur en acquérant de la finesse.
n'adopteraient jamais sans danger pour base de leurs Spéculations lucratives.
Les observations de M. Auguste Yvard, sur le troupeau de la race de Dishley, destine a être croise à Alfort avec îles brebis indigène*, nous donnent pourtant l'espoir de pouvoir, à force de soins, et surtout par des croisemeus jùdicieux , récolter de longues laines analogues aux laines anglaises dans quelques parties du tenlre de la Fiance, et 11 nous semble certain que dans la Flandre cela sera facile : o Trois années d'abri , a dit n M. Yvart, n'ont pas changé la nature de la laine « et son brillant, et je ne crois pas qu'on puisse avanie cer que les échantillons qiiC j'ai recueillis préaen- « tent une laine moins convenable au peigne que celle « que j'ai prise comme point de comparaison au mou ment de l'importation, n
M. le baron de Morteniarl a aussi citE des laines longues fort bonnes, provenant du croisement de béliers Dishley s avec des brebis picardes, qui avaient un peu de sang mérinos; ces laines, qui se sont parfaitement filées, ont été converties en étoffes rases par Mmei Baligot, qui confectionnent, dit-il, ces sortes d'étoffes aussi bien qu'on le fait en Angleterre.
Les métis provenant des béliers Dishleys avec les brebis flamandes, picardes, artésiennes et beauceronnes, valent, sous tous les rapports, mieux que leurs mires, et s'engraissent facilement; leur toison, qui atteint un poids de dix livres, est plus égale et plus convenable au peigne; leurs formes sont plus fortes, et en tout ces croisemens, qui se perfectionnent de degré en degré, sont préférables à ceux obtenus des béliers anglais avec les mérinos.
I) est 'consent en outre que dans le nord de la France, et dans quelque* vallées fertiles de nos départenicns les plus montueux, on rencontre d.es pâturages humides aussi riches cl aussi abondans que ceux de l'Angleterre} ce sera dans ces lieux que nous pourrons espérer de conserver les plus grande* et les meilleure» races anglaises dans toute leur pureté ; et ce sera là que nous nous fournirons de béliers pour croiser nos plus grosses races indigènes dans les lieux où les longwoods ne pourront pas conserver toutes leurs qualités primitives,
11 y aura toujours un grand avantage h répandre les grosses races anglaises à longue laine, et à s'en servir pour fortifier les nôtres dans ceux de nus déparlemens où l'humidité des prairies rend très-douteuse l'existence des mérinos , et dans tous ceux où les races communes dégénérées sont tombées au plus vil prix.
Quant à la race de Shetland, elle nous sera aussi fort utile pour peupler nos côtes , et pour croiser les races qui ; habitent.
La race de Southdown elle-même ne sera pas à dédaigner par nous pour remplacer dans plusieurs localités peu fécondes nos races intermédiaires, et pour croiser avec elles.
La race abyssine enfin pourra, ainsi que celles de la Barbarie, servir à croiser les nôtres dans le centre et le midi de la France; et des produits avantageux en ayant déjà été obtenus, tout nous porte à croire que nous pourrons en retirer de plus grands bénéfices, soit pour grossir plusieurs de nos races, soit pour rendre leurs laines plus propres au feutrage.
En résumant tout ce que nous avons dit des bête* ovines dans ce long mémoire , noua reconnaîtrons que leur production peut être grandement et rapidement accrue dans la France :
i". Par la multiplication de leur nombre et l'amélioration do nos races indigènes, à l'aide d'une nourriture plus abondante, nourriture que dans toutes les parties du royaume l'introduction des prairies artificielles pourra faire obtenir;
>.". Par la propagation des grasses races exotiques hollandaises , anglaises , abyssines et même me'rines , ainsi que par leur croisement avec celles de nos races indigènes qui sont le plus en rapport avec elles par leur taille et par la nature des lieux qu'elles habitent ;
3°. Par la propagation , dans les pâturages des montagnes surtout, des races perfectionnées à laines extrafînes, telles que la race électorale , celle de la Moravie et celle de Nazi;
4*. Enfin par les soins apportés au choix des béliers et brebis destinés à perfectionner et surtout à grossir nos races ovines, en leur donnant les qualités les plus convenables à chaque localité.
Les moyens d'accélérer, de généraliser et d'assurer l'amélioration de nos troupeaux seraient :
i*. L'établissement de fermes -mode les dans Ions nos départemens (une école de berger serait annexée à ces fermes), ainsi qu'un dépôt de béliers étalons les plus propres aux améliorations locales des troupeaux ; et là tous les perfectionnera eus relatifs à l'amélioration des rates de toute nature seraient pratiqués et enseignés de la manière la plus convenable à chaqno localité;
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10. L'établissement de concours annuels entre loua les éleveurs de troupeaux dans chaque département, et la distribution de médailles , auxquelles seraient ajoutés pour pris des béliers et brebis les plus appropriés a ui améliorations locales, et surtout les plus convenables pour grossir les races, et pour accroître la masse des laines récoltées;
3o. La multiplication des foires aux laines et aux bestiaux, et la distribution de quatre primes dans chaque foire, aux cultivateurs qui y amèneraient le plus de moulons, les moutons les plos pesans, la plus grande quantité de laine, et la plus belle qualité relativement à la nature des troupeaux qui seraient préférables dans chaque localité ;
ij». L'établissement de marchés aux laines et aux draps , qui rapprocheraient partout les producteurs des consommateurs , et i'acil itéraient ainsi la venie des produits agricoles et manufacturés à l'intérieur de la France;
5°. L'abolition des droits d'usage et de parcours sur les terrains cultivés et sur ceux cultivables, parce que l'exercice de ces droits sur un terrain que l'on ne possède pas est un obstacle invincible aux défrichemens et aux améliorations agricoles, sans lesquels l'accroissement des troupeaux et leur amélioration ne peuvent être complètement établis;
6". Le règlement des droits de parcours sur les sols non cultivables, el sur les terres 1res- morcelées livrées à la grande culture, afin que les troupeaus usagers ne se nuisent point réciproquement;
La propagation des bonnes méthodes de culture , et surtout celle des prairies artificielles, sans les.
quelles la multiplication des troupeaux et leur per- Tcclionnemeni seront toujours lrés-1 imités-.
On a proposé aussi , comme moyen d'exciter les améliorations, rétablissement de l'octroi par tête; cola serait juste 3ans doute , sans être ircs-eificacc ; on doit l'accorder, mais on n'en obtiendra que peu de résultais sous le rapport agricole , parce qne le Rrand intérêt
à chaque localil on court déporte t très-préférable,
qu'ils n'auront pas les moyens de produire.
On a cru enfin qu'une bergerie- m ode le au centre de la France serait un grand moyen d'amélioration; sans doute qu'elle serait utile aux licui voisins, mais jamais elle uc pourrait remplacer les fermes départementales et les distributions d'étalons propres aux diverses localités î une seule bergerie-modèle peut sem blcr excellente à l'agriculteur théoricien qui n'a pas quitté son canton , mais elle semblera toujours insuffisante ait cultivateur praticien qui aura étudié les variétés du sol et du climat dans les diverses parties de la France.
Nous croyons donc que les moyens que nous venons
■l'indiquer sont les plus certains pour opérer les améliora lions désirables, qui ne pourront s'effectuer ■que quand nos droits de douanes protégeront suffisamment nos producteurs de troupeaux contre la concur-
Quc ce système soit suivi exactement , et que nos lois de douanes en favorisent le maintien ; dix ans suffiront pour doubler le nombre et le poids de nos bêtes ovines, pour doubler la quantité de nos laines, et pour accroître considérablement la masse des engrais qui nous servent a faire croître les céréales nécessaires aux besoins de la France, et les betteraves, dont Je sucre doit, d'ici à peu d'années, remplacer pour nous très-utilement le sucre colonial, tandis que leurs autres produits serviront à nourrir nos troupeaux.
C'est ainsi que la protection sagement accordée à tin genre très-important des produits de notre grande culture , qui tous sont solidaires l'un de l'autre, tendra à les accroître tous à la fois, et à faire prospérer tous les genres de commerce et d'iuduslrie par l'accroissement de l'aisance et des demandes des cultivateurs , qui forment la classe la plus nombreuse des liabitans de la Frauce.