CHAPITRE PREMIER
Importance de l'accroissement île la production
Le rapporteur de la Société d'Eure-et-Loir a dit, 1c 5 juillet 1838 :
« Des commerçai™, des manufacturiers sont appelés « par le gouvernement pour l'éclairer sur leurs ben soins et sur les moyens de les satisfaire. Ces mesures a sont louables; mais sont-elles bien Iran quillisa nies
s pour l'agriculture? Où sont ses défenseurs?
« La voix du laboureur, isolé, pauvre, sans intrigues, ■ se perd dons le désert. Cependant, avaut de déter- « miner comment et à quel prix on vendra le drap, a il paraît dans l'ordre de s'assurer si nous pouvons
u produire des laines, et si nous pourrons nous prou curer de quoi en acheter ailleurs quand nous n'eu <i produirons plus, o
C'est à l'examen d0.jGaf.te importante question que je rapporterai toutes les grandes questions agricoles et commerciales qui s'agitent aujourd'hui, et que je vais essayer de résoudre : je l'ai prise pour texte , plus encore que pour base delà discussion dans laquelle je vais entrer.
Ces questions sont souvent si abstraites et si difficiles, que, sans un exemple permanent de leur application , je n'eusse pu les discuter que d'une manière moins claire, et dans un traité complet d'économie politique.
Ce qui concerne la laine me mettra d'autant plus à même de les appliquer, que' nul autre de nos produits n'offre, avec une valeur égale, autant d'importance par son influence sur notre grande culture et son utilité pour nos principale* fabriques ; nul autre ne donne lieu à des questions plus compliquées dans l'intérêt de la plupart de nos producteurs et dans celui de tous nos consommateurs; car ceux-ci, hors les sinécuristes , les inendians et les voleurs, sont tous producteurs eux-mêmes , soit par leur travail ou par leurs capitaux , et par conséquent solidaires entre eux pour tout ce qui concerne la production dans la France. Entrons donc immédiatement en discussion.
Toutes les fois que la qualité de la production indigène est suffisamment bonne pour satisfaire aux besoins de la plus grande masse des consommateurs nationaux , et que cependant sa quantité ne suffit pas pour les approvisionner tous, l'augmentation de cette quantité doit être préférée au perfectionnement de sa qualité , celui ■ ci ne pouvant servir qu'à con-
tenter davantage la sensualité <les plus fortunés d'entre les citoyens, ou lout au plus à la faire descendre dans les classes les plus voisines de ceux qui ne la connaissent point encore. S'i) en était autrement , le perfectionnement s'opérerait au détriment des classes inférieures, qui , se trouvant essentiellement les plus nombreuses, jouiraient bien plus de l'accroissement des produits qui leur manquent tout-à-fait, que de l'a nui lioration de ceux qu'elles ne peuvent espérer da s'approprier.
Commençons donc par nous pourvoir, uous améliorerons après. Gardons-nous surtout de chercher à accroître notre commerce à l'étranger aux dépens do la masse des produits indigènes, car ce n'est qu'un produit qui en solde un autre; etsi la masse du produit agricole, base de tous les autres, est diminuée, la vente du produit industriel l'est immédiatement dans une progression bien plus rapide encore.
Le consommateur ne paie un produit qu'avec un autre ; si celui qu'il emploie * cet effet lui manque , la vente de celui qui lui est offert ne peut plus s'effectuer, à quelque prix que ce soit.
Voilà pourquoi la baisse des prix n'est un bien pour le commerçant et pour le consommateur que quand elle résulte de l'abondance jointe à l'économie dans les frais qui servent à obtenir la production indigène. Elle est un mal pour tout le monde, et par conséquent pour l'état, quand elle provient d'une concurrence étrangère susceptible d'arrêter les travaux des producteurs nationaux.
II en est de la liberté commerciale .comme de la liberté individuelle, dont elle fait partie : elle doit être
aussi étendue que possible dans l'intérêt île tous les habitaus d'un même pays; elle atteint son véritable but quand elle n'est limitée que par cet intérêt; mais elle doit toujours avoir cet intérêt pour limite : car tout ce qui porte atteinte k celui-ci ne profite à quelques-uns qu'en mettant les autres en souffrance. Voila pourquoi la loi doit constater l'intérêt général , et pourquoi, quand elle a parlé, il faut que chacun lui obéisse.
Tel est , en particulier, le but de la loi des douanes: comme elle est faite largement sous un gouvernement libéral et habile, elle est toujours exécutée exactement
SOUS un gouvernement ferme, juste et sage, Sang lequel la loi serait un fantôme ou un glaive, la propriété incertaine, la spéculation dangereuse, la production vacillante, la consommation menacée et restreinte, le travail découragé, et la liberté impossible.
Tels sont les principes qui vont me dicter ce mémoire. J'ai cru devoir les publier moins encore à l'appui de mes observations sur les causes de la stagnation du commerce des laines (i), que dans l'intérêt de toute la France. La discussion dans laquelle je vais entrer servira, je l'espère, à éclairer une multitude d'autres questions commerciales non moins importantes que celle dont je me suis le plus spécialement occupé dans cet ouvrage.
(i) Vnjci Annuhs tir In Société myale d'Orlènns, lomr iï. page fô.