‹ De la production nationale considérée comme base du commerce, et application de ce principe a la solution de la question des laines; par le bon de MorguesChapitre 3 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Diversité des opinions parmi les producteurs de

La question îles laines est aujourd'hui devenue, pu sa haute importance, la question vitale de l'agriculture et du commerce français; elle a donc diï fixer l'attention du gouvernement, et, adressée par lui dans tous les liens où la laine sort de base à de grandes spéculations , le genre des opérations locales a naturellement déterminé les réponses qu'elle a obtenues.

Ainsi, M. le comte de Polignac, propriétaire do dir millè mérinos à laines très-fines, convaincu par sa propre expérience, et mû, sans doute, comme les autres écrivains qui sont intervenus dans cette question , par le seul désir d'éclairer un point de fait du plus haut intérêt pour la France , a proposé la prohibition des laines étrangères, adoucie seulement par des licences, moyen que je ne saurais admettre, parce qu'i' ferait intervenir le gouvernement dans les travaux et dans les comptes de nos fabriques, ce qui me semblerait aussi funeste que contraire à la liberté commerciale.

Sara doule que cet habile agriculteur n'aura pas senti comme moi toutes les conséquences que son système me fait redouter; car, selon lui-même, rien n'est plus loin de sa pensée a qu'uue interdiction opic pressive qui exclurait indéfiniment de notre sol les « natures , qualités et quantités de laines qui mana queraient réellement au service complet, de nos a fabriques. •

Le système opposé vienl d'être défendu dans des observations publiées à Paris par MM. Fessart, Caffin, Begnier, Duruflé, Condeulin, Guyot, Sourdcau, Ternaux et Treuil ly.

Ces messieurs, qui concluent en demandant le doublement des primes à l'exportation des tissus, demandent aussi, à la page 5.8 de leur .mémoire, la libre entrée des laines et la prohibition des étoffes fabriquées (i).

« Plut au ciel , s'écrient -ils avec enthousiasme, « que nous fussions toujours restés dans cet élat de n choses ! »

Trois cents négociais du. département de la Seiuelnférieure viennent d'adresser à la chambre des députés une pétition dans laquelle ils forment les mêmes vecux, et MM. les négocians de Marseille se sont exprimé» , dans une autre pétition , d'une manière analogue.

Ne semblerait - il pas, au premier aspect, que ces messieurs auraient agi dans cette circonstance sous l'influence d'un intérêt particulier? Examinons donc les opinions de ceux des producteurs de laines , qui ne regardent pas la prohibition absolue à rentrée des tissus étrangers, la prohibition à la sortie des laines françaises et l'introduction libre et sans droits des .laines étrangères, comme la base de leur prospérité.

(i) Les demandes en prohibition des produits de l'industrie étrangère sont tant cette renouvelées pur les fabricans de nos différentes Tilles, ainsi que le constatent les pc'titîons qu'ils adressent fréquemment à la Chambre très Dipulei, et notamment relies dont la tommission a propose' le renvoi ut minislre du commette, dans la séance du i3 job îflag..

M. Girort (de l'Ain) et M. le vicomte Perrault de Joiemps , propriétaires du beau troupeau de Nai, qui , place' dans une situation heureuse, a atteint, sous leur habile direction , la superfinesse de la laine aux dépens de sa quantité*, ont dû voir dans l'amélioration des laines le principal remède à la concurrence étrangère. Ne craignant que peu de rivaux pour la production d'une race rapetïssée, dont la laine est tout, et la chair, lo suif et la peau presque sans valeur, le perfectionnement du lainage des bélier* et brebis qu'ils ont d'abord vendus à l'intérieur et à l'étranger , et ensuite offerts inutilement dans toute la France, a dit leur paraître te meilleur moyen de rétablir notre prospérité agricole et commerciale.

Selon eux, toute la question des laines se réduit à dire ; « Doit-on mettre l'amélioration au premier rang n des remèdes à appliquer aux maux de l'agriculture? « ou bien faut-il placer tout son espoir dans l'élévas tion des droits d'entrée ou dans la prohibition. ,

Selon moi , la question ne doit pas être posée ainsi, et voila comment je la rédige ; ■ Doit-on laisser s'éteindra

■ la production des laides dans la France par l'effet u de la concurrence étrangère, et, sans éloigner leur a amélioration, qui est toujours désirable, l'accroisse- « ment de leur production rte doit-il pas être le prin- « cipal but de la loi des douanes , tant dans l'intérêt « de notre agriculture que dans celui de nos fabriques, a et généralement dans celui de tous les Français, qui <■ ont un intérêt positif à se pourvoir dans leur propre « pays et a y produire de quoi se procurer ce qui leur

■ manque? »

Messieurs les rapporteurs de la Société d'agriculture.

commerce, sciences et arts de Ja Marne, dirigés tout à la fois par le besoin d'accroître les bénéfice* des fabriques qui les environnent , et par la noble pensée de les faire triompher de la concurrence étrangère , ont aussi vu dans le perfectionnement des laines le seul moyeu de sortir d'embarras; mais ils ont négligé de faire entrer en considération les efforts des étrangers , qui obtiendront aussi rapidement et plus économiquement que nous-mêmes le perfectionnement ambitionné par eux ; d'ailleurs , plus émus des plaintes du commerçant que de celles du cultivateur , ils ont pensé que notre agriculture ne souffrait point de la baisse du prix de ses laines.

Par malheur pour ce système, l'étranger, qui pos" sède aujourd'hui un grand nombre de troupeaux de mérinos, et qui tous les trais ans double le nombre de ses moutons, a bien plus de moyens que nous de Iricr ses béliers et ses brebis, de rapetisser leur taille et de perdre leur chair, leur suif et leur peau, en diminuant leur nourriture pour obtenir en peu d'années une quantité de laines superflues, susceptibles d'alimenter toutes les fabriques du monde.

Ceux de nos agriculteurs et de nos commerçons d'Orléans qui n'ont point partagé toutes les opinions que j'ai émises dans mon précédent mémoire (i) ont pourtant été émus parles plaintes de nos cultivateurs de la Beauce et par l'état de malaise dans lequel la plupart d'entre eux se trouvent ; ils ont donc réclamé

(0 Vojei Annales de la Société royale d'Orléans, tome », page 63.

comme moi la protection du gouvernement pour la production des laines de mérinos et de métis; mais, balancés par l'intérêt, plus apparent que réel, de ceux qui font le commerce des laines du Levant et qui les emploient à la fabrication des couvertures tissées dans notre ville, ils ont pensé que la production des laines communes, seule ressource de presque tous les paya pauvres et de la plupart des paya de moyenne culture, ne réclamait pas une égale protection. Ils étaient fortifiés dans cette opinion par la certitude que les droits de douane sur toutes les laines étant maintenant de 33 pour 100, le décime compris, et que la valeur sur laquelle ces droits se perçoivent ne pouvant être déclarée de moins d un franc par kilogramme de laine» en suint , de deux francs par kilogramme de laines lavées à froid , et de trois francs par kilogramme de laines lavées à chaud, les laines très- communes , qui s'acbètent beaucoup au-desaous de ces minimums, payent en réalité un droit d'entrée qui s'élève de §0 à 60 pour 100 du prix de leur achat à leur arrivée dans nos ports, au Heu de 33 pour 100 que paient lea lainea plus fines. On cite même des exemplea de lainea qui ont payé plus de 100 pour 100. Cest ainsi que, d'après le mémoire présenté par le commerce de Marseille , les laines d'Egypte, de Tripoli, de Crimée, qui valent à l'entrepôt de 20 a 3a fr. les 100 kilog., au lieu de payer de 6 fr. 66 c. a 9 fr. 99 c. do droit, à raison de 33 pour 100, paient, a cause du minimum, 33 fr. par 100 lui. La production des laines communes leur semblait donc suffisamment favorisée.

Un examen plus approfondi m'a fait adopter l'opinion

contraire. Voici les faits et les chiffres qui m'ont couvaincu.

Je vais traiter cette question dans le sens gênerai des intérêts de toute la France.

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