CHAPITRE AI
ïmportance de la production des laines en France.
M. le comte Chaptal , après avoir observé, en t8io, dans son ouvrage intitulé De l'industrie française, que l'on n'est pas encore assez convaincu chez nous que les luîtes :i laine sont la principale cause de la prospérité agricole , qu'elles y sont très-mal soignées et point assez multipliées, établit ainsi qu'il suit les divers produits de nos troupeaux de moutons:
Laines de mérinos en suint 790,175 kil.
Laines de métis en suint 3,goi,88f
Laines communes en suint 33, 236,487
Total... 3 7 ,()ï8,543 kil.
La valeur Je ics bines étaut estimée par lui : le kïl. de laines mérinos a 4 fr... . 5,11)0,700 it. le kil. de laines mélisses à 3 fr... . ti,7o5,643 le kil. de laines communes à a fr.... 66,471,974
Le total pourles 37,938,543 kil. est do 8i,33g,3i7 fr.
Selon le même auteur, nous consommions, par an, 5,575,000 moutons, fournissant en viande, a raison de 7 fr. chaque , pour une somme de 3g,oa5,ooo fr.
A reporter iao,3G4, 5l 7
Report iao,5<;4,3i7 fr.
Et en peaux , à raison d'un franc chaque, une somme de. . 5, 575,000 fr.
Le produit des Lé tes à laine, sans y comprendre celui des fumiers
en 181a, pour l'agriculteur, à ia5,g38,3i7 fr.
La masse de nos produits en ce genre s'accrut rapidement par suite de la facilité de leur débit dans la France; en effet, lors de l'estimation que MM. le vicomte Perrault de Jotemps, Fabry et Girod (de l'Ain) ont donnée, en 1834(1), de la quantité de laines françaises produites en 1831 , ils ont tixé la totalité de nos
laines de mérinos à... i,4oo,ooo kil.
celle de nos laines métisses à 6,5oo,ooo
et celle de nos laines communes a 38,5oo,ooo
Ce qui a donné un total de. . . . 46,4oo,ooo kil.
Au lieu de notre production en
181a, qui n'était que de 07,928,543
Celte production devait donc s'être
accrue, en neuf ans, de 8,471,457 kil.
quantité que la consommation de nos cultivateurs , suite naturelle de leur aisance, rendait cependant très-in suffisante pour nos fabriques, puisque, d'après la moyenne des laines importées en i8ao, 1821 et i8aa, ces laines, supposées rétablies en suint, suivant le caloul donné en i8a5 par M. Morcau de Jonnès (a),
(i) Vnjei Nouveau Traité sur tel taines et sur les moutons. (ï) Viiyei Comment au 19* tiiett.
formaient, pour chaque année, eu laines fines, une
qui, ajoutée* aux 4G, 400,000 kil. ou 92,800,000 liv. do laines indigènes, donnaient pour la consommation de no* fabriques. ... 1 r i,53o,ooo liv.
Nos 92,800,000 livres de laines indigènes valaient alors, selon M. Moreau de Jonnès, 100,000,000 fr. ; en sorte que nos 38, 000, 000 kil, ou 76,000,000 liv. dé laines, qui valaient, en 1813, 81 millions de francs, ou 1 fr. 07 c. la livre, s'étaut accrus h près de (pmiliions de livres, valant 100 millions do francs, donnaient, en tSai, un produit de 1 fr. 08 c. par livre, valeur si encourageante pour le cultivateur français, que sa production en laines et sa consommation en draps s'étaient conséquemmeul augmentées avec une grande rapidité, malgré les événement désastreux des années i8i3, 1814 et i8i5 (')•
(1) L'estimation de MM. Girod (de l'Ain), Fabry n Perrault de Jotemps , admise par M. Moreau de Jonnès, est la plus grande que j'ai cru devoir adopter pour ta production de nos laines , bien qne M- Ternaux, dans son second iibluu inséré dam la ArmaXa de l'agriculture franpaise, en ait suppose" une beaucoup plus considérable. Mais j'ai dû la rejeter, parée que, d'après le calcul résultant des chiffres de ce tableau , la France produirait 63,6o5,ooo kil. de laines en suint , rendant l6,lia,75o kil. de bine blanche, qui , a 100 k. par balle, donneraient 361,117 balles, tandis que M. Teroaux a lui-même reconnu, au bai dece mime tableau, que la France n'en produit pas 300,000.
Jl est fâcheux que ee soit sur des bases aussi peu exactes que
quantité de
en laines communes.
4,264,000 liv.
Total ■
18,730,000 liv.
Par suite de cela , notre production en laine de toute nature était encore insuffisante , ainsi que l'ont prouve les propriétaires de Nai (i).En effet, selon eux, en 1820, 1821 et 1812, nos besoins annuels pour la c tiou étaient, toutes laines réduites en suint :
haine» fine» Laine*
Consommation intérieure , 8,000,000 k. 43,5oo,or Exportation en laines, 575,000 i83,o Exportation en étoffes, 3,o33,ooo i,533,o
Total, 10,608,000 45,218,0 Notre production était 7,900,000 38,5oo,o
Déficit annuel , 2,708,000 6,718,000
ce que confirme la moyenne de nos importations , qui a été de 3,i32,ooo kil. pour les laines fines et métisses, et de 7,233,ooo k. pour les laines communes, toutes ramenées en suint.
Notre production en laines fines et métisses était donc inférieure d'un quart, et notre production en laines communes inférieure d'un septième a la masse de chacune de ces laines employée alors dans nos ate- , liers.
K cette époque, des laines de toutes les natures, semblables aux nôtres, ou susceptibles d'être remplacées par elles, s'étaient produites en quantité extraordinaire dans tous les états voisins de la France , et a cause de cela y avaient singulièrement perdu de leur valeur primitive.
l'honorable M. Ternaux établisse le tyiteme commereinl qu'il Wulitnt à li tribune et dans ici éetiu.
(1) Voyei Neuveau traité sur les laines et sur lei moutons.
ÎNoiis fîmes la faute de les laisser entrer concurremment avec les nôtres sur noire propre marché , sans la garantie nécessaire des droits protecteurs de notre agriculture, et leur quantité égala eu poids le cinquième de notre production indigène, dont elle fit subitement tomber, eu i8î3,la valeur vénale de 40 pour 100.
Un coup-d'ceil jeté sur le poids des laines étrangères importées, comparé à celui des laines exportées en 1822 et i8a3, suffira pour expliquer la baisse du prix de nos laines depuis cette époque.
182a. Importation. niïPiaBscE. valeur.
Brute, 9,137,656k. \
Manufacturée, 7°j949 !
9,198,605 1832. Exportation.
Brute, 5aa,5a2 Manufacturée , 1,098,625
1823. Importation.
Brute, 5,490,876 ,
Manufacturée, 47 5 j 2 '5
5,966,091 1823. Exportation.
Brute, 489,34a Manufacturée , 996/195
12,057,712 34,089,800 Il résulte de ce tableau que, dans les deux années
i8aa et ]8a3, l'importa lion des laines en a livré Ji la consommation intérieure 12,057,713 kilog., valant la somme de 54, 089,800 francs, quantité que notre agriculture nous eût fournie eu peu d'années, si elle eût été suffisamment encouragée par le maintien du prix de ses laines. Cela est certain , puisqu'elle ne fournissait pas 40,000,000 kil. en 1816, et qu'eu iSi-j elle fournissait déjà plus de 4^,000,000 kil, de laine.
Les progrès qu'elle avait faits sous la protection du haut prix de ses laines ne devaient donc point être arrêtés, et ce fut un. très- grand mal pour toute la France que la baisse des prix , qui , en venant les suspendre , retarda l'adoption des bonnes méthodes de culture sur lesquelles se fondera toujours notre richesse nationale.
Considérez le tableau ci-joint des prix des laines intermédiaires et communes, à Marseille , depuis i8l5 jusqu'en )8a8, et vous verrez; qu'à l'étranger ces prii ont été tellement diminués par l'accroissement rapide des troupeaux de moutons, que nonobstant l'accroissement que nos droits d'entrée leur donnent sur notre marché, les laines étrangères, rendues dans nos ports, s'y vendent beaucoup moins cher qu'autrefois.
Quand vous aurez ensuite observé que la production de nos laines n'est pas moins coûteuse qu'elle n'a clé, bien que leur valeur vénale soit fort diminuée, vous jugerez si ce ne serait point suspendre leur production , ou même la faire rétrograder dans nos campagnes, que de ne pas la soutenir pins fortement qu'elle ne l'est aujourd'hui contre la concurrence da la production étrangères.
11 me semble que je ne puis mieux appuyer cette assertion qu'en rapportant le tableau que MM. les a
négociait! de Marseille ont dressé eux-mêmes, et dont je dois la communication à la bienveillance , au ïèle éclairé et à l'impartialité de MM. les négocians en laines d'Orléans, dont les utiles travaux suspendent encore la décadence de notre ville; puisse la persévérance que j'apporte à défendre leurs intérêts contribuer au même but que leurs constans efforts.
On voit, en examinant ce tableau, que le droit de 3$ p. cent, décime compris, n'a pas rehaussé le pris des laines étrangères entrées en France; que, ce droit acquitté, elles sont restées au taux où elles étaient sans droits d'entrée dans la plupart des années précédentes, et que l'insuffisance de ces droits n'a pas permis à nos laines de Provence et de Béarn de reprendre le prix antérieur, auquel elles n'ont pas cessé de revenir aux cultivateurs français.
Ce résultat, qui a été le même pour toutes nos autres laines indigènes, a été la conséquence de l'énorme multiplication des troupeaux et des laines dans presque tons les pays qui commercent avec la France, multiplication qui s'accroît si rapidement qu'en iSag. Nos laines, protégées par 55 pour cent de droit, sont tombées en France à un prix ai bas que le cultivateur français est en perte de près de moitié sur les prix auxquels elles lui reviennent. Tonte la question se réduit donc, ainsi qu'on va le voir dans le chapitre suivant, a demander s'il faut conserver la production des laines et des moutons dans la
îgèrétés.
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