ET DES
DE LA PROFESSION D’IMPRIMEUR
De l’enthousiasme des premiers imprimeurs pour l’art typographique. — De leur position dans la société. — Prérogatives dont ils jouissoient. — Professeurs de l’Université typographes. — Indication de quelques familles d’imprimeurs qui ont eu des personnages titrés ou revêtus de grandes charges et dignités. — Le président Hénault. — Le maréchal Fabert. — De la profession d’imprimeur. — Des anciennes institutions qui régissoient l’imprimerie. — Origine de la Chambre syndicale. — Présence obligée des imprimeurs aux processions de l’Université. — Anciens usages et coutumes. — Confrérie de Saint- Jean Porte-Latine. — Considération dont jouissoit autrefois l’imprimerie. — Protection et encouragemens que lui ont accordés les rois de France, depuis Louis xii jusqu’à Louis xvi. — Fixation du nombre des imprimeurs à Paris, en 1686. — De la grande Collection des Auteurs latins in usum Delphini. — Son exécution par plusieurs imprimeurs de Paris. — Madame Dacier l’un des principaux collaborateurs. — Lettres-patentes de Louis xiv, qui instituent une charge d’imprimeur ordinaire du Roi dans la ville d’Amiens. — Code de la Librairie et de l’ Imprimerie. — Jean-Baptiste Coignard , fondateur d’un prix d’éloquence latine à l’Université. — L’imprimerie cultivée par des princes et des dames de la Cour.
On l’a dit avec raison : Ne fit-on que des épingles, il faut être enthousiaste de son métier pour y exceller. L’enthousiasme a produit les mêmes effets dans tous les
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temps comme dans tous les genres ; et , pour ne parler que de l’imprimerie, c’est surtout aux hommes passionnés qui s’en emparèrent tout d’abord qu’elle dut ses rapides développemens , ses merveilleux résultats , et sa perfection presque native. De tous côtés on vit, presque au même moment , surgir des presses ; et rois , princes, prélats, savans, n’eurent pas assez de louanges pour ces instrumens dont la Providence sembloit leur avoir réservé à dessein le premier usage. Aussi , que de protecteurs , que d’encouragemens , de bienveillance , de distinctions, viennent chercher les premiers imprimeurs ! Les livres qu’ils produisent comme par enchantement font la joie et l’admiration de tous les lettrés, comme de tous ceux qui aspirent à le devenir. Frappées d’une soudaine clarté, les intelligences s’émeuvent ; chacun se met à l’œuvre de la réédification littéraire, et toute la rapidité de l’instrument typographique suffit à peine au nombre des travailleurs.
Mais le zèle et l’émulation des imprimeurs pourvoient à tout. Artistes et lettrés à la fois, ils surmontent habilement les premières difficultés de l’art encore renfermé dans d’étroites limites, et en peu d’années presque tous les chefs-d’œuvre de l’esprit humain, qui avoient si péniblement traversé les «âges,
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enclos dans les manuscrits, sont à jamais préservés de la ruine qui les menaçoit.
Après les industrieux ouvriers allemands de Strasbourg et de Mayence , qui avoient formé les premiers établissemens à Paris et dans plusieurs villes de France , l’imprimerie fut surtout exercée par des hommes dominés par l’amour de l’étude et de la science , et qui , par leur savoir et leur aptitude, auroient pu prétendre aux fonctions les plus élevées de l’Eglise, de la magistrature ou de l’Université. Presque tous étoient gradués dans les diverses Facultés, et le titre de maîtres leur étoit acquis autrement . que par l’autorité qu’ils avoient sur les compagnons qui travailloient dans leurs officines , et qui n’étoient pas eux-mêmes dénués d’instruction. En embrassant la profession d’imprimeur, ils avoient assurément d’autres vues que celles d’un intérêt de fortune, toujours fort incertaine en toute invention nouvelle, et qu’il n’est pas donné d’ailleurs à l’imprimerie de jamais réaliser. Mais la nature même de ses produits en fit , dès le principe , une profession à part, « distincte et séparée des arts méca- « niques; » et ceux qui l’exerçoient furent reconnus pour « les vrais suppôts et officiers esleus par tout le « corps de l’Université, maintenus, gardés et confir- (f més en la jouissance de tous les droits, franchises,
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« immunités et privilèges attribués à ladite Université; « et, en cette qualité, la communauté des imprimeurs « étoit franche, quitte et exempte de toutes contribu- « tioris, prêts, taxes, levées, subsides et impositions «■ mises et à mettre , imposées et à imposer sur les arts et « métiers. » Si je rappelle ces prérogatives, anéanties comme tant d’autres, mais tant de fois mentionnées, c’est afin de mieux faire connoître quelle devoit être la position des imprimeurs d’autrefois parmi les différentes classes de la société. Tous ces privilèges remontoient à une époque bien antérieure à l’invention de l’imprimerie. Ils avoient été accordés aux clercslibraires de l’Université, qui faisoient transcrire les manuscrits, et étoient tenus de les soumettre à l’examen des docteurs, avant de les exposer en vente. Mais soit que les docteurs fussent devenus moins diligens , ou trop faciles, l’incorrection et l’imperfection des manuscrits aboient toujours croissant, et l’imprimerie vint à propos pour réchauffer leur zèle , par la variété et le nombre de ses productions. Les imprimeurs se trouvèrent tout naturellement au lieu et place des libraires-écrivains , et appelés à jouir des mêmes avantages. Ces privilèges furent successivement augmentés jusqu’à l’édit de 1686. Les imprimeurs n’étoient soumis à aucune des charges de la cité, comme de garder
ses portes, de faire le service du guet, de loger les gens de guerre , d’allumer les chandelles des lanternes , de payer les octrois ou tous nouveaux impôts. Ils avoient même été exemptés, par arrêt du conseil d’Etat et par Lettres-patentes de Henri iv, de payer les droits qui souffroient le moins d’exception , ceux de confirmation de privilèges à chaque nouvel avènement.
On rangera sans doute aujourd’hui toutes ces exemptions des charges publiques en faveur de la communauté des imprimeurs, au nombre des anciens abus de l’administration monarchique; mais du moins l’abus qui favorisoit si puissamment l’exercice paisible d’un art qui étoit alors regardé comme le premier et le plus utile de tous les arts , n’étoit pas des plus dangereux pour la société, ni des plus onéreux à l’Etat. Cette situation des imprimeurs leur permettoit d’ailleurs de se livrer en pleine sécurité à l’exercice de leur profession, en laissant à des hommes laborieux, comme ils l’étoient presque tous, avec la tranquillité de l’esprit, l’entier usage de leur temps.
On ne peut disconvenir toutefois que les imprimeurs n’aient suffisamment justifié les faveurs et les distinctions que leur accorda , pendant près de trois siècles , l’autorité royale, universitaire , judiciaire et administrative, sans qu’il en coûtât rien au trésor. Dans notre
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civilisation perfectionnée, les choses ne se font pas de la même manière; mais, sous d’autres noms et sous d’autres formes , on cherche à atteindre le même but. Seulement les faveurs et subventions législatives sont accordées à de plus jeunes industries; l’imprimerie est trop vieille et trop malheureuse pour qu’on s’occupe d’elle. Assurément l’industrie sucrière indigène, quelle que soit l’importance et l’utilité générale de ses produits , ne peut être mise en parallèle avec l’industrie typographique, quant aux services rendus ou à rendre au pays : cependant , pour la développer, la propager, l’attacher au sol , ses fabricans se seroient peu contentés d’être affranchis du service de la garde nationale, de l’impôt de la patente, ou de quelques droits d’octroi ; il leur a fallu des millions de primes et d’encouragemens.
Ce n’est pas avec de tels capitaux que nos premiers imprimeurs du xvc siècle , et ceux du xvie, ont élevé la typographie française à un degré de supériorité qui n’a été dépassé dans aucun pays ; et ce n’est pas là un de leurs moindres mérites. Je suis même persuadé que des moyens pécuniaires très étendus, entre leurs mains, n’auroient pas produit les mêmes résultats , ou plutôt qu’ils en auroient eu de très déplorables pour la véritable science typographique. Mais ils étoient riches de
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zèle, d’activité, d’intelligence, et d’un vif attachement à une profession qu’ils confondoient, dans leurs travaux, avec le culte des lettres. C’est ce qui fit que les hommes les plus savans dans les langues, les professeurs les plus renommes de l’Université et du Collège deFrance, cultivèrent l’imprimerie avec tant de distinction. C’est parce qu elle s’est trouvée placée dans ces habiles mains, que l’imprimerie a exercé une influence aussi rapide que décisive sur les progrès de la langue et de la littérature; et les noms de Josse Bade, de Gourmont, de Gromors, de Colines , des Estienne, de Tory, des Morel , de Vascosan , de Néobar, de Tiletan , de Turnèbe, de Pâtisson, attestent l’alliance de l’art et de la science typographique et littéraire à son plus haut période. Il faudroit un volume pour énumérer les titres d’ouvrages en tous genres qui sont dus aux imprimeurs du xvie siècle. La seule famille des Estienne, l’éternel honneur de la typographie française , qu’elle a pratiquée pendant cent soixante ans , a produit des théologiens , des grammairiens, des commentateurs, des poètes grecs, latins et français ; des traducteurs, des critiques, des historiens, des antiquaires, des jurisconsultes , des médecins. La dernière descendante en ligne directe de Robert Estienne Ier, Anne-Catherine, issue de la branche de Robert n, avoit épousé,
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en 1758, Claude-Louis de Liancourt, marquis d’Escagneî, et vivoit encore en 1765.
Une telle alliance fait assez connoître la considération dont jouissoit autrefois F imprimerie , car la fortune y avoit peu de part ; et ce n’est pas là un fait isolé, accidentel , car on trouverait beaucoup de personnages titrés, ou revêtus de grandes charges et de dignités, qui appartenoient à des familles d’ imprimeurs-libraires. J’en rapporterai seulement quelques exemples.
Philibert Orry, contrôleur-général des finances sous Louis xv, et Louis Orry de Fulvy, intendant des finances , son frère , descendoient de Marc Orry, imprimeur-libraire en i588; et ils avoient tous deux conservé dans leurs armoiries la marque typographique de leur auteur, qui étoit un lion rampant , avec la devise : Ad astra per aspera virtus.
Jean-François Hénault, président au Parlement, surintendant des finances de la Reine , Fauteur de F Abrégé chronologique de V Histoire de France , étoit arrière-petit-fils de Mathurin Hénault, imprimeurlibraire de 1618 à 1 65 5 . Le père du président étoit fermier-général, et son grand-père, Jean Hénault, avoit été reçu libraire le i 5 mai i65c).
La famille Le Mercier, qui exerçoit l’imprimerie et la librairie à Paris depuis i58q, fut une des plus con-
sidérées et des plus prospères de la communauté. Le dernier imprimeur de ce nom , Pierre-Gilles Le Mercier, avoit été cinquante ans imprimeur. Sa veuve, fille de Rondet, libraire de Lyon , conduisit l’imprimerie jusqu’en 1786, époque de sa mort; et elle eut pour gendre le comte de Messimy, procureur-général au Parlement de Dombes , et pour petit-gendre le comte de Romanet.
L’auteur du Traité des pierres antiques gravées du cabinet du Roi , Pierre-Jean Mariette, qui a laissé un nom célèbre dans la science et la curiosité , exerça l’ imprimerie depuis 1722 jusqu’en iy5o. Il fut ensuite secrétaire du Roi , contrôleur-général en la grande chancellerie de France, et reçut le titre de membre honoraire de l’Académie de Florence.
Dans les fastes militaires de la France, il y a un nom qui réveille le souvenir de toutes les vertus guerrières : c’est celui de Fabert, qui de simple soldat parvint à la dignité de maréchal de France. L’élévation de ses sentimens et sa modestie lui firent refuser le collier des ordres que lui offroit Louis xiv, parce qu’il n’auroit pu produire les titres voulus. Il n’en avoit pas d’autres en effet que ceux qu’il tenoitdeson grand-père et de son père , tous deux imprimeurs du duc de Lorraine, Charles ni, qui les avoit anoblis. Le père du
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maréchal, Abraham Fabert, qui possédoit une imprimerie particulière à Metz , a publié plusieurs ouvrages qui sont cités pour leur belle exécution typographique. Il fut élu échevin de la ville de Metz en 1610, et quatre fois réélu. Il reçut le cordon de Saint-Michel en i63o. Ces titres, ces charges, ces distinctions pouvoient être insuffisantes pour que son fils Fabert, maréchal de France , portât sur son manteau la croix des ordres, mais le nom de Fabert restera toujours comme un titre de noblesse pour la typographie.
Quoi qu’il en soit, la profession d’imprimeur est bien différente de ce qu’elle étoit autrefois, sous le rapport de l’estime et de la considération qui y étoient attachées. Le corps des imprimeurs est bien déchu du rang qu’il occupoit. Il n’est peut-être pas inutile de rechercher les causes de ces changemens, et ce qu’il faut attribuer, soit au cours du temps et des révolutions , soit aux imprimeurs eux -mêmes , dans la perte de leurs plus précieux avantages, je ne veux pas dire leurs privilèges , mais cette bonne renommée typographique et commerciale qui planoit sur toute la communauté.
Cette renommée avoit été laborieusement acquise pendant trois siècles, et recueillie par des familles honorables qui exercoient modestement l’imprimerie,
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comme on exerce une charge, un office. Dans tous les temps, sous tous les règnes, quelles que fussent d’ailleurs les mesures administratives jugées nécessaires pour arrêter ou réprimer les abus, on voyoit dans les lois , les ordonnances ou les règlemens rendus sur l’imprimerie, des preuves fréquentes de l’intérêt et de la sollicitude du prince et de ses ministres pour favoriser les progrès et la perfection de l’art. On descendoit jusqu’aux moindres détails pour que le service public fut convenablement assuré sous le rapport de la correction, des caractères, de l’encre, du papier et du prix des livres , et pour que l’exercice de la profession fût remis à des hommes instruits et capables. C’étoit là surtout la plus belle part des attributions universitaires ; et c’est à ce patronage littéraire de l’Université que l’imprimerie a dû son principal relief. Pendant plus d’un siècle elle n’eut pas d’autre juridiction , et tant que dura la ferveur des lettres anciennes on ne pensa pas à l’en distraire. La surveillance du corps étoit confiée à quatre grands jurés, libraires-imprimeurs, choisis par l’Université entre les vingt-quatre jurés qui étoient les seuls reconnus suppôts et officiers de l’Université, après qu’ils avoient prêté serment au recteur. Les principales fonctions de ces quatre grands jurés étoient de veiller à ce que les livres fussent bien
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et correctement imprimés, et les règlemens fidèlement observés. Quelques troubles excités parmi les ouvriers imprimeurs au sujet de l’édit de Charles îx concernant l’imprimerie, en i5yi, amenèrent un changement dans cette institution; et ce fut aux maîtres imprimeurs eux -mêmes que l’autorité judiciaire eut recours pour surveiller l’exécution de l’ordonnance du Roi , et informer contre ceux qui refuseroient d’obéir. Etrange diversité des temps et des esprits ! En vain , depuis plus de quarante ans, les imprimeurs réclament de l’autorité des règlemens qui reconstituent leur communauté abattue ; et sous Charles ix , pour lui donner plus de force et d’action , c’est le sage L’Hospital qui provoque Y élection d’un syndic, chargé d’assister les quatre jurés dans leurs fonctions. Ce fut là l’origine de la Chambre syndicale. On commença à donner aux quatre grands jurés le nom de gardes de la librairie et de V imprimerie , et le 17 juillet 1618, le premier syndicat fut constitué en présence de Henri de Mesmes , conseiller du Roi en ses conseils d’Etat et privé , et lieutenant civil de la ville et prévôté de Paris. Le syndic , et les quatre gardes de la librairie et imprimerie , nommés dès lors adjoints , furent maintenus dans l’exercice de leur charge. Cette organisation définitive de l’imprimerie, puisqu’elle n’a cédé
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qu’à l’orage révolutionnaire de 178g , donna une nouvelle et plus forte consistance à la communauté ; et , sans cesser d’être l’affiliée de l’Université, elle sut garder un esprit d’ordre et de conduite qui donna toute sécurité à l’autorité administrative, et lui valut son appui. On peut dire que, depuis l’établissement du syndicat, l’imprimerie se gouverna elle-même ; mais elle sut le faire avec intelligence, équité, modération et fermeté.
En effet, quoique l’Université eût beaucoup perdu de son pouvoir, les imprimeurs ne continuèrent pas moins à se maintenir en quelque sorte sous sa dépendance , et l’autorité se trouva d’accord , dans ses règlemens , pour que la communauté ressentît toujours l’utile influence du corps universitaire. Ainsi , indépendamment des examens et du serment qui étoient exigés des aspirans par devant le recteur, la communauté des libraires et imprimeurs, représentée par douze de ses membres , étoit tenue , par arrêt du conseil privé du Roi , d’assister à toutes les processions de l’Université. Les mandemens du recteur pour ces processions étoient adressés aux syndic et adjoints, et dans l’église on appeloit à haute voix, à leur rang, les lib raires et imprimeurs, pour assister à la cérémonie '.
' En 1 8 1 1 , un peu plus d’un an seulement après le décret impérial qui avoit fixé le nombre des imprimeurs à Paris, et promis des règle-
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Chaque année, à la fête de la Purification de la Vierge, les syndic et adjoints en charge alloient présenter au recteur, comme à leur suzerain, un cierge de cire blanche du poids d’une livre. Ces coutumes, si loin de nos mœurs affranchies , contribuoient à entretenir l’esprit de corps parmi les membres de la communauté , aussi bien que le souvenir et le respect des anciennes attributions de l’Université. D’autres liens, sanctifiés par la religion, lesunissoient encore : c’étoient ceux de la confrérie instituée sous l’invocation de saint Jean Porte-Latine *. Elle avoit pour but de distribuer
mens qui sont encore attendus, je fus assez surpris de recevoir du trésorier de la fabrique de l’église Saint-Severin une lettre , par laquelle il m’informoit que messieurs les curé et marguilliers avoient cru devoir choisir, cette année, parmi les notables de la paroisse, la classe des imprimeurs pour porter les cordons du dais, et qu’il espéroit me voir répondre à l’invitation de porter l’un desdits cordons à la procession solennelle du Saint-Sacrement, le jour de la Fête-Dieu, dimanche 16 juin 1 8 1 1. La lettre est signée Buchère. Quoiqueje fusse encore bien jeune (vingt-deux ans) pour représenter dans une aussi imposante cérémonie, et que des écoliers de la République et de l’Empire eussent peu l’habitude des processions, je regardai cette circonstance comme un retour à des coutumes qui n’avoient rien que d’honorable pour l’imprimerie, et à une pensée de communauté des plus utiles à ses intérêts; j’acceptai la mission par esprit de corps.
' C’est le saint reconnu pour le patron des imprimeurs. La célébration de sa fête est placée au 6 mai.
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des secours , des aumônes , d’assister les ouvriers de la communauté infirmes ou sans ouvrage , aussi bien que les maîtres ou veuves tombés dans le malheur, et d’attirer les bénédictions de Dieu sur les familles et les entreprises du commerce de la communauté. Les confréries ont disparu , et l’on ne peut pas dire que les affaires de l’imprimerie et de la librairie en aient été plus prospères. Mais comme l’humanité ne peut jamais perdre ses droits, les confréries ont été remplacées par des associations de secours mutuel , non pas entre les maîtres , mais entre les ouvriers ,• et ce n’est pas là un des indices les moins affligeans de l’état de dépérissement où l’imprimerie a été réduite; aucune profession n’a éprouvé en effet de plus tristes vicissitudes.
Comme l’imprimerie proprement dite n’a jamais été et ne sera jamais, nous ne saurions trop le répéter, une carrière ouverte à la fortune, c’est surtout à des causes morales qu’il faut attribuer la modeste prospérité et le rang honorable dont elle jouissoit autrefois parmi les autres corps de commerce. L’estime et l’attachement que les imprimeurs avoient pour leur profession se perpétuoient dans les familles avec la tradition des actes et des noms célèbres qui rehaussoient l’honneur et le mérite de l’art , et ils sont en grand nombre dans les annales typographiques. Mais comme
les personnes et les faits sont aujourd’hui presque complètement oubliés , nous en citerons quelques-uns qui ne doivent pas rester ignorés des imprimeurs, ni même des gens de lettres.
C’est Louis xn qui proclame par son édit de 1 5 i 3 la divine origine de l’invention de l’imprimerie, et qui la place sous la sauvegarde de l’Université.
C’est François Ier qui dote l’imprimerie des plus parfaits caractères grecs et hébreux , et qui couvre de sa protection et de sa bienveillance la personne et les travaux de Robert Estienne , son royal imprimeur.
C’est Henri n qui crée la charge d’ imprimeur-no teur de la chapelle du Roi , en faveur de Robert Ballard , breveté pour l’impression de sa musique, en i55i ; et l’un des premiers musiciens-compositeurs du temps, le plus habile joueur de luth et de guitare, Adrien Le Roy, devient un très habile imprimeur de musique, et s’associe à Ballard pour surmonter les difficultés de ce genre d’impression, dont les progrès ont été le plus tardifs.
Comme ses prédécesseurs, ce prince attache son nom à des Lettres-patentes datées du 25 septembre t 553, qui témoignent de sa haute estime pour l’imprimerie , exprimée en ces termes : « Henry : Nous , due- « ment advertis du profit et émolument qu’apporte en
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r< nostre royaume et h nos sujets l’art de l’imprimerie. . .
« Qu’ aussi, pour le grand bien, commodité et proffit « que prennent de l’impression des livres tous les gens « de lettres, et singulièrement les supposts et escoliers « de noz Universitez : pour ces considérations , et aussi « pour le grand et louable artifice qu’il y a au fait de « l’imprimerie, par laquelle est conservée et perpétuée a la mémoire de toutes les choses ; noz prédécesseurs « desirans -entretenir, accroistre et augmenter l’art « d’icelle imprimerie , pour le grand fruit qu’elle apte porte, l’auroient non seulement privilégiée, afi'ran- <f chie et exemptée de touz tribus, péages, impositions « et subsides, mais les Escrivains et Imprimeurs, et u toutes autres personnes nécessaires et requises pour « ledit art, composition et fait de ladite imprimerie, « avons ordonné lesdits livres écrits ou imprimez estre « et demeurer exempts des droits, etc. »
C’est Henri ni qui se plaît dans des entretiens familiers avec Henri Estienne, le prodigieux imprimeur; et, à la demande de ce prince, notre Estienne publie un recueil de Lettres cicéroniennes pour soutenir l’honneur des savans français contre les prétentions des savans étrangers.
Henri iv, dans des lettres pleines de bienveillance, donnoit de fréquens témoignages de sa faveur et de sa
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protection à Jean de Tournes, imprimeur du Roi à
Sous Louis xiii , le commerce de la librairie prend un grand développement. Les abus , toujours prêts à saisir l’occasion , commencent à inquiéter la communauté. En »6i4, cent neuf imprimeurs et libraires de Paris prennent une résolution par laquelle ils s’engagent « à défendre par toutes les voies légales les droits « et privilèges de leur état, et à empêcher, les entre- «■ prises et usurpations que l’on y faisoit journellement. » Quatre ans après, la Chambre syndicale étoit instituée par Lettres-patentes de Louis xm.
En 1619, sur la demande du clergé, qui projetoit une édition des Pères grecs, Louis xm ordonne qu’il seroit payé de ses deniers une somme de 3ooo livres, pour retirer de Genève les matrices grecques de Garamont , que les malheurs du temps y avoient fait passer avec Robert Estienne. Son petit-fils, PauJ Estienne, imprimeur, est chargé de cette mission , et il rapporte les matrices en France.
En 1625, c’est-à-dire soixante ans après l’établissement des juges et consuls du commerce, la communauté est représentée pour la première fois à la juridiction consulaire, non toutefois , et avec raison, par un imprimeur, mais par un libraire, Michel m Son-
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nius, qui exerçoit avec honneur le commerce de la librairie depuis quarante ans.
Dès l’année ï62o , Louis xm avoit créé deux imprimeurs ordinaires du Roi , chargés d’imprimer exclusivement les édits, ordonnances, déclarations, etc. Ces imprimeurs étoient commensaux de la maison du Roi, au titre d’officiers, avec appointemens de 3oo livres. Quatre autres charges d’imprimeurs ordinaires du Roi, avec les mêmes prérogatives , furent créées postérieurement ; et , comme les deux premières , elles étoient principalement destinées à récompenser les imprimeurs qui s’étoient conduits avec honneur et distinction dans leur corps.
Louis xm ne se contenta pas d’affranchir la librairie et l’imprimerie de toute espèce d’impôts, il voulut encore l’honorer de sa protection et l’aider de ses finances, dans la grande entreprise qui se fit sous le ministère du cardinal de Richelieu. Ce ministre réunit lui-même une compagnie de libraires pour faire imprimer ces belles éditions des livres d’église , en rouge et noir, qui servent à l’office divin , et qui ont été répandus non seulement dans le royaume, mais aussi dans toute la Chrétienté.
L’Académie française , qui avoit été instituée en i634, avo't tenu plusieurs assemblées chez Jean Camu-
sat, imprimeur-libraire, avant que d'être installée au Louvre. Cet imprimeur, estimé pour l’un des plus habiles de son temps , avoit la réputation , selon quelques écrivains , de ne pas imprimer de mauvais ouvrages , et, selon d’autres, de n’en imprimer que de très bons, ce qui paroît un peu plus hasardé. Toutefois l’Académie le choisit pour son imprimeur-libraire, et plusieurs fois elle le chargea de faire des complimens ou des remerciemens , ce dont il s’acquittoit toujours avec esprit et habileté. «C’est le seul libraire, sans doute, dit M. Villenave, dans la Biographie universelle , par l’organe duquel un corps littéraire ait cru pouvoir s’expliquer dignement lorsqu’il ne le faisoit pas luimême. » A sa mort, arrivée en i63g, l’Académie prit un arrêté pour lui faire un service funèbre, auquel la Compagnie assista en corps. C’étoit le second service que l’Académie faisoit célébrer. Elle ajouta à cet honneur celui d’une bonne action en mémoire de son premier imprimeur : ce fut d’oser exprimer un refus au cardinal de Richelieu son fondateur, et de conserver à la veuve de Camusat la charge et le titre d’imprimeur-libraire de l’Académie , que le cardinal désiroit donner à Cramoisy.
L’année 1 640 fut celle de l’établissement du matériel de l’Imprimerie royale au Louvre, non pour faire cou-
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currence aux imprimeurs particuliers , ou les dépouiller de la majeure partie de leurs travaux profitables , mais dans la pensée vraiment royale, dans la pensée de François Ier, d’exécuter avec la dernière perfection , et avec une magnificence monumentale , des ouvrages utiles aux sciences et aux arts , dont les dépenses eussent été onéreuses aux imprimeries particulières; et, selon les vues de Richelieu, pour propager l’étude et la connoissance des langues orientales, dans le double intérêt des missions et du commerce. Sébastien Cramoisy, deuxième du nom , fut le premier directeur de l’Imprimerie royale. Son petit-fils Sébastien-Mabre Cramoisy en fut le second, et successivement tous ceux qui furent placés à la tête de l’établissement avoient fait partie du corps des imprimeurs. De nos jours , c’est l’ Académie française qui fournit un directeur à l’Imprimerie royale , sans doute pour honorer la mémoire de Richelieu dans ses deux titres de fondateur de l’Académie française et de l’Imprimerie royale ; mais si c’est une combinaison, elle surpasse toutes les formes d’éloge dont le grand cardinal a été le sujet obligé, et elle l’étonneroit sans doute beaucoup lui-même.
Lorsque s’ouvre le règne de Louis xiv, le 14 mai 1645, c’est Antoine Vitré, le magnifique typographe,
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qui est syndic de la communauté. Imprimeur ordinaire du Roi pour les langues orientales , de la Reine-régente, du clergé de France, consul, directeur de l’Hôpital-général , il a été comblé, pendant un exercice de soixante-quatre ans, de tous les honneurs et distinctions qui pouvoient faire diversion à ses lourds et pénibles travaux , mais non le dédommager des sacrifices qu’ils imposèrent à sa fortune. On ne peut se faire une idée de toutes les difficultés , les tracasseries, les débats, les injustes procédures auxquels il fut en butte pendant et après l’impression colossale de la Bible polyglotte de Le Jay, en io volumes in-fol., qui furent dix-sept ans sous presse, de 1628 à i6/^5 ; labeur d’une exécution admirable et prodigieuse, et qui atteste chez l’imprimeur qui avoit osé l’entreprendre une grande énergie de volonté , et un amour incomparable de l’art '.
' Vitré fut cependant accusé d’avoir détruit avant sa mort tous les poinçons, matrices et caractères orientaux qui avoient servi à l’impression de cette Bible, dans l’intention, disoit-on, d’empêcher qu’on ne pût jamais en entreprendre une autre semblable. On ne pouvoit rien imaginer de plus absurde, lorsqu’il étoit de notoriété que l’entreprise avoit presque ruiné son auteur, qui avoit possédé une grande fortune, et fort obéré son imprimeur. Mais cette imputation n’a pas cessé d’être reproduite par une foule d’écrivains qui l’ont trouvée chez nos
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Après cette immense production, l’imprimerie paroi t comme épuisée- Vitré ne se décourage pas ; mais autour de lui les presses commencent à déchoir. Le relâchement de l’autorité affoiblie par les guerres civiles, l’inobservance des règlemens, la licence qui en est la suite, l'accroissement du commerce des livres, ravivé par une littérature toute radieuse de jeunesse et de beauté, la librairie et l’imprimerie envahies par des gens ignorans et incapables , de graves abus survenus dans les ateliers , nécessitent de nouveaux règlemens
anciens historiens de l’imprimerie, mal informés, et fort sujets à prévention en tout ce qui touchoit aux choses de religion. Cependant il a été démontré jusqu’à l’évidence par de Guignes, dans sou Essai historique sur l'Origine des caractères orientaux de l'Imprimerie royale, publié en 1787, que Yitré n’a rien détruit des types orientaux, puisque les poinçons et les matrices furent retrouvés chez cet imprimeur après son décès, qu’ils furent déposés d’abord à la Bibliothèque du Roi, puis remis à l’Imprimerie royale en 1691. Il appartenoit au digne savant qui a le mieux discouru des origines de l'imprimerie, de prononcer en dernier ressort sur la nature des faits injustement reprochés à Antoine Yitré, et c’est dans la Biographie universelle qu’il faut en chercher l’appréciation, que M. Daunou résume en ces termes : « Yitré n’a pas détruit les caractères orien- «taux, il n’en a jamais conçu la pensée; et c’est avec une légèreté «inconcevable qu’on a flétri, par cette imputation odieuse, la >né- « moire de l’un des hommes qui ont le plus honoré la typographie « française.» (Cette note étoit écrite avant la mort de M. Daunou.)
pour prévenir de plus grands désordres ; et Louis xiv, qui entend qu’aucune gloire ne soit perdue pour la France, dans l’intention de remettre le plus beau et le plus utile de tous les arts en son lustre , et après que plusieurs des plus intelligens imprimeurs et libraires de la bonne ville de Paris ont été entendus , rend l’édit de 1649, clu* fixe les réceptions à un seul imprimeur-libraire par année, et limite le nombre des apprentis.
Cet édit est suivi , pendant tout le cours du règne, d’autres édits, d’arrêts du conseil et du Parlement, qui attestent la sollicitude de l’autorité pour les intérêts de la communauté, aussi bien que pour l’ordre et la sécurité publique. Dès i655, tous les privilèges d’impressions doivent être enregistrés à la Chambre syndicale, pour être valables. En 1672, il est créé un directeur de l’imprimerie et de la librairie, qui relève du chancelier de France. Cependant le nombre des imprimeurs augmentoit toujours 1 ; et comme le Gouvernement ne jugeoit pas alors qu’une concurrence sans bornes et sans frein fut une source de prospérité pour l’industrie
1 Eu 1667, il y avoit quatre-vingt-six imprimeurs à Paris, et il en fut supprimé treize par arrêt du conseil du 17 février de cette même année ; arrêt fondé sur les motifs que dans ce nombre de quatre-vingtsix imprimeurs la plupart étoient incapables de leur profession, et dans une fort grande nécessité.
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et le commerce, l edit de 1686 fixa à trente-six le nombre des imprimeurs à Paris, sans qu’il en pût être reçu de nouveaux jusqu’à ce qu’ils fussent réduits à ce nombre. Dans les mêmes vues, et par un autre édit de la même année, enregistré au Parlement, la communauté des maîtres relieurs et doreurs « est et demeure entièrement distincte et séparée de la communauté des libraires et imprimeurs, sans que, pour quelque cause et prétexte que ce soit, ces deux communautés puissent être unies et incorporées , ni entreprendre lune sur Vautre. »
En même temps que Louis xiv présidoit avec tant de vigilance à l’administration de l’imprimerie et de la librairie, il ne perdoit pas de vue ce que l’art typographique pouvoit ajouter h l’éclat et à la grandeur de son règne. Pendant plus de soixante ans , les presses royales du Louvre furent consacrées à élever un de ces monumens qui caractérisent une époque, et qui rappellent, dans un autre ordre , ceux des temps antiques par leur magnificence et leurs proportions gigantesques : je veux dire la Collection Bysantine, grand in-folio, grec et latin, avec notes et additions, dont trente-cinq volumes apparurent de 1 648 à i 7 1 1 .
Ce grand Roi voulut aussi que l ’exécution d’un autre monument typographique fût laissée aux presses parti-
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culîères de la capitale, pour vivifier leurs travaux ralentis par les calamités de la guerre, exciter une noble rivalité entre les imprimeurs , et entretenir les libraires dans le goût des entreprises honorables au pays. Dans ces vues utiles et généreuses, qui présidoient (il faut le notera l’encontre des détracteurs de Louis xiv) à tous les autres grands travaux commandés par ce Roi, l’impression de la Collection des auteurs latins in usum Delphini fut confiée aux soins de Frédéric Ier Léonard, imprimeur ordinaire du Roi, sous la direction du duc de Montausier. Cet imprimeur reçut des lettres de privilège pour vingt ans , et plusieurs des principaux imprimeurs de Paris partagèrent avec lui l’exécution de ce grand labeur, tels que François Muguet, imprimeur du Roi et du clergé ; Pierre Le Petit , imprimeur de l’Académie française; la veuve de Claude Thiboust, et Pierre Esclassan, imprimeur de l’Université; Denys Thierry ; Antoine Lambin , imprimeur de la Prévôté de l’Hôtel ; Lambert Roulland, imprimeur de la Reine, etc.; et les auteurs, aussi bien que les libraires, reçurent de la munificence du Roi d’honorables gratifications.
Une si vaste entreprise typographique n’avoit pas été conçue dans le seul but de servir à l’éducation du Dauphin , mais aussi dans des vues d’utilité publique et littéraire, qui sont consignées en ces termes dans le
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Privilège des OE uvres de Boêce : « Ne voulant rien ce oublier de tout ce qui peut contribuer à la bonne ce éducation de nostre très-cher et très-amé fils le cc Dauphin, et considérant que son avancement dans c< l’étude des bonnes lettres en fait une partie, nous cc avons jugé que rien ne luy seroit plus utile pour cf cela que de luy faciliter la lecture et l’intelligence ef des anciens auteurs de la langue latine, par des <f moyens plus prompts et plus commodes que ceux cf dont on s’est servy jusques icy; et nous nous sommes cf d’autant plus portés à l’exécution de ce dessein, que cc nous avons compris en mesme temps que le public cf en recevroit beaucoup d’avantage. Ainsi, nous avons (f jetté les yeux sur plusieurs personnes sçavantes , tant cc de nostre royaume que des pays étrangers , pour cf travailler sur ces anciens auteurs de la langue lacf tine , y faisant des notes et des explications qui pus- (f sent en donner l’intelligence sans avoir besoin d’aucc très commentaires ; et dans la distribution qui a esté cf faite de ce travail , nous avons chargé le sieur Cally, cf professeur royal d’éloquence et de philosophie , et cf principal du Collège des Arts en l’Université de cf Caen , des Œuvres de Boêce, touchant la Consolacc tion de la Philosophie , dont il s’est acquitté à nostre cc satisfaction, etc. »
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Chacun des quarante ouvrages de la Collection est précédé d’une épître dédicatoire au Dauphin , où la reconnoissance des gens de lettres , et la louange au Roi et au Dauphin, revêtent toutes les formes et tous les artifices de la latinité la plus raffinée. Qu’en restet-il aujourd’hui ? La reconnoissance est tenue pour adulation , la louange est contestée ; la langue latine ne s’écrit guère et est peu comprise : mais le monument typographique reste debout, pour attester ce que les lettres et l’imprimerie doivent à la munificence de Louis xiv ! 1
Ce Prince ne montra pas moins d’estime pour les imprimeurs que pour l’art typographique lui-même. Une
1 Le plus remarquable des collaborateurs de cette collection , qu’on appeloit les Interprètes Dauphins , est sans contredit la femme qui a écrit en latin les commentaires et les notes des éditions de Florus, de Dictys, d 'Aurelius Victor et d 'Futrope. Elle se nommoit dans-ses livres Anna Tanaquilli Fabri filin, Anne, fdle de Tannegui Le Fèvre. Elle avoit appris le latin à la dérobée , en assistant aux leçons que son père donnoit à son jeune frère, et elle devint la célèbre madame Dacier, en i685. Quelques années auparavant, le duc de Montausier avoit admis André Dacier, le condisciple et futur mari d’Anne Le Fèvre, au nombre des savans chargés de commenter et d’interpréter les auteurs de la Collection du Dauphin. Dans son épître dédicatoire à ce jeune prince, mademoiselle Anne Le Fèvre l’appeloit les « délices du monde », le, tolius or bis dclicias.
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occasion s’étoit offerte de témoigner sa satisfaction particulière pour la fidélité, le zèle et le bon esprit dont le corps des imprimeurs avoit donné souvent des preuves pendant les troubles de Paris; et ce fut Pierre Rocolet, syndic de la communauté, qui reçut une médaille à l’effigie du Roi, accompagnée d’une chaîne en or, « afin que la portant et conservant, dit la lettre signée de la main du Roi , ses enfans fussent conviés à l’imiter, et les autres excités à se rendre dignes de ses autres gratifications. »
C’étoitdans la même intention de soutenir l’éclat et la réputation de l’imprimerie française, et d’entretenir l’émulation des imprimeurs, que le même roi Louis xiv instituoit des imprimeurs royaux par des Lettres-patentes ainsi conçues et motivées 1 :
« Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de « Navarre , à tous ceux qui ces présentes Lettres ver- « ront, Salut :
« Sçavoir faisons que pour le bon et louable rapport « quy nous a esté fait de la personne de Gislain Le- « bel , et pour la pleine confiance , loïauté , suffisance
' Ces Lettres -patentes sont extraites du y3e Registre aux Délibérations de ï E schevinage de la ville d’Amiens, f° 43 v°, et 44 r°. Je les dois à l’obligeante correspondance de M. Dusevel, d’Amiens.
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« et expérience que s’est acquise en l’art d’imprimerie « et librairie, dont il a fait apprentissage quatre ans « entiers et consécutifs en nostre ville de Paris , chez « François Muguet , nostre imprimeur ordinaire , « avant lequel temps il auroit fait touttes ses humani- (( tés et son cours de philosophie , lesquelles raisons « auroient obligées les Premier et Eschevins de nostre u ville d’Amiens de îuy accorder la permission d’y « exercer l’art d’imprimerie et d’y tenir boutique de « libraire , son establissement estant mesme advanta- « geux à nostre ville d’Amiens, comme le tesmoingne « le sieur Lucas de Demain , nostre Conseiller et Sub- « délégué à l’Intendance de nostre province de Picar- « die, etc. ;
« Pour ces causes , et sur l’espérance que nous avons « que ledit Lebel saura bien et dilligemment s’acquit- « ter de ce quy luy sera commis et ordonné pour nostre « service , nous lui avons donné et octroié , donnons « et octroions par ces présentes, signées de nostre « main , la Charge de nostre Imprimeur et Libraire « ordinaire en nostre dite ville d Amiens , pour en « jouir et user par ledit Lebel en nostre dite ville, aux «honneurs, autorité, prérogatives, prééminences, « privilège, franchises, libertés et droits accoustumés « appartenans à ladite Charge, selon et ainsy qu’en
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(( jouissent nos autres Imprimeurs de nostre Roïaulme, u tant qu’il nous plaira.
(( Donné à Saint-Germain en Laye, le sixiesme jour « de mars l’an de grâce mil six cens soixante onze, de « nostre régné le vingt huitiesme.
« Ai ns j signé , LOUIS. »
Après Louis xiv, le duc Philippe d’Orléans, régent, ne sépare pas la typographie de son goût pour les arts. Il fait imprimer à ses frais une édition des Amours de Daphnis et Chloé, traduction d’ Amyot ; et c’est d’après ses dessins mêmes que sont exécutées les gravures qui ornent ce galant volume. C’est en même temps comme un spécimen d’une typographie en décadence, aussi bien que la sculpture, la peinture et l’architecture de l’époque. En 1722, le Régent, informé qu’il manquoit à l’Imprimerie royale des caractères hébreux, en fait graver des poinçons sur quatre corps différens, pour compléter la belle collection des types orientaux.
Dès le treizième jour de son règne après la Régence , le 28 février 1723, Louis xv donne le règlement général de la librairie et imprimerie de Paris, qui comprend et résume toute la législation des temps antérieurs, et maintient la fixation du nombre des impri-
meurs à trente-six. Ce règlement, rendu commun à tout le royaume par arrêt du Conseil du 24 mars 1 y 44 *> est ainsi motivé : « Sa Majesté auroit reconnu que le « règlement (de 1720) renferme toutes les précautions « nécessaires, soit pour porter l’art de V imprimerie à « une plus grande perfection, soit pour prévenir les « abus qui peuvent se commettre dans l’impression ou u dans le commerce des livres, et maintenir les règles « de la police parmi ceux qui exercent la profession u d’imprimeur ou de libraire, etc. » A ce dernier règlement succède un nouvel arrêt du Conseil , qui détermine les rapports qui devront subsister entre l’Université et la communauté des libraires et imprimeurs de Paris. Pour se conformer à l’une des dispositions de cet arrêt , « la communauté , dit Lottin , trouva une occasion naturelle de prouver à l’Université son dévouement respectueux , en députant tous les anciens du corps (au lieu de douze), tant syndics qu’adjoints, à la procession indiquée pour le 1 5 mars 172 5, à l’église des Grands- Augustins. » L’année suivante, le 9 mars,
‘ C’est de ce règlement de 1720, conféré avec les anciennes ordonnances, édits, arrêts et jugemens rendus sur l’imprimerie, qu’a été formé le Code de la Librairie et Imprimerie de Paris, i vol. in -12, 1744) rédigé par Claude Saugrain, libraire-syndic, et imprimé aux dépens de la communauté par Quillau.
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ie recteur de l’Université se rendit à la Chambre syndicale des libraires imprimeurs, pour recevoir le serment de tous les libraires et imprimeurs. Dans cette circonstance solennelle, ce fut Laurent Rondet, imprimeur, adjoint en charge, qui harangua le recteur en latin, et il le fit en très bons termes.
Enfin , comme pour cimenter l’ancienne alliance de l’imprimerie avec l’Université, et pour reconnoître tous les services que son enseignement a rendus aux lettres , nourricières de la typographie , c’est un imprimeur, Jean-Baptiste Coignard troisième du nom,
1 La famille Coignard, l’une des plus renommées de l’imprimerie et de la librairie pour ses grandes et nombreuses entreprises, plus spécialement en livres de dévotion , fut aussi l’une des plus favorisées de la fortune. S’il faut en croire les Mémoires secrets pour servir à l’histoire de la république des Lettres en France (à la date du 2 novembre 1768, tome îv, p. i5o, édit, iu-12, Londres, 1777), « le « sieur Coignard , qui s’est illustré par la fondation d’un prix en faveur « des étudians de l’Université, a laissé dans son coffre-fort quarante « sacs de mille louis d’or chacun, ce qui fait une somme de 960, 000 liv. » J. -B. Coignard, fondateur du prix de l’Université, étoit fds de Jean- Baptiste 11 , qui étoit parvenu à toutes les dignités de la Chambre et du consulat. Comme son père, il étoit imprimeur ordinaire du Roi et de l’Académie française, et fut successivement adjoint, consul et syndic de sa Compagnie. Il mourut dans la charge de secrétaire du Roi, et conservateur des hypothèques, le 3i octobre 1768, après avoir exercé
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qui fonde un prix d’éloquence latine à l’Université en faveur des maîtres-ès-arts , qui ont donné tant de sujets distingués à l’imprimerie; et en 1 747, le août, douze membres de la librairie et de l’imprimerie assistent h la première distribution de ce prix.
Le goût, ou plutôt la mode de cultiver l’imprimerie se propagea beaucoup dans le xviii8 siècle, à l’exemple de Louis xv, pour qui une petite imprimerie avoit été établie dans le palais des Tuileries, sous la direction
l’imprimerie pendant quarante ans. L’éditeur du Livre d’honneur des élèves de l’Université, M. Jarry de Mancy, professeur de l’Académie de Paris, fait observer que la fondation de Coignard n’a pas valu à eet honorable typographe la plus petite mention dans les Dictionnaires biographiques. Mais un contemporain de J.-B. Coignard, auteur d’un poème de l’ Imprimerie , n’avoit pas omis de signaler sa fondation , en proposant son auteur pour modèle aux futurs imprimeurs; et c’est avec plaisir que je transcris ici les rimes qui évoquent le souvenir de l’acte méritoire d’un honorable confrère.
Suivez clans cette arène un modèle parfait.
Dirigeant son essor vers la solide gloire,
Un élève de l’art, au temple de Mémoire S’est ouvert de vos jours un sur et libre accès.
En marchant sur ses pas, jouissez du succès.
Dans le cœur des savans un burin ineffable
Lui grave un nom plus beau , plus grand et plus durable
Que le marbre et l’airain , stériles monumens
'lui tombent tous les jours sous les efforts du temps.
(// Imprimerie, poème, par J. -B. -G. Gillet, 176a, in-8°, p. 34.)
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de J. Collombat La Dauphine, mère de Louis xvi , avoit dans le château de Versailles une imprimerie d’où est sorti un petit volume qui a pour titre : Elévation de cœur à N. S. J. C. ; imprimé de la main de Madame la Dauphine , 1758, in- 16. — Le duc de Bourgogne, frère aîné de Louis xvi, y avoit également une imprimerie en 1760. — La marquise de Pompadour, qui 11e pouvoit pas moins faire que les Princes et les Princesses, se donna le passe-temps d’une petite imprimerie, et la fit placer dans son appartement même à Versailles, où, de ses belles mains, elle a assemblé quelques lettres des vers de Corneille. — O11 sait combien Louis xvi aimoit les arts manuels. Son goût pour la typographie fut dirigé par les soins d’Aug. -Martin Lottin, qui lui enseigna la pratique
' Cette imprimerie fut montée en 1718. Louis xv avoit alors huit ans, et imprima probablement un cahier de ses leçons de géographie, qui parut sous ce titre : Cours des principaux fleuves et rivières, compose' et imprime par Louis xv, en 1718. Paris, dans Y Imprimerie du Cabinet de S. M. ( petit in-4° de 76 pages). — La participation du jeune prince dans l’impression de son livre, comme compositeur et imprimeur, peut rencontrer beaucoup d’incrédules; mais elle n’a rien que de très vraisemblable. J’ai eu souvent l’occasion de procurer à des amis cet exercice de la composition typographique pour leurs jeunes enfans de huit à neuf ans, comme pour les miens mêmes, et j’ai toujours trouvé que cette occupation les intéressoit en les amusant.
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de l’art, du 9 au 21 mars 1766, dans le château de Versailles; et, dans la même année, l’auguste élève, âgé de douze ans, produisit son œuvre typographique, qui a pour titre : Maximes morales et politiques tirées de Télémaque , imprimées par Louis- Auguste , Dauphin , in -8°. Pour tous ces jeunes princes, la presse n’étoit assurément qu’un jouet, dont ils usoient comme font les enfans des armes les plus dangereuses, sans penser à tout le mal qu’elle devoit leur causer un jour î
Ancienneté de plusieurs familles d’imprimeurs. — Le Livre d’honneur de l’imprimerie, et de quelques écrits à sa louange. — Du poème de Claude-Louis Thiboust, intitulé Typographies exceüentia. — Du livre de Dominique Fertel, intitulé la Science pratique de ï Imprimerie. — Confraternité typographique et littéraire de deux fils d’imprimeurs. — Jugement du jury de l’exposition de 1801 sur les productions typographiques de MM. Pierre et Firmin Didot. — Longues carrières typographiques d’anciens imprimeurs. — Leurs portraits gravés. — De l’état actuel de l’imprimerie. — Causes de sa souffrance et de son dépérissement. — Des moyens de la relever et de remédier aux désordres de la profession. — Liste des imprimeurs et libraires parisiens dont les portraits ont été gravés. — Liste générale des imprimeurs de Paris, depuis 1470 jusqu’en 1789. — Liste des trente-six imprimeurs exerçant en 1789,
C’est ainsi que se sont écoulés trois siècles et demi, pendant lesquels l’imprimerie, objet de l’intérêt, de l’attention ou de la curiosité des rois, a été constamment honorée , encouragée et cultivée avec autant d’éclat que d’intelligence. On conçoit qu’une semblable profession dût être recherchée , estimée et conservée dans les familles comme un patrimoine honorable, que l’on prenoit soin de maintenir intact tout au moins, s’il n’étoit pas possible de l’accroître et de l’enrichir. Le père n’avoit pas d’autre pensée que de voir son fils
lui succéder, et le fils que de soutenir dignement le nom de sa maison. Car ces familles bourgeoises de la librairie et de l’imprimerie de Paris comptaient leurs ancêtres par ordre numérique, comme les maisons titrées , et plusieurs avoient plus de deux siècles d’existence. Outre la famille des Estienne, qui prime sur toute l’imprimerie et la librairie, je pourrois en citer beaucoup d’autres avec celles qui suivent : — La maison des Saugrain, originaires de Lyon, libraires à Paris depuis i5g6 , existait encore en 1789; et on a fait de cette famille, dit Lottin, un tableau généalogique qui mérite de servir de modèle à toutes les familles un peu étendues de la librairie. Les Thiboust, qui réunissoient l’imprimerie , la librairie, la gravure et la fonderie des caractères depuis 1 544 » exerçoient encore en 1789. Les Du Puis furent libraires et imprimeurs de 1 53g à 1789. Les Ballard, imprimeurs du Roi pour la musique , dataient de 1 55 1 , et le dernier Ballard mourut imprimeur, il y a seulement quelques années. Les familles Langlois (i55a à 1789), Martin (1573 à 1789), Nyon (i58oà 1789), Cramoisy (i58g à 1709), Coignard, Coustelier, De la Tour, Brunet, De Bure, Joubert, Le Breton, Lambert, Yalleyre , Lottin, étaient des plus anciennes et aussi des plus considérées de la librairie et de l’imprimerie.
La famille Didot, qui date de i6g8, alliée aux Nyon dès cette époque, se trouve aujourd’hui la seule dépositaire de l’illustration de l’ancienne imprimerie de Paris , et la soutient dignement. Mais c’est à peine s'il se trouve actuellement six imprimeurs à Paris qui aient succédé à leurs pères depuis la révolution de 178g.
Si l’ancienneté des familles étoit un titre à la considération commerciale dont jouissoit l’imprimerie et la librairie, la droiture et l’exactitude dans les affaires , l’honnêteté dans les relations, la probité, la fidélité dans les engagemens étoient des titres non moins recommandables à l’estime et à la confiance publiques, dont tout le corps ressentoit les plus heureux effets. Et comme ces qualités étoient encore rehaussées chez la presque totalité des trente-six imprimeurs par une éducation soignée et de bonnes études littéraires, la communauté se trouvoit véritablement dans une position sociale des plus respectables et des plus dignes d’être conservée. L’ordre, l’économie, la surveillance active et personnelle des maîtres dans les ateliers, leur coopération au travail manuel lorsqu’il en étoit besoin, leur procuroient une honnête aisance, et les faisoient estimer et respecter de leurs ouvriers. Les établissemens étoient d’ailleurs proportionnés aux forces
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physiques et intellectuelles des maîtres 1 2 , et l’on ne voyoit pas, comme au temps où nous sommes, des ateliers surchargés d’un énorme matériel, en grande partie oisif, et qui exigeroient une puissance surnaturelle pour être bien dirigés et surveillés. Il est vrai que des travaux certains et réguliers occupoient la plupart des trente-six imprimeurs en titre qui se partageoient les impressions des différens corps de l’Etat et des administrations*, et il leur suffisoit d’un matériel spécial, proportionné à l’importance du service, et approprié à la nature des impressions. C’étoit là
1 Le Breton, imprimeur du Roi, juge-consul, propriétaire de V Almanach royal et de Y Encyclopédie , n’a eu, pendant vingt-quatre ans , qu’un seul homme pour prote , pour commis et pour secrétaire.
2 Avant la révolution de 1789, les imprimeurs étoient chargés des impressions de presque tous les services publics. Indépendamment des imprimeurs en titre du Roi, de la Reine, du Dauphin, des Enfans de France, des Princes et. Princesses de la famille royale, il y avoit les imprimeurs du Clergé, de l’Archevêque , du Chapitre de Paris, delà Faculté de Théologie, des différentes Congrégations, de l’Université, des Académies royales, du Parlement, du Grand-Conseil, du Châtelet, de la Prévôté de l’Hôtel, de la Prévôté de l’Ile-de- France, de la Cour des Aides , de la Ville , de la Police, delà Maison et Bâtimens du Roi , des Fermes, des Postes , du Bailliage, du Palais , de la Connétahlie, de l’Amirauté, des Eaux et Forêts, etc., etc., etc.^ ei l’énumération est loin d’être complète.
DES MAITRES IMPRIMEURS, 4i
certainement la base de la bonne position financière de l’imprimerie de Paris et des provinces, qui permettoit de réaliser une portion de bénéfices, presque toujours absorbée maintenant par le renouvellement ou l’augmentation incessante de nos mobiliers typographiques.
A ces élémens de prospérité et de fixité se joignoient le zèle et l’émulation , et souvent, comme je l’ai dit au début de cet écrit , l’enthousiasme du métier , qui est presque toujours un gage de succès. Cet enthousiasme domine surtout chez les imprimeurs du premier siècle , mais il est presque exclusivement concentré dans l’oeuvre littéraire. Ils utilisent au mieux le mécanisme de l’art tel qu’ils l’ont reçu de ses inventeurs, sans chercher d’autres moyens d’exécution. Seulement quelques-uns, entraînés par limitation, commencoient à préférer les types de forme allemande ; mais le savant Josse Bade, tout imbu des lettres attiques et romaines , ramène les types h leur forme antique; et désormais les graveurs et les fondeurs de Paris, artistes habiles aussi bien qu’érudits , tels que les Colines , les Garamont, les Granjon , les LeBé, les Senlecque , les Thiboust, améliorent à l’envi la taille des caractères romains et italiques, qui furent si long temps recherchés et imités en divers pays.
En 1529, le laborieux artiste Geoffroy Tory, de Bourges, libraire-juré de Paris dès i5i2 , qui s’étoit livré pendant plusieurs années à des essais et à des recherches spéciales sur la forme et la proportion des lettres de l’alphabet, publie son livre du Champ fleary, premier ouvrage didactique sur le dessin , la gravure et la taille des poinçons - ouvrage original , assez souvent bizarre , mais qui montre à quel point l’auteur s’étoit passionné pour son art. Car c’est pour le mettre à la portée de tous les lecteurs, « gens de bonnes lettres ou peuple commun, » qu’il a voulu écrire son livre en français, quand il lui eût été plus facile , dit-il , de l’écrire en latin ; et il étoit tellement convaincu de son utilité, qu’il le regardoit comme une action méritoire. Aussi ne s’est-il pas laissé intimider par les détracteurs que cette nouvelle façon d’écrire en français lui devoit susciter « de trois manières d’hommes : des non sçavans, des moyennement sçavans, et des bien sçavans. »
Le livre du Champ fleary n’a rien à redouter aujourd’hui de ces trois manières de critiques , car on n’en connoît à peu près que le titre , emblème de toutes les beautés naturelles et surnaturelles que l’auteur a découvertes dans les signes de l’alphabet. La marque de Thory est un autre emblème très compliqué qu’il a
pris soin d’expliquer, et dont la pensée, résumée par l’inventeur lui-même, s’adresse à tous les imprimeurs et libraires qui viendront après lui , et que, pour cette raison , nous reproduisons ici dans sa forme primitive :
Yelà ma sus déclarée devise et marque faicte comme je l’ay pensée et imaginée, en y spéculant sens moral, pour en donner aucun bon amonestement aux imprimeurs et libraires de par dezça , à eulx exercer et employer en bonnes inventions et plaisantes exécutions , pour monstrer que leur esperit n’aye toujours esté inutile , mais adonné à faire service aii bien public, en y besoignant, et vivant honnestement.
Geoffroy Thory s’étoit appliqué à établir par des règles mathématiques lesjustes proportions des lettres, leurs formes , hauteur, épaisseur, approche et écartement, « en tenant toujours le nombre des pointz et tours de compas à chascune d’elle requis. » Son livre étoit le seul nécessaire pour prémunir l’imprimerie contre l’altération des types , et il fut le seul entrepris. L’imprimerie fut d’ailleurs admirablement servie par plusieurs générations d’habiles et savans graveurs et fondeurs , pleins de zèle et de goût pour leur art, dont le petit nombre surtout servit également
bien les intérêts pécuniaires des imprimeurs. La gravure des caractères chemina ensuite lentement vers la perfection où elle est parvenue, il y a seulement une vingtaine d’années, sous le burin des deux frères Pierre et Firmin Didot, tous deux imprimeurs, graveurs et fondeurs ; et elle n’a fait que rétrograder depuis cette époque. Quels que soient les caprices et les variations du goût, les types Didot sont et resteront la perfection de l’art.
Ce fut aussi un généreux enthousiasme qui anima presque tous nos imprimeurs du xvie siècle , et notamment Robert et Henri Estienne , dont les travaux typographiques et littéraires semblent dépasser la mesure des forces humaines. Aussi, voyez avec quelle chaleur ce maître Henri Estienne se plaint de l’ignorance de quelques imprimeurs intrus qui compromettoient l’honneur de la typographie française par leur incurie et leur avidité du gain! Yoyez-le, malade et atteint de fièvre tierce et quarte , prendre plaisir à imiter « force beaux traits hardis de la calligraphie grecque, » qu’il fera graver sur buis, pour ceux qui aiment « telles gentillesses 1 . » On ne peut douter que
' Préface du Traite de la conformité du langage françois avec le grec, 156g, in-S".
ces leçons , que ces exemples n’aient excité et entretenu l’émulation parmi les maîtres, et n’aient produit plus d’un excellent typographe.
Dans l’année 168g, l’imprimerie et librairie de Paris eut son Livre d’honneur, ses titres typographiques, recueillis et classés par règne , depuis Louis xi jusqu’à Louis xiv. Le libraire J. de La Caille avoit eu l’heureuse idée de former ces archives de famille, où les maîtres imprimeurs puisoient la connoissance des oeuvres les plus remarquables de leurs aïeux, et une excitation à fournir honorablement la même carrière. En i6g4, un bibliothécaire de Sorbonne, André Chevillier, publia son livre de X Origine de Y Imprimerie de Paris , en un volume in-4°, ouvrage rempli de curieuses instructions sur les commencemens et les progrès de l’art typographique à Paris , et sur les prodigieux travaux de ses premiers imprimeurs. Cent ans après le livre de La Caille, en 178g, l’imprimeur A.-M. Lottin publia des Tables généalogiques de tous les noms qui ont figuré dans la librairie et l’imprimerie depuis 147° jusqu’en 1 788 , et leur nombre s’élève à plus de 4000. Pour faire mieux apprécier l’importance que les imprimeurs attachoient anciennement à leur profession , nous rapporterons les propres paroles de Lottin ; car l’année même où il les écrivoit, ces gé-
nérations anciennes d’imprimeurs s’abîmoient avec le trône, et ceux qui les ont remplacées n’ont pas recueilli ces paroles : « Ce catalogue , dit-il , aura de quoi satis- « faire toutes les familles de la librairie et imprimerie « de Paris , qui aimeront à y trouver la suite de leurs « aïeux, et les différentes branches de leurs généa- (( logies.
« Il offrira le même agrément à plusieurs autres fa - « milles du royaume qui ont pris leur origine dans « la librairie et imprimerie de la capitale. Qu’on me « permette de le dire pour exciter de plus en plus « l’émulation dans notre état : s’il est des noms desti- « nés à ne périr jamais, ce sont ceux des libraires et « des imprimeurs. Quelques-uns ont acquis ce droit « par leur propre mérite, comme nos Estienne , nos « Morel , nos Turnèbe; quelques autres, par leur belle u exécution typographique, tels que nos Vascosan , nos u Léonard, nos Guérin, nos Coignard : ceux-là par « l’importance de leurs entreprises ; par exemple , a lorsqu’ils ont formé des compagnies pour des éditions « de Pères grecs , de Pères latins , de livres de juris- « prudence , de livres liturgiques , et autres grands « corps d’ouvrages.... Chacun de nous doit donc veil- « 1er à transmettre fidèlement aux derniers âges les » caractères distinctifs de son existence, qui se trouve
« si intimement liée à l’histoire de la littérature na- « tionale. »
Entendez-vous, maîtres imprimeurs? jusqu’aux derniers âges ! Quels sont donc les noms, je ne dirai pas dans aucune profession, mais parmi les plus hautes fonctions, charges ou dignités de l’Etat, qui pourroient prétendre à une semblable destinée? Certes, le sentiment si élevé que chaque imprimeur avoit de sa profession a été le premier mobile de l’excellente renommée dont jouissoit l’imprimerie française avant 1789. Tous les établissemens ne furent pas sans doute également recommandables sous les rapports typographiques, surtout dans le xvme siècle; mais il y avoit chez tous les maîtres des connoissances techniques , et un esprit de corps qui leur assuroit un exercice paisible, et sans tache du moins, s’il ne jetoit aucun éclat sur la communauté. Souvent aussi il se rencontroit des hommes enthousiastes de leur art, qui en comprenoient toute l’importance, toute la dignité , et qui ont fait servir leur instruction et leurs presses à en propager le goût et la pratique par leurs écrits , ou à célébrer ses merveilles et ses bienfaits; et il en restoit toujours quelque chose d’utile ou d’honorable pour le corps.
Parmi les imprimeurs qui se sont le plus distingués sous ce rapport , on peut citer en première ligne
Claude-Louis Thiboust, imprimeur-libraire de l’Université, qui étoit en même temps graveur et fondeur de caractères , et très versé dans les langues grecque et latine. Il composa un poème en latin, intitulé Typographies excellentia , et le présenta à l’Académie des Sciences en 169g1. Au mérite de la difficulté litté—
' Le poème de Cl.-L. Thiboust a été imprimé d’abord en huit pages in-4°, en 1699, sans frontispice ni pagination. Il est précédé d’une lettre en prose latine adressée aux membres de l’Académie des Sciences , et encadré dans une requête en vers latins qui commence et termine le chant dans lequel l’auteur décrit les divers procédés de l’art. Il a été réimprimé en 1718 et en 1754, in-8°, avec une traduction. en prose française, texte en regard, faite par Claude-Charles Thiboust, fils de l’auteur, et lui-même imprimeur et littérateur également recommandable. Dans la dédicace au roi Louis xv, qui précède le poème de l’édition in-8°, l’auteur apprécie en ces termes la prééminence de l’imprimerie sur les autres arts : Cum per te ipse cognoveris , non solum Artem nostram cœterarum nobilissimani fatearis , verum ctiam ut ilia in Imperia tua exerceri possit omnibus suis numeris cumulata. « Lorsque Votre Majesté connoîtra par elle-même notre « Art, elle conviendra qu’il n’en est pas de plus noble, ni qui puisse « être exercé avec le plus de distinction dans son Royaume. »
L’épître aux membres de l’Académie des Sciences est intitulée : Eruditissimis Régies Scientiarum Académies sociis , ut in suam Societalem artem typorum cooptent , avec cette variante au titre de la première page du poème in-4°, ai ccetui academico Fusor- Typogra phus-Bibliapola cligatur. Cette épître finit par des considérations sur l’intime alliance des Lettres avec l’Imprimerie, que l’auteur fait valoir
raire 'vaincue, s’allioit dans cette composition une pensée qui montre jusqu’à quel point l’auteur étoit dominé par l’amour de son art. Il fit précéder son poème d’une épître et d’une requête en vers aux membres de l’Académie , pour leur faire comprendre qu’un
avec dignité, et que l’on ne sauroit jamais perdre de vue, si l’on veut exercer l’imprimerie avec quelque distinction. Tanta est inter sicademiam et Typorum artem cognât ia ! Si in mentem vestram revocaveritis quot ex ea præclaras dotes hauseritis , quanta in illam bénéficia contuleritis , quanta ab ilia acceperitis , quantam deniquc ilh venustatem vestro laborc vestraque cura comparaveritis , dubium non est quin vestro cœtui Fusorcm-Typographum- B iblinpolam sitis electuri. « Telle est l’étroite alliance qui unit l’Académie et l’Imprimerie! Si vous vous représentez tout ce que vous y puisez d’avantages et de lumières, tous les biens dont elle vous est redevable, tous ceux que vous recevez d’elle , enfin la perfection que lui ont acquise vos soins et vos travaux; assurément, Messieurs, vous accorderez dans voire Compagnie une place à Y Imprimeur-Libraire-Fondeur. » La description en vers latins du mécanisme de la presse présentait des difficultés que l’auteur a surmontées assez habilement, et pour lesquelles il demande grâce au Roi, en faveur de son zèle : Memincris me in argumenta dijfciliori fuisse versatum , mu/taque mihi apta vcrba defuisse, quod longe ante typographiœ tempora lingua latinaflorucrit. « Ayez égard à la difficulté du sujet que j’ai traité , et à la pénurie des termes propres à l’art dans la langue latine, parvenue à sa perfection bien antérieurement à l’invention de l’imprimerie. » La traduction du fils de l’auteur est ornée du portrait de son père, gravé en tailledouce par J. Daullé.
typographe, c’est-à-dire l’homme qui réunit les qualités de graveur-fondeur-imprimeur et libraire, méritoit d’être élu membre de l’Académie des Sciences. Il appuyoit sa requête sur un perfectionnement qu’il avoit apporté dans la construction de la presse, et qui donnoit plus de netteté et de précision au tirage. Mais les voeux du savant et habile typographe ne furent pas exaucés, et maintenant sans doute ils sont plus loin que jamais d’être réalisés, tant la science des académiciens s’est élevée, tant celle des typographes s’est abaissée.
Depuis sa naissance, l’imprimerie avoit eu de nombreux panégyristes en prose comme en vers , et dans toutes les langues 1 ; mais ce n’étoit que dans les ate-
1 Les deux volumes de Jean-Chrétien Wolf, professeur de poésie et de physique à Hambourg, intitulés Monumenta typographica> contiennent un grand nombre de pièces à la louange de l’imprimerie, dont l’indication se trouve page g5 des tables placées en tête du t. î. Le poème de Cl.-L. Thiboust a été inséré en entier dans le t. u, p. 652 à 643. Les deux volumes du Recueil de Wolf forment ensemble 25 1 4 pages, petit in-8° (Hambourg, 1749). Us contiennent quarantequatre opuscules complets, et environ trois cents morceaux extraits de divers auteurs qui ont écrit sur l’origine , l’excellence et l’abus de l’art typographique. Wolf a dédié son livre aux frères Jean- Jacques et Jacques de Tournes, imprimeurs-libraires à Lyon et à Genève Qund rem Ubrariarn et typographicam prœcipuc insigniter ornant.
liers mêmes qu’on apprenoit à la pratiquer. Les hommes de lettres eux-mêmes, les conseils et souvent les amis de leurs imprimeurs, les visitoient souvent, suivoient avec attention les diverses opérations typographiques, et en prenoient assez de connoissance pour épargner le temps et la peine des travailleurs. Ce ne fut qu’au commencement du xvme siècle qu’il vint dans la pensée d’un imprimeur, qui avoit sans doute beaucoup de loisirs , de composer un livre didactique sur l’imprimerie. Martin-Dominique Fertel, imprimeur à Saint-Omer, publia en 1723 le premier ouvrage 1 de ce genre, sous le titre de la Science pratique de V Imprimerie , contenant des Instructions très faciles pour se perjectionner dans cet art en un volume in -4% avec des planches. Il est fort douteux que ce livre ait jamais atteint le but que l’auteur se
' La préface du livre de Fertel commence par cette phrase : « Il « est surprenant de voir paroître tant d’instructions pour se perfec- « tionner dans les différentes sciences , et de n’en avoir point encore vu « pour celle de l’imprimerie. » D’abord, malgré tout le respect que je professe pour le bon praticien de Saint-Omer, il ne me paroît aucunement surprenant que l’on n’eût pas songé avant lui à faire un livre d’instruction pratique de l’imprimerie, parce que, jusqu’alors, les maîtres, les protes et les ouvriers en savoient tous autant les uns que les autres sur ce point, et que le degré d’instruction, alors tout à l’avantage des maîtres, faisoit la seule différence entre eux, Lorsque
proposoit ; mais ce (pii le rend curieux et instructif aujourd’hui , c’est d’avoir cent vingt ans de date ; c’est son titre même de Science pratique , qui montre comment on considéroit autrefois l’imprimerie ; c’est d’y pouvoir suivre les changemens et accroissemens opérés dans le matériel typographique par les vicissitudes et les caprices du goût, mais sans avantage réel pour le public lettré , et au détriment des imprimeurs. Ce qui distingue du moins l’ouvrage de Fertel de tous ceux qui l’ont suivi , c’est le soin avec lequel il a traité de l’ordonnance et de la disposition des textes , de leurs titres, divisions, subdivisions et accessoires, selon la nature des ouvrages Ces détails dénotent l’intelligence typographique de l’auteur, dirigée vers le but le plus essentiel de l’art, qui est de faciliter l’étude et les recherches, d’aider la mémoire, de répandre la clarté
le nombre des maîtres et des ouvriers eut beaucoup augmenté, il s’en trouva aussi beaucoup plus d’inhabiles; et Fertel, qui eut peut-être à souffrir de leur ignorance, voulut leur donner les moyens de s’instruire avec son livre. Mais un livre ne donne jamais ce qu’il faut pour devenir un bon ouvrier, un habile imprimeur, ni pour se perfectionner dans la typographie. Les meilleurs maîtres de cet art, c’est l’instruction , c’est le goût.
' Les instructions de Fertel sur ces objets occupent les pages à 1 38 de la Science pratique de V Imprimerie , et sont à peine indiquées dans les autres livres du même genre.
dans la distribution des matières, enfin de rendre la lecture d’un livre commode et attrayante. C’est de cette manière surtout que nos anciens maîtres entendoient la pratique de l’imprimerie, ainsi qu’on le trouve exprimé dans un Mémoire rédigé en 1716 par les principaux imprimeurs de Paris. ce Assembler des lettres « de métal, y est-il dit, travailler à une presse, sont à « la vérité des occupations qui dépendent peu des lu- « mières de l’esprit. Mais ce travail n’est point le parce tage de l’imprimeur. Cette mécanique, réservée à « des ouvriers, laisse au directeur des occupations plus « relevées. Le choix des caractères, leur différence cc pour des textes et pour des notes, leur diversité, « leur arrangement et leur proportion, sans parler de cc la correction, produisent ce coup d’oeil qui fait le cc charme du savant curieux, et sont des parties que « la seule possession d’une imprimerie ne procure « point. Pour bien diriger cet ouvrage servile de Pouce vrier, il faut avoir pratiqué et exécuté soi-mème. » Le milieu du xvme siècle, époque d’un grand mouvement littéraire, fut également signalé par le zèle, l’ardeur et l’émulation qui se manifesta dans la typographie. Sa place étoit marquée dans le monument de l’Encyclopédie, et l’article Imprimerie, qui parut en 1765, a voit été rédigé par le prote de Le Breton, im-
primeur de l'Encyclopédie, syndic de la communauté et depuis juge-consul, l’un des hommes qui a le plus honoré le commerce de la librairie par son mérite, sa probité, et l’exemple de la vie la plus laborieuse.
Déjà, depuis quelques années, un artiste doué d’une imagination ardente, d’un esprit actif et pénétrant, opiniâtre au travail, écrivain par circonstance, passionné pour la typographie, excitoit la curiosité du monde savant sur la question des origines typographiques (1759-1761). C’étoit Pierre-Simon Fournier, graveur et fondeur, qui s’étoit fait également remarquer par la fécondité de son burin et par la véhémence de sa plume. Ses observations sur les F indiciœ tfpographicœ de Schœpllin échauffèrent la controverse, et la discussion dégénéra en dispute. L’Imprimerie, sujet de la querelle, n’eut cependant pas à s’en plaindre : elle reçut de nouvelles louanges, de nouveaux hommages, de nouvelles couronnes. Cl. -Charles Thiboust venoit de faire revivre en français le poème de son père, Tjpographiœ excellentia. En 1764, un jeune fils de maître, Prosper Hérissant, enlevé à l’imprimerie par sa passion pour l’étude des sciences, mais plein d’admiration et de respect pour les savans imprimeurs du xvie siècle, qu’il désespéroit de pouvoir jamais égaler, voulut du moins célébrer leur science et
leurs travaux. A peine âgé de dix-neuf ans. Hérissant 1 compose un poème latin sur l’Imprimerie, et c’est sou ami Charles-Jacques Saillant, du même âge que lui , qui h imprime de ses mains.
Les deux poèmes latins de Thiboust et de Hérissant inspirèrent un jeune amateur de la typographie , qui , en 1765, donna aussi un poème de Y Imprimerie , en vers français. Il est du à J. -B. -G. Gillet, et s’il n’a pas le mérite d’une haute poésie, il a du moins celui d’une pensée et d’une intention utiles , dont l’auteur, dans son avertissement, détermine le but en ces ter-
1 La famille Hérissant datoit de 1604 dans la librairie et l’imprimerie, où elle tenoit un rang honorable. Louis-Antoine-Prosper, l’auteur du poème, étoit fds de Jean-Thomas Hérissant, imprimeur du Cabinet du Roi. Il naquit le 27 juillet 1745 , et fit ses études au collège de Dormans-Beauvais, devenu collège de Lisieux en 1767 ; et chaque année il partageoit avec ses frères les prix et les couronnes des concours. Il fut reçu maître-ès-arts en 1764. Son père le destinoit à l’imprimerie; mais un goût irrésistible portoit le jeune Hérissant à l’étude de la médecine. Il y fait allusion dans son poème, qu’il appeloit ses Adieux à l’Imprimerie, en faisant l’éloge de Charles Estienne, qui avoit été docteur-régent de la Faculté de médecine en même temps qu’imprimeur. Il fut reçu bachelier en médecine au commencement de 1768 , et il avoit déjà soutenu deux thèses de physiologie pour la licence, lorsqu’il fut atteint de la petite vérole dans les visites qu’il suivoit à l’Hôtel-Dieu. 11 mourut le 10 août 1769, à l’âge de vingt-quatre ans, après quatre jours de maladie.
mes : « C’est de présenter à ceux qui exercent l’impri- « merie les modèles sur lesquels ils doivent diriger leurs « travaux, et jeter les fondemens de leur réputation. « Quelle analogie, en effet, quelle connexité entre le u savant qui enfante, et l’imprimeur qui fait vivre à « jamais ses heureuses productions ! Cette seule consi- « dération fait la gloire du typographe , et doit l’ani- « mer à se perfectionner. »
C’est dans les mêmes vues que Fournier le jeune avoit conçu le plan d’un Manuel typographique complet dans toutes les parties de l’art, qu’il regardoit comme aussi nécessaire aux hommes de lettres qu’aux imprimeurs. Deux volumes de l’ouvrage, qui devoit en avoir quatre , parurent en 1764; mais la mort de l’auteur, épuisé par le travail, laissa son oeuvre incomplète \
' Pierre-Simon Fournier, né le 1 5 septembre 1712, mourut le 8 octobre 1768. En 1762, il avoit obtenu, par arrêt du Conseil, le titre d’imprimeur surnuméraire, fondé sur les services qu’il avoit rendus à l’imprimerie, par l’invention et l’exécution de difiërens objets relatifs à l’art. En vertu de cet arrêt , qui dérogeoit en sa faveur aux arrêts du Parlement, par lesquels le nombre des imprimeurs de Paris étoit fixé à trente-six , Fournier avoit établi , dans son domicile , rue des Postes , une petite imprimerie qui servit à l’impression de son Manuel typographique. Mais à la mort de l’auteur, les syndic et adjoints de la communauté firent enlever la vis de la presse, pour faire cesser tout
Vers la même époque, Claude-François Simon, imprimeur de la Reine et de l’Archevêque, Chevalier de l’Ordre du Christ , Membre de l’Académie des Arcades de Rome, savant littérateur et imprimeur habile, préparoit un Traité complet de l’Imprimerie , qui n’a point été publié, et que les connoissances classiques de l’auteur rendent d’autant plus regrettable.
Un autre ouvrage encore, qui se rattachoit à l’imprimerie, vit le jour dans l’année 1766. C’étoitle Traité historique et pratique d’un art qui a donné l’essor à la typographie, et qui balança pendant quelque temps ses destinées. L’art de la gravure en bois étoit resté
autre travail dans cette imprimerie tolérée. C’est ce fait qui a été présenté comme une persécution de la Chambre syndicale de l’époque, par l’écrivain d’une brochure sur la Liberté cle /’ Imprimerie , le citoyen Camus, imprimeur de l’an vin. Cependant la Chambre syndicale n’avoit agi que dans les limites de ses attributions, et conformément aux lois et règlemens qui régissoient l’imprimerie; et tout ami de l’ordre n’eût fait qu’approuver la mesure de la Chambre. Dans une autre circonstance , les Citoyens empêchèrent que le directeur de l’Imprimerie royale, Amsson Dupéron, ne fût chargé de l’impression des assignats, quoiqu’un travail de cette nature appartînt bien, de droit et de raison, à l’imprimerie officielle, à l’exclusion de toute autre; mais le tribunal révolutionnaire mit un terme aux justes réclamations de ce directeur. C’est ainsi que les Citoyens, de toutes les époques qui comptent des Citoyens, comprennent le droit, l’équité et la raison.
long-temps un auxiliaire utile et agréable de l’imprimerie, dans les habiles mains des premiers typographes et de ceux du xvie siècle \ Mais le goût et l’usage de cette gravure s’étoient beaucoup affoiblis, soit par l’ infériorité du talent des artistes ou leur découragement, soit par l’impéritie des imprimeurs, qui avoient négligé les soins indispensables à ce genre d’impression. Jean-Michel Papillon essaya, dans son Traité de la Gravure en bois , de réveiller le goût de la xylographie, de stimuler les imprimeurs à mieux traiter ses productions , de leur faire comprendre tous les avantages qu’ils pouvoient en retirer ; et il le tenta vainement. L’exécution typographique du livre , qui « étoit « enrichi , selon l’expression de l’auteur, des plus jolis « morceaux de sa composition et de sa gravure®, « étoit
' « Plusieurs anciennes et belles impressions, dans lesquelles il y a « d’excellentes gravures en bois, prouvent assez que toutes les atten- « tions étoient familières aux premiers imprimeurs, qui ne négli- « geoient rien afin de faire de beaux ouvrages. » (J.-M. Papillon, Traite de la Gravure en bois, t. n , p. 56i.)
’ L’ouvrage de Papillon contient un peu plus de deux cents gravures en bois, lettres grises, fleurons, vignettes, culs-de-lampe, armoiries, attributs, sujets divers ou planches explicatives du mécanisme de la gravure. Dans ce nombre, il s’en trouve seulement quelques-unes de remarquables sous le rapport de l’exécution. Quant au style des compositions, il se ressent du mauvais goût qui étoit celui
elle-même trop défectueuse pour rien oter à la vogue des ornemens de la taille-douce, qui étoient alors généralement prodigués dans les livres. Il y avoit encore une raison pour que le livre de Papillon n’eût pas le succès qu’il s’en promettoit sans doute : c’est qu’il étoit écrit dans un style presque barbare , rempli de détails plus que futiles , et de nature à rebuter les lecteurs les mieux disposés à recevoir ses instructions. L’écrivain avoit manqué au zèle et aux qualités de l’artiste.
U Art de V Imprimerie dans sa véritable intelligence , publié en 1785 par Antoine Castillon, imprimeur, avoit, dans son genre, le même mérite et les mêmes défauts que le Traité de la Gravure en bois , et il devoit avoir la même destinée : il est resté presque ignoré. Mais l’enthousiasme de l’auteur étoit si vrai , ses intentions si louables, ses motifs si désintéressés,
des écoles de Le Moine ou de Boucher à cette époque énervée ; et l’impression en est si mal traitée , qu’on a peine à reconnoître la délicatesse et le fini du travail du graveur. Ce qu’il y a de plus singulier à cet égard, c’est que l’auteur a donné dans son livre même une « instruction pour imprimer proprement les gravures en bois, » et qu’il attribue uniquement à la mauvaise impression le discrédit où étoient tombés les gravures et les graveurs en bois. Le nombre des pièces de l’œuvre de J.-M. Papillon s’élève à plusieurs milliers, dont la collection se vendoit deux louis chez l’auteur.
qu’il mérite une part dans l’estime de tous les amis de la typographie. Et en effet, quoique dénué de toute instruction il n’a pas voulu priver le public du fruit de ses travaux et de son expérience typographiques. k II seroit à souhaiter, dit-il , que tous ceux qui savent « beaucoup dans cette partie en distribuassent quelques « portions à ceux qui n’en savent que très peu. On en- « treverroit par-là que l’état d’imprimeur n’yperdroit « rien , et que le public seroit forcé de rendre hom- (( mage à la vérité, en regardant l’art de l’imprimerie <( comme le premier état du monde. » — « Toutes mes « idées mal conçues , ajoute l’auteur, ne doivent leur « imperfection qu’à la nature, qui ne s’est montrée que « marâtre à mon égard, joignant à cela la privation où
' Le livre de Castillon est rempli de fautes d’orthographe qu’un ouvrier ordinaire à la casse n’auroit pas faites, et qu’on ue peut attribuer qu’à l’auteur-iniprimeur : comme casseauts , plusieurs fois imprimé pour casseaux. On j trouve aussi cette singulière explication du mot proie dans une note de la page 22 : « Proie est le nom que l’on donne à « un ouvrier d’une capacité reconnue, qui lui a mérité le titre de proie, « qu’on nomme en latin proto, qui signifie premier. » L’ouvrage est dédié à M. Armand-Thomas Hué de Miromesnil, chancelier, garde des sceaux de France. «D’après la sagesse de vos jugemens, dit ■< l’auteur, que ne doivent pas attendre ceux qui se perfectionneront « dans un art aussi constamment soutenu , et qui en rempliront les ' fonctions avec fidélité? »
« je suis depuis quelque temps d’exercer les fonctions
de mon état primitif. »
Dans la même année 1 7 B3 ? deux jeunes gens qui appartenoient à l’une des familles les plus considérées de l’imprimerie, nourris de bonnes études classiques, doués des dispositions les plus précieuses pour la typographie, le goût du travail et le désir de se distinguer, entroient ensemble dans la carrière de l’imprimerie. Pierre et Firmin Didot, fils de François-Ambroise, imprimeur, graveur et fondeur en caractères , préludoient par des compositions littéraires à l’exercice d’un art que vingt ans plus tard , par la plus noble rivalité, ils dévoient porter à sa dernière perfection : heureux et habiles artistes , qui ont fait pour la typographie ce que les grands maîtres ont fait pour la peinture, l’architecture et la sculpture : ils ont posé les limites de l’art , au delà et en deçà desquelles il n’y a plus qu’erreur et confusion. C’est dans Y E pitre sur les progrès de V Imprimerie envoyée en 1784 par M. Pierre Didot
1 Cette Épître, imprimée (l’abord en 1784, in-8°, se trouve aussi dans un volume intitulé Essai de Fables nouvelles dédiées au Roi , suivies de Poésies diverses et d’une Epitre sur les progrès de l’Imprimerie , par Didot fils aîné. A Paris, imprimé par Franc.- Ambr. Didot rainé, avec les caractères de Firmin, son second fils. 1786, in-12.
l’ainé au concours de l’Académie française *, que se révèle le sentiment intime de l’art qui dominoit le poètetypographe de vingt-trois ans, lorsqu’il s’écrie :
Eh ! puissé-je à mon tour étendre les progrès D’un art qui de mon père exerça la constance ,
Et qui sut me charmer dès ma plus tendre enfance!
Une explication que donne , sur ces trois vers , M. Pierre Didot, dans une des notes qui suivent YEpître, doit être méditée surtout par ceux qui voudroient se faire imprimeurs moins par goût que par circonstance; et nous ne saurions mieux faire, pour leur instruction, que de la rapporter tout entière : « Il faut attribuer à « une espèce d’enthousiasme et nonàunmotifd’amour- <( propre ce souhait que , sans témérité , je ne pourrois « espérer d’accomplir, parce que j’ai appris sous mon « père à considérer toute l’étendue des connoissances « essentielles à un bon imprimeur. — Un bon imprif( meur, dit-il , doit faire la nuance entre l’homme de « lettres et l’artiste. Il n’est pas nécessaire qu’il soit (( homme de lettres ; il s’occuperoit trop exclusivement « de quelques parties qui auroient plus d’attraits pour « lui , ou qu’il aurait plus étudiées : mais il faut qu’il
' En cette année 1784, le sujet du prix de poésie étoit laissé au choix des concu rrens.
« ait sur presque toutes des notions générales, afin « que les diverses matières contenues dans les ou— « vrages dont on lui confie l’exécution ne lui soient <( pas tout-à-fait étrangères. Il lui importe surtout (( d’être bon grammairien , et il seroit à désirer qu’à « la connoissance de la langue latine, exigée par les « règlemens1, il joignît celle du grec, et de deux ou « trois langues vivantes les plus répandues. Les prin- « cipes de la méchanique doivent lui être assez fami- « liers pour qu’il puisse les appliquer utilement à son « art. Enfin il doit être exercé dans les fonctions ma- « nuelles des ouvriers , afin de les diriger dans leurs « travaux , et de leur indiquer les méthodes les plus « promptes et les plus sûres. » — « Je sens combien « ces connoissances sont au-dessus de mon âge et de « mon expérience, ajoutoit M. Pierre Didot, puisque ((je vois mon père travailler encore tous les jours à « les acquérir. »
Il est vrai que c’est en 1784 c{u’il paroissoit nécessaire de réunir toutes ces qualités et ces connoissances pour exercer honorablement l’imprimerie. Mais les
1 II s’agit des règlemens qui étoient en vigueur en 1 786. On est beaucoup moins exigeant aujourd’hui, car l’administration ne regarde même pas comme indispensable qu’un imprimeur sache lire, et plus d’un breveto s’est bien trouvé de cette opinion.
deux frères Didot, qui les avoient acquises et portées au degré le plus éminent, les fortifièrent encore par une pensée qui les rendit maîtres de l’avenir : « c’étoit, « dit M. Pierre Didot, que les presses étrangères « n’eussent pas la supériorité sur les presses françaises.» Cette pensée , élaborée pendant vingt ans par les deux illustres frères avec une admirable persévérance, à travers des obstacles sans nombre , plaça l’imprimerie française à la hauteur des destinées de l’Empire, et leurs éditions furent proclamées « les plus belles productions typographiques de tous les pays et de tous les âges ' . » On voit, par l’exposé qui vient d’être tracé, quelles ont été les principales raisons de l’estime et de la considération dont jouissoit autrefois l’imprimerie ; combien le zèle et l’émulation héréditaires dans les familles
' Les expressions du Rapport du Jury de l’exposition de 1801 concernent spécialement l’édition du Racine , 5 vol. in-fol., 1801, qui avoit été précédée du Virgile, 2 vol. in-fol., 1798, et de l’ATorace , in-fol., 1799- Firmin Didot avoit gravé les caractères qui ont servi à l’impression de ces beaux volumes, et a nécessairement sa part dans l’éloge du Jury, qui a été ratifié en ces termes par notre sévère et impartial bibliographe, M. Brunet, dans son Manuel du Libraire ; « Cette « édition est le livre le plus magnifique que la typographie d’aucun pays « ait encore produit. » En se montrant toujours très sobre d’ornemens typographiques, M. Pierre Didot est resté fidèle aux préceptes qu’il avoit lui-même tracés dans son E pitre sur les progrès de l’ Imprimerie :
lui donnoient de relie! et d’éclat ; combien encore la protection royale et le patronage des plus hauts fonctionnaires lui prêtoient de force et d’appui contre les vicissitudes du commerce. Les constitutions qui régissoient l’imprimerie et la librairie n’étoient pas moins favorables d’ailleurs aux membres de la communauté qu’au bien de l’Etat. L’ambition des imprimeurs n’étoit pas de faire fortune, mais d’abord d’élever et d’établir honorablement leurs enfans , dont les familles étoient presque toujours bien pourvues ; de parvenir ensuite aux charges et dignités de la Chambre, qui conduisoient souvent à celles de la magistrature consulaire. La vie
et ce n’est pas un des moindres mérites de cet habile et consciencieux éditeur, que d’avoir mis en pratique ces vers écrits dans sa jeunesse :
Luce, dont les poinçons n’ont qu’un foible mérite.
De ses fleurons nombreux nous offre en vain l’élite :
, Tous ces colifichets de notre art sont exclus.,..
Baskerville a senti toutes ces vérités.
11 sembloit que le goût marchât à ses côtés ;
Et de ces vains fleurons il a banni l’usage :
Le simple est du vrai beau la plus parfaite image.
M. Pierre Didot s’est trouvé d’accord dans ces principes d’exclusion des vignettes, fleurons, et autres soi-disant ornemens typographiques, avec son émule de Parme, J. -B. Bodoni, qui les employa très rarement , persuadé qu’il étoit, que le vrai mérite des éditions consiste dans la pureté de l’exécution typographique.
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étoit laborieuse, mais paisible ; les bénéfices de la profession , modestes, mais certains ; et la sécurité de l’avenir faisoit une bonne partie de la richesse du présent. Les mœurs des imprimeurs étoient douces , simples , religieuses , et bienveillantes envers leurs confrères. Elevés dans l’amour de leur art, ils y restoient attachés toute la vie ; et l’on rencontre fréquemment dans les annales de l’imprimerie des exercices typographiques de quarante, cinquante, soixante années, et au delà. Sébastien Nivelle, reçu libraire-juré et imprimeur en i55o, surnommé dans son épitaphe la Perle des Libraires de France , mourut en i6o3 , à quatre-vingts ans, dans sa cinquante-troisième année d’exercice. Sébastien Cramoisy, reçu imprimeur-libraire en 1602, premier directeur de l’Imprimerie royale en 1640, puis échevin, juge-consul, mort en 166g, avoit fourni une carrière typographique de soixante-sept ans. Antoine Vitré, le représentant de la typographie française aux gloires du siècle de Louis xiv, fut soixante-quatre ans imprimeur. De pareils hommes ne rehaussent pas seulement leur profession , ils sont l’honneur et l’exemple du pays. Aussi la plupart des imprimeurs qui ont payé leur dette à la société par de longs et utiles travaux, par la pratique des devoirs et des vertus de leur état, ont-ils reçu une distinction que les familles cher-
choient à rendre aussi durable qu’elle étoit méritée. Leurs portraits étoient peints et gravés par les premiers maîtres de l’époque, et ces portraits figurent aujourd’hui , quel que soit l’abaissement de l’imprimerie, dans les collections publiques et particulières de toutes les illustrations de la science et des arts Enfin, pour que lien 11e manquât à la reconnoissance publique envers ces honorables agens des lettres et de la civilisation, lessavans, les littérateurs, les historiens, les magistrats meme , leur apportoient un tribut d éloges , soit dans leurs propres ouvrages , soit dans les écrits périodiques les plus répandus.
Voilà ce que fut l’ancienne imprimerie de Paris : voyons ce qu elle est maintenant, sans prévention , sans regret du passé, et dans la confiance de l’avenir.
Depuis cinquante ans, les institutions qui la régissoient ont cessé d’exister. La loi du 1 1 mars 179! avoit proclamé toutes les professions libres : il 11e pouvoit y avoir d’exception aux principes qui dominoient à cette époque. Il fallut tout renouveler ou modifier, du moins dans les termes et dans la forme ; car ce qui ne peut
' Voyez ci-après les imprimeurs et libraires parisiens dont les portraits ont été peints par Philippe Champaigne, Van Dyck , Rigaud , Van Loo, Cochin, etc., et gravés par Rousselet, Morin, Poilly, Vermeulen, Duflos , Thomassin , et autres.
recevoir aucune atteinte des hommes, la nature même des choses ne pouvoit être changée. Aussi, après avoir détruit avec ardeur, a-t-il fallu bientôt reconstruire : le régime des privilèges et des abus étoit anéanti, mais cen’étoitpas un régime d’anarchie qui pouvoit préserver l’état social de sa ruine. On a donc successivement réorganisé sur de nouvelles bases , plus ou moins rapprochées des anciennes , les institutions d’ordre et d’intérêt publics, qui sont de première nécessité pour tout gouvernement. Les maîtrises, les jurandes, les privilèges, franchises et immunités étoient proscrits; mais on fut forcé d’apporter des restrictions dans l’exercice de certaines professions, de limiter le nombre de leurs titulaires, qui devinrent, parle fait, de nouveaux privilégiés, pour cause d’utilité publique.
En ce qui touche l’imprimerie, sa destinée a répondu «à l’importance du rôle que, dès son origine, elle a joué dans le monde moral et politique : aucune corporation , sans exception , n’a été aussi maltraitée par les événemens ; car non seulement elle y a perdu tous les avantages que lui donnoît son organisation , distincte de celle des autres corps et métiers , et distincte surtout h raison de ses rapports intimes avec les lettres ; mais, ce qui est beaucoup plus regrettable que certaines prérogatives , elle a perdu l’estime et la consi-
dération qui en faisoient l’une des professions les plus honorées du commerce.
De ce coté sa position n’a pas varié depuis un demisiècle; elle n’a même reçu aucune amélioration ni des temps de paix, ni de l’activité toujours croissante de l’industrie, ni des progrès de l’instruction, ni même de la faveur apparente de la réduction du nombre des titulaires. Deux causes principales expliquent cette position.
La première tient à l’état d’isolement les uns des autres où furent placés sept à huit cents individus qui exercèrent tout à coup l’imprimerie dans la capitale, en l’absence de tous règlemens de police intérieure ou de discipline. La majeure partie de ces imprimeurs, ne pouvant trouver d’aliment que dans un désordre prolongé, n’étoient guère disposés à se rapprocher, et à s’éclairer sur des intérêts qui étoient aussi divisés que les opinions. Près des deux tiers des trente-six anciens imprimeurs, presque tous ruinés, avoient abandonné leurs établissemens ; et leurs successeurs naturels se gardèrent bien de les remplacer. Tous les liens entre les membres de la communauté furent donc rompus, et depuis ce temps ils n’ont pas cessé de l’être. Une profession ainsi exploitée par une multitude de gens dépourvus de connoissances pratiques, sans aucune
instruction, qui ne possédoient pas un denier; qui , du jour au lendemain , ouvroient ateliers et les fermoient de même, pour échapper à leurs créanciers ; une telle profession devoit perdre bientôt crédit et considération; et l’imprimerie, si long-temps honorée , perdit en effet ces deux élémens de prospérité , si précieux pour toutes les branches d’industrie 1 .
La seconde cause, c’est l’abandon dans lequel les divers gouvernemens essayés depuis la révolution de
' Je crois être très réservé dans cet exposé de la situation de l’imprimerie à l’époque de la liberté des presses. Yoici comment la représente P. Catineau La Roche, ancien imprimeur à Paris, auteur d’un écrit étendu sur l’organisation de l’imprimerie, si vivement réclamée sous l’Empire. Cet écrit a été publié en 1807, sous le titre de Réflexions sur la librairie , etc. « Des imprimeurs honnêtes, instruits, « dans l’aisance, intéressés à la tranquillité de l’Etat, attachés à leur « prince et jouissant de la considération publique, voilà le tableau de « l’imprimerie à l’époque de la Révolution. — Alors, dans Paris seu- « lement., mille presses s’élèvent, mille forcenés deviennent impri- « meurs comme par enchantement; ils ébranlent, ils renversent « l’Etat: et combien, dans la confusion générale, sont frappés à mort << par cette même arme qu’ils avoient saisie pour en percer leurs en- « nemis ! N’importe, le nombre des imprimeurs ne diminue pas : de « là la ruine des anciens ; bientôt après la ruine des nouveaux ; de làci l’ignorance , la déconsidération et le mépris qui désolent une pro- « fession autrefois honorée, et qui méritoitde l’être; de là nulle sûreté « pour le commerce, nulle garantie pour les mœurs , pour le gouver- H nement : voilà au juste l’état de l’imprimerie en France. »
1789 jusqu’à celui de l’Empire ont laissé l’imprimerie et la librairie. Car cet oubli a surtout contribué à augmenter le désordre et la confusion de ces deux professions, dont les désastres successifs signaloient de plus en plus la détresse. Chaque gouvernement, tout effrayé du nombre excessif des imprimeries, et des embarras qu elles lui suscitoient , se trouva sans force pour remédier à des abus qu’il étoit contraint de supporter, sous peine d’être accusé d’attenter à la liberté de la presse (qui n’implique cependant pas la liberté des presses, quand un nombre fixé d’établissemens suffit à tous les besoins et même à toutes les profusions de cette avide liberté). Ces gouvernemens étoient peu portés d’ailleurs à faire acte de protection en faveur d’une industrie qui se dégradoit par ses excès, et qui couroit d’elle-même à sa ruine. Cependant, même avant le siècle qui avoit entrepris , pour nous servir d’un terme technique, le remaniement général des institutions, on avoit expérimenté que l’art de l’imprimerie , tout à la fois si utile et si dangereux , étoit de sa nature trop différent des autres arts pour être assimilé aux autres professions industrielles, et soumis aux mêmes lois. A côté des enthousiastes de toutes théories nouvelles , il se rencontre toujours des esprits plus réfléchis, qui cherchent à se rendre compte de
leurs résultats. Les réclamations contre l’état anarchique cîe l’imprimerie commencèrent donc à s’élever de ses rangs mêmes % et se propagèrent bientôt dans toutes les classes de la société. Pendant plus de dix ans ces réclamations ne cessèrent pas de se reproduire ; elles prirent même un caractère de plaintes de la part de ceux qui exerçoient l’imprimerie et la librairie *. On étoit désormais suffisamment instruit, par
‘ Moyen sûr et infaillible de rendre V Imprimerie à son ancienne splendeur et à sa première activité' , par Cailleau ; Paris , an vu (179g). Ce moyen étoit de fixer le nombre des imprimeurs à cinquante, qui auroient payé chacun 10,000 fr., et de rétablir une Chambre syndicale. L’auteur terminoit par cette observation : « Dans l’ancien régime, comme dans tous les gouvernemens abusifs, il existoitdes institutions utiles. » — En 1806, M. Jacob aîné, imprimeur à Orléans, s’exprimoit ainsi dans un écrit intitulé Idées générales sur les causes de l’anéantissement de I Imprimerie , et sur la nécessité de rendre à cette Profession, ainsi qu’à celle de la Librairie, le rang honorable quelles ont toujours tenu l une et l autre parmi les arts libéraux. « La seule et véritable cause des malheurs de l’imprimerie, c’est Y anarchie qui s’est introduite dans cette profession. Les départemens en ont d’autant mieux ressenti les funestes effets, que c’est là principalement que Y ignorance et Y ineptie se montrent avec le plus d’assurance. »
’ De 1799 à 1810, un grand nombre d’écrits furent publiés pour présenter des plans de réforme de l’imprimerie et de la librairie, pour demander des règlemens avec instance; la réduction du nombre des imprimeurs, les uns à cinquante, les autres à quarante; un cautionnement, et le régime des permissions pour les livres. Parmi ces écrits ,
l’expérience et par des calamités sans nombre , que cette industrie de l’imprimerie, en France, a besoin plus qu’aucune autre d’être réglée et mesurée dans son action, et qu’abandonnée à elle-même, elle tomberoit bientôt dans la plus misérable des conditions.
En 1810, par décret du 5 février, le Gouvernement impérial , parvenu à son apogée, et qui avoit assez peu d’estime pour la liberté de la presse , opéra la réduction du nombre des imprimeurs, moyennant indemnité préalable payée par ceux qui étaient conservés; et en même temps il établit la censure et l’impôt du timbre, surchargés d’un directeur-général de la librairie et de l’imprimerie. L’esprit qui avoit dirigé cette réforme n’étoit pas assez bienveillant pour que les imprimeurs eussent lieu de s’en féliciter ; car, avec le système de censure et de timbre sur le papier, le nombre des titu-
il en est un surtout que le nom et le caractère de son auteur rendent particulièrement recommandable. Il est intitulé Mémoire sur le rétablissement de la Communauté des Imprimeurs de Paris, suivi de réflexions sur les contrefaçons en librairie, et sur le stéréotypage ; par M. Stoupf. , imprimeur, ancien juge du Tribunal de commerce. Paris, 1806. Dans la même année, Jacob aîné, imprimeur-libraire à Orléans, plaida la cause des imprimeurs des départemens dans un écrit où se fait remarquer spécialement une rare intelligence de la profession d’imprimeur. C’est la brochure dont le titre est rapporté à la page précédente.
laires restait encore beaucoup trop élevé. Mais la chute précipitée du Gouvernement impérial , en 1814, ouvrit , avec la Restauration , une ère nouvelle à l’imprimerie.
L’on sait combien les dispositions, et bientôt les actes de ce Gouvernement furent hostiles à la presse, qui le lui rendit bien, durs et vexatoires envers les imprimeurs, qui souffroient patiemment. Toute la législation , pendant cette période , présente contre eux une série de pénalités que la révolution de Juillet a oublié d’effacer *. Les années de la Restauration ne pouvoient donc pas être favorables à un rapprochement utile et désirable entre des membres de la communauté. Depuis cette dernière époque, la situation de l’imprimerie a éprouvé de nouvelles atteintes. Dans la perturbation momentanée de l’ordre public, il surgit toujours des espérances chimériques, qui se font tout d’abord une large part de dépouilles et de profit. Dès le lendemain de la révolution de Juillet i83o, au mépris des lois mêmes pour la défense desquelles la population avoit combattu , plusieurs imprimeries
1 L’article 12 de la loi du 21 octobre 1 8 1 4 vaut à lui seul tout un Code pénal : « Le brevet pourra être retiré à tout imprimeur qui aura été convaincu, par un jugement, de contravention aux lois et règle-
mens. »
s’étoient déjà établies; et, quelques jours après, on demandoit à nos législateurs, avec la suppression des brevets, le libre exercice de l’imprimerie. On se retrouvoit presque à 1791. Mais , pour le bien des pétitionnaires , leurs voeux ne furent pas satisfaits. L’autorité se trouvoit donc dès lors appelée à exercer ses plus importantes fonctions , celles de défendre et de protéger des droits acquis, de faire observer la stricte exécution des lois qui régissent l’imprimerie , et de lui donner les règlemens promis. On sait si elle a rempli sa mission.
Cependant, après avoir échoué dans leurs prétentions, les imprimeurs intrus trouvèrent bientôt un expédient pour se soustraire à une loi dont l’action paroît être paralysée. Cet expédient, qui ne pouvoit réussir sans la participation des titulaires, prouveroit, s’il en étoit besoin, combien doit être désespérée la situation d’une industrie qui fournit ainsi des armes contre elle- même. L’autorité connoît certainement toute la gravité de l’abus qui s’est introduit dans l’exercice de l’imprimerie, au moyen des prête-noms. Elle sait que, contrairement à la loi, les établissemens d’imprimeurs marrons 1 sont autant d’ateliers particuliers,
1 On ne comprend pas sous cette dénomination les imprimeurs qui possèdent un autre atelier autorisé hors de leur principal domicile,
entés sur les imprimeries de titulaires; et que le nombre des imprimeurs, fixé à quatre-vingts pour Paris, s’élève, en réalité, à près du double. Les conséquences d’un pareil abus ne peuvent être méconnues de l’administration; et si elle ne prenoit les moyens de le réprimer, l’imprimerie retomberoit inévitablement dans la situation où elle se trouvoit avant le décret du 5 février 1810. De la tolérance des prête-noms et des marrons à l’abolition des brevets, il n’y a qu’un pas.
En tout temps, des abus se sont introduits dans les divers corps d’états, et celui que nous signalons n’est pas nouveau ; mais la répression en étoit promptement opérée par la sévérité des ordonnances sur ce point , et par la surveillance active des imprimeurs eux-mêmes. L’article 11 du règlement de J 723, que l’autorité a su quelquefois remettre en vigueur ’,
comme le nécessitent la plupart des grands journaux. Ces ateliers sont considérés comme des succursales, quand leur matériel appartient aux titulaires.
■ En effet , plusieurs dispositions des anciens règlemens ont été implicitement reproduites dans le décret du 5 février 1810, et autres subséquens. Ce décret, et la loi du 21 octobre 1 8 1 4 , en limitant, l’exercice de la profession d’imprimeur, ont consacré en principe, par une conséquence nécessaire, que cette profession, ainsi limitée, étoit
porte : « Les imprimeurs ou leurs veuves ne prêteront, a leur nom à qui que ce soit pour tenir imprimerie, « à peine de confiscation des imprimeries et de cinq « cents livres d’amende, et de pareille somme contre « ceux qui se seront servis du nom des imprimeurs. » Des ordonnances de police rappeloient fréquemment l’application de cet article, et les imprimeurs jouissoient sans partage du produit légitime de leurs établissemens.
Il ne dépendroit certainement que de l’administration de réparer tous les malheurs de l’imprimerie, et de remettre en honneur cette noble manufacture , comme l’appeloit Estienne Pasquier. Elle doit reconnoître qu’il n’existe aucune profession que l’on puisse assimiler à l’imprimerie, qui participe tout à la fois des lettres, des arts et de l’industrie. C’est à ces titres que , dès sa naissance , elle a été spécialement protégée et encouragée par nos Rois. On a vu que les détails les plus minutieux de la police des ateliers occupoient les soins des ministres et des premiers magistrats du royaume : les heures du travail , le nombre de tirage
une concession du Gouvernement, qui ne pouvoit se passer d’une législation spéciale ; et que cette législation ne se trouvant pas entière dans les lois nouvelles, se complète nécessairement au moyen des anciens règleniens.
en rouge ou noir à rendre chaque jour, pour que la besogne fût faite avec plus de curiosité ; les salaires gradués pour les ouvriers diligens ou paresseux ; tout étoit réglé, selon les époques, par des arrêts de Parlement. Dans tous les temps l’administration s’est efforcée de maintenir l’ordre et la discipline du corps.
Cependant, si par le cours forcé du temps et des événemens l’imprimerie a éprouvé de graves préjudices, il faut reconnoître qu’ils sont dus aussi en partie à l’incurie et, il faut le dire, à l’impéritie de presque tous ceux qui l’ont exercée depuis la dissolution du corps; incurie de leurs intérêts communs, ignorance absolue de la profession*. Ce qui n’a pas varié, c’est l’ingratitude du métier, qui accorde à peine à des tribulations et à des inquiétudes de toute nature et de tous les instans, au travail le plus soutenu et le plus favorisé, une foible indemnité, souvent même compromise. De plus, les charges de la jabrication des livres se sont considérablement accrues sans aucune compensation ; et cet accroissement est d’autant plus funeste qu’il simule à des yeux inexpérimentés une
' On trouve à l’article Maîtres imprimeurs, dans le Manuel typographique de M. A. Frey, ce classement assez juste des titulaires actuels des brevets d’imprimeur : «Des typographes, des imprimeurs, et de « simples propriétaires d’imprimerie. «
sorte (Je prospérité. Avec le matériel d’un établissement d’aujourd’hui , on formeroit trois imprimeries au moins comme celles d’autrefois 1 ; et les bénéfices sont loin d’être dans les mêmes rapports. On a peine à suivre toutes les variations de la forme des types ; leur peu de durée répond aux caprices de leurs formes. Anciennement, c’étoit un jour mémorable dans un atelier quand il y entroit une fonte neuve. Les presses à bras n’ont pas eu plus de fixité que les caractères ; les presses lithographiques sont venues à la traverse pour leur faire concurrence, et l’usage précipité et trop étendu des presses mécaniques a annihilé les profits des. unes et des autres. Si l’on ajoute les dépenses d’un personnel proportionné à l’importance des établissemens , la non-valeur d’une grande partie de matériel nécessairement en repos , le dépérissement des caractères beaucoup plus prompt qu’autrefois, le système des adjudications au rabais appliqué aux impressions , les effets d’une concurrence sans merci , et les pertes fré-
' Avant la révolution de 1789, on ne coraptoit pas plus de deux cents presses à Paris, comme au commencement du xvme siècle. En 1823, il y en avoit neuf cents, y compris l’Imprimerie royale; il y en a plus de quinze cents maintenant (1840), en comptant les presses mécaniques, au nombre de cent cinquante environ, pour cinq presses ordinaires l’une dans l’autre.
quentes, on aura une idée vraie de l’état de gêne et de malaise de l’imprimerie actuelle, et de sa décevante activité.
Si une telle situation devoit rester l’état normal de l’imprimerie, il n’y auroit plus à s’en occuper. Il faudroit seulement, par charité chrétienne, dire à quiconque seroit assez malavisé pour faire choix de cette profession : — « Vous que rien n’oblige à être imprimeur, gardez-vous de le devenir. Si vous possédez quelque pécule, vous aurez beaucoup de mal, et vous l’absorberez bien vite. Si vous n’avez que de l’intelligence,, de l’ardeur au travail, de l’ordre et de l’économie à votre disposition, vous aurez encore plus de mal, et vous ne parviendrez pas en quinze ans à amortir le quart de votre dette, en admettant les chances les plus favorables. Gardez-vous de vous faire imprimeur. Soyez plutôt fabricant de jouets d’enfans; c’est à peu près ce que sont les livres aujourd’hui , et ils vous seront bien mieux payés. Vous ne serez pas d’ailleurs responsable de vos œuvres envers la postérité. » —
Mais l’affaire est beaucoup plus sérieuse pour les quatre mille familles en France qui se trouvent aujourd’hui engagées dans l’imprimerie ou liées à son sort; et c’est cette considération qui ne permet pas
de supposer que le Gouvernement; d’un Roi doué d’une si haute intelligence des affaires et des intérêts publics, reste long-temps encore spectateur de la ruine de la plus noble des industries, sans lui prêter aide et protection; car, nous ne saurions trop le faire entendre, il n’est pas au pouvoir de ceux qui exercent l’imprimerie d’améliorer eux-mêmes leur déplorable situation : ils se trouvent entraînés à en subir toutes les conséquences.
Nous savons tout ce qu’il faut de moyens à l’action dévorante de la presse , à l’activité progressive et aventureuse du commerce. Vous aurez donc des imprimeries h la vapeur, des établissemens à la Cockerill, aux risques et périls des spéculateurs. Il se trouvera toujours dans le nombre de quatre-vingts imprimeurs des hommes entreprenans , prêts à tout hasarder, même ce qu’ils n’ont pas , pour suffire aux plus vastes entreprises industrielles; mais la majeure partie des imprimeurs à Paris, comme dans les départemens , préfèrent de modestes ateliers à la Franklin , et ne désirent aujourd’hui que des travaux honnêtes et durables, pour subvenir aux besoins de leurs familles et des charges publiques, et à l’entretien de leurs établissemens. Ceux qui n’avoient aucune connoissance de la profession lorsqu’ils l’ont embrassée, savent
maintenant par expérience qu’il n’y a rien de plus funeste non seulement à l’art typographique, mais à ceux mêmes à qui on donne le droit de l’exercer, que cette facile concession du titre d’imprimeur, faite sans aucune garantie d’instruction littéraire. Dans cette seule garantie cependant sont comprises toutes les autres, ainsi que l’avenir de l’imprimerie; et il ne dépendroit que du Gouvernement de l’exiger par des règlemens à intervenir, et qui ont été formellement promis dans les lois. C’est en effet sur ce point capital de l’instruction que toutes les opinions ont été unanimes depuis quarante ans : car elle a toujours été présentée comme la base de toute réorganisation de l’imprimerie Ce principe étant admis, le rétablissement de la communauté, l’institution d’une chambre de discipline, quelque nom qu’on veuille lui don-
1 « La perfection de l’art, dit Catineau La Roche dans son projet « de règlement, exige que ceux qui le professent aient de l’instruc- « tion, parce que la considération dont les imprimeurs doivent jouir d en dépend essentiellement. » — M. Jacob aîné , imprimeur d’Orléans, écrivoit., en 1806, sur le même sujet : « Ce n’étoit et ce n’est encore « que par la réunion de conuoissances approfondies dans ces deux « parties (la presse et la composition), et apkès des Études soignées,
« qu’on pouvoit et qu’on peut être à la tête d’une imprimerie ; et sans « ce faisceau de talens, quiconque ose se dire Imprimeur en impose à « sa conscience et trompe le public. »
ner, ne paraîtront pas moins nécessaires à l’imprimerie qu’aux autres professions dont l’exercice est
limité *.
Il est certain que lorsque l’imprimerie sera exercée par des hommes instruits, éclairés, plus rapprochés des gens de lettres par leurs goûts et leurs habitudes,
1 Chaque jour le besoin de remédier au désordre de l’industrie et d’arrêter les progrès du mal se fait sentir de plus en plus. Les économistes les plus accrédités, organes de l’opinion publique, le proclament dans les journaux. On peut consulter à ce sujet un ouvrage récent de M. Félix de La Farelle, intitulé Du Progrès social au profit clés classes populaires non indigentes, 1840 ; et l’article de M. Michel Chevalier sur ce livre, dans lequel se trouvent ces considérations, si dignes de l’attention des dépositaires du pouvoir : « Il faut rétablir les liens entre les hommes qui se livrent aux mêmes travaux; les intérêts homogènes doivent se grouper, s’associer. L’organisation ancienne fournira sous ce rapport des indications précieuses, et il y aura même lieu à lui faire des emprunts. — Chacun verra qu’il seroit possible de concilier l’existence des communautés industrielles avec la liberté du travail. Dans chaque branche de la production, la tendance à se serrer les uns contre les autres commence à se révéler. — Nous en sommes venus à ce point sous la loi de concurrence illimitée, que les accroissemens de la puissance productrice tournent fréquemment contre ceux qui produisent. » — Au lieu de fréquemment , que l’on mette toujours pour l’imprimerie; et de toutes ces paroles de M. Michel Chevalier, il n’en est pas une qui ne semble avoir été écrite pour le soutien de la thèse des imprimeurs, qui depuis plus de trente ans réclament une organisation.
que des spéculateurs de papier noirci , ces imprimeurs ne seront pas tout-à-fait sans influence sur les entreprises de la librairie. On les verra plus réservés à prêter le ministère de leurs presses, plus économes de leurs capitaux personnels ou étrangers, si souvent compromis dans des publications de nulle valeur littéraire; et s’ils ne sont pas assez heureux pour n’imprimer, comme le bon Camusat ', que d’excellens livres, du moins épargneront-ils quelques-uns des plus mauvais au public. Enfin , la confiance et le crédit, qui se portent volontiers sur les industries sages et réglées , reviendront sans peine vers l’imprimerie et la librairie, et seconderont des travaux dirigés vers un but véritablement utile aux sciences, aux lettres et à la société. Et ce n’est pas là de l’utopie , ce sont des résultats doublement acquis à l’ancienne imprimerie de Paris et des provinces , tant par le grand nombre de sujets distingués2 qu’elle devoit à
1 Foyez ci-dessus, page 20.
’ Ce fait, est rappelé d’une manière heureuse dans les premières lignes de la Dédicace du Catalogue des Libraires et des Imprimeurs de Paris, adressée par Lottin l’aîné aux Recteur et Membres du tribunal de l’Université : « Vous offrir, Monseigneur et Messieurs, le Catalogue « des Libraires et Imprimeurs de la capitale, c’est présenter à l’Uni- « versité les noms d’une partie de ses enfans. » — « C’est dans ce Corps
l’Université, que par l’action régulatrice et tempérée des Chambres syndicales* *.
Cependant, dans l’état actuel des choses, malgré le nombre prodigieux de nos écrivains, malgré leur merveilleuse facilité à enfanter des volumes % malgré
« illustre, ajoute en terminant l’imprimeur reconnoissant , que j’ai eu « le bonheur de recevoir l’éducation de ma jeunesse, et de puiser des « principes qui, après m’avoir dirigé dans le cours de ma vie, feront « la consolation de mes derniers ans. »
' Il est nécessaire de distinguer la position respective des imprimeurs et des libraires dans les Chambres syndicales, la part d’influence qu’ils y exerçoient, et la nature de leurs intérêts, pour apprécier à leur juste valeur les reproches que l’on a faits à la Chambre syndicale de Paris. Je me bornerai , quant à présent, à faire observer que lesChambres syndicales étoient composées en majorité de libraires, et que si des abus se commettoient, ils étoient plutôt le fait de l’esprit mercantile et de l’avidité du gain, que celui des imprimeurs. Ceux-ci, intéressés à conserver leui’s prérogatives, leurs avantages, et la considération dont ils jouissoient, refusoient bien leurs presses à l’impression de livres licencieux ou condamnés par les parlemens ; mais des libraires les faisoient fabriquer à l’étranger, et les introduisoient en France sous le couvert même des maîtresses de Louis xv.
* La multiplicité des écrivains (je ne dis pas des bons écrivains) peut être mise encore au nombre des calamités de l’imprimerie, et son influence sur les affaires du commerce de la librairie ne lui est pas moins dommageable. Ceci peut avoir l’air d’un paradoxe, et n’esl qu’une vérité. Les libraires qui font fabriquer de médians livres créent une mauvaise marchandise ; et toute mauvaise marchandise est
SG
l’activité apparente des entreprises de la librairie, et toutes ses combinaisons pour provoquer les acheteurs et accroître la consommation des livres , tous les travaux forcés, indispensables ou accidentels de l’imprimerie de Paris sont dans une disproportion effrayante avec le nombre de quinze cents presses qu’elle tient à la disposition du public. Tous ces travaux ensemble suffisent à peine pour entretenir, régulièrement pendant l’année, six cents presses dans les temps ordinaires, et n’en occuperaient pas trois cents en temps de troubles ou de guerre, à part l’impression des journaux, qui sont un hors-d’œuvre de l’imprimerie.
Il en résulte forcément une concurrence d’autant plus désastreuse entre les imprimeurs , que malgré cette insuffisance de travaux, il leur en faut à tout
un fonds sans valeur, qui par conséquent n’offre aux imprimeurs aucune garantie de leurs avances. Cette observation n’a pas échappé à l’auteur d’un Mémoire sur le rétablissement de la Communauté des Imprimeurs de Paris, le vénérable Stoupe, qui s’exprimoit ainsi en 1806 : « Les entreprises téméraires ont été poussées jusqu’à la dé- « mence, excitées par une multilude de jeunes écrivains qui dédai- « gnent les arts utiles qui exigent du travail , pour se livrer à la litté- « rature qui les désavoue et ne peut les nourrir. Plus de douze cents « romans ont été imprimés, dont la lecture ne peut être supportée « que par nos servantes et les femmes de noS marchés, qui n’en « valoient que mieux lorsqu’elles ne lisoient point. »
prix. Cette déplorable extrémité et ses conséquences ont été prévues et signalées dès le jour où les presses mécaniques ont envahi les ateliers, et qu elles ont été appliquées avec tant d’ irréflexion à toute espèce de labeurs
Mais le mal est fait aujourd’hui, et il ne s’agit pas de détruire les presses mécaniques pour le réparer ; ce seroit leur donner une valeur qu’elles n’ont pas , et qu’elles ne peuvent avoir, de très long-temps au moins. Le seul remède au mal de l’imprimerie, c’est du travail. Mais ce travail est-il quelque part? sans aucun doute, et le Gouvernement le tient dans ses mains.
' Les funestes résultats que l’on voit aujourd'hui de l’emploi immodéré et anticipé des presses mécaniques ont été signalés dès i85o dans un écrit sagement conçu, et qui annonce chez son auteur une expérience très éclairée de la pratique de l’imprimerie. 11 est intitulé Considérations sur l'état actuel de l Imprimerie, et sur l'emploi immodéré des Mécaniques dans les arts industriels, par Emmanuel Ch..., auteur du Tableau des principaux Poètes et Historiens grecs et latins , etc.; Paris, i83o (avant Juillet). Il est certainement bien rare qu’à dix ans de distance des prévisions soient aussi complètement réalisées que l’ont été celles de l’auteur de cet écrit. Le mal y étoit montré au doigt; ses progrès, ses ravages étoient tracés avec autant de tact que de précision; et l’auteur, qui en gémit sans doute, peut se dire avec raison «A quoi servent les conseils? A quoi strt-il d’écrire? »
En i83o, on demandoit à la Chambre des Députés, par l’organe de Benjamin Constant , la suppression des brevets d’imprimeurs; et ou les taxoit de privilège, de monopole. Il a été répondu avec raison que si les brevets sont un privilège, il a été établi et maintenu, non assurément pour l’avantage et la satisfaction d’une classe d’individus, mais dans un intérêt de sûreté et d’ordre public, dont tout gouvernement est responsable envers le pays. Quant au monopole, que ce qui s’étoit passé dans l’imprimerie depuis la réduction du nombre des imprimeurs , par décret impérial du 5 février 1810, prouvoit que le besoin de travail et la concurrence avoient fait baisser les prix et presque annuler les bénéfices, contrairement à l’effet ordinaire des monopoles. On ajoutoit que s’il existait un véritable monopole, c’était celui qu’exerce encore aujourd’hui l’Imprimerie royale, chargée exclusivement des impressions de tous les Ministères et des grandes Administrations, au préjudice des imprimeurs du commerce, qui paient patente et de lourds impôts. Nous avons exposé, il y a déjà trois années, quelques-unes des considérations d’équité et de raison qui dévoient porter le Gouvernement à rendre aux imprimeurs de Paris et des Départemens des travaux qui leur étoient si nécessaires pour soutenir les charges croissantes de leurs établissemens.
Aujourd’hui c’est plus que l’équité et la raison qui les réclament, c’est l’humanité, c’est la détresse d’une industrie qui , après avoir rendu tant et de si grands services au pays, marche incessamment vers sa ruine. Ce que nous de mandons, une Ordonnance nous l’a ôté, une Ordonnance peut nous le rendre. Espérons que cet acte royal, conforme dans ses principes à celui du 1 2 janvier 1820 % ne tardera pas à restituer à l’imprimerie
' Extrait de V Ordonnance du 12 janvier 1820. — « Aux. ier. Le pri- « vilége général d’exécuter toutes les impressions au compte de l’Etat,
« exclusivement attribué à l’Imprimerie royale avant le ier janvier « 1 8 1 5 , demeure supprimé, conformément à l’article 14 de notre or- « donnance du 28 décembre 181 4.
« Art. 2. L’attribution exclusive donnée à l’Imprimerie royale par « l’article 8 de ladite ordonnance ne lui sera conservée que pour ce qui « suit : i°. Le service de notre cabinet et de notre Maison; 20. Celui « de notre Chancellerie et de nos Conseils ; 3°. Les objets qui par leur « nature exigent le secret, ou une garantie particulière, tels que bons « et effets du Trésor, billets de loterie, congés, passe -ports, etc.; « 4°- L’impression et la distribution du Bulletin des Lois.
« Art. 4- Il sera loisible à nos Ministres et aux Chefs d’administra- « tion générale, de s’adresser à l’Imprimerie royale, ou de traiter « avec tout imprimeur du commerce , pour les impressions nécessaires « à leur service.
« Art. 5. Il est interdit à l’Imprimerie royale aucun travail d’im- « pression , soit pour des administrations autres que celles spécifiées à « l’article précédent, soit pour les particuliers , à moins d’une auto- « risation de notre Garde des Sceaux. »
ses plus légitimes travaux. Que de grâces, que de bénédictions accueilleroient cet acte de la protection du Roi , que l’imprimerie jadis n’invoquoit jamais en vain 1 !
Quand une bonne partie des imprimeurs sera pourvue de travaux durables, la position des uns et des autres s’améliorera sensiblement. Chacun apportera tous ses soins, toute son intelligence à exécuter de la manière la plus économique des impressions qui ne réclament pas une grande perfection typographique. Les ateliers reviendront peu à peu à des dimensions mieux proportionnées à la quantité assurée de travail. La concurrence, sans cesser d’agir, deviendra plus clairvoyante, plus modérée; et tous les intérêts y trouveront leur compte, même ceux de la morale publique, que les adjudications au rabais affligent si souvent , comme elles dégradent la Typographie.
1 Quoi que l’on fasse pour affoiblir le respect et les attributions de l’autorité royale, tant qu’elle subsiste dans l’Etat, le Roi n’en est pas moins le principe et la source de toute justice , comme il est le protecteur né de tous les intérêts de la société; c’est ce que le serment du Roi des Pays-Bas formuloit naguère en ces termes : « Je jure de main- « tenir les droits de tous et chacun de mes sujets, et d’employer à la «< conservation et à l’accroissement de la prospérité generale et parti- « culierc , ainsi que le doit un bon Roi , tous les moyens que les lois « mettent à ma disposition. »
Si l’on veut ensuite rendre à cette profession libérale quelque chose de son ancien éclat, entretenir l’émulation du bon et du beau parmi ceux qui l’exercent, la replacer au rang qu’elle occupoit autrefois entre toutes les nations, et, je le dis à regret, qu elle a évidemment perdu, ce sont des encouragemens qu’il lui faut comme aux arts et aux lettres ; et ces encouragemens , dans l’esprit de nos institutions, ne sont autres que des travaux, comme on en distribue aux peintres, aux sculpteurs, aux architectes, aux graveurs. Ce moyen de relever l’imprimerie seroit aussi honorable pour le Gouvernement qu’avantageux au pays, qu’il doteroit de grandes collections de bons et beaux livres ’ ; car la librairie, moins qu’en aucun temps, n’est en état d’en
1 Deux Ministres de l’Instruction publique, M. Guizot et M. de Salvandy, ont récemment, et de leur propre mouvement, confié à des imprimeries particulières l’impression de plusieurs volumes de la Collection des Documents inédits sur l’Histoire de France, publiés par ordre du Roi, et avec les fonds votés par les Chambres. La même décision a été prise par les Ministres qui leur ont succédé, M. Villemain et M. Cousin. La pénurie de travaux où se trouvent forcément des imprimeries qui ne peuvent lutter contre une concurrence à tous prix a fait recevoir l’impression de ces volumes comme un bienfait, dont nous ne saurions exprimer ici trop haut notre reconnoissance envers ces Ministres.
produire de cette nature, parce qu’il ne s’est jamais trouvé en France moins de public pour les acheter.
Nous n’ignorons pas toutefois les obstacles que peut rencontrer l’administration pour améliorer la situation de l’imprimerie, surtout si elle n’est pas secondée par le pouvoir judiciaire : mais du moment où elle aura la force nécessaire pour protéger cette profession et lui donner une organisation régulière, sanctionnée par les lois, l’imprimerie, que nous séparons toujours de la presse, ne tardera pas à recouvrer son ancien lustre; et, au découragement de ceux qui l’exercentdans la capitale et dans les départemens, succédera bientôt, nous en avons l’assurance, une noble rivalité, réellement profitable aux lettres et à l’art typographique.