‹ De la profession d'imprimeur, des maîtres imprimeurs, et de la nécessité actuelle de donner a l'imprimerie les règlemens promis par les loisChapitre 6 sur 22 · DES PLANCHES · texte numérisé non relu

DES PLANCHES

J'ai dit ci-dessus, page 17, qu’il y avoit dans l’imprimerie de Robert Estienne peu de ces ornemens typographiques tant prodigués aujourd’hui dans les livres. Il est bien certain que ces ornemens, adoptés par les premiers imprimeurs à limitation des manuscrits, lorsqu’on les employoit avec réserve , étoient agréables aux yeux , reposoient et soutenoient l’attention du lecteur, suppléoient au petit nombre de caractères, pour marquer les divisions et subdivisions des matières, et facilitoient les recherches dans les textes. L’abus que nous faisons aujourd’hui de ces ornemens produit un effet tout contraire ; ils partagent l’attention , jettent de la confusion dans la mémoire , et , accumulés dans le texte , ils font souvent avorter une réflexion qui se présentoit au lecteur, et qui eût pu lui être profitable. Quel que soit d’ailleurs le talent des dessinateurs et des graveurs en ce genre , quelle que soit la perfection qui ait été obtenue dans l’impression , il est bien certain encore que l’imprimerie actuelle s’est plus que jamais écartée de sa destination toute littéraire et intellectuelle. Elle s’est de plus imposé des dépenses multipliées, et d’autant plus onéreuses, que la voie des illustrations , que j appelleras plutôt des obscurations , en gravures sur bois, en vignettes, en fleurons, lettres ornées, etc., etc., que cette voie, dis-je, n’a point de limites , et que tous ces objets de caprice et de fantaisie , de leur nature même, demandent à être sans cesse augmentés

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et renouvelés , sous peine de mourir comme des éphémères qu’ils sont. L’invention de la lithographie auroit dû , ce semble, préserver l’imprimerie de cet écueil; mais elle s’est engagée avec elle dans une lutte où elle succomberoit nécessairement , si, elle ne reconnoissoit bientôt combien est vaine, illusoire et nuisible à ses intérêts, cette prodigalité de caractères et d’accessoires typographiques où elle s’est laissée entraîner. Mais comme j’aurai l’occasion d’étendre ces observations dans un ouvrage spécialement consacré aux choses de l’imprimerie, je me bornerai à faire remarquer , que sous le rapport même des ornemens , l’ancienne imprimerie n’a pas été surpassée par l’imprimerie moderne; que toutes ces illustrations de lettres ornées, de cadres à vignettes et arabesques , de gravures en bois dans les textes, ne sont que renouvelées de nos anciens maîtres; seulement ils savoient en faire un emploi plus judicieux. Sous le point de vue de l’art , le goût et le style des ornemens typographiques du temps des Estienne ne paroîtront pas sans doute inférieurs à tout ce que l’art moderne a produit de meilleur en ce genre. On en peut juger par les spécimens qui sont présentés ici , et qui ont été tirés des volumes les moins rares du xvie siècle.

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