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quemment remarqués par des observateurs éminents, qui, dans le concert général, ont cru devoir taire leur opinion ou en différer l’expression. C’est à l’expérience acquise à cette époque qu'il y à lieu d'attribuer Îles paroles de M. Velpeau, affirmant la contagion du choléra dans la séance de l’Académie de médecine du 29 mai 4849.
Si l'influence pernicieuse des cholériques sur les autres malades des hôpitaux était niée en France, ou timidement soupçonnée en 1832, il faut reconnaitre qu’en 41865, après l'expérience de 1849 et de 1854, elle a été admise comme évidente par l'immense majorité des médecins des hôpitaux de Paris. Une mesure administrative excellente, malheureusement incomplète, et décidant le placement des cholériques dans des salles particulières, a été prise à la suite d’une conférence dans laquelle la statistique des hôpitaux de Paris pendant les épidémies antérieures a été développée d’une façon lumineuse par le docteur Bucquoy (4).
Le nombre d'individus frappés dans les salles d’hôpitaux a été, en 4849, de 33 pour 400 cholériques venus du dehors, et en 4854, de 44 pour 100. L'hôpital dè la Charité a eu 89 cas intérieurs pour 100 cas externes en 1849, et 94 pour 100 en 4854. |
Des faits semblables ont été observés ailleurs.
A Munich, en 1836, 326 cas de choléra ont été traités à J'hôpital, 106 y avaient éclaté au fur et à mesure de l’arrivée des cholériques de la ville (2).
A Vienne, en 4854, l’entrée de chaque cholérique dans les salles communes déterminait de nouveaux cas (3).
Dans une intéressante relation sur le choléra à l’hôpital mili-
(1) Rapport de M. Bucquoy à la Société de médecine des hôpitaux (Gazette hebdomadaire, 1865, n9 41).
(2) Gietl, cité par Griesinger, Loc. cit.
(3) Haller, Wiener medixinische Wochenschrift, 1854, n° 5,
taire de Kiew (4), le même fait se retrouve encore consigné.
A Strasbourg, le nombre des cas de choléra développés dans l'hôpital (qui compte 200 pensionnaires valides) fut en 1849 de 7 pour 400 pour la population de Fhôpital, et de 4/4 pour Â00 pour celle de la ville ; en 1 854, cette proportion fut encore de 7 pour 400 à l'hôpital, et de 3/4 pour 100 dans la ville (2).
Jusque-là on ne voit que d’une façon éloignée l'influence exercée par les cholériques venus du dehors sur les malades ordinaires d'un hôpital. Mais comme l’état de maladie augmente la réceptivité pour le choléra, il faut répondre à l’ob- Jection de ceux qui ne voudraient voir dans le nombre exceptionnel de malades atteints dans les hôpitaux, que l'effet naturel d’une influence générale s’exerçant sur des sujets particulièrement aptes à en subir le funeste effet.
Cette supposition ne peut résister à l’examen des faits, qui démontrent là, comme partout, la transmission dans un rayon rapproché.
Voici un exemple pris dans le livre si remarquable et qu'on ne saurait trop citer de MM. Briquet et Mignot (3).
Avant le 9 mars 4854, aucun cas de choléra n’avait été signalé dans l’hôpital de la Charité. Le 9 et le 14, deux cholériques, une femme et un homme, sont placés, l’un dans une salle du deuxième étage, l’autre dans une salle du premier étage, les plus aérées de l’hôpital. Du 18 au 19, 8 cas de choléra, dont 6 mortels(les seuls de l'hôpital jusque-là), ont éclaté, et tous les 8 chez des malades placés près de l’un des deux individus venus de la ville. Le 49, 5 nouveaux cas se sont développés dans l’hôpital, 4 dans les salles déjà contaminées, 4 dans une salle plus éloignée, et il n’était encore entré que 2 cholériques de la ville.
(4) De Hübenett, Rapport sur l'épidémie de choléra à l'hôpital militaire de Kiew. Riga, 14850.
(2) Reuss, Le choléra à Strasbourg, 1854 (cité par Griesinger). (3) Briquet et Mignot, Traité du choléra. Paris, 1850.
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Voilà 43 cas vraisemblablement déterminés par 2 malades. Le troisième et le quatrième malade n’arrivèrent du dehors que le 19, après le développement de ces 13 cas intérieurs. La suite de l’histoire du choléra à la Charité, en 1849, est remplie d'exemples analogues.
Je rappellerai encore, à cette occasion, les faits dont j'ai été témoin à l’hôpital de Strasbourg en 1849, et qui sont consignés dans le travail de mon condisciple le docteur Spindler.
On se souvient du mode d’invasion du choléra et de la cause de la formation du premier foyer (maison 26 de la rue des Dentelles). Aucun cas de choléra ou de cholérine ne s'était montré à l’hôpital jusqu’au 28 août : ce jour, 2 cholériques venus de la seule maison infectée de la ville sont placés dans une salle contiguë à l’une de celles qui servaient de logement à des vieillards pensionnaires. Le 2 septembre, l’un d’eux est frappé par le choléra, et jusqu’au 14, de 40 de ces hommes, 24 sont atteints, 16 succombent.
Il serait superflu d’accumuler les faits; le nombre en est grand et le pourrait être encore davantage si tout ce qui est relatif à cette question avait été relaté par des observateurs attentifs et non prévenus.
Ce qui vient d’être rapporté de l’histoire du choléra dans les hôpitaux, en démontrant une fois de plus la transmissibilité, constitue un grave enseignement, et met en relief la nécessité d'isoler les cholériques.
Mode de propagation parmi les troupes et les agglomérations d'hommes en marche.
On conçoit combien il est difficile de découvrir l'enchaînement précis de faits de ce genre, qui rarement ont trouvé leur historien. J’ai cherché cependant à savoir quelle a été la rapidité de l’invasion dans les cas où le choléra s’est déclaré avec cette épouvantable énergie qui souvent, en peu de jours, a
coûté la vie à des milliers d'hommes. Dans les faits que j'ai pu étudier, l'invasion a été progressive.
Voici ce qui est relatif au choléra qui s’est développé dans le corps expéditionnaire de la Dobrudscha, qui perdit près de 2000 hommes du 21 juillet au 10 août 1854; les cas nombreux ne se déclarèrent que le 26 juillet : 4953 hommes de la première division furent frappés depuis ce jour jusqu’au 10 août; mais, dès le 21, des cas isolés de choléra avaient été signalés. La colonne avait quitté le 20 Varna, où le choléra sévissait depuis huit jours (4).
Le choléra n’a donc pas été rencontré; il a été emporté, et n’a frappé si fort et si vite que parce que la fatigue et d’autres circonstances avaient créé un terrain particulièrement préparé.
Transmission par la cholérine.
Nous avons établi que le cholérique pouvait donner le choléra. Ce qu'il faut démontrer maintenant c’est qu'il peut en être de même pour la cholérine. Ce fait est, du reste, tout naturel, et en tout semblable à la filiation entre elles des fièvres éruptives graves et légères.
Les faits qui peuvent être invoqués à l’appui de cette vérité sont nombreux.
Pendant l'épidémie de 1849, un soldat atteint de diarrhée cholériforme, et venant de Paris, arrive chez ses parents dans un petit village à 25 kilomètres d'Amiens, et dans lequel aucun cas de choléra n’avait été remarqué; on le couche et on Île soigne. Quatre personnes de sa famille et deux voisins sont atteints du choléra peu de jours après l’arrivée de cet homme, qui n’eut qu'une cholérine. Sur ces six personnes, quatre suc-
combèrent (2).
(1) Scrive, Loc. cit., p. 78.
(2) Docteur Alexandre (d'Amiens), Gaxette médicale de Paris, 1849, p. 324.
Hope
Le 24 septembre 1854, on place à l’infirmerie de la prison de Diebourg un jeune vagabond atteint de diarrhée depuis einq jours. Il avait fait à pied une longue route, et avait déjà été traité dans un pénitencier qui se trouvait sur son chemin. Jusqu'au jour de son arrivée, aucun cas de choléra n’avait été remarqué dans la prison. Des vomissements vinrent se joindre à la diarrhée chez le nouvel arrivant, sans que cependant d’autres phénomènes cholériques apparussent. Il fut placé à l’infirmerie qu’il quitta complétement remis le 42 septembre.
Il avait occupé une petite salle en commun avec'six prisonniers atteints de phthisie et d’affections traumatiques.
Le 29 septembre, cinq jours après son arrivée, un premier prisonnier placé dans cette chambre est atteint du choléra ; le 30 un second, et le 3 octobre un troisième. Les deux premiers moururent rapidement. Les cas se multiplièrent ensuite dans la prison, et sur 249 prisonniers, hommes et femmes, il y eut du 30 septembre au 8 octobre 36 cholérines et 31 cas de choléra, dont 25 mortels. Un seul habitant de la ville, le mari d’une des femmes qui furent employées à la lessive du linge des cholériques, fut atteint du choléra et succomba (1).
Le premier cas de choléra, en 1854, fut signalé à Munich le 29 juillet. Le premier sujet atteint avait de la diarrhée depuis huit jours. Depuis le 47 juillet, le médecin chargé du service sanitaire des gardiens préposés à la grande exposition industrielle, et qui étaient au nombre de 500, remarqua que parmi ceux-ci un grand nombre étaient atteints de diarrhée ; le 25 juillet, 25 étaient hors de service, et tous les jours le chiffre en augmentait; il n’y eut qu’un petit nombre de ces hommes qui, depuis le 28 juillet jusqu’à la fin d’août, en furent exempts; 11 moururent du choléra.
M. Petenkoffer a recherché l'influence qu'avaient pu exer-
(1) Goering, Le choléra dans la prison de Diebourg (Deutsche Klinik, n°* 11 et12, 1855).