‹ De la properiete--Chapitre 22 sur 47 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

DU SOCIALIS.^E.

Que les adversaires de la propriété, n^osant pas toujours la nier absolument, ont aboiui, pour en corriger les effets, à divers systèmes, qui sont rASSOGiATiON , la RÉCIPRO- CITÉ , le DROIT AU TRATAIL.

Les adversaires de la propriété dans ce temps-ci ne Toot pas tous attaquée directement. Plusieurs d'entre eux, n'osant pas la nier d'une manière absolue, se sont bornés k cbercher et k proposer les moyens de corriger ce qu'ils appellent ses fâcheux effets, comme si une institution sainte et sacrée, qui n'est autre chose que le développement libre , illimité des facultés humaines, produisant ce qu'elles peuvent produire, tanlôt la richesse, tantôt la médiocrité, tantôt l'indigence, exactement semblable sous ce rapport k la végétation des forêts, dans lesquelles k côté d'un arbre faible, ou jeune, ou placé sur un mauvais sol, s'en trouve un autre, moyen, beau ou superbe, comme si

une institution pareille, qui n'est que la nature ellemême obéie et respectée, avait besoin d'excuses et de correctifs. Aussi ces correcteurs de la Providence sont-ils arrivés k des découvertes dignes du but qu'ils se proposaient.

La première chose et la plus sensée qu'ils aient faite, a été de s'attaquer entre eux fort vivement, de déverser le mépris sur le système les uns des autres , de se ruer, sous le titre déguisé de socialistes, sur les communistes eux-^mémes, adversaires plus conséquents de la propriété, et pas plus déraisonnables, k mon avis, que ceux qui s'appellent socialistes. Car après tout, la propriété contestée, ils vont aux conséquences nécessaires, et placent l'homme dans l'état où il doit être quand on a nié le tien et le mien, dans la communauté complète de toutes les jouissances physiques et morales. Quoi qu'il en soit, les socialistes traitant les communistes fort rudement, et, je le répète, de manière k inspirer peu de considération pour leur propre logique, ont chacun de leur côté imaginé des moyens de corriger les effets de la pro*^ priété , plus ridiculed peut-être en voulant être moins repoussants. Ces moyens %oni Y oisociation, la rédprùcUé^ le droit au travail. Assurément le communisme est une grande et capitale folie, car il consiste k trai-^ ter l'homme comme iin animal ^ a le nourrir, k le feire vivre , comme dans un chenil un grand seigneur fait vivre ses chiens, qu'il aimé d'ailleuri et ne veut pas retidre malheureux, mais qu'il fait manger, sortir, courir, rentrer, pulluler an signal de son sifflet, qui

est sifflet par on bout et fouet par l'antre. Maïs enfin une fois qu'on a nié à l'homme son existence distincte, en lui contestant le fruit personnel de son travail, que reste-t-il k faire, sinon de le fondre dans le tout, dans la communauté? Lui laisser un chez-êoi pour qu'il y amasse , et commette le crime d'économie ; lui laisser une famille pour quHl ait le supplice de Taimer sans pouvoir rien pour elle, serait la plus grande des inconséquences. Le système est absurde, je le sais , mais au moins il a le spécieux qui consiste dans la conséquence. On crée un monstre, mais les membres de ce monstre s'ajustent les uns aux autres. Que dire au contraire de ceux qui en ne voulant pas de ce qu'ils appellent les monstruosités du communisme , en laissant exister la vieille société, essayent d'en changer telles ou telles parties , de leur en substituer d'autres qui ne vont pas avec les anciennes, et composent ainsi le plus incohérent assemblage qui se puisse imaginer ?

On va voir au simple exposé des systèmes, si ce jugement est trop sévère.

Les socialistes admettent la propriété, disent-ils, mais suivftnt eux le capital est un tyran, il ne veut pas se donner au travailleur, ou bien se donne k des conditions cruelles, et telles que le travailleur ne peut pas vivre. U y a de plus entre les hommes une concurrencé effroyable. La société est un coupe-gorge, dans lequel on cherche a se détniire les uns les autres, à forc^ de vouloir rivaliser. Une machine nouvelle destinée h faciliter le travail ^ a le rendre plus

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fécond , moins coûteux , devient une arme dont on se sert pour détruire ses rivaux industriels. On se fait ainsi une concurrence de bon marché, qui rend la condition des travailleurs insupportable. Il faut, disent certains socialistes, associer les travailleurs entre eux : associés, ils auront le moyen d'obtenir le capital qui se refirse k eux, de lui tenir tête, de ne pas se laisser opprimer par ses exigences. En outre ils se concerteront, et mettront un terme k cette guerre cruelle de la concurrence, en ne produisant que suivant des quantités et des prix convenus. Deux choses alors cesseront en même temps : la tyrannie du capital et la guerre fratricide de la concurrence. Tel est le système de Tassocialion.

Non, dit un autre *, abolir la concurrence est une chimère , car la concurrence c'est la vie même. Les hommes ne peuvent travailler sans se faire concurrence , car il est impossible qu'ils ne cherchent pas à faire chacun de leur mieux, et dès lors qu'ils ne rivalisent, même sans le vouloir, les uns avec les autres. Le capital ne se donnerait pas plus k des ouvriers associés qu'k des ouvriers isolés. Le mal est ailleurs, et le remède aussi. Les capitaux se résument dans le numéraire , dans l'or. G^est l'or qui se refuse k qui en a besoin pour vivre et pour travailler. C'est donc l'or qui est le coupable. Punissez-le en le supprimant. Créez un moyen direct d'échange k l'aide d'une banque dont le papier accordé k tout homme qui voudra produire, ne lui manquera pas comme l'or, et il en résultera k l'instant même un phénomène prodigieux

de prodaction et de coosommatioD , car il est bien certain que tout homme veat consommer, consommer sans mesure. Il y aura dès lors dans les appétits humains certitude d'une consommation infinie, et certitude aussi d*un débouché infini pour le travail. On aura donné aux facultés humaines un essor immense, en mettant en rapport direct la faculté de produire et la faculté de consommer, en supprimant le seul obstacle qui s'interposât entre elles, c'est-à-dire l'or. Si de plus on réduit tous les salaires, tous les revenus de capitaux , on ajoutera encore à la facilité de vivre, par la diminution de toutes les valeurs. Le bonheur sera trouvé, si le bonheur est de ce monde, et s'il consiste en effet à beaucoup travailler, à beaucoup consommer, k beaucoup vivre ! Il sera trouvé sans contredit. Ce second système est celui de la réciprocité.

Autre chimère! dit un troisième. Association, suppression de la concurrence, abolition du numéraire, tout cela se vaut. On ne peut pas plus supprimer la concurrence que la momiaie, intermédiaire obligé des échanges. Il y a un seul moyen de faire cesser les souffrances sociales, un seul, qui est direct, certain, point ruineux , point attentatoire k la propriété , telle que les hommes l'entendent, c'est le droit au travail. N'est-il pas vrai que dans l'élat actuel de la société , les capitaux appartenant aux capitalistes, qui, k leur volonté, les prêtent ou ne les prêtent pas, la terre aux propriétaires de biens-fonds, qui, k leur volonté encore, les afferment ou ne les afferment pas, il résulte

de cette concentration en certaines mains de toutes ehoses , refusées souvent par ceux qui les détiennent à ceux qui en ont besoin , que beaucoup de bras restent sans emploi ? Le remède n'est-il pas dès lors in-^ diqué? C'est que la société garantisse le travail à ceux qui en manquent , et se charge de leur en pro« curer. A cette condition, que la propriété soit une institution légitime ou non^ ses effets les plus fôcheux seront corrigés, puisquele cas arrivant où les possesseurs de capitaux mobiliers ou immobiliers refuseraient l'argent k ceux-ci , la terre k ceux^lk , il y aurait un capitaliste ou un propriétaire tout trouvé, qui serait l'État, et quis assurerait de l'emploi k qui en manquerait. Il est certain, en effet, que moyennant un capitaliste universel qui aurait toujours de l'argent, des commandes, des fermes k offrir, la question serait résolue. Le bonheur social serait encore une fois assuré ! Ce troisiième système est celui du droit au travail .

Tels sont les trois systèmes qui après le cofnnwnHim, se présentent aujourd'hui aux espérances de l'humanité. Us composent dans son entier cette science plus modérée en apparence, qui, sous le titre de «ocin/iitnei affecte de ménager la propriété. Je vais dans les cba^ pitres suivants examiner les trois systèmes qu'elle a proposés, et prouver, je l'espère, que Yasêockum, là réciprocité^ le tbroit au travail, valent te commuiiJim^SOUB le rapport du principe , et ne le valent paë sous le rapport de la conséquence.

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