‹ De la propriété et de ses formes primitives (volume 2)Chapitre 15 sur 85 · ECKARD. Russlands l'dndliche Zust'ànde · texte numérisé non relu

ECKARD. Russlands l'dndliche Zust'ànde

La maison, le jardin, les instruments aratoires, le bétail, les récoltes, les meubles de toute nature demeurent la propriété collective de tous les membres de la famille. Nul ne pense à en réclamer une part individuelle. A la mort du père de famille, Tautorité et Tadministration passent à Tainé de la maison : dans certains districts, ^u fils aîné, dans d'autres au frère aîné du défunt, pourvu quMl habite la môme maison. Ailleurs encore ce sont les membres de la famille qui choi* sissent le nouveau chef. S'il ne reste que des mineurs, un parent vient s'établir avec eux et devient alors co-propriétaire.

Quand après décès un partage a lieu, ce qui est moins rare qu autrefois, il se fait, non suivant les degrés de parenté, mais par tète de mâle adulte habitant la maison. Un orphelin ne peut succéder par représentation de son père, et ceux qui ont quitté la demeure paternelle n'héritent pas. Les femmes restent confiées aux soins de l'une ou Tautre des sections de la famille, et elles reçoivent une dot à leur mariage.

Dans le nord, la maison est dévolue à Tainé. Dans le midi, c'est le plus jeune fils qui en hérite, parce qu'ordinairement on a créé un établissement séparé pour le fils aîné pendant la vie da père. Ce qui donne donc le droit à hériter, ce n'est pas le sang, la descendance, c'est un titre plus effectif, la coopération au travail qui a produit les biens qu'il s'agit de partager. L'oncle, le neveu, le cousin adultes, ont travaillé de même ; ils auront une part égale. La jeune fille, l'enfant^ n'ont encore contribué en rien à la production; il sera pourvu à leurs besoins, mais ils n'ont aucun droit à une part de l'hérédité.

Dans la famille comme dans l'État russe, Tidée d'autorité et de puissance se confond avec celle de l'âge et de la paternité. Le mot starosta signifie « le vieux, » le mot stharshina

en est le comparatif, c plus vieux. » L'empereur est « le père, » — « le petit père. » C'est le vrai principe du régime patriarcal.

Depuis rémancipation, Tancienne famille patriarcale tend à se dissoudre. Le sentiment de l'indépendance individuelle la mine et la détruit. Les jeunes gens n'obéissent plus à « l'ancien, j» Les femmes se querellent à propos de la tâche qu'elles ont à faire. Le fils marié veut avoir sa demeure à lui ; comme il peut réclamer une part de la terre, et que le paysan russe se construit bientôt une demeure de bois qu'il façonne, la hache à la main, avec une habileté merveilleuse, chaque couple s'établit à part.

La dissolution de la famille patriarcale entraînera peutêtre celle de la communauté de village, parce que c'est dans l'union du foyer domestique que se développent ces habitudes de fraternité, ce détachement de Tintérèt individuel, ces sentiments communistes qui maintiennent la propriété collective du mir. Autrefois, le moyen employé pour briser les résistances des mauvaises têtes ou pour se débarrasser des paresseux incorrigibles consistait à les livrer à la conscription. Les pères de famille, d'accord avec le starosta, purgeaient ainsi la commune des récalcitrants. C'est l'habitude de se soumettre à l'autorité despotique du père qui a donné au peuple russe cet esprit d* obéissance, d'abnégation et de douceur, qui le caractérise.

Quel contraste entre le Russe et l'Américain I Celui-ci, avide de changement et de mouvement, âpre au gain, toujours mécontent de son sort, toujours en quête de nouveautés, affranchi de l'autorité paternelle dès ses plus jeunes années, habitué à ne compter que sur lui-môme et n'obéissant qu'à la loi, qu'il a contribué à faire, type achevé de l'individualisme; le Russe au contraire, résigné à sa destinée, attaché aux traditions anciennes, toujours prêt à obéir aux ordres

de ses supérieurs) rempli de vénération pour ses prêtres et pour son empereur, content de son existence, qu'il ne cher^ che pas à améliorer, et en somme plus heureux peut-être et plus gai que l'entreprenant et mobile Yankee, au milieu de ses richesses et de ses progrès.

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