‹ De la propriété et de ses formes primitives (volume 2)Chapitre 3 sur 85 · PRÉFACE V · texte numérisé non relu

PRÉFACE V

l'égalité politique que Ton décrète, tel est le redoutable problème que nos sociétés ont à résoudre sous peine de périr comme les sociétés antiques.

La démocratie nous conduit aux abîmes, s'écrient les conservateurs, et ils ont raison. Ou vous établirez un partage plus équitable des biens et des produits, ou la démocratie aboutira fatalement au despotisme et à la décadence, à travers une série de luttes sociales dont les horreurs commises à Paris en 1871 peuvent donner un avant-goût.

Inspirés par l'esprit chrétien, vous proclamez avec une folle imprévoyance tous les hommes égaux en droit, et effectivement vous accordez à tous le suffrage, ce qui permet aux masses de nommer les législateurs et ainsi de faire les lois. En ^ême temps les économistes leur répètent que toute propriété vient du travail, et cependant elles voient que, sous l'empire des institutions actuelles, ceux qui travaillent n'ont point de propriété et gagnent à peine de quoi subsister, tandis que ceux qui ne travaillent pas vivent dans l'opulence et possèdent la terre. Les premiers formant la grande majorité, comment les empêcher d'employer un jour la prépondérance dont ils disposent pour essayer de changer les lois qui président à la distribution de la richesse de façon à mettre en pratique la parole de saint Paul : « qui non laborai nec manducet » ?

La destinée des démocraties modernes est écrite d'avance dans l'histoire des démocraties antiques. C'est la lutte des riches et des pauvres qui les a perdues comme elle nous perdra si on n'y prend garde. En Grèce aussi on avait

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accordé à tous les citoyens des droits égaux . Seulement les législateurs anciens avaient reconnu cette vérité fondamentale répétée constamment par Aristote, que la liberté et la démocratie ne peuvent subsister sans l'égalité des conditions. Pour maintenir cette égalité ils avaient eu recours à toutes sortes d'expédients : inaliénabilité des patrimoines, limitation du droit de succession, maintien de la propriété collective pour les forêts et les pâturages, banquets publics où tous venaient s'asseoir, les sussiliael les copis dont il est si souvent question dans les auteurs anciens. Comme on le sait, toutes ces précautions n'empêcbérent point les progrès de l'inégalité; et alors la lutte sociale commença, mettant aux prises deux classes presque aussi séparées d'intérêts que deux peuples rivaux, exactement comme en France et en Allemagne aujourd'hui . Ecoutez cette grave parole de Platon {de la Rép.f liv. IV) : c Chacun des États grecs n'est pas un, mais il renferme pour le moins deux États; l'un composé de riches, l'autre de pauvres. »

Les pauvres jouissant des droits politiques, voulurent s'en servir pour établir l'égalité ; tantôt on mettait tous les impôts à la charge des riches, tantôt on confisquait leurs biens 04 les condamnant à mort ou à l'exil; souvent on abolissait les dettes et parfois on allait même jusqu'à refaire un partage égal de toutes les propriétés. Les riches naturellement se défendaient par tous les moyens, même par les armes. De là des guerres sociales constantes. Polybe résume cette lamentable histoire en un mot : € Dans toute guerre civile, il s'agit de déplacer les fortunes. >» — « Les cités grecques, dit

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