‹ De la propriété et de ses formes primitives (volume 2)Chapitre 54 sur 85 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les Romains, ayant franchi les deux étapes successives de la communauté de village et de la communauté de famille» fondèrent, les premiers, la propriété foncière, individuelle, exclusive ; et les principes qu*ils adoptèrent en cette matière servent encore de base à nos lois civiles. Mais à peine la propriété quiritaire est-elle établie, qu'elle menace l'existence des institutions démocratiques et la République, par sa puissance d'accaparement. C'est en vain qu'on tente d'y mettre des bornes : la grande propriété dévore la petite. Au fond, l'histoire économique de Rome n'est que le tableau de la lutte contre les envahissements de la propriété quiritaire ^

Les philosophes et les législateurs de l'antiquité savaient très-bien, par expérience, que la liberté et l'égalité politiques ne peuvent subsister qu'appuyées sur l'égalité des conditions. La Politique d*Aristote énumère une quantité de

1. Voir un essai intéressant de G. Arendt, Du rrgime de la propriété territoriale^ considéré dans ses rapports avec le mouvement politique, — Choix de mémoires de la société littéraire de l'Université catholique de Louvain, 2, III.

i>^ ÎM KOKMKS PRIMITIVES DE LA PROPRIÉTÉ

§fifjY^n% ernployéM par les Grecs pour conserver celle-ci. T»rit//t on limite le maximum des terres qu'un citoyen peut pi^m^AHff UuUâ on déclare les propriétés inaliénables afin à!éMï\tMutr leur accaparement, tantôt on tempère la propr»^t>6 individuelle par des repas communs où tous sont fiourriK; c'eHt une lutte perpétuelle contre Tinégalité. c L'i- « néj^alité, dit admirablement Ariatote, est la source de toutes u leii révolutions ^ » D'après Bôckh, c'e^t la guerre entre les riches et les pauvres qui a perdu la Grèce ^. Tant que la propriété foncière avait conservé son caractère collectif, Tégalité résultait du partage périodique, comme nous le voyons encore aujourd'hui en Russie. C'était là Tâge d'or dont les anciens avaient conservé le souvenir et qui était resté leur idéal. Même plus tard, quand les familles vivaient chacune sur un patrimoine commun, indivisible et inaUénable, comme en Judée ou dans la Grèce et lltalie anciennes, au temps où la gens^ le ysvoç conservait son caractère primitif, Tinégalité était limitée. Mais à Rome, lorsque se développa la propriété quiritaire, c'est-à-dire personnelle, exclusive et susceptible d un agrandissement indéfini, on ne prit aucune des précautions imaginées par les Grecs pour en borner l'extension ; et, au contraire, la conquête de territoires nouveaux lui offrit sans cesse de plus vastes domaines où elle put s'étendre. Ainsi grandit l'inégalité qui perdit la République d'abord, tout le monde romain ensuite. Nous résumerons rapidement les tentatives faites pour en arrêter les progrès. Romulus partage le territoire entre les trois tribus. Chaque tribu se divisait en curie et chaque curie en centurie; c'était le Hundred anglo-saxon, qui semble avoir existé chez toutes les tribus germaniques. La centurie comprenait cent guerriers ou chefs de famille, et chacun d'eux avait un do-

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