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CHAPITRE XX

Dans la région sablonneuse de la Néerlande, la Marke germanique subsiste encore, surtout dans la Drentbe, domaine de chasse des empereurs d'Allemagne, donné par Othon le Grand à l'évéque d'Utrecht, en 943. Entourée de toutes parts de marais et de tourbières, cette province formait comme une île de sables et de bruyères où s'étaient conservées intactes les coutumes des aïeux. On y retrouve, même de nos jours, l'antique organisation de la marche saxonne, la saxena marka, dont on reconnaît également les traces dans le district du Westerwolde en Groningue, dans tout l'Over-Yssel, dans le pays de Zutphen, dans la Veluwe et jusque dans le Gooiland, aux portes d'Amsterdam, c'est-à-dire dans toutes les parties de la région sablonneuse du diluvium que les Saxons occupèrent vers le iv^ siècle i.

La marke était tout le territoire appartenant h la tribu ou

i. Voyez mon Économie rurale de la Nésrlande. Il est singulier que les auteurs allemands se soient si peu occupés des Markes néerlandaises, qui offrent cependant une source précieuse d'informations sur l'ancien régime agraire des Germains.

à un groupe de familles dans la tribu. Elle comprenait le bois, la plaine et les champs {het houd, hetveldende essch). Le nom de marke (marche) s'appliquait aussi aux vastes terrains vagues qui entouraient les terres cultivées, et qui formaient une lisière inhabitée destinée à servir de frontière 1. Korigine de la marke se perd dans Tobscurité des temps anté- historiques. Quand nous pouvons la saisir dans les provinces saxonnes des Pays-Bas, la propriété individuelle a déjà empiété sur la communauté primitive, et depuis lors jusqu'à nos jours, l'organisation n'a plus guère changé. Une part dans la marke s'appelait whare^ et ceux qui possédaient des wharen portaient le nom d^erfgenamen^ héritiers, c'est-à-dire participants à l'héritage social. Les possesseurs d'une wharey les gcwaarde-markgenotenj avaient le droit d'envoyer paître leurs troupeaux sur la bruyère de la marke et d'y couper des mottes pour la litière du bétail et pour leur chauffage.

La marke^ cette espèce de propriété collective et indivise, n'était pas transmissible autrefois par vente ou donation ; mais, de nos jours, les tribunaux ont décidé qu'elle peut s'aliéner comme tout droit immobilier, et quand, pour sortir d'indivision, on vient à vendre les marches^ le produit est partagé entre les copropriétaires d'après le nombre dewharen ou parts qu'ils y possèdent. Cet antique régime, qui avait embrassé jadis tout le territoire, comprenait encore en 1828, dans la Drenthe seule, cent seize marken ou 126,398 hectares, c'est-à-dire environ la moitié de la province. En 1860, il ne restait plus que quarante-trois marken comprenant 32,995 hectares; mais, même après la division, presque tout le territoire des anciennes marken reste soumis au pâturage

1. Civitatibus maxima laus est, quam latissimas circum se vastatis finibus solitudines habere... Hoc se fore tiUiores arbitrantur, repentinse incursionis timoré sublato. (GffiSAR, de Bello gallico, vi, 33.)

commun, et 40 pour cent de la superficie totale est demeurée inculte. Il est intéressant de retrouver encore intacte une antique institution rurale bien antérieure à la commune 1, à la paroisse même, et qui, remontant au temps où les Germains adoraient Thor et Wuodan, a résisté également au régime féodal et à la centralisation moderne, et continue à durer, malgré les textes du Code civil, de même qu'on voit en Italie, saillir, sous les monuments modernes, les puissantes et indestructibles assises des substructions cyclopéennes.

Jadis les cohéritiers de la marke se réunissaient une fois l'an, à la Saint-Pierre, en assemblée générale, holting. Ils y paraissaient en armes, et nul, sous peine d'amende, ne pouvait se dispenser d'y assister. On y réglait tous les détails de la jouissance de la propriété commune, on arrêtait les travaux à faire, on prononçait les peines pécuniaires pour violation des règlements, et on nommait ceux qui étaient chargés du pouvoir exécutif, le markenrigter et ses assesseurs. Le markenrigter, c'est-à-dire le chef de la marke^ s'appelait aussi markgraaf, comte de la marke, littéralement marquis, qui, comme le comte de la digue, le dykgraafy veillait à la défense des intérêts communs. Il n'est pas difficile de reconnaître dans ces associations naturelles, fondées sur la possession en commun de la terre, tous les éléments du régime représentatif et ces habitudes innées àe self govemment qui, transportées au-delà des mers par les descendants de cette même race saxonne partie jadis de la région sablonneuse de la Néerlande, ont donner naissance aux communes, aux comtés, aux États de l'Amérique du Nord et de l'Australie. Les traits essentiels de l'organisation de la marke

1. Dans chacune des communes actuelles de création relativement récente, il y a plusieurs marken. La commune de Westerbork en contenait neuf, celle de Rolde neufi celle de Beilen douze , et ces douze marken avaient une contenance de plus de 10,000 hectares.

subsistent encore de nos jours; elle forme une petite administration qui remplace, à bien des égards, la commune, qui veille à l'écoulement des eaux, à l'entretien des voies de communication, à la mise en valeur des terrains indivis, et qui élit ceux qu'elle charge d'exécuter ses décisions. Seulement ce ne sont plus des guerriers armés qui se réunissent au holting après avoir sacrifié à Wuodan, mais de paisibles propriétaires, de pacifiques cultivateurs qui s'assemblent après avoir fait à frais communs un bon dîner. Le tertre où se réunissait le hoUing^ le Malenpol, est encore visible dans le Heldermalenveld et au Spoolderberg près ZwoUe.

Lorsqu'on parcourt les vastes plaines de la Drenthe ou de rOver-Yssel, on voit s'élever de temps en temps, au-dessus du niveau de la bruyère, un grand champ arrondi, d'ordinaire couvert d'une belle récolte de seigle. C'est la partie de ]a marche consacrée à la culture, Yessch, dont le nom semble provenir d'une ancienne racine qui a donné esca au latin et essen à Fallemand, et qui désigne ici la terre d'oii les populations tirent leur nourriture. Vessch était autrefois le fonds commun où chaque cohéritier de la marke recevait annuellement sa part à cultiver, ainsi que l'indiquent si nettement Tacite et César i. Pendant le moyen-âge, ces parts sont entrées peu à peu dans le domaine privé; mais la propriété individuelle est encore loin d'être dégagée des entraves de la communauté primitive, car tous les anciens usages de la culture en commun continuent à subsister. Vessch est divisé en une multitude de parcelles; seulement, comme il n'y a point de chemin qui traverse ce vaste champ cultivé, ces parcelles sont sans issue aussi longtemps que la récolte

4. Neque quisquam agrimodum cerlum aut fines habent proprios; sed magistratus ac principes in annos singulos gentibus cognationibusqué hominum, qui una coierunt, quantum et quo loco visum est, agri attribuunt, atque anno post alio transire cogunt. (Gjssar» de Bello gallico, lib. vi, S2.)

est sur pied, et rien ne les limite, sauf quatre gros blocs de granit erratique fixés en terre aux quatre coins. Il résulte de cette disposition qu elles doivent toutes être emblavées des mêmes grains, labourées, semées, moissonnées en même temps; car si un propriétaire voulait mettre, par exception, une céréale de printemps quand ses voisins ont adopté une céréale d'hiver, il ne pourrait faire les labours et les charriages de Tengrais sans occasionner de notables dommages qu'il devrait payer, et qui lui attireraient l'inimitié de tous.

La rotation triennale est encore généralement suivie; le champ est divisé en trois parties : le winter-esachy où Ton met le seigle d'hiver, le zomer'esschj où Ton sème du seigle d été, et le brach-essch^ qui restait en jachère autrefois, mais où l'on cultive maintenant du sarrasin. Le corps collectif des exploitants s'appelle de hoer, c'est-à-dire le paysan. Ils se réunissent en assemblée plénière {hagespraak)^ en plein air sous de grands chênes séculaires, ou bien dans une espèce d'amphithéâtre en gazon, au centre duquel subsiste encore parfois l'antique pierre des sacrifices. Le cultivateur qui entretient le taureau communal conserve aussi le cor ou plutôt la corne qui appelle les habitants à l'assemblée, et qui donne le signal des divers travaux à exécuter dans les champs. Lorsque tous les intéressés sont réunis, on délibère et on fixe l'époque des labours, des semailles et des moissons. C'est aussi rassemblée qui choisit les quatre volmagten chargés du pouvoir exécutif, avec cette réserve toute démocratique cependant que les kotiersy c'est-à-dire les simples ouvriers habitant une cabane, les coitiers anglais, en nomment deux, et que les hoeren, les cultivateurs ayant des chevaux, nomment les deux autres. Quand vient le jour fixé pour Jia moisson, la corne sonne dès l'aube, et chacun se met au travail; mais le soir, après le signal de la retraite, il est défendu, sous peine d'umcnde, de continuer à couper le

grain. Les gerbes faites, chacun est tenu de les disposer par huit^ en hokken^ aûn de les faire sécher et de les préserver le plus possible de la pluie. Le jour de la rentrée de la moisson est aussi arrêté, après délibération en commun : de joyeux repas et de copieuses libations célèbrent cette heureuse journée, qui assure aux cultivateurs la récompense de leurs rudes travaux.

La terre alors est livrée tout entière à la vaine pâture : on y mène d'abord les vaches, puis les moutons, après quoi on retourne légèrement la superficie du sol, qui se couvre aussitôt d*oseille sauvage {rumex acetoseUa) , que les Hol-

landais appellent avec raison schapsurkely car cette plante est une excellente nourriture pour le mouton, qui s'en montre très-avide. Quand on voit pour la première fois les esschen de la Drenthe tout rougis de la masse innombrable de ces fleurs microscopiques, on ne sait à quoi attribuer cette teinte singulière, car on ne s'attend pas à voir cultiver à dessein une mauvaise herbe considérée partout ailleurs comme un fléau. La nuit, les moutons sont parqués sur les champs, et l'on croit, en Hollande, pouvoir démontrer que c'est ici qu'est née cette pratique dont Tagriculture anglaise a su tirer un si grand parti. Chaque cultivateur doit fournir des clôtures à proportion des moutons qu'il possède. Le droit de vaine pâture sur les chaumes s'appelle le klauwen^ gang; il est généralement en usage. Pour préserver Yessch de l'atteinte du bétail pendant que la moisson est encore sur pied, on l'entoure d'une sorte de mur en mottes de bruyères précédé d'un fossé, le essch-wal. Chacun est forcé de travailler à Fentretien de ce rempart le jour fixé par l'assemblée, et quiconque est en retard de plus d'une demiheure, après que la corne a appelé les travailleurs à l'ouvrage, doit payer quatre sous d'amende i.

1 . Sur tout ce qui concerne les esschen et principalement la marke,

A quelque distance de Vesschy on rencontre le village. Les maisons, bien construites et admirablement entretenues, sont rangées autour d'une vaste place, le hrinky et elles élèvent leurs pignons blanchis, sous l'ombre de vieux chênes dont les dômes majestueux font rêver aux grandes forêts de Teutsch, où les Germains aimaient à fixer leurs demeures.

Il existe encore, en Néerlande, quelques forêts possédées en commun qui sont les débris d'anciennes marches forestières. Les principales forêts communes de la Veluwe sont : Le Hoogsoerenschbosch, l'Uddelerheegde (492 hect.), TElspeterbosch (500 hect.), le Gortelscherbosch (800 hect.), le Putterbosch (360 hect.), le Spielderbosch (585 hect.), le Speulderbosch (923 hect.); le Meervelderbosch (700 hect.); le Vierhouterbosch (334 hect.) est maintenant propriété particuUère. Ces forêts sont peuplées de futaie sur taillis. Les essences de la futaie sont le hêtre, les deux espèces de chênes du pays (quercus rohur et petiolatus) et le pin sylvestre. Mais on ne laisse pas atteindre à ces arbres un bien grand développement, car on les coupe à l'âge de 50 ou 55 ans. Les jeunes arbres se ressèment et Ton respecte tous ceux qui n'ont pas atteint la grosseur voulue. Pour le repeuplement on se confie à la nature : on plante rarement de nouveaux sujets. Le taiUis est coupé tous les onze ans. Il a de la valeur, parce qu'il contient beaucoup de chênes dont l'écorce se vend à bon prix. Les habitants de la commune ont le droit de ramasser dans les forêts le bois mort, les feuilles et les aiguilles des conifères.

Le produit de ces forêts n'est pas très- élevé. Le Putterbosch de 1853 à 1863 a produit brut 44,283 fi., ce qui fait

on trouve un grand nombre de publications. Parmi les écrits que j*ai pu consulter, ceux qui m'ont donné le plus de lumières sont : Disputatio de escis drenthinis, auctore J. Tonckens, et Het oude regt en huishoudelyke bestuur der marke Woolde in Twenthe, door B. W. A. Sloet tôt Oldhuis.

en moyenne 4,839 fl« par an ou à peu ptè» Il fl« pdf hectare.

Une part dan» le SpielderboDch, soit un trentième, a râp<> porté, année moyenne^ depuis dii ans, en bois 87 il. 20 c. et en argent 46 il. 33 c., au total 123 il. 83 c, ce ({ui fait moins de 7 fl. par hectare* Une de ces parts se vendait^ il y à quelques annéesf 2,000 lli, mais maintenant à catlse de la cherté des bois on en demande bien davantage ^ En 1864, une part dans le Speulderbosch a rapporté 155 fl.^ et une part de TElspeterbosch 00 il. La pi'emiël'e de des parts est estimée 8,600 11., la seconde 3,200 fl.

Le taillis de chêne h écorceî {akkermaahhôut\ Agé de 10 ans, se vend environ 200 fl. Thectare, cô qui donne nii produit annuel de 20 fl. Dans la Drenthe et dans TOveryssel, ce genre de taillis se vend 500 fl. rhectarô après 10 ans, ce qui fait nn revend annuel de plus de 100 fr., mais dans ces régions les débouchés sont plus grands) que dails» la Veluv\re.

Les bois communs de la Yeluwe sont divisés en parts qui sont plus ou moins nombreuses et portent difl^érents nome.

La propriété du Ooftelscbebosch est partagée en 60 parts appelées Malen. D'après Haasloop Werner, on abat tous les ans environ 6,000 arbres qui sont répartis enife les cô^pto* pfiétaires.

Le Pdtterboâch est divisé en 58 parts {andeelen) dont ap-

1. Cette valeur était relativement déjà grande au moyen-Àgerll est probable qu'à cette époque ces forêts contenaient de vieux chênes. — Voiel un extrait du feglstice du Piilterbosch, qttî montre qu'une part dans cette forêt rsULaii, en 1507^ 100 florins^ et une part dans le iSpielderbosch 400 florins. — a Op den 3 fehruary 1579 is by de maaleti van Putten en Spielderbosch eendragtelyk besloten en overgegeven van rtu voortaan onderholdén té sullen worden, dat die gefneéne maalert van Putterbôsch ieder hoeve holts die aen geën tnaeiman wesendeverkoft Word M profyt der hosch dan êig te magen hôldên voot* éen honderi gulden ad îbintig êtuyver het èfuk, endê die maalen van Spieîderhôsch voor vier hondert gulden» »

LA MARkE EN NÈÉRLANDE 323

partiehftént A là tbtèt ellë-mêttle èdhsidérêé cdftïiné persontlë dvîlé.

Le Spieldeftcfsôh coiïipté 44 parts riiommêes Hbeven, dont 14 appartiennent au bois; le Speulderbosch, 120 parts [déelingen), dont S8 i/2 appârtîeiihéiît à \d fdfêt; l'Èlspeterbosch 84 parts, appartenant à SS cd-pfopHétaîrës, et TÛddelerheegde 120 parts, possédées par 29 pôrsdnhes. Les parts qui àppartîëiinélït à k fof et sont fendues et le ptôduit, déduction faite dëSr frais dé fëplâfitâtitfft, sitfVeîllàncë, etc., est réparti èntfé lëè c6-pr6pnétairës.

Les co-propriêtàires {niààtffiànhëfi) àVàhf de preiîdrë part à l'assemblée générale {maatêpràdk) devaient pronoùcer un serment dont râiltyidé fottilùle ëët éncoi'è doiisetvée dans les l'egîstres du Gortelschëbôschj près Èpë ^. Â Puttëîi oh possède ufl ancieti registre du Putterbôsch qui ôbiîïiitïerice avec Tannée i448. Il y éët fdt rtiëntîoii de livres plus anciens qui se seront perdus ; il tfeh est paë môliïs démontré ainsi que cette forêt ataît deë côututïies écrites dès le milieu du moyen âgé. U. G. A. de Meéstér à publié dans un travail intitulé i Adhteèkeningên omirent één pààr oude veluwsche hosschen {Avhhevci^ iS&d), l'^àcté par lequel Folkerus faisait don, en t'ah 85è, â ràbbàyé dé "Wefdéh, conformément aux lois saliques et frisonnes, du bois {saltus) de Uunnilo, de la forêt {siiva) dé tloriilô, de 2S parts {scharén) dans le Putterbosch, dé 60 parts dans lé bois d'Èrmelo et des forêts de Burlo, Dalbonlo , Wafdlô , Orcio , Legurlo , Ottarloun et Langlo.

i. Voici le tejcte de ce serment qui rappelle, tant par la langue qUe par 80* esprit, leô anciennes traditions de la Germanie : Den eedt déf malen. — Ick love en aekere dai ick den bus mit al syn ankleven en regten en geregtigheden sal holt ende trouwe wesen, syn regten to scutten und bestai voer té kéeren, éndë fiiet en sal no^ ont vfienden nùg om magen versurgon nog arglist nog om leedt dat onse bus mag scha^ delick wesen, — So waerlick helpe my Godt!

32i LES FORMES PRIMITIVES DE LA PROPRIÉTÉ

Le comité administratif du Putterbosch est composé de deux holtrigters et d*un gecommitteerde. Ce comité, nommé

ar les co-propriétaires (maalmannen)^ administre la forêt et préside à l'opération du partage des produits. Dans la partie de la forêt destinée à être coupée, on fait autant de parts égales qu'il y a de co-propriétaires, puis on les distribue par un tirage au sort.

La nature de la propriété de ces bois communs a beaucoup occupé les juristes hollandais. Est-ce simplement une propriété commune indivise j une communio bonorum? Dans ce cas les co-propriétaires peuvent demander un partage pour sortir d'indivision. Mais il semble qu'il s'agisse plutôt ici de cette espèce de personnes civiles, corpora vel collegia licita, qui doivent être régies par leurs propres institutions et règlements. La cour suprême incline vers cette dernière opinion. C'est ainsi qu'elle a prononcé que la grande pâture nommée de Hoenweerd^ près de Hattem, n'était pas un bien indivis dont on pouvait réclamer le partage, mais une universitas indivisible. En effet, si on remonte à Fesprit des anciennes institutions germaniques, on doit reconnaître qu elles admettaient l'existence de ces propriétés communes indivisibles, puisque la propriété individuelle de la terre est d'origine relativement récente.

Aux environs des antiques forêts communes on trouve beaucoup de tumuli recouvrant des urnes grossières, en argile durcie au soleil, qui contiennent des cendres et des ossements carbonisés.

En Néerlande on trouve souvent la preuve que les villes se sont développées sur la marke; car plusieurs d'entre elles possèdent encore un communal comme la ville de Thun, en Suisse, dont le champ d'exercice s'appelle VAllmend. La ville de Zutphen possède une magnifique prairie, appelée Marsch en Helhergen, d'une étendue de 150 hectares, sur

laquelle 668 bêtes à cornes étaient mises au pâturage. La ville de Genemuiden a perdu la plus grande partie de sa markcy engloutie par le Zuiderzée. Elle a encore un pré de Greentey sur lequel ses habitants exercent un droit de pâturage pour leur bétail Elburg possède un pré, het Goor^ divisé en 612 parts (andeelen) et équivalant à 308 Koegras ou « nourriture de vache, y> le kuhessen de la Suisse. Sur place il serait facile de recueillir beaucoup d'autres exemples.

Ainsi des villes comme Genemuiden, Hattem, Deventer, Steenwyck possèdent encore un lambeau de l'ancien AUmendj c'est-à-dire un grand pâturage, le greentSy où quelques habitants descendants des anciennes familles, propriétaires collectifs, ont le droit d'envoyer un certain nombre de vaches, en vertu d'un droit héréditaire, comme dans le bourg de Lauder en Ecosse.

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