PRÉFACE XVII
lumière avec une admirable clarté, dans son livre trop peu connu : Le Christianisme social.
Il est certains pays où la démocratie la plus radicale s'est maintenue à travers les âges sans qu'ils aient passé par la féodalité et la royauté, et où la liberté la plus complète a régné, sans aboutir à la lutte des classes et à la guerre sociale. Ce sont les cantons forestiers de la Suisse dont M. Edward Freeman a si bien décrit les curieuses institutions. Là on retrouve le gouvernement direct rêvé par J.-J. Rousseau. Le peuple entier réuni dans ses comices fait la loi, nomme tous ses magistrats et gouverne par luimême, exactement comme dans les républiques grecques.
Mais ici le but, en vain poursuivi par les législateurs antiques^ a été atteint. Comme le voulait Âristote, l'égalité des conditions a été maintenue, et ainsi l'égalité politique n'a pas conduit au despotisme à travers l'anarchie. On a respecté la forme primitive de la propriété qui, seule conforme au droit naturel, permet seule aussi à la démocratie véritable de durer, sans jeter la société dans le désordre.
Dans toutes les sociétés primitives, en Asie, en Europe et en Âfriquci chez les Indiens, chez les Slaves et les Germains, comme aujourd'hui encore en Russie et à Java, le sol, propriété collective de la tribu, était périodiquement partagé entre toutes les familles, de façon à ce que toutes pussent vivre de leur travail, suivant les commandements de la nature. L'aisance de chacun était en proportion de son activité, de son intelligence ; tout au moins, nul n'était