‹ De la propriété et de ses formes primitives (volume 3)Chapitre 27 sur 88 · Strabon, liv. XV, cap. I, 66. — Edit. Didot 4863, p · texte numérisé non relu

Strabon, liv. XV, cap. I, 66. — Edit. Didot 4863, p

2. Mountstuart Elphinstone. Hintory of India. 5" édit. 4866, p. 74-72,

Dans ses rapports avec TÉtat, le village est considéré comme un corps solidaire. Pour asseoir et lever Timpôt c'est à ce corps que l'État s'adresse et non au contri* buable individuellement. M. George Campbell raconte qu'il y a des villages dans la présidence de Madras qui depuis un demi-siècle se soumettent en apparence à la taxe individuelle, mais qui réellement payent l'impôt en bloc, sauf à faire ensuite le recouvrement d'après leur mode spécial de répartition ^ C'est le village qui possède la forêt et les terrains non cultivés, comme propriété indivise, dont tous les habitants ont droit de jouir. La terre arable n'est plus commune, comme à Java ou en Germanie, au temps de Tacite. Les lots appartiennent, en propre aux familles 2, mais ils doivent être cultivés suivant certaines règles traditionnelles qui s'imposent à tous.

Chaque famille est gouvernée par un patriarche exerçant une autorité despotique. Le village est administré par un chef parfois élu, parfois héréditaire. Dans les villages où les anciennes coutumes se sont maintenues, Tautorité appar* tient à un conseil qui est considéré comme représentant les

habitants. Les métiers les plus nécessaires^ comme ceux

de corroyeur, de cordonnier, les fonctions de prêtre, de secrétaire-trésorier, sont exercés héréditairement par certai-

1. Tenure of Land in Indiat dans le volume publié par le Cobden Clxih en t870 : Systems of Land Tenure in variaus Countries.

2. Cependant M. Maine nous apprend que, dans les provinces centrales , les communes transportent quelquefois toutes les cultures d'une partie à l'autre de leur territoire , et alors il se fait une répartition nouvelle des terres. La partie abandonnée redevient un pâturage ou un jongle communal. Parmi les populations de sang aryen, la coutume du partage périodique a disparu ; mais M. Maine dit que le souvenir en est resté si présent qu'on entend souvent regretter l'ancienne coutume. Il pense que la communauté cédait naturellement la place à la propriété privée quand les Anglais ont occupé le pays. La conquête et l'influence des idées européennes n'ont fait que hâter et généraliser la transformation. (Voyez Villcige Communiti^St p. 112.)

nés familles à qui on accorde la jouissance d'un lot de terre comme honoraire. Les soldats de Yin-delta en Suède reçoivent de même pour s'entretenir un champ et une maison. En Angleterre, des traces nombreuses i prouvent qu'autrefois il existait une coutume tout à fait semblable à celle de rinde : exemple bien remarquable de la persistance de certaines institutions à travers les âges et les migrations des peuples .

Cette association intime qui forme le village hindou repose encore aujourd'hui sur le sentiment de la famille, car parmi ses habitants règne la tradition ou du moins l'idée qu'ils descendent d'un ancêtre commun : delà l'interdiction très-générale de vendre sa terre à un étranger. Quoique la propriété privée soit déjà reconnue, le village, comme groupe ou corporation, conserve encore une sorte de domaine éminent. Pas. plus chez les Hindous que chez les Germains le testament n'était en usage. Dans la communauté, il n'y avait place ni pour l'hérédité, ni pour le legs. Plus tard, quand la propriété individuelle s'introduisit, la coutume régla la transmission des biens.

Comme le remarque M. Maine, dans l'association naturelle du village primitif, les relations économiques et juridiques sont bien plus simples que dans Tétat social dont le droit romain ancien et la loi des douze tables nous ont conservé l'image. La terre n'est ni vendue, ni louée, ni léguée. Presque tous les contrats sont inconnus. Le prêt d'un capital moyen-

1. Dans un article de la Contemporary Review, mai 1872, On village communitieSf M. Nasse cite, d'après VArchœologia de M. Williams, un manoir dont les prairies, divisées en parts ou ham, étaient réparties annuellement entre les habitants. Parmi ces parts , l'une s'appelait the Smith'8 ham, l'autre the Steward's ham, une autre encore tke constàble's ham. L'ancien registre anglais, le. Boldan book^ datant de 1183, parle des artisans en indiquant le lot de terre qu'ils recevaient pour leurs services, ainsi iV. N, faher tenet 6 acraspro servitio 8U0. Même coutume à Java. (Voy. l'art. Du Gids cité plus haut, p. 54.)

nant intérêt n'est même pas soupçonné. Les denrées seules sont l'objet des transactions usuelles, et en ceci même la grande loi économique de l'offre et de la demande a peu d'action. Les services sont rendus par voie de fonction plus que par voie d'échange. La concurrence n'existe pas; la coutume détermine les prix. Cette règle universelle parmi nous qui consiste à vendre le plus cher et à acheter le meilleur marché possible ne peut même être comprise. Chaque village et presque chaque famille se suffit. L'existence de l'homme a quelque chose de la vie végétative, .tant elle est simple et réguhère.

Dans le dessa de Java, dans le mir russe, nous saisissons sur le vif la civilisation à son premier âge, au moment où le régime agricole succède au régime pastoral et nomade. Le village hindou est déjà sorti de la communauté, mais il en conserve encore de nombreux vestiges. Il faut montrer maintenant que les peuples européens sont partis du même point et ont passé par les mêmes phases de développement ; nous verrons ainsi que, malgré la diversité des événements extérieurs, certaines lois profondes ont présidé partout à révolution économique des sociétés humaines.

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