‹ De la propriété et de ses formes primitives (volume 3)Chapitre 32 sur 88 · Depons. Voyage, etc., p · texte numérisé non relu

Depons. Voyage, etc., p

la naissance de chaque enfant; pour un garçon, le supplément était deux fois plus grand que pour une fille. LsL répartition se faisait chaque année en proportion du nombre de membres dont se composait chaque famille. Les terres des nobles ou curacas étaient aussi soumises au partage ; seulement ils obtenaient une part en rapport avec leur dignité. Comme à Java, les travaux per^inanents et e:pgeant de grandes avances étaient exécutés en commun par les habitants des villages. C'est ainsi qu'avaient 0té creusés ces canaux d'irrigation qui frappèrent d'étonnement les conquérants espagnols, et ces terrasses disposées en gradins sur le flanc des collines, qui permettaient d'obtenir de riches récoltes sur des pentes abruptes et rocailleuses. La paresse était considérée comme un délit et punie h ce titre. La mendicité était interdite. Ceux qui ne pouvaient pas travailler étaient secourus ; mais tout homme valide devait se procurer de quoi satisfaire à ses besoins . Les historiens espagnole nous disent que l'ambition, l'avarice, le goût du changement étaient inconnus. Les travailleurs vivaient soumis à la coutume, à la tradition, au gouvernement. La douceur de leur caractère, leur obéissance passive, rappellent le caractère du paysan russe. Les mômes institutions produisent chez toutes les races des résultats semblables i.

Chez les anciens Bretons, la terre était possédée en commun, et un nouveau partage des terres avait lieu, quand les inondations emportaient une partie du territoire. Chez les Anglo-Saxons, les terres conquises étaient la propriété commune de la nation, d'où son nom de folklandy « terre du peuple, » ager publicus^ en opposition avec les domaines privés ou bokland^ a terre inscrite au livre. » En Irlande, des

1. Voyez dans Prescott, The Conquest of Peruj les témoignages contemporains admirablement résumés.

communautés de village ont existé jusque sous Jacques I", et l'usage du ruiv-ring, qui a persisté jusqu'à nos jours, reproduit les mômes pratiques, le tirage au sort annuel des lots de terrain, et parfois le labourage en commun i. Au nord de la France, en Flandre, dans l'Artois, dans Févêché de Metz, des terrains marécageux sont aussi périodiquement partagés entre les communiers ayants-droit. En Suisse, les allmends étaient et sont encore des terres communes^ parfois réparties entre les habitants, d'autres fois louées pour en partager seulement le revenu. Chez les Hébreux, la terre était la propriété collective de la famille, et elle était dans une certaine mesure inaliénable, puisque tous les cinquante ans les biens vendus étaient restitués à leurs anciens pro*priétaires.

En Valachie la terre ne se transmettait pas héréditairement dans les familles. La terre appartenait à l'Etat. L'État seul en avait la domnia absolue. Le sol était divisé en deux parts : celle des terrani et celle dont le produit revenait à la Commune. — Les terrani seuls avaient droit aux biens communaux ; ils n'en étaient pas propriétaires mais possesseurs. A la mort des titulaires, la famille n'héritait pas. Les biens rentraient dans le domaine collectif, et étaient de nouveau attribués aux usagers. Il fallait ainsi recourir de temps en temps à une répartition nouvelle.

Chez les Afghans on trouve aussi le domaine collectif du village, réparti entre les habitants par un partage périodique ; certaines coutumes sont si semblables à celle des Hébreux qu'on les a crues empruntées à ceux-ci. « L'allotement égal des terres entre les diverses familles d'une tribu se fait chez les Afghans comme on le voit décrit au dernier chapitre des

1. Voyez Hume, Hist. of England, chap. XLVi; et Macculoch, Statist. l, p. 295 et 523.

Nombres, et il a poar conséquence gae les mariages se contractent fréquemment entre membres de la même tribu , pour ne pas aliéner, en s'unissant au dehors, une partie de l'héritage commun. Dans le sein de la tribu s'accomplissent aussi, en vertu de stipulations d'ailleurs tout-à-fait volontaires, des échanges de domaines, motivés par la valeur inégale des terres allouées à chaque famille. Tous les cinq ou tous les dix ans, suivant la coutume, les terres passent d'une main dans l'autre, et au bout d'un certain laps de temps, chacun a possédé tour à tour les bonnes et les mauvaises portions du sol commun. De là des émigrations qui se font par villages entiers et à la suite desquelles le territoire occupé à nouveau se répartit entre les familles survenantes, au moyen d'un nouvel allotement, que les Afghans appellent tantôt pucha, tantôt purra. Ce dernier mot est d'origine juive ; pur en hébreu signifie lot, quote-part, d*où la fête commémorative des Purim i. »

M. Roscher cite encore beaucoup d'autres exemples de communautés agraires, Feldgemeinschaft 2. Il ne sera pas inutile de les reproduire ici. Dans le pays de Lowicz, jusqu'au commencement de ce siècle, la propriété privée de la terre était inconnue. La terre arable était soumise à un nouvel allotement chaque année 3. Dans FUe de Sardaigne on a trouvé aussi la propriété collective avec répartition annuelle des lots ^. Régime semblable chez les Indiens Greek s. Chez les Tchereraisses tous les travaux agricoles sont même exécutés en commun, à époque fixe et nul ne

1. Voyez La vie des Afghans par Forgues, Rev, des DeuX'Mondes, oct. 18Ô; et Elphinslone, Caftw/, II, p. 17.

Page 1