EXPLOITATIONS AGRICOLES COOPÉRATIVES
grande faveur aujourd'hui en Angleterre parmi les classes ouvrières; elle est même patronnée par M. Mill, qui vou* drait que l'État concéd&t à des sociétés agricoles coopératives une partie des terres communales qui existent encore. Ces plans ont trouvé de l'écho jusqu'aux antipodes, et il vient de se constituer à Melbourne, en Australie, une association, la Land reform leagucy qui a pour but d'obtenir que l'État cesse de vendre les terres publiques et en conserve la propriété, en prévision de l'avenir. Nul doute qu'il ne soit désirable de voir appliquer l'association coopérative à l'exploitation du sol. Plusieurs économistes, entre autres Rossi, en ont parfaitement montré les avantages. Les deux principaux sont : premièrement, qu'on opère ainsi la conciliation du travail et du capital, aujourd'hui partout engagés dans une lutte déplorable ; secondement, qu'on associe la petite propriété, très-désirable au point de vue social, à la grande culture, très-profitable au point de vue économique, parce qu'elle emploie des machines et des assolements rationnels. Cependant il ne faut point se faire illusion, l'association entre cultivateurs sera difficile à généraliser. Le succès des expériences faites à Assington, en Angleterre, et en Allemagne sur le domaine de Tellow, est dû en grande partie à l'influence prépondérante de M. Gurdon et de von Thûnen. Les anciennes communautés agraires étaient, en réalité, des sociétés agricoles coopératives; elles avaient pour fondement les liens du sang, les affections de la famille et des traditions immémoriales ; et pourtant elles ont disparu, non par l'hostilité des pouvoirs publics, mais lentement minées par ce sentiment d'individualisme, d*égoïsme, si l'on veut, qui caractérise les temps modernes. A la place de l'esprit de famille, qui s'est affaibli, un nouveau sentiment de fraternité collective se développera-t-il avec assez de puissance pour servir de ciment aux associations de Tave-
nir ? On peut Tespérer, et les difficultés de la situation actuelle le font singulièrement désirer; néanmoins il est trop évident que les classes laborieuses, surtout celles des campagnesy manquent encore des lumières et de l'esprit d'en* tente mutuelle qui sont indispensables à la bonne marche de l'association coopérative. Tout en espérant pour celle-ci un brillant avenir, on peut dire que son heure n'est pas encore venue ; mais probablement elle viendra.
Tous les économistes clairvoyants ont aperçu la nécessité de Tassociation agricole. Ecoutons sur ce point Rossi ^ :
€ Grande propriété et grande culture, dit-il, petite propriété et petite culture ne sont pas des idées qui se traduisent nécessairement Tune par Pautre... £n effet, ne pourrait-on pas appliquer ta grande culture à la peUte propriété? On le pourrait par Tassociation... L^esprit d'association est naturel à l'homme, à Thomme de tous les temps et de tous les pays... En France, l'esprit d'association s'étendra par la multiplication des petits capitaux, et plus encore par la diffusion des lumières, de Tins- Iruclion populaire... C'est surtout à la culture des céréales, des racines, des plantes résineuses et tinctoriales, aux herbages et aux forêts, c'est aux cultures d'assainissement et d'aménagé* ment que l'association pourrait être appliquée avec avantage et facilité». •
€ Il faut, ce nous semble, varier les clausesi de l'association selon les mœurs et les usages du pays, le genre de culture, la nature des produits. Dans certaines localités, on pourra se réunir pour former, de plusieurs petits domaines, une vaste propriété qui serait confiée à un fermier, les propriétaires pouvant trouver dans quelque industrie manufacturière un emploi plus utile de leur travail. Ailleurs, on pourra organiser une administration à frais communs, dirigée par un ou plusieurs de ces propriétaires associés. Ici- on pourra s'unir uniquement pour rachat et l'emploi de certaines machines et instruments dQ culture ; là, pour organiser des moyens d'irrigation, et dis« tribuer les eaux entre les parties intéressées. Que sais-je?