CHAPITRE IV
Java, cette magnifique colonie de la Néerlande, peuplée de plus de 21 millions d’habitants, possède une organisation communale tout ii fait semblable à celle de la Russie. Dans certains cantons de l'Ilcun trouve la propriété privée appliquée au sol; mais le plus souvent la terre appartient à la commune. En vertu des principes admis dans tous les pays mahomélans, le souverain possède le domaine éminent. Il est le vrai et unique propriétaire; c’est à ce titre qu’il lève l’impôt en nature qui représente la rente, et qu'il exige la corvée.
A Java, d'après Yadut ou coutume, le cultivateur devait livrer au souverain le cinquième des produits et travailler pour lui un jour sur cinq. Les princes indigènes avaient été jusqu’il exiger la moitié de la récolte sur les rizières irriguées et le tiers sur les rizières sèches. Les Hollandais rétablirent l’antique adal, et se contentèrent même d’un jour de travail sur sept, qu'ils appliquèrent à la culture du sucre et du café, d’après le système du général Van den Bosch.
Comme en Russie, c’est la communauté du village qui est solidairement tenue de fournir les journées de corvée et de payer les impôts. La jouissance d’une partie des bois et des terres vagues est commune à tous les habitants. Mais la propriété de ces terres inoccupées est considérée comme appartenant à l’Etat. Dans les districts où les terres ne sont pas propriété communale, il arrive fréquemment que les habitants n'aient pas la jouissance d’un pâturage communal. On avait même prétendu que, dans ce cas, ce droit n’existait pas. Mais M. A. W. Kinder de
Camarecq a prouvé 1 que, même dans certains villages où l’on rencontrait la propriété privée, on trouvait aussi le pâturage communal, et il cite entre autres le village de Scmbis. dans le district de Soemedang, régence de Prcanger, où les sawahs sont propriété privée, les legals ou terres sèches, propriété communale, et où les hameaux ou kumpongs exercent le droit de pâture sur les terrains inoccupés. Dans beaucoup de provinces les terres cultivées en riz irrigué ou snwals sont partagées entre les familles, tous les ans dans certaines régions, tous les deux ou trois ans dans d'autres. Comme dans le village russe, les maisons avec les jardins qui y tiennent sont propriété privée.
La culture principale est le riz irrigué, qui livre l’aliment presque unique des Javanais. Pour amener sur les champs l’eau qui descend des hauteurs, de grands travaux de canalisation sont indispensables; il faut en outre entourer tous les champs d’une petite digne pour y retenir la quantité d’eau nécessaire, et creuser avec grand soin de nombreuses rigoles pour la distribuer. Ces travaux, qui demandent beaucoup d’intelligence, sonl exécutés par les habitants sous la direction des autorités communales.
Iji répartition des sawahs, là où elle a lieu, se fait par famille, mais point partout d’après les mêmes règles. Dans certains villages ou dessas, les simples travailleurs qui n’ont pas de bcles de trait, les orang-menocwjmngs, sonl exclus du parlage. D’après les règles que le gouvernement hollandais s’efforce d’introduire, tous les chefs de famille doivent avoir leur part, afin (pie tous puissent fournir des prestations en nature et des journées de travail. La coutume générale semble avoir été que, pour obtenir une part, il fallait posséder un joug, c'est-à-dire une paire de buflles ou de bœufs. Il en résulte que les menoempanys ou simples travailleurs exclus de l’allotissement sont assez nombreux et que toutes les familles n’ont pasteur part de terre, comme on se le figure parfois.
Une loi de 1859 décide que l’allotissement doit se faire parle
1. Voyez l'intéressant travail intitulé Rydrage tôt de kennis d*r Yolksins tellingen in de oostrlyke Soetuia-land' n {Etudes sur /<*« institution* nationales dans te pays de Soenda), publié dans les Tijds dirift voor indische taal-Land-en Volkenkunde , uitgegeren duor het Ualoviau'cli GenooUehap van Kunstcn en We/cnschappen. X deel .
LES COMMUNAUTÉS DE VILLAGE A JAVA ET DANS L’iNDE. 45
chef do la dessa, sous la surveillance des commissaires du district et des « Résidents » ou préfets. Il se fait une sorte de roulement dans l’attribution des parts, de façon que chaque famille possède successivement tous les lots disponibles.
Les chefs de la dessa sont élus pour le terme d’un an par les habitants qui ont droit à une part du sol; leur élection est soumise à la ratification du Re'sident. Ces chefs ou maires ( Loeroh ou Qoewoe) sont ordinairement choisis parmi les habitants les plus aisés et les plus considérés; l’Age est aussi un litre de préférence. Ils obtiennent presque partout une part de terre plus grande ou de meilleure qualité. Ce sont des champs ou pris dans le partage ou réservés pour les autorités, ambstsveldeu et toujours les mêmes. Les anciens du village, kemiloeas, qui leur servent de conseil, jouissent du même privilège, ainsi que le secrétaire, djoeroetoeli, le prêtre, tnoedin, l’assistant, kabayan, et le surveillant des irrigations, kapnla bandunyan. Il en était de même chez les Germains : les chefs et les principaux du clan obtenaient un lot plus grand : Agri occupant ur, quos inox inter se seenndum dignalionem partiuntur ’.
Les suivait < sont généralement bien cultivés, quoique les paysans soient obligés de mettre une partie de leur temps k la disposition du gouvernement pour les corvées seigneuriales, heereiliensten, employées aux travaux publics et pour les corvées de culture, kullnurdienslen, consacrées aux plantations de café et de sucre de l'Etat. Après le riz, le Javanais obtient encore une seconde récolte de produits d’une croissance rapide, tels que le tabac et surtout le maïs, (pii est miïrdeux mois après les semailles. Le produit brut d’un bouw, qui fait 71 ares, est estimé valoir pour les deux récoltes de 170 fi 200 florins, soit de 357 k 420 francs*. C’est un fort beau résultat, que les terres d’Europe emblavées de céréales donnent rarement.
A l’époque où a paru la première édition de ce livre il n’exis-