‹ De la propriété et de ses formes primitivesChapitre 75 sur 131 · Dépoli!1, Voyage, etc., p · texte numérisé non relu

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LA PROPRIÉTÉ PttIMITIVb.

inlenlile. Ceux qui ne pouvaient pas travailler étaient secourus; mais tout homme valide devait se procurer de quoi satisfaire à ses besoins. Les historiens espagnols nous disent que l'ambition, l’avarice, le goût du changement étaient inconnus. Les travailleurs vivaient soumis à la coutume, à la tradition, au gouvernement. La douceur de leur caractère, leur obéissance passive, rappellent le caractère du paysan russe. Les mêmes institutions produisent chez toutes les races des résultats semblables'.

Chez les anciens Bretons, la terre était possédée en commun, et un nouveau partage des terres avait lieu, quand les inondations emportaient une partie du territoire. Chez les Anglo- Saxons, les terres conquises étaient la propriété commune de la nation, d'où son nom de folklaml, « terre du peuple », ager publiais, en opposition avec les domaines privés ou bokland , « terre inscrite au livre ». Au nord de la France, en Flandre, dans l’Artois, dans l'évêché de Metz, des terrains marécageux sont aussi périodiquement partagés entre les communiers ayants droit. En Suisse, les allmends étaient et sont encore des terres communes, parfois réparties entre les habitants, d’autres fois louées pour en partager seulement le revenu. Chez les Hébreux, la terre était la propriété collective de la famille, et elle était dans une certaine mesure inaliénable, puisque tous les cinquante ans, les biens vendus étaient restitués à leurs anciens propriétaires.

En Valachie, la terre ne se transmettait pas héréditairement dans les familles. L’Etat seul en avait la dominia absolue. Le sol était divisé en deux parts : celle des terrant et celle dont le produit revenait à la commune : celle-ci, l’amer publiais, était mise en valeur par le travail de tous en commun. Les terrain seuls avaient droit aux biens communaux; ils n'en étaient pas propriétaires mais possesseurs. A la mort des titulaires, la famille n’héritait pas. Les biens rentraient dans le domaine collectif, et étaient de nouveau attribués aux usagers. 11 fallait ainsi recourir de temps en temps h une répartition nouvelle. Avec le temps les dignitaires, les puissants usurpèrent le sol et s'approprièrent le tra\ail des paysans comme corvées.

I. Voyez dans Prescott, The Conquest of Pe> u, les témoignages contem. poraius admirablement résumés et le chapitre xix de M. Karl Bûcher.

Chez les Afghans, on trouve aussi le domaine collectif du village, réparti entre les habitants par un partage périodique; certaines coutumes sont si semblables h celle des Hébreux qu’on les a crues empruntées à ceux-ci. « L’allotissement égal des terres entre les diverses familles d'une tribu se fait chez tes Afghans, comme on le voit décrit au dernier chapitre des Nombres, et il a pour conséquence que les mariages se contractent fréquemment entre membres de la même tribu, pour ne pas aliéner, en s’unissant au dehors, une partie de l’héritage commun. Dans le sein de la tribu s’accomplissent aussi, en vertu de stipulations d’ailleurs tout à fait volontaires, des échanges de domaines, molivés par la valeur inégale des terres allouées à chaque famille. Tous les cinq ou tous les dix ans, suivant la coutume, les terres passent d’une main dans l’autre, et au bout d’un certain laps de temps, chacun a possédé tour à tour les bonnes et les mauvaises portions du sol commun. De là des émigrations qui se font par villages entiers et à la suite desquelles le territoire occupé à nouveau se répartit entre les familles survenantes, au moyen d'un nouvel allotissement, que les Afghans appellent tantôt pucha , tantôt purra. Ce dernier mot est d’origine juive: pur en hébreu signifie lot, quote-part, d’où la fête commémorative des Purim' ».

M. Roscher cite encore beaucoup d’autres exemples de communautés agraires, Feldgemeinschaft 3. Il ne sera pas inutile de les reproduire ici : Dans le pays de Lowicz, jusqu’au commencement de ce siècle, la propriété privée de la terre était inconnue. La terre arable était soumise ù un nouvel allotissement chaque année Dans l'île de Sardaigne on a trouvé aussi la propriété collective avec répartition annuelle des lots1. Régime semblable chez les Indiens Creek5, Chez les Tcheremisses tous les travaux agricoles sont même exécutés en commun, à époque fixe et nul ne peut s’en dispenser. Les récoltes sont ensuite partagées entre les familles6.

1. Voy. La vie des Afylmns, par Forgues, Revue des Deux-Mondes, octobre 18(13. et Elphinstone, Cahul, 11, p. 11.

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