I. A. Eckaiid, Husslands liïndliche Zustùndc , p
?. Voyez l'excellent article do M. Anatole Leroy-Beaulieu, dans la Heuue des Deux -Monde* , du 15 uovembre 1870.
E. DE LivtUft. O
U PROPRIÉTÉ PRIMITIVE
demeurent la propriété collective de tous les membres de la famille. Nul ne pense à en réclamer une part individuelle. A la mort du père de famille, l’autorité et l’administration passent à l’ainé de la maison : dans certains districts au fils aîné, dans d’autres au frère aîné du défunt, pourvu qu'il habite la même maison. Ailleurs encore ce sont les membres de la famille qui choisissent le nouveau chef. S'il ne reste que des mineurs, un parent vient s'établir avec eux et devient alors copropriétaire. Le chef de famille s'appelle khozaïn, ce qui signifie administrateur, ou bolshak, c'est-à-dire le grand
Quand, après décès, un partage a lieu, ce qui est moins rare qu'autrefois, il se fait, non suivant les degrés de parenté, mais par télé de mâle adulte habitant la maison. Un orphelin ne peut succéder par représentation de son père, et ceux qui ont quitté la demeure paternelle n’héritent pas. Les femmes restent confiées aux soins de l'une ou l’autre des sections de la famille, et elles reçoivent une dot à leur mariage.
Dans le nord, la maison est dévolue à l'ainé. Dans le midi, c’est le plus jeune fils qui en hérite, parce qu’ordinairement on a créé un établissement séparé pour le fils ainé pendant la vie du père. Ce qui donne donc le droit à hériter, ce n’est pas le sang, la descendance, c'est un titre plus effectif, la coopération au travail qui a produit les biens qu'il s’agit de partager L’oncle, le neveu, le cousin adultes, ont travaillé de même; ils auront une part égale. La jeune fille, l’enfant, n’oïit encore contribué en rien à la production ; il sera pourvu à leurs besoins, mais ils n’ont aucun droit à une part de l’hérédité.
Dans la famille comme dans l’Etat russe, l’idée d’autorité et de puissance se confond avec celle de l’Age et de la paternité. Le mot starosla signifie « le vieux », le mot xlarsAina en est le comparatif, « plus vieux ». L’empereur est « le père », — « le petit père ». C’est le vrai principe du régime patriarcal.
Depuis l’émancipation, l'ancienne famille patriarcale tend à se dissoudre*. Le sentiment de l’indépendance individuelle la
1. V. Mackeuxie-Wallaco, Russia, I, ctiap. vi, et aussi pour la description du A/ir, les chapitres vm et ix.
2. Le rapport de la Commission nommée le 16 mars 187?, sous la présidence du ministre des domaines, Walujew, contient des renseignements nombreux venus des différentes provinces, qui prouvent que les partage»
mince! la détruit. Les jeunes gens n’obéissent plus à « l'ancien ». Les femmes se querellent h propos de la tâche qu’elles ont à faire. Le (ils marié veut avoir sa demeure à lui; comme il peut réclamer une part de la terre, et que le paysan russe se construit bientôt une demeure de bois qu’il façonne, la bâche à la main, avec une habileté merveilleuse, chaque couple s’établit à pari.
La dissolution de la famille patriarcale entraînera peut-être celle de la communauté de village, parce que c’est dans l'union du foyer domestique que se développent ces habitudes de fraternité, ce détachement de l'intérêt individuel, ces sentiments communistes qui maintiennent la propriété collective du mir. Autrefois le moyen employé pour briser les résistances des mauvaises tètes ou pour se débarrasser des paresseux incorrigibles consistait à les livrer à la conscription. Les pères de famillp, d'accord avec le slarosla, purgeaient ainsi la commune des récalcitrants. C’est l'habitude de se soumettre à l'autorité despotique du père qui a donné au peuple russe cet esprit d’obéissance, d'abnégation eide douceur qui le caractérise.
(Juel contraste entre le Russe et l'Américain! Celui-ci, avide de changement et de mouvement, âpre au gain, toujours mécontent de son sort, toujours en quête de nouveautés, affranchi de l'autorité paternelle dès ses plus jeunes années, habitué à ne compter que sur lui-même et n'obéissant qu’a la loi, qu’il a contribué à faire, type achevé de l’individualisme; le Russe au contraire, résigné à sa destinée, attaché aux traditions anciennes, toujours prêt à obéir aux ordres de ses supérieurs, rempli de vénération pour ses prêtres et pour son empereur, content de son existence, qu’il ne cherche pas à améliorer, et en somme plus heureux peut-être et plus gai que l’entreprenant et mobile yankee,au milieu de ses richesses et de ses progrès.
Récemment, de vives discussions se sont élevées au sujet de l’origine de la communauté des terres qui forme la base actuelle du mir. Les patriotes russes y voyaient « l’institution primordiale » de la grande race slave; et celte opinion, propagée en Europe par les écrits du baron de Haxthausen, était admise
de* familles s'accomplissent partout au détriment de tous. V. pour les conséquences funestes des partages, l'ouvrage de von Kcussler déjà cité, p. Ti3, littc/i. und krit. de» büuerl. Gemeindebesitzta.
sans contestation ; mais, dans ces derniers temps, MM. Tchitcherine etBistram* ont soutenu une thèse complètement opposée. D'après eux, jusqu’à, la fin du quinzième siècle, les paysans étaient libres et propriétaires indépendants de la terre qu'ils cultivaient. Ils traitaient avec le seigneur pour la rente à payer, et vendaient, héritaient, louaient, léguaient leurs fermes, sans aucune immixtion de l’autorité communale ou seigneuriale. !,a communauté des terres et le partage périodique étaient inconnus. La commune n’exerçait aucune tutelle sur ses membres. Toutefois l’indépendance des paysans ne pouvait convenir ni au souverain, qui voulait des impôts et des soldats, ni aux seigneurs, qui réclamaient des bras pour cultiver leurs terres. Un ukase du tsar Ivanovitch, de 4592, attacha les paysans à la glèbe. Les seigneurs dressèrent des registres où ils firent inscrire les cultivateurs qui habitaient la terre qu’ils considéraient comme leur domaine, et il fut interdit aux paysans de se déplacer sans autorisation. Des lois postérieures de Boris (îodounow introduisirent définitivement le servage. Sous Pierre 1", l'impôt par tète d'habitant mâle, la solidarité de la commune pour le payement des impôts et pour le recrutement de l'armée et le recensement amenèrent les paysans à mettre les terres en commun et à les partager en proportion des bras valides, afin que chacun fût en état de contribuer aux charges communales, dans la mesure de ses forces. « La communauté agraire, dit en terminant M. Tchilcherine, a été le produit de la servitude; elle disparaîtra avec elle devant la liberté. »
La thèse de MM. Tchilcherine et Bistram fut vivement contestée par le professeur Biélajew dans la Rousskaja Riéssiéda. D’après cet écrivain, la commune russe avec partage périodique des terres a existé de tout temps; elle est conforme au génie de la race slave. Aux familles qui pouvaient cultiver plus de terre et payer plus d’impôts on donnait une part plus grande. Sans doute, comme le démontre Tchilcherine, la propriété privée existait; elle était même dominante dans certaines parties de la Itussie, mais il ne faut pas en conclure qu'elle était le régime ordinaire. La propriété communale était la règle. Le professeur
I. StanOwoerlei/nich von Rlunltchli. V° Leibcigenschafl in Rustland, p. asü-tll. N. von Uistrain : Oie rechtliche Salur der Stadt-und-Landgetneinde, Saùit-Pélersburg, I8(i(i.
LES COMMUNAUTES DE VILLAGE N3 HUSSIE. 21
Ssergei Ssolowiew* est venu apporter à l'opinion de Biélajew l'appui «le son aulorilé, el aujourd'hui dans la littérature russe il est généralement admis que la propriété collective existait dans l'ancienne Russie. C’est principalement aux recherches du professeur Leschkow ' qu’on doit de mieux connaître l’histoire primitive de la commune russe.
A l’origine on trouve exactement la même organisation que la mai k germanique, sous Je nom de tvern dans la Russie méridionale, de pogosc ou de guba vers ie Nord. Dans la w<rn, les anciens ou les centeniers rendaient la justice et maintenaient l'ordre; mais c’était l'assemblée générale qui déridait les questions importantes et qui faisait le partage du domaine collectif. Après l’arrivée des princes warègues une aristocratie territoriale s’établit; elle s’empara de beaucoup de terres sur lesquelles se fixèrent des cultivateurs pauvres, restes libres, mais tenus à des prestations. La plus ancienne loi russe, la > ousnkaja prawda , contient dix articles pour défendre cette classe contre les exactions de leurs seigneurs el pour régler leur condition.
A cAlé des cultivateurs, co-usagers de la mark et des tenanciers des terres seigneuriales, se trouvaient un grand nombre de propriétaires indépendants dont l'origine était celle-ci. L’étendue du sol inoccupé étant très grande, le colon qui la mettait en culture en devenait propriétaire sa vie durant, el même avec une sorte d’hérédité de fait. Le meme droit existe à Java où le régime de la propriété collective est en vigueur dans les mêmes conditions qu’en Russie. Le mode de culture employé par ces colons était celui qui est en usage partout où l’on commence k mettre en valeur la forêt primitive. Ils se construisaient une demeure en poutres, un log-bouse facile à emporter; ils niellaient le feu aux bois environnants et cultivaient le sol jusqu’à épuisement, puis ils se transportaient plus loin. Par suite de celte culture encore nomade, il se formait un grand nombre de petits hameaux qui n'étaient pas soumis aux règles de la mark.