DU COMMUNISME PAR RAPPORT A LA FAMILLE
Que la propriété et la famille sont indissoluhlement unies, qu’en détruisant l’une le communisme détruit l’autre, et abolit les plus nobles sentiments de l’âme Immaine,
Le communisme détruit le travail , supprime la liberté, et s’il est conséquent , doit abolir la famille.
L’homme tel que la nature l’a fait, et non tel que le veulent faire les sophistes, a besoin d’avoir son champ, dans son champ sa demeure, dans sa demeure sa famille. Lorsque de l’enfance il a passé à la jeunesse, et que son être est achevé, il épouse la femme ([u’il a choisie, ou que ses parents ont choisie pour lui. 11 en obtient des enfants. H travaille pour elle et pour eux. 11 aime à parer cette compagne, objet de son amour; il s’applique à bien élever les enfants qu’elle lui a donnés, à les diriger vers telle ou telle profession , à leur préparer soit dans la carrière qu’il a parcourue, soit dans une carrière plus haute, des richesses et des honneurs. Lorsqu’il a atteint ce but , qu’il est vieux, que la vie n’a plus de joie, que l’amour est une ardeur éteinte, que les succès ne lui paraissent
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plus qu’une déception de la terre , il renaît dans ses enfants. Ces goûts qu’il n’a plus pour lui- même, il les a pour eux. Il est heureux quand ils aiment, quand ils réussissent. Jeune et fort il a protégé leur enfance, vieux et infirme il est protégé par eux dans sa décrépitude. Il meurt enfin après avoir été enfant , adolescent, homme mûr, vieillard , après avoir reçu de ses fils les services qu’il leur a rendus, toujours aimant , toujours aimé, et accompagné jusqu’aux portes de la mort par les êtres auxquels il donna la vie. Les générations humaines se suivent ainsi en se tenant par
la main, depuis ce premier homme que les Ecritures appellent Adam , jusqu’à ces derniers descendants, qui périront on ne sait de quelle mort, avec la planète qui nous porte à travers les champs de l’infini.
Voilà, me dira-t-on , l’idéal de la famille. Mais cet homme a choisi cette femme sous l’influence d’uu goût passager. 11 a cessé de l’aimer, ou il a cessé d’en être aimé. Il l’a trompée, et il a fini par en être trompé lui-même. Cette société conjugale est devenue une tyrannie. Ces enfants il les a négligés, ou bien père excellent, après les avoir comblés de soins, il n’a trom é auprès d’eux qu’ingratitude et abandon.
Je connais ces diatribes , mais faibles raisonneui s sont ceux que ces défaillances accidentelles des choses tournent contre les choses elles-mêmes. Tout à l’heure j’expliquerai ces défaillances. Prouvons que cet idéal que j’ai tracé reste vrai, à travers toutes les vicissitudes de la famille humaine.
Parmi les animaux le père ne connaît jamais les êtres
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issus de lui. La mère quand elle a fini de les allaiter, ou dans les espèces qui ne sont pas mammifères, quand elle leur a enseigné à vivre seuls, les abandonne, ne veut plus même les voir, et les chasse d’auprès d’elle comme importuns. L’éducation a consisté à les conduire jusqu’à l’àge où ils peuvent se nourrir et se défendre. C’est un mois, deux mois, un an peut-être, pour ceux dont la vie est la plus longue. Après ils sont voués au communisme. Le père, la mère, les rejetons vivent sans se connaître, sans se distinguer, dans une promiscuité pour laquelle la nature ne montre chez eux aucune répugnance. Telle est la famille chez les animaux. Il est vrai qu’ils n’ont pas de soucis, pas de gêne, pas d’obligation de se soigner quand ils ne s’aiment plus, pas d’adultère à se reprocher, pas de négligences paternelles, pas d’ingratitudes filiales à déplorer, qu’ils ne sont ni mauvais époux, ni mauvais pères, ni mauvais fils. Est-ce un pareil état d’innocence, de liberté, de bonheur, qu’on souhaite pour l’espèce humaine? Cette innocence, cette liberté, ce bonheur sont ceux de la brute. Le but qui a réuni le père et la mère une fois atteint, ce qui pour le père est d’un instant et pour la mère de quelques mois, ils se séparent et la famille est dissoute. Elle a duré le temps nécessaire à l’éducation de l’espèce.
Mais l’éducation de l’homme est de toute la vie. Cet être si fort , destiné à durer plus que la plupart des autres animaux, destiné à être Newton , Racine, Voltaire ou Napoléon , quand son allaitement est fini sait à peine marcher, se laisserait renverser par un chien.
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écraser par un cheval, si vous le livjiez à lui-méme, et quand il peut manger, marcher, éviter les obstacles dangereux, ne saurait pas vivre au milieu de cette société où tout s’achète, où l’on ne trouve pas à subsister dans les rues comme les animaux trouvent à brouter dans les champs. 11 faut que le père et la mère gagnent sa vie pour lui. Puis c’est un être pensant, il faut développer son intelligence, il faut la cultiver, l’élever, la mettre au niveau de sa profession , de sa nation, de son siècle. Montez encore plus haut, et si c’est le fils de ces grandes familles qui sont l’honneur de leur pays, si c’est le fils des Scipions à Rome, le fils des Aimibal Barca dans la jalouse Carthage, s’il doit soutenir un jour l’éclat de son nom, la gloire de sa patrie, il faut lui inculquer les vertus héréditaires, les nobles passions de sa race, et alors toute une vie de bons et héroïques exemples n’est pas de trop. Si c’est le fils de Jean Bart il faut le mettre en mer à côté de son père, et si un jour de bataille il paraît ému , l’attacher au màt du vaisseau que commande l’héroïque marin. Croyez-vous que pour un tel objet la famille puisse durer trop longtemps ?
Pour l’animal la famille c’est la protection de la mère pendant l’age de finfirmité physique; pour l’homme c’est la vigilance du père et de la mère sur son ôme, continuée toute la vie, c’est la perpétuité des sages leçons, des grands exemples I Faut-il que ce soit dans une république qu’on ait de telles choses à dire?
La famille humaine assurément n’est pas toujoui’S
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et partout la même ; elle n’arrive pas plus que les autres institutions sociales à sa perfection , dès l’origine des sociétés. Dans l’état nomade l’homme a plusieurs femmes, parce que vivant librement sous le ciel , dans les vastes pâturages du désert, au milieu de l’abon-
I dance pastorale, l’existence pour lui est facile, et qu’il
peut nourrir beaucoup de femmes et beaucoup d’enfants. Despote n’ayant pas encore appris à respecter la faiblesse de sa compagne, il satisfait son goût qui est ! d’avoir plusieurs épouses, leur impose la fidélité qu’il
n’observe pas lui-même, a de toutes des enfants qui vivent entre eux comme ils peuvent, et si l’une d’elles l’emporte sur les autres, laisse Agar s’en aller au déf sert mourir de soif avec Ismaël. Enfin si ce barbare
nomade conquiert un jour Constantinople, il aura des concubines par centaines, condamnées dans un harem à vivre de temps à autre de l’un de ses caprices, lui donnant des enfants de toute origine, qui se feront entre eux les guerres sanglantes du sérail.
Même à Rome, dans ce sanctuaire des grands et nobles sentiments , mais des sentiments rudes, surtout avant que le christianisme eût élevé et attendri 1 les cœurs, le lien conjugal était loin d’être aussi
étroit qu’il l’est devenu. Le mariage avait des de- Jl^ grés; du concubinage à l’union définitive, il y avait
\ des états intermédiaires, admis et reconnus par la
loi. Le divorce enfin était facile. Une Romaine passait souvent d’une maison dans une autre. La famille consistait dans le père, et bien moins dans la mère.
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Un noble orgueil de race était, beaucoup plus que la tendresse, le principe, Tàme de la famille. Ce saint orgueil était poussé si loin, que les Scipions ayant un fils indigne d’eux, allaient demander à Paul- Kmile de leur céder un enfant, qu’on donnait à éleveràPolybe, et qui devenait Scipion l’Emilien. La grandeur de Rome appuyée sur la grandeur des familles dominait le monde. Mais la mère manquait souvent, et la tendresse était absente. La mère des Gracques est une exception qui confirme plutôt qu’elle ne dément cette vérité.
Le christianisme, qui a tant fait pour la société humaine, en contenant l’homme, en l’obligeant à immoler ses penchants, à respecter la faiblesse de la femme comme celle de l’esclave, a constitué la famille telle qu’elle est. Pour un seul père, une seule mère, une seule lignée d’enfants. Voilà la perfection de cette sainte institution. Sans doute, dans leurs goûts
inconstants , l’homme , la femme peuvent n’ètre pas toujours suffisamment contenus. 11 est rare qu’ils s’aiment du même amour de la jeunesse à la vieillesse ; mais avec le temps l’affection conjugale suc-
cède à l’amour. L’être qui s’est associé à vos intérêts
pendant toute votre vie, qui a même orgueil, même
ambition, même fortune, ne saurait jamais vous être
indifférent, et si l’extrême rapprochement des exis-
tences a produit des froissements, le jour où cet être vous est ravi, le vide qui se fait en vous prouve quelle place il tenait en votre âme. D’ailleurs ne reste-t-il pas les enfants pour lesquels la famille a été
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instituée? L’époux, l’épouse dont les sentiments sont altérés, se retrouvent, s’entendent, quand il s’agit de ces êtres chéris , but unique de la vie quand la vie n’a plus de but. Ils souffrent en eux , souffrent cruellement, mais souffrent plus encore quand ils n’en ont pas. Qui voudrait en effet arracher de l’àme humaine ce sentiment de la maternité, si amer et si doux, si délicieux et si terrible, qui tantôt veille sur la jeune fille, garde sa pudeur, la conduit jusqu’au lit nuptial , l’aime devenue mère , aime ses enfants autant qu’elle-même; tantôt suivant le jeune homme dans sa carrière orageuse , après l’avoir soigné enfant, adolescent, l’accompagne en tremblant à l’entrée de la vie , souffre amèrement de ses revers, jouit jusqu’au délire de ses succès? Quelquefois cette mère si tendre a consenti à voir ce fils embrasser la carrière des armes. Elle a frémi en apprenant qu’il était à la veille, d’une bataille : quelle joie s’il y a survécu, et s’il s’y est honoré! Oh! sans doute elle sera cruellement déchirée si on le lui rapporte mort, même sur des drapeaux ravis à l’ennemi; elle sera déchirée et voudra mourir, et mourra peut-être! J’en conviens, la brute, même la meilleure, le chien que vous aimez, n’a pas de tels chagrins. Voulez-vous donc devenir brute, abdiquer votre àme, cesser d’être une créature libre, pensant juste et pensant faux, jouissant et souffrant, souffrant profondément ! Alors arrachez-vous cette àme, retombez sur vos quatre membres , faites de vos bras des pieds , abaissez vers la terre ce front destiné à regarder les deux,
ereclos ad skiera tollere vidtus, et devenez brute pour lie pas souffrir.
Les enfants causent des douleurs , le contrat gêne, comme les limites du champ voisin importunent celui qui voudrait y cueillir des fruits! Dès lors, je l’avoue, rien n’est plus conséquent que d’abolir les limites de la famille, aussi bien que celles du champ voisin. On n’aura plus d’autre domaine, d’autre demeure, d’autre femme, d’autres enfants que ceux de la communauté On aimera , on servira le tout en bloc , et il y aura bien des difficultés supprimées. L’homme s’unira momentanément à la femme qui lui aura plu, restera avec elle plus ou moins de temps, puis le besoin satisfait, ou le goût évanoui, s’éloignera en lui laissant les peines de la grossesse , auxquelles la prévoyante communauté aura pourvu, ira visiter quelquefois dans la crèche commune tous les enfants de tous les pères, de toutes les mères, tàcheia de n’en reconnaître aucun, de peur de commettre le péché d’en aimer un individuellement, et aura pour jouissance de famille , le plaisir de les voir s’ébattre
tous sous l’aile de la communauté.
Je sais bien que beaucoup d’adversaires de la propriété se récrient à ce tableau, et disent que cette promiscuité les révolte. Leur goût peut être meilleur,
mais leur logique est pire.
Il faut, comme je l’ai dit, que l’homme ait tout
en propre , son champ , dans son champ sa demeure , dans sa demeure sa femme et ses enfants, ou rien, ni le champ, ni la demeure, ni la femme, ni les en-
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fants, car dans le système intermédiaire il y a, outre un faux principe, contraire à la nature, l’inconséquence la plus dangereuse pour le système, et la plus cruelle pour l’individu. Tâchez si vous le pouvez d’arracher l’homme à lui-même , de tuer ce penchant de son cœur qui le porte à s’approprier tout ce qu’il touche, choses matérielles et choses morales, habituez-le à se répandre dans l’immensité, à travailler pour trente-six millions de concitoyens , à aimer dixhuit millions de femmes, à chérir cinq ou six millions d’enfiints, habituez-le à cette effusion de son être, mais si vous permettez au penchant qui le ramène sans cesse en lui, de se satisfaire en quelque chose, ce penchant redeviendra aussitôt plus fort et plus irrésistible. Laissez-lui en effet sa femme et ses enfants, et à l’instant même il voudra leur donner le bien de la communauté tout entière. Insensés que vous êtes ! n’avez- vous pas compris que Dieu ayant distribué aux êtres l’univers, c’est-à-dire l’espace et le temps, leur ayant partagé ce domaine de l’infini, ayant créé des êtres distincts, qui n’ont à eux ni tout l’espace, ni tout le temps, ayant créé une lune, une terre, un soleil, et dans l’infini des milliers d’autres lunes, d’autres terres, d’autres soleils, qui ont chacun une partie de l’espace, une partie du temps, car ils commencent et finissent; ayant placé sur ces grands êtres insensibles quoique animés de forces motrices, d’autres êtres également distincts, quelques-uns sentants, pensants, tels que les animaux, et parmi les animaux l’homme, il est dans le principe même de la
création, que ces êtres sentants et pensants, séparés aussi les uns des autres, aient leur portion de l’espace et du temps; que de même que les globes célestes sur lesquels ils vivent , ont une partie de l’étendue universelle, ils aient à eux une partie de ces globes, que l’animal ait son terrier, l’homme sa demeure, qu’être moral doué de la faculté d’aimer, il aime non pas l’ensemble, ce qui est trop grand pour lui, mais une partie, celle qui est à sa portée, d’abord son père, sa mère, sa femme, ses enfants, c’est-à-dire sa famille, puis sa patrie, peut-être après sa patrie la race d’hommes à laquelle il appartient, la race chrétienne, par exemple , à l’exclusion de la race mahométane ! Mais ne sentez-vous pas que si vous allez plus loin l’absurdité naîtra, parce que vous vous serez mis en opposition avec la nature des choses? N’entendez-vous pas les railleurs qui se moquant de la bienveillance banale disent qu’aimer le genre humain c’est n’aimer personne? Vous répondrez peut-être que votre système est celui de la bienveillance universelle, tandis (lue le vieux système social est celui de l’égoïsme. Ce vieux système n’est pas plus celui de l’égoïsme, que la gravitation n’est un égoïsme planétaire. Chacun a son orbite, et dans cette orbite son rayon d’attraction. L’homme est un être limité, son cceur l’est comme son corps. 11 faut l’élever successivement de lui à sa famille, de sa famille à sa patrie, de sa patrie à l’humanité. Appuyé sur ces degrés il peut s’élever, et il s’élève en effet aux affections les plus hautes. 11 s’aime d’abord , puis en se perfectionnant il aime sa
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