‹ De la propriété [microform]Chapitre 32 sur 60 · HF. FA DIRKCTION UES E.\TKEPHISES I)\AS FF SYSTEME · texte numérisé non relu

HF. FA DIRKCTION UES E.\TKEPHISES I)\AS FF SYSTEME

UE l’associatiox.

(Jim la direct ion des entreprises, dans le système de

V association , est impossible, et tend à substituer au

principe de l’intérêt personnel qui convient seul à

l’industrie privée, le principe de l’intérêt général

qui nest applicable yuan gouvernement des Etats.

L’anarchie dans le corps politique est un grand mal. On la craint, on l’abhorre, et on a raison. Avec l’anarchie il n’y a plus ni ordre, ni sécurité, ni justice , ni bonne administration , ni sage économie , ni force publique, ni grandeur. Par elle les États se décomposent, se déshonorent, et périssent. De César à Vugustule, telle est leur marche. Pour moi surtout qui aime deux choses avec passion, la justice au dedans , la grandeur au dehors , l’anarchie est un objet d’insurmontable aversion.

Mais si odieuse qu’elle soit dans le corps politique, elle est la maladie naturelle de ce corps; elle y est prévue ; elle y a ses remèdes comme certaines fièvres contractées en certains lieux malsains. On en peut

mourir, mais on en peut guérir. Enfin dans l’Etat elle est malheureusement chez elle, comme la peste à Constantinople. Mais dans rindustrie , comprenez-

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Aous fanarchie? On se désole, mais on ne s’étonne pas de voir des factions se disputer le pou> oir , déchirer la République , l’ensanglanter , la conduire au bord de l’abime, fy jeter ou l’y arrêter. C’est le mal d’un bien, car enfin il faut que le pouvoir, pour passer aux mains des bons, coure quelquefois la cliance de se trouver aux mains des mauvais. Mais A'ous figurez-vous le pouvoir contesté, disputé, transmis des uns aux autres, dans une manufacture? \ous figurez-vous le chef d’une usine élu par ses ouvriers, tour à tour destitué par les paresseux, ou porté par eux à la direction des ateliers? Vous figurez-vous ce président d’une république industrielle appuyé sur de semblables influences, traçant équitablement la tâche de chacun, réglant les salaires sur l’assiduité ou sur l’aptitude, inspirant confiance aux capitalistes, obtenant du crédit, et surtout réalisant des économies? Vous figurez-vous cet être chimérique, remplaçant l’unité, la suite, la vigilance de l’intérêt personnel , dans la direction d’une entreprise industrielle? Dans l’État on conçoit que tous se mêlent des affaires publiques, car elles sont les affaires de tous. Mais dans une fabrique, pouvez-vous imaginer quelques centaines d’ouvriers délibérant sur les engagements à prendre, sur les lettres de change à signer, à accepter, à refuser, sur les crédits à ouvrir , sur f ex tension a donner à la production , sur les chances probables du commerce national ou européen?

Sans doute on voit quelquefois des actionnaires délibérant, mais une fois par année, sur la marche

LINKK ill.

générale d’uiie affaire, fondant leur contentement ou leur mécontentement sur l’abondance ou la modicité des dividendes, jetant un coup d’œil rapide sur ce qui prête le plus au contrôle, sur la comptabilité, abdiquant pour tout le reste leur autorité en faveur d’un directeur, qu’ils jugent par le résultat, c’est-àdire par le bénéfice obtenu , et ne le rencontrant plus ensuite jusqu’à l’année suivante. Un pareil système d’administration n’est praticable que dans de trèsgrandes entreprises, à condition d’une intervention très-discrète et très-rare des actionnaires, terminée, je le répète, par leur abdication en faveur du directeur qu’ils ont choisi. Mais vous représentez-vous un chef d’atelier élu par les ouvriers auxquels il doit donner des ordres? Quand on observe la plupart de nos etablissements industriels, on est frappé d’une chose, c’est que ceux qui ont réussi, et ils sont en petit nombre, l’ont dû à la supériorité de l’entrepreneur qui les dirigeait , non pas seulement à sa supériorité d’intelligence (cette intelligence ne fait souvent que des entrepreneurs hardis, et destinés à ruiner eux et les autres), mais à une heureuse combinaison de l’intelligence et du caractère, à un rare mélange d’esprit, de prudence et d’application. Si cet entrepreneur ne joint pas à l’invention, la mesure, la suite dans les idées, il échoue même avec des qualités éminentes, et Il est obligé d’aller prêter son génie inventif à un autre doué de moins de hardiesse , mais de plus de sagesse et d’amour du travail. Quand les entrepreneurs possèdent toutes les qualités désirables, il faut encore

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qu’ils aient une longue expérience , la connaissance des marchés étrangers, de grandes relations, de la considération, du crédit, en un mot avec les avantages qu’on reçoit de la nature ceux qu’on n’obtient que du temps. J’ai vu en effet de ces entrepreneurs, ouvriers dans leur enfance, parvenus ensuite par leur 'génie naturel , réunissant ainsi les vues générales à la connaissance pratique de leur état, ayant voyagé et comparé les divers procédés usités en Europe , jouissant d’un crédit immense, maîtres absolus chez eux, obéis comme on l’est quand on ne dépend pas de ses ouvriers, qu’on peut les prendre ou les renvoyer à volonté, j’ai vu de ces entrepreneurs, génies peu apparents , mal placés à l’Académie , mais pour moi supérieurs à beaucoup de gens d’esprit, et qui avec toutes ces qualités arrivaient à être riches un quart ou une moitié de leur vie, puis tout à coup, parce que la fortune les trahissait après les avoir longtemps favorisés, ou parce qu’il leur manquait une qualité toute modeste, celle de la modération dans les désirs, ou parce que la vanité de toucher aux affaires publiques les prenant trop tôt les détournait de leurs affaires privées, ou enfin parce qu’il avait plu à leur nation de renverser un gouvernement, perdaient leiii' fortune, et tombaient dans une profonde misère. J’ai vu des entrepreneurs doués d’un vrai génie finir de la sorte, et on me persuadera qu’une masse de cinq ou six cents individus saura se conduire et parviendra à réussir, là où l’unité de volonté la plus complète, jointe à une incontestable capacité, à une vaste

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expérience, réussit si rarement 1 j\on , je ne le croirai j pas, quoi qu’en puissent dire des lettrés instruits qui

^ n’ont jamais vu marcher une usine, ou agir un gou-

j vernement. Ils me l’affirmeraient cent et cent fois,

^ m’ordonnant de le croire, comme sous les Romains

on ordonnait de sacrifier aux dieux ou de mourir, que je me rt^fuserais à l’admettre.

Comment d’ailleurs ces ouvriers associés organiseraient-ils leur gouvernement? Délibéreraient-ils euxmêmes sur les affaires de la Société, sur les salaires, sur les règlements, sur la production , sur les achats , sur les ventes, sur les contrats îi conclure? Il serait bien cruel de les priver d’une telle prérogative, et ce ne serait pas la peine d’avoir placé leurs économies dans une entreprise, ou d’avoir emprunté à leurs risques et périls, ou d’avoir reçu de l’État le cadeau de quelques millions d’avances, pour abandonner à l’un d’entre eux la solution de toutes les questions qui les I intéresseraient à un si haut degré. Et d’un autre côté

I il serait bien dangereux, bien insensé de leur laisser

I le soin de les résoudre I Quoil ils seraient devenus as-

sociés, c’est-à-dire maîtres, ils auraient mis leur argent, ou celui qu’on leur aurait prêté, dans une forge ou dans une fabrique de machines, pour laisser à l’un d’entre eux le droit de les classer eux-mêmes en hommes de peine, ouvriers ordinaires, ajusteurs, as- ! sembleurs, maîtres, contre-maîtres, en ouvriers payés

à 2 francs, à 3 francs, à .'>, à 10 francs! ils laisseraient à l’un d’entre eux le soin de les punir, de les renvoyer ^renvover des associés !\ de fixer les heures de travail,

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de conclure tous les marchés , de régler le prix des ventes et des achats, de décider s’il faut travailler pour telle maison ou pour telle autre, d’accorder des crédits, d’en demander ; ils délégueraient , eux parties du maître , de tels pouvoirs à l’un d’entre eux ! ou bien ils se les réserveraient ! Et alors comprenez-vous ces cinq ou six cents ouvriers se classant eux-mêmes en bons et en mauvais ouvriers , se constituant en aréopage pour se juger, décidant si la signature de monsieur un tel est bonne, médiocre ou mauvaise, s’il faut vendre ou retenir les marchandises , suspendi e ou développer la production 1 L une et 1 autre de ces suppositions sont bien difficiles à admettre, car l’une est une désolante abdication , et l’autre une extra\agante incompétence.

,ïe reconnais du reste que les hommes assemblés, toujours prompts à se soulever, sont tout aussi prompts à abdiquer, quand le goût du soulèvement est passé chez eux. Ces ouvriers nommeraient entre eux des chefs, et entre ces chefs un directeur; je suis porté à le croire. Mais à quoi bon alors n’avoir plus voulu ' d’un maître 1 Ou ce directeur pourrait punir les ou-

' vriers, les faire descendre d’une classe à une autre, les

renvoyer enfin , ou , s’il ne le pouvait pas, il n’ohtien- I drait ni la quantité, ni la qualité du travail , sans les-

; quelles tout succès est impossible dans un établissement

industriel. Et s’il le pouvait , encore une fois on se ■ serait donné un maître aussi absolu que celui qui au-

rait été propriétaire de l’établissement; on aurait perdu surtout la qualité d’associé, car il est impossible en

droit qu’un associé puisse être éconduit par un autre. Mais ne voyez-vous pas, me dira-t-on, que si, pour le succès de l’association , on s’était résigné à une autorité aussi absolue que celle du propriétaire, resterait l’avantage d’étre intéressé dans l’entreprise et de se partager les bénéfices, qui dans l’état ordinaire sont pour le propriétaire seul?

J’ai montré tout à l’heure que l’on n’a droit aux bénéfices que lorsqu’on est propriétaire de tout ou partie du capital , et que l’on court les chances de perte comme de gain. Mais je néglige cette considération, je suppose les ouvriers propriétaires du capital par une retenue sur leurs salaires, ou ayant reçu un prêt de l’Etat, et je demande si c’est une combinaison raisonnable que celle où l’industrie, d’entreprise particulière, gérée par l’intérêt personnel , avec l’ardeur qu’excite la chance d’être ruiné ou enrichi suivant qu’on fait bien ou mal, deviendrait une sorte d’administration, une espèce de fonction publique, de manière que l’entrepreneur, au lieu d’être payé par un suceès ou un revers de fortune, recevrait, quoi qu’il fit, ses appointements, sauf quelque part au bénéfice, selon le cas de succès ou de revers.

On aurait donc substitué, dans l’industrie, des administrateurs à des propriétaires, c’est-à-dire un ressort très-faible à un ressort très-énergique. La nécessité de Vœ'il du maître est un vieil adage qui est , et restera éternellement vrai. 11 faut dans les affaires

privées la vigilance, l’attention

passionnée de l’intérêt

individuel, et non le zèle affaibli de l’intérêt collectif.

Dü SOCIALISME.

Or là où l’intérêt personnel réussit tout juste assez pour que l’industrie puisse vivre, on voudrait en vain me persuader que l’intérêt collectif pourrait avoir la suite, l’énergie, l’audace, l’amour enfin qui fait réussir. Vous figurez-vous les filateurs de coton et de lin , les fabricants de toile peinte, les fabricants de lainage, de Mulhouse, de Saint- Quentin, de Lille, de Rouen, . d’Amiens, les fabricants de soieries de Nimes, de Lyon, de Saint-Etienne, les maîtres de forges de Franche- Comté, de Champagne, de Bourgogne, du Berry, les fabricants de machines d’Arras, du Havre, de Paris, tous industriels dont vous connaissez les peines, les tribulations, les malheurs, qui souvent après une longue carrière, en cumulant les bonnes années avec les mauvaises, seraient bien heureux d’avoir gagné les appointements d’un directeur, vous les figurez-vous convertis de propriétaires en administrateurs, et gagnant comme administrateurs ce qu’ils n’auraient pas gagné comme maîtres ?

Savez-vous ce que je conseillerais aux ouvriers? ce serait de prendre leur argent ou celui que l’État leur aurait prêté, et de le placer, non pas dans la fabrique où ils seraient associés, mais dans celle qui appartiendrait à un maître absolu, dont le mérite et la probité leur seraient connus.

Ainsi, ou point de direction, point d’autorité, le gouvernement de cinq à six cents individus décidant de tout ce qu’ils ignoreraient, ou un directeur dans les mains duquel ils auraient abdiqué, et alors le zèle très-incertain du fonctionnaire substitué à la toute-

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puissance, à l’activité infinie, à la vigilance incessante de l’intérêt personnel , telle serait l’étrange révolution produite dans l’industrie.

Tl faut bien une autorité déléguée dans les grandes entreprises qui ne peuvent être la chose d’un seul , telles qu’un chemin de fer ou une mine. Alors il faut

en effet choisir un intéressé qui dirige pour tous. Mais chacun sait que c’est une cause grave d’infériorité

pour les entreprises de cette nature, qu’elles périssent le plus souvent par l’administration, quand ce n’est pas par la qualité même de l’opération , et on ne comprend pas, lorsque l’étendue du capital engagé n’oblige pas à renoncer à la souveraineté de l’intérêt privé , comment on songerait à se passer de ses avantages. Enfiu l’expérience , qui en ce genre est le juge le plus siir, n’a jamais, depuis qu’il existe des nations commerçantes, indiqué d’autre mobile de l’industrie que l’intérêt personnel travaillant pour lui-même. On conçoit

l’autorité déléguée pour les affaires publiques qui ne sont pas la chose d’un seul , mais de tous, pour les-

quelles il faut moins encore l’ardeur, l’activité pas-

sionnée de l’intérêt

privé, que l’impartialité, le désin-

téressement , la justice, le courage de celui qui est mn par des vues d’intérêt général ; et encore dans les gouvernements perfectionnés a-t-on inventé une sorte d’intérêt personnel pour la direction des États , une façon d'œil du maître, c’est la responsabilité de celui qui gouverne, responsabilité qui engage sa vie, son ambition, son honneur, sa gloire! Mais c’est renverser toutes choses, confondre toutes les notions, que de

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transporter le gouvernement des États dans les affaires privées, et c’est peut-être par contre-coup s’exposer à trouver le gouvernement des affaires privées dans l’administration des États. On aurait donné aux manufactures pour les faire prospérer la froideur du fonctionnaire, et à l’État pour le gouverner l’égoïsme de l’intérêt privé. Il arrive souvent, en effet, que le principe qu’on ne met pas où il doit être, va se placer la où il ne devrait jamais se rencontrer.

IMais nous avons supposé la meilleure, la moins probable des chances, c’est la délégation, entière, absolue de l’autorité du propriétaire à un directeur, ce qui ne s’effectuerait jamais complètement. Ces maîtres ne se donneraient pas , quoi qu’on en dise , un maître , qui pourrait les renvoyer, et surtout les classer sous le rapport du salaire.

Comment pourraient-ils effectivement être renvoyés par celui qu’ils auraient le pouvoir de renvoyer euxmêmes ? Comment s’y prendrait ce directeur élu pour régler avec eux la question des salaires? Ce maître institué par eux établirait-il un seul salaire ou plusieurs? Payerait-il au même prix l’homme de peine qui remue du charbon à la pelle, ou qui prête ses épaules au transport d’un lourd fardeau , et l’ajusteur adroit qui rapproche toutes les pièces d’une machine? Il faut avoir perdu le sens pour imaginer que l’association garderait un seul ouvrier habile , en les payant également, et en leur offrant pour toute perspective une part dans des bénéfices futurs. Si, pour se conformer à la règle commune, elle les payait inégalement, je

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