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demande encore comment s’y prendrait ce maître, délégué des ouvriers , pour les ranger équitablement et sans appel , dans la classe à 2 francs , à 3 francs , à > francs, à 10 francs ? Imaginez-vous ces ateliers qui doivent marcher avec le silence , la précision , la continuité des machines dont ils empruntent le secours , qui n’approchent de la fécondité de la nature qu’autant qu’ils approchent de ses deux qualités essentielles, la régularité et la suite, les imaginez-vous partagés eu factions, ayant des opinions non sur les affaires publiques, ce qui importe peu, mais sur les affaires de la maison , exigeant qu’on travaille tant d’heures et pas plus , qu’on paye tant de salaire et pas moins , et ayant leurs suffrages , tous les ans, tous les mois, tous les jours, pour faire prévaloir leur sentiment? Ce serait la ruine , la ruine inévitable et prochaine. On arrive tout juste avec l’autorité absolue du propriétaire, avec le stimulant de l’intérêt personnel , à faire vivre l’industrie , et il est rare, en compensant les mauvaises années par les bonnes, qu’un manufacturier gagne plus de 7 ou 8 pour cent de ses capitaux engagés, soit pour l’intérêt de son argent, soit pour la rémunération de son travail personnel, et à ce compte il reste à peine 4 ou 5 pour les capitaux, 2 ou 3 pour l’entrepreneur. Appliquez maintenant aux mêmes manufactures le gouvernement d’Athènes, de Rome, de Florence, d’Amsterdam, de Paris même, et je vous prédis la ruine tant pour les capitaux que pour l’entrepreneur, et je renouvelle aux ouvriers associés le conseil que je leur ai donné, c’est de s’employer de leur personne dans les manufactures
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de l’association, surtout s’ils sont paresseux , querelleurs, aimant la brigue, l’agitation plus que le travail, et de placer leur argent, s’ils en ont un peu amassé, ou celui qu’on leur prêtera , dans d’autres entreprises que celles qui seraient gouvernées de la sorte.
Du reste je ne fais point ici une utopie, pour opposer à une utopie. Ce que je prédis a existé trois mois dans Paris. Le propriétaire d’un grand établissement consacré à la fabrication des machines, a pour un temps cédé ses ateliers à ses ouvriers, de manière qu’il n’y avait pas de capital à débourser pour la création de rétablissement, et il est convenu de leur acheter a un prix déterminé les machines ou pièces de machines qu’ils fabriqueraient. Ce prix a été augmenté de 17 pour cent en moyenne. C’était aux ouvriers associés entre eux à se gouverner, à se rétribuer, à se partager les bénéfices. Le maître n’avait pas à s’en mêler. Il payait les pièces exécutées, leur assemblage en machines, au prix convenu, et naturellement il ne devait payer que l’ouvrage exécuté.
Les ouvriers associés sont restés divisés ^ comme Ils l’étaient auparavant, en divers ateliers (facilité d’organisation fort grande, puisqu’ils n’avaient qu’à persister dans des habitudes prises); ils ont placé à la tète de chaque atelier un président, et à la tète des ateliers réunis un président général. Ils ont conservé la classification antérieure des salaires (autre facilité naissant d’hahitudes prises) , seulement ils ont donné 3 francs au lieu de 2 francs .50 centimes à la dernière classe, celle des hommes de peine, et ils ont cessé de
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pa\er au.x. ouvriers habiles ^appelés marchandeuis' le salaire élevé résultant du travail à la tâche. Ceu.\-ei n’ont comme tous les autres travaillé qu’à la journée. Pourtant, comme il fallait les satisfaire dans une certaine mesure , on leur accordait des suppléments de paye de ÔO, de 7.3 centimes, et quelquefois de I franc, cc qui , joint aux 4 francs de la paye moyenne, procurait .3 francs au plus à des ouvriers qui, à la tâche, gagnaient auparavant 6, 7 et 8 francs par jour. C’étaient les présidents d’ateliers qui accordaient ces suppléments. Après avoir ainsi élevé le salaire de l’homme de peine , abaissé celui de l’ouvrier habile, voici ce qui est arrivé à la suite d’un essai de trois mois.
!æ tumulte a été quotidien dans les ateliers, il est vrai que le tumulte était général alors, et qu’il n’était pas moindre au Luxembourg, à l’ Hôtel-de-Ville, que dans les manufactures. On se donnait des relâches quand il convenait de prendre part à telle ou telle manifestation, ce qui du reste ne nuisait qu’aux ouvriers eux-mèmes , car le propriétaire ne payait que l’ouvrage exécuté. Mais on travaillait peu , meme ([uand on était présent, et les présidents d’ateliers chargés de maintenir l’ordre, de surveiller le travail , étaient changés jusqu’à deux ou trois fois par quinzaine. Le président généra), n’exerçant pas la police locale dans les ateliers, avait moins de variations de laveur à subir, et il n’a été changé qu’une fois pendant la durée de l’association. Si on avait travaillé comme autrefois pendant les trois mois qu’a existé ce ré-
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gime , on aurait dû toucher 367 mille francs de maind’œuvre. On n’en a cependant touché que 197 mille, quoique les prix d’exécution fussent élevés de 1 7 pour cent. La cause principale de cette moindre production n’a pas seulement tenu à ce que le nombre de jours et d’heures de présence a été très-inférieur à ce qu'il était antérieurement, mais à ce que le travail a été beaucoup moins actif, même quand on était présent. Les ouvriers à la tâche qui n’avaient plus qu’un insignifiant supplément de ôO centimes ou d’un franc au plus, n’ont pas mis grand zèle à travailler pour l’association. Les hommes qu’ils prenaient ordinairement avec eux, lorsqu’ils étaient rémunérés à la tâche, auxquels ils accordaient un supplément, et qu’ils surveillaient eux-mèmes , ont été livrés à la surveillance à peu prés nulle des présidents d’ateliers, et un millier d’ouvriers sur quinze cents ont déployé l’ardeur don) on est animé quand on ne travaille pas pour soi. En définitive cent hommes de peine ont reçu 50 centimes de plus par jour, trois ou quatre cents ouvriers ont reçu 3 ou 4 francs comme par le passé , mais moins de journées parce qu’ils prenaient plus de vacauees, et enfin les mille plus habiles qui travaillaient autrefois à la tâche ont été privés de la plus-value qu’ils devaient à leurs efforts , et qui portait leurs journées à 7, 8 et 10 francs. Aussi les bons ouvriers étaient-ils tous résolus à quitter l’établissement, et les trois mois assignés à l’association étant expirés , elle a fini sans réclamation. Elle était dans une sorte de faillite, car elle devait plusieurs heures qui n’ont pas été payées.
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et elle avait dévoie le petit avoir d’une caisse de secours instituée avant ce régime philanthropique par le propriétaire de l’établissement.
Dix sous de plus par jour à cent hommes de peine sur quinze cents travailleurs, le salaire de trois ou quatre cents maintenu , celui des mille plus habiles diminué, la totalité beaucoup plus pauvre par suite des absences, qui ont représenté 32 pour cent de temps perdu, 197,000 francs d’ouvrage au lieu de 367,000 dans une même période, tous les bons ouvriers découragés , enfin l’association au-dessous de ses affaires après trois mois d’existence , bien qu’on eût un établissement tout monté fourni par le propriétaire, tel est le résultat. Les causes de ce résultat étaient le désordre, l’insuffisance d’autorité, le nivellement dans les salaires par la suppression du travail à la tâche, en un mot l’association substituée au gouvernement absolu d’un entrepi eneur travaillant pour son compte et traitant librement avec les ouvriers. De ces diverses causes, il eu est une qu’il importe de développer davantage , c’est l’abolition du travail a la tâche, vulgairement connu dans la langue des ateliers sous le titre de marchandage. On va voir que, sous prétexte de faire participer les ouvriers aux profits du capital , on les a privés du seul moyen qu’ils eussent de devenir eux-mêmes entrepreneurs , entrepreneurs sans capitaux. Cette courte dissertation complétera ce que j’ai à dire des associations au point de vue de leur mode de iroin ernement;
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CHAPITRK VI.