LIVRE QUATRIEME
DE L’IMPOT
CHAPITRK PREMIER.
DE LA MANIÈRE d’ ATTEINDRE LA PROPRIETE PAR
l’impôt.
Qu il 11 est pas vrai que les gouvernements aient eu pour vue principale, dans tous les siècles, de décharger une classe aux dépens des autres, et qu ils ont eu pour but essentiel de prendre V argent où il était plus facile de le trouver.
Je n’aurais pas traité dans toute son étendue la question qui m’occupe, si je ne recherchais quelle part des charges publiques la propriété doit supporter. Je ne l’aurais complètement traitée, ni quant au fond, ni quant aux circonstances présentes, car, entre les ennemis de la propriété , les plus habiles se reposent sur l’impôt du triomphe de leurs vues. Pour le moment, disent-ils, on respectera la distribution présente des biens, vu que la génération actuelle n’est pas encore assez éclairée pour qu’on puisse donner une solution complète des questions sociales, mais,
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eu attendant, les riches payeront. On peut donc créer des dépenses populaires, supprimer des impôts impopulaires, les riches payeront. — Soit, répondrai-je, si c’est juste. Mettant même toute justice de côté, j’ajouterai : Soit, si les riches le peuvent.
Il n’y a pas un sujet sur lequel la science économique du temps soit plus courte, plus fausse, qu’en matière d’impôt. On croit, par exemple, que jusqu’ici les gouvernements n’ont songé qu’à écraser le pauM*e, à soulager le riche, à faire porter sur l'uu les charges dont on débarrassait l’autre. On le croit de tous les gouvernements sans exception, du dernier, de l’avant-dernier, de tous enfin, modernes ou anciens. Cette supposition est pourtant fausse même pour les siècles anterieurs à la révolution de 178‘J, époque a laquelle le beau principe d’une égalité rigoureuse de^ant la loi, a été introduit pour la première fois dans notre constitution sociale. Bien qu’il y eût alors d’énormes et intolérables abus, que la révolution de 1789 a eu l’honneur de détruire, honneur que celle de 1848 n’aura pas, uniquement parce qu’elle est venue la seconde; bien qu’il y eût des classes affranchies ou chargées de certains impôts, qu’il y eût des exceptions injustifiables, et toutes au profit de quelques privilégiés, néanmoins, sauf ces préjugés du temps, remplacés aujourd’hui par des préjugés d'un autre genre, et non moins dangereux, il n’est pas vrai que Sully ^ Colbert, 'l'urgot, et beaucoup d’autres ministres moins célèbres placés entre ceux-là, ne songeassent qu’à écraser
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le pauvre, et n’apportassent dans leurs vues qu’une brutale injustice, exclusivement occupés qu’ils étaient de remplir les caisses royales. Cette supposition est complètement erronée. Les uns par humanité, les autres par prudence , ne songeaient qu’à une chose , à ménager le plus grand nombre, à le faire souffrir le moins possible, car toute souffrance épargnée laissait une ressource pour de nouveaux impôts. En dehors des nobles et du clergé que les privilèges du temps couvraient, il y avait des riches qu’aucun privilège ne garantissait, et qu’on ne demandait pas mieux que d’atteindre. Ces grands ministres n’avaient qu’un objet en vue , c’était de trouver les impôts les moins onéreux , les moins nuisibles à la production , et de ménager le pays , ne fùt-ee que pour en tirer davantage. Il ne faut donc pas mépriser leur science, et croire que tout est à refaire en matière d’impôt, qu’en tout refaisant on dédommagera le pauvre de sa pauvreté , on punira le riche de sa richesse. Non : on bouleversera l’ordre social, et on rendra le pauvre plus pauvre, car il est toujours le plus maltraité dans les révolutions , vu qu’ayant strictement le nécessaire, quand il l’a, il ne peut rien perdre sans être aussitôt réduit aux abois. Les derniers huit mois en sont la preuve, .le vais donc chercher en peu de mots où sont, en fait de contributions publiques, le juste et l’habile, et heureusement on reconnaitra ici comme ailleurs, que le juste, l’habile sont identiques, et que violer la propriété, soit qu’on l’atteigne indirectement par l’impiH, soit qu’on l’atteigne directement
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par tous les genres de communisme , ne rapporte pas davantage. La perturbation, le discrédit, la misère sont toujours les seuls résultats certains de ce genre d’entreprises.