‹ De la propriété [microform]Chapitre 51 sur 60 · DU MAL DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

DU MAL DANS LE MONDE

Qu U y a dam la société une portion de mal que les ymivernements doivent s'attacher à réparer, et quil y en a une autre inhérente à la nature humaine, qu aucune perfection imagmable dans les gouvernements ne saurait épargner aux hommes.

H y a partout des hommes sincères, je le reconnais, et si parmi les philosophes socialistes , il y en a certains qui n’ont cherché qu’à se rendre populaires , et à placer dans leurs mains le dangereux instrument de la multitude, il en est d’autres que la vue des maux répandus dans la société a vivement touchés, et qui ont voulu y porter remède. Mais ce remède l’ont-ils trouvé ?

Il y a quelques riches , mais en petit nombre , un

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peu plus de gens aisés, mais pas beaucoup encore, enfin un nombre infini de gens qui n’ont que le strict nécessaire, et beaucoup qui ne l’ont même pas. Le peuple des campagnes , comme je l’ai déjà dit , se nourrit de seigle, de pommes de terre, de quelques légumes , d’un peu de lard, mange rarement de la viande, et travaille toute l’année par la pluie, le soleil ou la gelée. Le peuple des villes, moins constamment gêné, a des moments où son salaire double, et où il vit dans une sorte d’abondance; il a même quelques-uns des plaisirs du riche, un habit de drap noir, du linge blanc, les spectacles de la ville, et presque toujours de la viande. Mais à peine l’imprudente industrie qui se disputait ses bras en les payant cher, s’est-elle aperçue de l’excès de production, qu’elle s’arrête, cesse de l’employer, et il expie dans une misère affreuse et profonde, dans la faim en un mot, dont le paysan est exempt, les quelques beaux jours qu’il a passés. La classe du fabricant, du commerçant , placée au-dessus de la classe ouvrière, s’arrête aussi, voit tous ses gains disparaître. Le riche ne perçoit plus le loyer de ses capitaux, et souffre comme les autres, sans compter que même dans les * temps de prospérité mille catastrophes viennent frapper tantôt ceux-ci, tantôt ceux-là, que l’industriel, le commerçant , le fabricant , cédant à une ambition imprudenie, ont fait des faillites affreuses, qu’ils ont emporté dans leur chute, eux , leurs familles, beaucoup de serviteurs attachés à leur sort , commis, ouvriers, agents de tout genre, que le riche , qui leur

DE L’IMPOT

avait prêté ses capitaux , est entraîné dans la chute, qu’enfin ce riche lui-même, sans catastrophes commerciales, livré à ses propres impulsions, dominé par ses vices ou trompé par de faux amis, tombe du faite de l’opulence, et finit quelquefois par l’exil, la prison, le suicide ou la misère. Voilà le monde avec la propriété , la famille et la liberté.

Y voulez-vous opérer des changements, des changements qui l’améliorent suivant les évidentes lois de la nature humaine, oh 1 soyez le bienvenu , apporteznous vos lumières, vos inventions : nous les discuterons. Nous qui pensons sans cesse à ces divers objets, nous nous sommes fatigués peut-être, ou habitués à la souffrance de nous-mêmes et des autres. Venez, vous qui peut-être moins résignés aux nécessités de ce monde, les appréciant moins, aurez trouvé quelque remède, venez, et discutons avec bonne foi. Mais voulez-vous changer les conditions essentielles de cet univers, voulez-vous pour que l’homme ne soit ni pauvre, ni riche, supprimer le stimulant qui le fait travailler ; pour qu’il ne souffre pas, supprimer la liberté; pour qu’il n’ait pas les douleurs de la famille, supprimer la famille ; nous vous dirons, si vous êtes de bonne foi , que vous n’avez pas connu la nature humaine; nous vous dirons, si vous êtes des factieux qui cherchez des soldats dans ceux qui souffrent impatiemment, nous vous dirons que vous êtes criminels.

Une première observation doit frapper tous les

esprits , c’est que ce petit nombre de riches, ce nom-

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