‹ De la propriété [microform]Chapitre 52 sur 60 · KK · texte numérisé non relu

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bre moins restreint, mais bien insuffisant encore de gens aisés , comparé à l’immense nombre de ceux qui n’ont que le nécessaire ou moins que le nécessaire, ôte toute idée de pouvoir améliorer le sort de ceux qui ont peu , par le partage des biens de ceux qui ont beaucoup. On ne procurerait à aucun le bien-être, et on aurait détruit chez tous l’ardeur à produire, qui a conduit la société de l’état où elle était dans le moyen âge, à l’état où elle est aujourd’hui. On ne niera pas, en effet, que le sort de l’espèce humaine ne se soit bien amélioré depuis deux ou trois siècles, même depuis cinquante ans, depuis trente, depuis vingt? Il y a quelques siècles les moyens de l’agriculture , ceux du commerce qui la supplée quand les saisons lui ont été contraires , étaient tellement insuffisants , que les disettes emportaient des milliers d'hommes. Des quantités innombrables de malheureux périssaient de faim sur les routes ou les places publiques. Nous avons traversé récemment une disette ; il y a eu des souffrances, d’inévitables souffrances, mais le peuple des campagnes n’a nulle part manqué de pain , et celui des villes , par les moyens combinés du commerce , du gouvernement et de la bienfaisance des classes aisées, a eu le nécessaire. Dans cette année, l’ouvrier ne s’est pas vêtu à neuf, il ne s’est donné aucun plaisir, et tel dont la santé débile n’aurait pu se soutenir que par l’aisance , est mort plus tôt, plus inévitablement que dans une année prospère. Mais cette disette est-elle comparable à celle qui emportait des générations entières?

DE L’IMPOT

Le vivre est donc plus assuré. S’agit-il du logement? Voyez dans les vieux quartiers de quelquesunes de nos villes ces maisons construites en plâtras, revêtues de petites tuiles de bois, accumulées comme des fourmilières , humides , obscures , privées d air, qui rappellent ces cités du moyen âge dont on retrouve encore l’image dans beaucoup d anciens tableaux , dont la misère , la laideur , la confusion étaient surmontées par le clocher élancé de 1 église gothique, car l’homme alors semblait n’avoir dans sa misère songé qu’à Dieu; rappelez-vous, dis-je, ces maisons dont on détruit encore des quartiers entiers à Rouen , et comparez-les aux maisons , petites sans doute , mais saines , construites en briques , revêtues en ardoises, qui les remplacent. N’y a-t-il pas eu une

véritable amélioration sensible?

Regardez dans les champs , et vous verrez partout le toit en tuiles ou en ardoises remplacer le chaume, la construction en pierre remplacer la construction en terre. Regardez au vêtement de l’ouvrier, et vous \ errez le drap foulé remplacer la bure, le soulier remplacer le sabot, et sur les épaules de la femme du peuple le fichu de laine remplacer un mouchoir de coton. C’est que, comme je l’ai déjà dit, la journée des champs qui valait , il y a quarante ans , 2o sous en vaut 40, celle des manufactures qui valait 2 francs en vaut 5 , et que le fichu qui valait 50 francs en vaut 5 ou fi. Lisez enfin A auban , lisez les écrivains du grand siècle, et voyez cette peinture des champs abandonnés, des paysans fugitifs , et dites si lien de

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