TRAVAIL
Que de l'exercice des facultés de l'homme il naît une seconde propriété, qui a le travail pour origine , et que la société consacre dans l’intérêt universel.
L’homme a donc des facultés fort inégales, par rapport à celles de tel ou tel autre membre de son espèce, mais qui sont incontestablement à lui. Maintenant qu’en fera-t-il ? Dieu les lui a-t-il données comme la voix à l’oiseau , pour chanter vainement dans les bois, occuper son oisiveté, ou exciter la rêverie du promeneur solitaire ? Peut-être en fera-t-il un jour la voix d’Homère ou du Tasse, de Démostbène ou de Bossuet; mais en attendant Dieu lui a imposé d’autres soins que celui de chanter la nature ou de déplorer la chute des empires. Il l’a destiné à travailler, à travailler rudement, d’un soleil à un autre soleil, à arroser la terre de ses sueurs.
Nudus in nudâ humo, tel est l’état dans lequel il l’a jeté sur la terre , dit Pline l’ancien. C’est à force de travail que l’homme pourvoit à tout ce qui lui manque. Il faut qu’il se vêtisse, en arrachant au tigre ou au lion la peau qui les recouvre pour en couvrir sa
DU DROIT DE PROPRIÉTÉ
nudité; puis les arts se développant, il faut qu’il file la toison de ses moutons , qu’il en rapproche les fils par le tissage, pour en faire une toile continue qui lui serve de vêtement. Cela ne lui suffit pas , il faut qu il se dérobe aux variations de l’atmosphère , qu’il se construise une demeure où il échappe à l’inégalité des saisons , aux torrents de la pluie , aux ardeurs du soleil, aux rigueurs de la gelée. Après avoir vaqué à ces soins, il faut qu’il se nourrisse, qu’il se nourrisse tous les jours , plusieurs fois par jour; et tandis que l’animal privé de raison , mais couvert d’un plumage ou d’une fourrure qui le protègent, trouve s’il est oiseau des fruits mûrs suspendus aux arbres, s’il est quadrupède herbivore une table toute servie dans la prairie , s’il est carnassier un gibier tout préparé dans ces animaux qui pâturent, l’homme est obligé de se procurei des aliments en les faisant naitre , ou en les disputant à des animaux plus rapides ou plus forts que lui. Cet oiseaU) ce chevreuil dont il pourrait se nourrii ont des ailes ou des pieds agiles. Il faut qu’il prenne une branche d’arbre, qu’il la courbe, qu’il en fasse un arc, que sur cet arc il pose un trait, et qu il abatte cet animal pour s’en emparer, puis enfin qu il le présente au feu, car son estomac répugne à la vue du sang et des chairs palpitantes. Voici des fruits qui sont amers , mais il y en a de plus doux à côté : il faut qu’il les choisisse, afin de les rendre par la culture plus doux et plus savoureux. Parmi les grains il y en a de vides ou de légers , mais dans le nombre quelques-uns de plus nourrissants : il faut qu’il les choisisse , qu il les