DU 1IB01T DE PBOPIUÉTÉ. ' UT
iniquités du régime féodal, attribuées aux ainés à l'exclusion des cadets, données, reprises, disputées entre ces seigneurs féodaux qui s'enlevaient par la fraude des biens souvent acquis par la violence, elles allaient enfin, sous Une législation plus régulière, qu'avaient faite nos rois, devenir une possession quelque peu respectable, quand tout à coup est venue la révolution française, qui, bouleversant de nouveau personnes et choses, tranchant la tête aux ûls de ces seigneurs féodaux, confisquant leurs biens parce qu'ils fuyaient l'échafaud, enlevant au clergé des terres magnifiques, que lui-même avait soustraites à des mourants assiégés de remords, a donné le tout au premier venu ; pour quel prix ! Pour un papier tellement avili , que ce qui servait à payer une terre n'aurait pas servi à nourrir quelques jours une famille. Y a-t-il , après de tels souvenirs, un propriétaire français qui puisse mourir en paix ?
Que dire des Espagnols qui cultivent si mal le sol qu'ils prirent aux Arabes, que les Arabes prirent aux Goths, les Goths aux Romains, les Komains aux anciens Ibériensl Que dire des Turcs qui prirent aux Grecs , lesquels avaient pris à je ne sais qui , ces belles rives du Bosphore 1 Et l'Amérique elle-même, quel Jugement en porter? Là le travail, à en croire les apparences , serait bien certainement l'origine de la propriété, car des colons n'ayant que leurs bras, quelques instruments aratoires, et quelques mois de vivres apportés d'Europe, vont attaquer des forêts vierges, où n'habitent que des singes , des perroquets, des ser-
petits. Eh bien I ceux -lu aussi, ceux-là usurpent, car les Américains du nord , qui leur concèdent ces forêts vierges, les ont dérobées à de pauvres Indiens, pieds noirs ou pieds rouges , sans aucun titre que la fantaisie qui leur prit, il y a deux siècles, de quitter l'Angleterre pour des querelles de religion. Que penser, si l'Amérique elle-même n'est qu'un repaire de violences et d'usurpations !
Parlons sérieusement, même en répondant à de folles objections. Pour travailler il faut commencer par se saisir de la matière de son travail , c'est-à-dire de la terre, matière indispensable du travail agricole, ce qui fait que l'occupation doit être le premier acte par lequel commence la propriété, et le travail le second. Toute société présente au début ce phénomène de,roc* cupation plus ou moins violente, auquel succède peu à peu le phénomène d'une transmission régulière, au moyen de l'échange de la propriété contre le finit légitime d'un travail quelconque. Pour rendre cet échange sur, on suppose que toute propriété qui a été trente années dans les mêmes mains , sans aucune réclamation, y était légitimement, ou y a été légitimée par le travail. Les terres ainsi transmises continuellement, sous une législation fixe, représentent une propriété légitime , puisqu'elles ne sont dans aucune main sans avoir été échangées contre une valeur équivalente, tl suffirait d'une seule transmission pour les constituer la plus respectable des possessions, et il ne faut pas un siècle pour qu'elles changent plusieurs fois de maîtres, sauf quelques exceptions très-rares. Le monde
DU DROIT RE i'ROPRIÉTË. »
civilisé n'est donc pas une vaste usurpation, et j'ajouterai, pour tranquilliser la conscience des propriétaires français, que, malgré les barbaries du régime féodal , malgré les bouleversements de la révolution de 1789, la propriété foncière remonte en France, et pour la plus grande partie, à l'origine la plus pure. Les champs que les Romains enlevèrent aux Gaulois étaient peu considérables, car le sol était à peine cultive, et il ressemblait aux forêts que les Américains concèdent aujourd'hui aux Européens. Les Barbares le trouvèrent dans un état peu différent. Mais c'est surtout pendant les siècles qui ont suivi, et sous le régime féodal, que le défrichement a commencé, et s'est continué , sans interruption , ce qu'indique le nom de roture, venant de niptura, donné à toute propriété qui avait le défrichement pour origine. Tonte terre roturière venait par conséquent du travail le plus respectable , et c'était le plus grand nombre , car beaucoup de terres anoblies avec le temps, à cause de celui qui tes possédait, avaient commencé par être des terres roturières. Depuis , sous une longue suite de rois , d'excellentes lois avaient rendu la transmission régulière, et le commerce , lorsqu'il voulait acquérir des domaines fonciers, les achetait à beaux deniers comptants des possesseurs nobles ou roturiers. Nous pouvons donc , nous autres Français, si nous en avons toutefois, posséder nos terres en pleine tranquillité de conscience, fussions-nous même acquéreurs de biens nationaux, car, en définitive, on paya ces biens avee la monnaie que l'État lui-même donnaitatoùt le monde, que tout
le monde était obligé d'accepter de ses débiteurs, et
enfin quelques scrupules restant à la Restauration,
elle a consacré huit cents millions à les dissiper. Nous
pouvons donc dormir en paix, et nos enfanta après
nous.