BUT ET NÉCESSITÉ DE L*ÉDUCATION
Ce n'est que dans les cas les plus exceptionnels que Téducatlon d'un sujet, à part le principe moral qui s'y rattache, n'a pas pour but l'exercice d'une profession.
Or, qu'est autre chose une profession, sinon la pratique de moyens spéciaux au service d'un besoin général ou particulier?
L'éducation a donc pour objet d'enseigner la pratique de ces moyens ; car cette pratique tient, dans tous les cas, à des actes successifs dont Texercice, loin d'être arbitraire, doit avoir pour guide la science, Tapprenlissage.
L'étude de la pratique est même une condition d'autant plus importante que l'individu exerçant une profession dans une spécialité industrielle quelconque suffit bien au delà à l'exigence de celui de ses besoins dont la satisfaclion tient aux résultats de cette pratique ; ce qui signifie, en d'autres termes, que la consommation spéciale de l'individu est absolument minime, eu égard aux effets spéciaux de ses actes de production.
Nous voyons, en effet, que l'agriculteur ne consomme individuellement qu'une faible partie des fruits que fait éclore son travail, le fabricant qu'une minime portion des produits qui sortent de ses ateliers ; que le tailleur, le cordonnier, le chapelier, ne réservent annuellement, pour soi, qu'uii ou deux des
nombreux objets de vêtement qui se fabriquent pur leurs soins ; que le navigateur ne transporte, pour son usage, qu'une partie insignifiante du fret qu'il va chercher au delà des mers : ainsi de tant d'autres professions.
Il est même des industries qui peuvent n'avoir jamais d'emploi spécial à ceux qui les exercent : il peut fort bien arriver que l'architecte ne construise jamais pour soi, que l'avocat ne plaide jamais que pour ses clients, que l'imprimeur n'occupe jamais le personnel de ses ouvriers qu'à reproduire les ouvrages des autres.
Enfin, il est des professions que la loi interdit, pour leurs besoins personnels, à ceux qui les exercent : telles sont les professions de magistrat, de notaire, d'avoué, d'huissier.
Il est donc vrai que la spécialité du travail de chaque individu ne touche que par un point presque imperceptible à la satisfaction des besoins multiples et divers de cet individu. L'on peut donc dire que chacun met directement sa profession au service des autres, et qu'il ne l'exerce qu'accidentellement pour son service particulier.
Il résulte de cet ordre de choses que chaque individu devient le point central des besoins auxquels satisfait sa profession, dont les résultats rayonnent de manière à atteindre plus ou moins au service de tous, tandis que lui-même se trouve sur un point de rayonnement du service des autres professions, de telle sorte qu'il devient à son tour comme le point central des professions qui correspondent à ses besoins individuels.
Et il est heureux qu'il en soit ainsi, car l'instantanéité des besoins est telle, qu'il est impossible à qui que ce soit de satisfaire, par ses seules œuvres, à l'exigence de ce concours.
Si cette observation fait bien comprendre que les besoins individuels occasionnent un enchâssement de relations tel que, dans cet inextricable réseau, est resserrée toutel'espèce humaine; qu'ils constituent ainsi tm lien social contre la force duquel on se débattrait en vain, elle fait plus spécialement mieux apprécier combien il importe au bien-être de tous, à l'harmonie de la grande famille humaine, non-seulement qu'il soit satisfait à
chacun des besoins de ceux qui la composent, mais encore qu'il y soit satisfait d'une manière convenable; en d'autres termes, que la spécialité du service correspondant à la spécialité du besoin réunisse toutes les conditions désirables de bonne qualité.