ET LA RÉTENTION D'URINE
S'il était démontré que la rétention d'urine se rencontre seulement dans les formes de l'hypertrophie prostatique où il y a tumeur ou valvule obturant l'orifice interne de l'urètre, et qu'au contraire en sont exempts les cas où l'hypertrophie porte sur les lobes latéraux, sans déterminer de saillie notable, au niveau du col, le problème ne serait-il pas à. peu près résolu et ne serait-il pas indiqué d'extirper la tumeur ou la barre prostatique pour remédier à la rétention ?
Or il n'en est pas ainsi, le problème est loin d'être aussi simple. S'il existe des faits bien connus où un lobe moyen pédiculé, une valvule faisant clapet a dû s'opposer manifestement à l'émission volontaire de l'urine, on en rencontre d'autres qui ont moins attiré l'attention, il est vrai, où il n'existe ni tumeur prostatique ni barre assez élevée pour obturer l'orifice urétral, où l'obstruction prostatique a été en un mot plus urétrale que vésicale, et dans laquelle cependant on a noté de la rétention d'urine pendant la vie. Ces faits, si peu nombreux qu'ils soient, ont une importance considérable, car dans les cas d'hypertrophie totale, en somme les plus nombreux, ils permettent de ne pas attribuer à un lobe moyen plus ou moins saillant, à une barre plus ou moins élevée, un rôle plus important qu'il ne convient, de ne pas imputer aux seules résistances du col vésical les difficultés de la miction, mais de les répartir plus justement dans toute la traversée de l'urètre prostatique.
Nous avons étudié à ce point de vue les pièces de prosta-
tiques réunies au musée Civiale parles élèves de M. le professeur Guyon, et voici les rapports que nous avons trouvés entre la forme de l'hypertrophie et la rétention d'urine.
A. Hypertrophie portant presque exclusivement sur les lobes latéraux, sans tumeur ni barre saillante au niveau du col (6 cas).
Hypertrophie des lobes latéraux, surtout du lobe droit qui a le volume d'une grosse prune et fait dans l'urètre une saillie convexe.
N° 41 (Muron).
Hypertrophie des deux lobes, surtout du droit qui est surmonté d'une saillie grosse comme une a.mande,faisanl saillie dans l'urètre entre le col et le verumontanum et qu'il eût été difficile d'apercevoir par la cystotomie sus-pubienne.
N° 13 (Molinier).
Hypertrophie des lobes latéraux qui font saillie du côté du rectum.
Hypertrophie des lobes latéraux, surtout du gauche qui a le volume d'une grosso prune et fait saillie dans toute l'étendue de l'urètre prostatique.
N° 4 (Molixier).
Les deux lobes latéraux, du volume d'une grosse noix, font du côté de l'urètre une saillie convexe, ils sont réunis au niveau du col par une barre insignifiante de l cent.de hauteur environ.
Hypertrophie surtout du lobe latéral droit.
N° 10 (Mounuîr).
Le malade est entré dans le service pour des phénomènes de rétention et est mort quelques jours après son arrivée.
Le malade mort 15 jours environ après son arrivée porte le diagnostic : Rétention d'urine; Hypertrophie de la prostate.
Diagnostic : Rétention d'urine. Hypertrophie de la prostate.
Rétention.
Grande difficulté pour uriner, depuis 1 mois. Rétention complète depuis 3 jours.
Sans renseignements cliniques, mais la grande capacité de la vessie, la minceur de ses parois indiquent clairement qu'il y a eu distension vésicale et par conséquent rétention.
B. Hypertrophie portant sur les trois lobes sans tumeur ou valvule obturant très manifestement le col (10 cas).
Lobes latéraux énormes; le lobo moyen a le volume d'une cerise, il est un peu mobile, de chaque côté on voit une rigole.
N°33 (Reverdin).
Hypertrophie des trois lobes, surtout des deux lobes latéraux.
N° 112 (Second).
Hypertrophie totale : le lobe médian proémine dans la vessie sous forme d'une épiglotte un peu mobile mais parfaitement incapable, depar ses dimensions,d'obturer l'orifice du col, qui est énormément dilaté; au contraire le lobe gauche présente une bosselure intra-urétrale grosse comme un grain de raisin, qui devait être un obstacle sérieux à l'émission de l'urine.
N° 54 (Curtis).
Hypertrophie latérale, pont réunissant deux lobes.
N" G3 (E. Martin).
Hypertrophie des deux lobes latéraux avec barre prostatique renflée en son milieu sous forme de luette.
N° 142 (Halle).
Hypertrophie totale. Barre saillante, renflée en son milieu réunissant les extrémités postérieures des deux lobes latéraux. Ceux-ci très développés font une saillie convexe dans L'intérieur du canal. Il existe à gauche du lobe médian une gouttière profonde, excavée par le passage delà sonde.
N° 6G (Zamdianchi). -
Deux lobes latéraux énormes, gros comme une prune, très rapprochés l'un de l'autre, réunis en arrière par un pont aminci qui fait une saillie très notable dans la vessie.
N° 68 (Zamdianchi).
Depuis 18 mois rétention incomplète avec incontinence.
Plusieurs accès de rétention.
Depuis plus'de 2 ans le malade n'urine plus sans sonde.
Le malade depuis fort longtemps souffrait de rétention incomplète, depuis quelques jours elle était devenue complète.
Rétention incomplète.
Distension vésicale.
Rétention avec incontinence.
Difficulté extrême d'uriner.
Rétention avec incontinence.
Les lobes latéraux sont très hypertrophiés. Le lobe moyen, gros comme une noisette, fait saillie dans la vessie et présente de chaque côté une gouttière .
A la base on voit deux fausses routes.
Hypertrophie totale de la prostate; lobes latéraux gros comme une noix ; lobe moyen gros comme un grain de raisin, surmontant une crête transversale.
N° 13 (Campenon).
Hypertrophie totale très considérable. Lobe moyen gros comme une noix, non pédiculé, surmonte la partie postérieure de l'orifice urétral sans l'obturer.
(Vignard).
Pas do renseignements cliniques mais les deux fausses routes indiquent qu'il y a eu rétention.
D'ailleurs la vessie est très grande.
Jamais de rétention complète mais incomplète sans doute car la vessie est
grande et à colonnes.
Rétention complète depuis 12 ans.
G. Hypertrophie avec obturation manifeste au niveau du col, mais avec hypertrophie totale (9 cas).
Lobe moyen volumineux et incliné vers l'orifice urétral, mais aussi hypertrophie du lobe gauche qui fait dans l'urètre une saillie convexe; à la gauche du lobe moyen qui est légèrement pédiculé est une gouttière.
N" 152 (Boursier).
Hypertrophie des trois lobes. Lobe moyen forme valvule et empêche toute issue du liquide de la vessie.
Hypertrophie totale considérable, le lobe moyen ressemble à un croupion de poulet et forme soupape.
N" 70 (Zambianchi).
Le lobe moyen forme une saillie de 4 cent, enforme de croupion de poulet de chaque coté existent deux rigoles
Incontinence depuis 6 mois.
Rétention au moment de l'entrée à l'hôpital.
Rétention complète datant de 36 heures à son entrée.
Le malade urinait par regorgement.
Depuis plusieurs mois la miction était extrêmement difficile; depuis qq. jours il urinait par regorgement.
profondes; les lobes latéraux sont également très hypertrophiés.
N" 103 (E. Monod).
Le lobe moyen gros comme une châtaigne fait une saillie très prononcée dans la vessie. Il existe de chaque côté deux gouttières. Les lobes latéraux moins volumineux que le moyen bombent vers l'intérieur du canal.
Hypertrophie totale de degré moyen, le lobe médian, du volume du pouce, était piriforme; il a dù jouer un rôle dans l'obstacle à l'émission de l'urine. N° (Molinier).
Hypertrophie totale: le lobe moyen en forme de champignon pédiculé, bosselé, fait saillie dans la vessie, de chaque côté une rigole profonde.
N° 71 (Zambianchi).
Le lobe moyen formant soupape a la forme d'un polype épais de 1 cent. 1/2, haut de 2 cent.
Il y a d'ailleurs hypertrophie totale atteignant le volume d'une mandarine.
N° 113 (Second).
Hypertrophie totale considérable.
Lobe moyen gros comme un grain de raisin, mobile, pouvait obturer presque hermétiquement l'orifice urétral.
(Vignard.)
Aucun renseignement clinique, mais vessie agrandie, hypertrophiée, à coonnes.
Depuis 3 mois, le malade était obligé de se sonder.
Rétention complète quelques jours avant son entrée.
Rélenlion incomplète.
Incontinence nocturne.
Rétention incomplète depuis fort longtemps, à en juger par la dilatation énorme de la vessie et des uretères, bassinets.
Rétention complète quelques jours avant la mort.
D. Hypertrophie partielle limitée au col (3 cas).
Hypertrophie limitée au lobe moyen, Incontinence par regorgement, volumineux, pédiculé.
N° 18 (Molinier).
Les lobes latéraux peu hypertro- Rétention incomplète avec incontiphiés ne forment aucune saillie uré- nence. traie. Il existe une saillio du lobe moyen en forme de luette, de la grosseur d'un grain de raisin.
Hypertrophie limitée au lobe gauche, Rétention complète au moment de faisant saillie dans la vessie, au ni- l'entrée à l'hôpital, veau du col.
N° 82 (Campenon).
Il nous paraît bon de faire remarquer, à la suite de cette énumération :
Que les pièces présentant une hypertrophie du lobe moyen ont naturellement toutes été collectées dans ce musée en raison de l'intérêt qu'on a toujours porté à ce lobe, tandis qu'il est fort possible que les hypertrophies simplement bornées aux lobes latéraux, n'aient pas paru dignes de passer à la postérité.
Néanmoins : de ces données anatomo-pathologiques et cliniques, telles qu'elles s'offrent à nous, nous pouvons fermement conclure :
Dans l'hypertrophie de la prostate, l'obstacle à la miction existe pour le plus grand nombre des cas au même degré sur toute la longueur de l'urètre prostatique, 16 cas sur 28.
Dans un certain nombre de cas, l'obstacle siège principalement à l'orifice de l'urètre, mais est étendu en même temps à toute sa portion prostatique, 9 cas sur 28.
Dans des cas tout à fait exceptionnels enfin, la traversée de l'urètre prostatique est libre, l'obstacle est limité à la région du col, 3 cas sur 28.
Ainsi donc, si l'on ne tenait compte, dans la pathogénie . de la rétention d'urine chez les prostatiques, que de ce seul facteur, la forme de l'hypertrophie, une opération qui n'agit que sur le col ou à son voisinage, n'aurait aucun effet sur la rétention dans le plus grand nombre de càs, n'aurait qu'un effet douteux dans un certain nombre, et ne serait assurée du succès que«dans des cas tout à fait exceptionnels.
Mais d'ailleurs la forme de l'hypertrophie n'est qu'un facteur dans la pathogénie de la rétention. La conlractilité vésicale joue un rôle qui ne le cède en rien à celui de l'obstacle prostatique, on ne saurait l'oublier sans s'exposer à des mécomptes répétés.