ORIGINE DE LA PROSTITUTION A ALGER
11 existe si peu d'ouvrages sur la Régen'ce d'Alger avant la conquête des Français en 1 830, qu'il
{i) De la Prostitution dans la ville de Paris ; 1837, 1" vo!,, p. 100.
ne nous a pas été possible de fake l'histoire complète de la prostitution africaine avant cette époque.
Cependant, à force de recherches, nous sommes parvenu à découvrir qu'elle existait déjà à Alger en 1612. Le père don Diego de Haedo, qui a publié, en espagnol, une Topographie et une Histoire d'Alger, nous donne à ce sujet des détails assez curieux.
« Le troisième vice et péché, dit-il, est la luxure dont les Algériens font un si grand usage, qu'ils la regardent comme devant faire leur bonheur dans ce monde et dans l'autre. Suivant la doctrine de Mahomet, la fornication simple n'est pas un péché, et les femmes de mauvaise vie sont si
nombreuses (quoique parmi eux les b ne
soient pas tolérés et qu'il n'y en ait aucun), que les Maures mêmes disent qu'il n'y a pas de femme, à Alger, qui ne se prostitue, nonseulement aux Turcs et aux Maures , mais encore aux chrétiens qu'elles obsèdent de leurs importunités et qu'elles vont chercher dans leurs propres maisons, sans crainte de la mort, ou qu'on les jette à la mer comme c'est l'habitude. »
Ces faits se trouvent confirmés par un autre ouvrage publié en 1671 (1).
Voici ce que raconte Emmanuel d'Aranda (2) : << Les femmes ne sont pas scrupuleuses devant ' les esclaves cliréliensi car elles disent qu'ils sont aveugles ; mais elles sont remarquables par leurs mauvaises inclinations; car nonobstant quêteurs maris, avec toutes sortes de diligences, tâchent de tenir leurs femmes et leurs filles dans la maison,, elles inventent mille finesses pour se baigner, pour faire des visites, ou sous prétexte de dévotion pour visiter un marabout ou santon; et s'abandonnent alors, quand elles trouvent l'occasion, à tous ceux qu'elles rencontrent, fussentils des coquins, des bélîtres, des sodomites. »
Il ajoute dans un autre endroit (3) : « Quelques esclaves gagnaientbeaucoupd'argent; mais comme l'on voit ordinairement que le bon temps et l'argent perdent les hommes, ceux-ci le perdaient avec les femmes et le vin. »
(1) Topographia e Hisloria gênerai de Argel. In-fol. 1612, p. 38.
(2) Relation de la captivité et la liberté du sieur Emmanuel d'Aranda, jadis esclave â Alger^JQli. In-18, avec portrait, p. 228.
(3) Idem, p. 237.
Ces faits intéressants, cités par deux auteurs dignes de foi et qui ont longtemps habité Alger, déjnontrent d'une manière irréfragable que la prostitution y existait déjà au seizième siècle; nous n'avons pu remonter à une date plus ancienne.
PROSTITUTION AVANT i850.
Nous arrivons, sans intermédiaire, aux années qui ont précédé l'arrivée des Français sur le sol africain.
La prostitution y existait certainement sur une grande échelle et y était réglementée.
Et d'abord nous savons que les janissaires mariés avaient tous des concubines, outre les quatre femmes qui sont permises à tout musulman, d'après le Coran. Mais comme ils perdaient une grande partie de leurs avantages en se mariant, ils restaient presque tous célibataires et vivaient avec les filles publiques, chez lesquelles ils passaient la moitié du temps à se livrer à toutes espèces de débauche.
En outre, ils étaient tous adonnés à la pédérastie.
Le capitaine llozet estime à 3,000 le nombre des filles publiques qui existaient à Alger, lors de notre arrivée. Il y avait des Mauresques, des Arabes, des négresses, mais il n'y avait pas de Juives autorisées. Les femmes publiques étaient renfermées dans des maisons particulières et divisées en diverses classes dont chacune avait ses prix ; elles ne pouvaient sortir sans la permission u mézouar. C'était le grand bailli ou le lieutenant général de la police ; on l'appelait mézouar ou mizouar, et il était chargé spécialement de la surveillance des femmes qui faisaient métier de ia prostitution.