‹ De la prostitution dans la ville d'Alger depuis la conquêteChapitre 38 sur 82 · VISITE CHEZ LES FILLES MAURESQUES · texte numérisé non relu

VISITE CHEZ LES FILLES MAURESQUES

Il ne faudrait pas croire que, à l'instar de ce

qui a lieu chez nous, le coït accompagne nécessairement une visite chez une Mauresque ; bien souvent on y prend le café en fumant et en causant, la Mauresque chante en s'accompagnant sur le dei^bouka. Le derhouka est un cylindre en terre cuite, évasé, ouvert à ses exlrémités, et dont l'extrémité la plus large est couverte d'une peau de chèvre fortement tendue, sur laquelle onfrappe en cadence avec les doigts. Ou bien, l'on joue avec des cartes espagnoles, les seules qu'elles connaissent, et la soirée se passe ainsi.

Dans les premiers temps de la conquête, les officiers, revêtus de leurs insignes, allaient par groupe, en plein jour, dans les maisons de prostitution ou chez les courtisanes éhontées, tout comme on va ensemble au café , au spectacle ou sur les places publiques. Des ordres supérieurs ont été donnés pour empêcher ce scandale public.

Encore aujourd'hui, beaucoup de jeunes Français se réunissent le soir, montent dans le haut de la ville et font jusqu'à cinq ou six de ces visites dans différentes maisons. Beaucoup ont appris l'arabe, grâce à ce moyen; mais il faut pour cela être connu, car les Mauresques n'ouvrent pas indis-

tinctemenl à tout le monde, surtout le soir; oîi est forcé de décliner son nom de guerre à la porte. Quelquefois, pour reconnaître les visiteurs, elles prennent un grand morceau de papier, l'allument à leur lampe, puis le jettent par la fenêtre. Le papier enflammé vient brûler sur le pavé et éclaire ainsi les traits de l'importun. Quelquefois encore, déterminées à ne pas ouvrir, elles ne répondent aux sollicitations et aux coups dont résonne la porte, que par ces mots sacramentels : And el nas, il y a du monde.

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