PUDEUR DES FILLES PUBLIQUES
Parent-Duchâtelet avait fort bien remarqué que les filles publiques ne perdent pas complètement tout sentiment de pudeur.
Si un étranger, dit-il (1), entre inopinément dans le dépôt de la préfecture ou dans les dortoirs de la prison, au moment où elles s'habillent, on les voit à l'instant se couvrir ou croiser les bras sur leur poitrine. Nous avons eu occasion de faire ces mêmes remarques lors de notre visite au dispensaire d'Alger ; mais ce sentiment était beaucoup plus marqué chez les Mauresques et les Juives, que chez les Françaises ou les Espagnoles.
Étonnées de voir un étranger en compagnie du médecin et de l'aide pharmacien, quelquesunes de ces filles, ordinairement si déhontées, hésitaient à se laisser visiter, et fuyaient au plus
(1) Ouv. cité, t. I , p. 113.
vite, aussitôt qu'elles en avaient la permission. La visite des salles des vénériennes produisait les mêmes effets ; celles qui étaient surprises s'em pressaient de se couvrir avec le premier vêtement qui leur tombait sous la main ou se hâtaient de ramener leurs jupes sur leurs pieds si elles étaient habillées et couchées sur leurs lits.
L'expérience de tous les jours démontre, au reste, que la prostituée émérite, sans pudeur et sans honte, conserve encore une fibre sensible qui la rend rebelle à cette visite obligatoire, qu'elle l'abrège autant que cela lui est possible, et qu'elle l'esquive si l'occasion s'en présente.