INSCRIPTION
On croit, dit Pierre Dufour, que cette mesure fut prise, à Rome, dès le commencement de l'édilité, qui remontait à l'an de Rome 260.
Les édiles forcèrent la courtisane à venir avouer devant eux sa profession infâme, en leur demandant le droit de s'y livrer ouvertement avec cette autorisation qu'on appelait vulgairement licentia stupri.
La femme indiquait son nom, son âge, le lieu de sa naissance, le nom d'emprunt qu'elle choisissait dans son nouvel état, et même, s'il faut en croire un commentateur, le prix qu'elle adoptait une fois pour toutes comme tarif de son ignoble commerce. L'inscription d'une courtisane sur les registres de la licentia stupri était indélébile, et jamais une femme qui avait reçu cette tache ne pouvait s'en laver ni la faire disparaître, même en vivant chastement et en se mariant. Tous les gouvernements ont dû maintenir cette inscription, qui est le premier moyen à employer pour apporter la régularité convenable dans ce service.
L'inscription des filles en France paraît remon-
ter à 1770 environ, sans que Parent-Duchatelet ait pu découvrir cette date certaine.
A Alger et dans les autres villes africaines, l'inscription faite par les mezouars existait et était consignée sur un registre déposé entre les mains du cadi. Tel éigit l'état des choses en Afrique lors de l'arrivée des Français; mais on n'a conservé aucune de ces inscriptions, et on ne peut dire dans quelles formes elles éîaient faites.
L'arrêté du 11 août 1830 prescrit aux filles publiques de se faire inscrire et de se munir d'iin livret. Les autres arrêtés ultérieurs ont maintenu cette sage disposition.
Les registres, nml tenus par des fermiers exacteurs, ont complètement disparu, ou du moins le chef du bureau chargé de ce service n'a pu nous fournir sur eux aucun renseignement. Il nous faut arriver à ] 847 pour trouver des inscriptions convenablement faites.
Les filles sont actuellement munies de cartes sur lesquelles sont inscrits leurs noms, prénoms, surnoms, âge, demeure et la date des visites.
Le docteur Potton, auteur de la V Histoire de la Prostitution dans la ville de Lyon (1), donne le
(1) Iu-8», 1842.
conseil d'introduire dans les maisons de tolérance le mode usité en Allemagne, lequel oblige les femmes publiques à posséder un registre portant leur signalement, avec l'inscription du jour de la visite et le journal des observations du médecin.
Les formalités minutieuses indiquées dans le savant ouvrage de Parent-Ducbatelet (pages 386 et suivantes), prouvent bien le soin que l'administration de Paris apporte à ce détail important du service des mœurs, et nous croyons devoir les proposer pour modèles à tous ceux qui seront cbargés de réglementer cette matière.
La bonne tenue de ces registres, la sévérité apportée contre toutes les filles qui ne se font pas inscrire, sont un véritable service rendu à la salubrité publique, puisque cette inscription oblige les tilles aux visites régulières, au moyen desquelles les femmes infectées sont immédiatement séquestrées et mises en traitement.