DE LA SYPHILIS A ALGER
Ce fat en 1 495 que le mal connu sous le nom de syphilis vint affliger la France. Longtemps on crut que ce mal était, comme le choléra, une impression atmosphérique, et trois siècles s'écoulèrent avant qu'il fût pris des mesures contre la propagation de ce fléau ; on aurait certes de la peine à supputer les nombres des victimes qu'il a faites.
L'établissement des premières maisons et lieux publics remonte à 1 455, etleurs règlements ne font aucune mention de cette horrible maladie; mais certainement ces maisons de débauche furent immédiatement infestées et servirent de moyen de transmission trop rapide à sa propagation.
Il n'est pas besoin de dire que la syphilis existait à Alger à l'époque de notre conquête; aussi s'empressa-t-on, dès le mois d'août 1830, d'ouvrir des dispensaires dans toutes les villes de l'Algérie que nous avions en notre possession, et on en fit ouvrir à mesure que nous avancions sur le sol africain. Cela était nécessaire, nonseulement pour les filles publiques elles-mêmes, mais aussi pour nos soldats qui gagnaient cette maladie par milliers. En cela il y avait rapport
exact entre le nombre des militaires vénériens et le nombre des filles publiques vénériennes. Ce fait avait déjà été remarqué et signalé par Potion, dans son ouvrage sur la prostitution de Lyon (1).
On a fait, en Algérie, une observation assez curieuse : c'est que les maladies vénériennes sont plus communes sur les côtes et surtout dans les ports de mer, que dans l'intérieur des terres et dans les villes que nous y possédons. Cette observation avait déjà été faite dans d'autres ports de la Cbine, par exemple , oii l'on attribue la multiplicité de ces maladies aux matelots anglais.
Il semblerait donc rationnel, si l'on voulait combattre efficacement la syphilis, de soumettre les matelots à des visites de santé avant de leur permettre de débarquer. On pourrait fournir d'excellents motifs à l'appui de cette proposition.
Le petit nombre de filles publiques qui existent près de nos postes de l'intérieur et les visites fréquentes qu'elles subissent, ont bien vite détruit la syphilis ; mais on la voit reparaître lorsque les bataillons qui tenaient garnison dans les villes du littoral sont dirigés dans les postes des montagnes. Les médeeins chargés du service sa-
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nitaire trouvent toujours, dans ces mutations, un certain nombre de soldats qui doivent être soumis à un traitement antisyphilitique.
Il ne nous a pas été possible de nous procurer les registres des dispensaires de cette époque, ni les feuilles médicales où cette maladie devait être signalée; mais M. le docteur Ekelt a bien voulu nous donner en tableaux, les relevés qu'il a faits pour le deuxième semestre de 1849, l'année 1850 entière et le premier semestre de 1 851 . Les voici tels qu'ils nous ont été livrés :
Tableaux des affections vénériennes traitées au dispensaire d'Alger.